SIj 41, qoullèh baghtchèh (Note de M. Schefer
l'autre, avec de très longues allées, des cyprès, des fleurs, des fontaines très fraîches, des grottes et des ombrages très agréables. Il est placé presque entièrement sur une colline, non trop escarpée, mais plane. En outre, vers le rivage il y a une tour carrée haute de cinq chambres, l'une sur l'autre, bâtie toute en pierre vive avec des murs très épais, et faite avec tant d'art que l'eau monte jusqu'au faîte, et toutes les chambres ont leur fontaine, et, de chaque côté, des terrasses très bien peintes et dorées pour se mettre au frais à toute heure du jour. Toutes les portes et fenêtres sont en bronze. Au pied de la tour il y a un très joli jardinet, séparé du grand jardin, et un vivier plein de poissons recherchés. Et qui considère l'architecture de cette tour juge facilement que les Turcs ne seraient pas moins habiles que les chrétiens s'ils voulaient dépenser de l'argent pour se bâtir des palais. Cest le plus haut édifice que j'aie vu en Turquie, et qui mérite d'être vivement admiré en ce pays barbare; car l'habitude des Turcs est de logerprèsde terre, et ils disent qu'ils ne veulent pas monter au ciel par des escaliers, ni que leurs maisons soient si commodes et si belles qu'ils regrettent de les quitter quand il le faudra.
De là nous allâmes à un sérail de Méhémet-pacha près de Scutari, qui est bien plus magnifique que celui où il reste à Constantinople. Nous vîmes la chambre de la sultane; les murs en sont revêtus de porcelaine; les fenêtres sont faites avec des nacres
reliées ensemble par des écailles très brillantes, et on n'en saurait estimer la valeur. Tout le sérail est fort bien peint et doré, avec une fontaine comme d'habitude. Dans le jardin est un vivier et une chambrette faite en forme de lanterne, toute en verre; quand la sultane s'y tient, elle voit par tout le jardin sans être vue de personne; elle a son bain dans un coin du jardin, où elle se divertit à son gré avec ses esclaves et se fait frotter et masser tout à son aise.
Nous passâmes ensuite à Scutari ', grande ville où le Grand Seigneur a ses sérails les plus superbes et les plus voluptueux, et chaque jour il y passe avec trois ou quatre caïques (?) pour se donner du bon temps. Dans tous ses jardins il tient des chiens, des chevaux et des oiseaux de chasse. Ses lévriers sont gouvernés avec grand soin; chacun est attaché à une cheville et a sous lui une 2 blanche. Ils ont les
oreilles longues et poilues; la plupart ont la queue, les oreilles et les pieds peints, ce qui est d'un très bel effet.
De Scutari nous fûmes à Chalcédoine, autrefois
grande ville, aujourd'hui bourgade grecque, où finit
le canal Thrace et où la Propontide commence à