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Bail na, le pilori vénitien

même va criant son fait, accompagné de quatre ou cinq bourreaux.

Ayant passé les premiers jours dans les Bezesten et la sellerie, parce qu'on y voit toute l'industrie turque, nous allâmes ensuite à Sainte-Sophie. Par son incomparable architecture non moins que par sa position, elle mérite le ncmdW/de Constantinople que lui donnent ceux qui disent que toute la ville ressemble à un aigle aux ailes éployées : le bec serait la pointe du Sérail, et Sainte-Sophie l'œil1. Comme chacun sait, elle a été construite par l'empereur Justinien ; elle est toute faite en mosaïque et pavée de dalles de marbre d'une grandeur étonnante. Il y a tout autour des galeries hautes et basses, supportées par des colonnes de porphyre serpentin et d'autres pierres, qui ne sont pas moins merveilleuses par leur hauteur et grosseur que par leur travail et leur sculpture. Elle a d'un côté neuf entrées avec de très grandes portes de bronze, de l'autre côté cinq2.

i. Cette comparaison est empruntée à la Topoçraphia de Gyllius, p. 24 : « Nec admodum dissimilis est aquilae pandentialas, oblique intuenti sinistrorsum, in cujus rostro positus est collis primus, ubi Régis Palatium, in oculo templum Sophiae, in capitis vertice posteriori fere est Hippodromus, in collo sunt duo colles, secundus et tertius, reliqua urbis pars alas et caeterum corpus occupât. »

2. Thevet, p. 62, en donne une description plus précise : « Les deus grandes parties sont mises en ruines. Le cœur, qui est demeuré seul entier, ha cent piedz de large et six vints de long, à double estage haut eslevé, etc. » Reproduit par Nicolay, p. 68. Voy. Gyllius, p. 69 : « Descriptio templi Sophiae quale hodie visitatur. » On trouvera dans Banduri, t. II, p. 745-64, une série de planches sur Sainte-Sophie : « Plan du temple de S,e-Sophie », avec l'explication des renvois par Grelot; « Vue de

Mais sans m'étendre autrement à la décrire, on peut juger de ce qu'elle est par cela seul que sa majesté et sa perfection ont suffi à la défendre contre la cruauté du Turc victorieux, ennemi juré de l'antiquité et spécialement des lieux dédiés au service de Dieu. Ils ont mis sens dessus dessous tout Constantinople, mais cependant n'ont fait d'autre dommage à cette église que de briser les croix et hacher les figures des images. Le Grand Seigneur actuel fit mettre bas les maisons voisines de Sainte-Sophie (qui touche presque à la première porte de son sérail) pour l'orner d'une cour comme les autres mosquées. Le diamètre de la voûte de Sainte-Sophie est de cinquante pas. Toutes les mosquées turques se font sur ce modèle, mais on ne trouve pas d'architectes qui aient assez de talent pour en faire une aussi belle . Ils y ont ajouté deux campaniles ou tourelles où le télisman monte pour crier l'heure de la prière, comme dans les autres mosquées, cinq fois entre le point du jour et la nuit et sept fois le vendredi, qui est leur dimanche. Ils n'usent pas d'autres horloges que de la voix de ces hommes, dont la principale gloire est de se faire bien entendre '.

S'e-Sophie au N -Ouest» ; « Vue du Midi », avec les tombeaux d'Amurat et de Mustafa; « Le dedans de l'église de S'e-S. » et « les Portes de

1. Belon, f° 194 : « 11 n'y a point d'orloges en Turquie, mais en ce défaut les presires montent au faiste des clochers dessus les tourelles fort haultes... Hz crient d'une voix éclatante, comme un oblieux qui ha perdu son corbillon. »

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Prés de Sainte-Sophie le Grand Seigneur tient divers animaux étranges dans un lieu qui a été église de chrétiens : c'est par mépris pour le Christ et sa foi. Il y a beaucoup de lions, loups et tigres, et un âne sauvage si beau qu'on dirait un poulain (?) du royaume ; une vache à six pieds, dont deux sont surle dos, et trois animaux musqués, noirs et blancs, assez longs avec des jambes courtes, qui ressemblent presque à des chats. Il y a aussi une tête de baleine démesurée, d'une grandeur effrayante1.

De là on va à l'Hippodrome2 qui n'a plus la forme

i. Belon, f° 74: «Il y a un lieu en Constantinople,où le Grand Turc fait garder des bestes sauvages, qui est une église antique, tout joignant le Hippodrome, et à chaque pilier de l'église il y a un lion attaché ; chose que j'ay peu voir sans merveille, attendu qu'ils les détachent et manient, et ratachent quand ils veulent; et mesmement les mènent quelquesfois par la ville. »

2. Voici comment Ramberti, f° 131, décrivait l'Hippodrome en 1535 : « Nel mezo alquale Hippodromo vi sta una agucchia, che è una colonna falta in forma di ago molto bella... Vi è una colonna di bronzo in forma di serpe con tre capi. Vi è uno Hercule di bronzo portato di Ungaria. Et nel mezo poi vi è una machina corne un colosso di marmi diversi et belli : nella quale è intagliata la historia di tutte le sopradette cose, et altre che già soleano essere nel theatro et Hippodromo. » Cf. Chesneau (1 547), p. 29.

L'Hercule de bronze avait disparu en 1573, puisque du Fresne note l'absence de toute statue. Il y était encore en 1549 (Thevet, p. 58 et fig. p. 64). Nicolay [Voy. d'^Aramont, 1550-51), p. 60 : « Au milieu de cette grande place se veoit eslevée sur quatre boules de fin marbre, une belle obélisque de pierre miste, toute d'une pierre de la hauteur de 50 coudées, remplie et enrichie de lettres hierogliphiques; et tout auprès un grand colosse : auquel sont entaillées, par histoires, les choses mémorables, qui ont été faictes en l'H. Une autre grande colonne de marbre là auprès, et une de bronze faicte par singulier artifice, en forme de trois serpens entortillez... » Il n'est pas question de l'Hercule, de mêmequedansP. Belon (1553). Gyllius, p. 83-88 (1560) en constate et en explique la disparition : « a Turcis acerrimis hostibus statuarum ». Sa description de l'Hippodrome est

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qu'il avait au temps des empereurs grecs, mais est dépouillé de tous ses ornements et presque complètement remplidemaisonsturques.il n'y a plus qu'un obélisque1 très haut avec des lettres et figures égyptiennes; il est placé sur quatre dés de bronze, soutenus par une base de marbre toute sculptée d'histoires de ce temps-là, avec quatre vers latins2. Il y a aussi une pyramide de pierres carrées3, assemblées

d'ailleurs très complète et très intéressante. En i6c8, de Beauveau décrivait à peu près de même, p. 48 : « un ancien Ypodrome, nommé des Turcs Atmedan, contenant cinq cens pas en sa longueur et cent en sa largeur ». Voy. Banduri, p. 644, une planche représentant les ruines de l'Hippodrome tel qu'il était au xtv° siècle, et dans Schefer. p. 29, une vue de l'Hippodrome au temps de Chesneau. Sur l'état actuel de l'Atmeïdan, voy. Labarte, Le Palais imp, de Const., p. 49 et Paspati, BuÇâvxiva àvâxTopa, p. 40, qui résume ses prédécesseurs (notamment Byzantios) et ses propres BuÇ. jjlsXétc».

1. P. Belon dit avoir vu deux obélisques, « dont l'un estoit revestu de lames de erain, puis dorées : aussi n'est-il fait que de pierres de marbres liées avec fer et plomb. L'autre obélisque y a esté apporté d'Egypte, qui n'est pas tout entier. » Garzoni prétend, p. 390, que tous deux sont des aiguilles égyptiennes « intagliate di figure geroglifice ». Mais il n'y a pas de doute que l'Hippodrome ne possédait qu'un seul obélisque égyptien ; cela ressort, en particulier, du texte de Gyllius, p. 83-84. Garzoni a pris pour un obélisque le colossus slruclilis. Voy. Labarte, p. 50.

2. Les figures de la base de l'obélisque, divisées en deux registres, représentaient le transfert et l'érection de ce monolithe. Voy. dans Banduri, p. 667 : « Anaglypha quae in latere septentrionali stylobatae obelisci repraesentantur. »

3. C'est le colosse dont nous parlions n. 1, décrit ainsi par Nicolay : « Et tout au près un grand colosse auquel sont entaillées, par histoires, les choses mémorables qui ont esté faictes en l'Hippodrome. » Peut-être à son tour Nicolay confond-il le colosse avec la base de l'obélisque, car Gyllius dit, p. 88, qu'il est « ex lapidibus quadratis factus » et qu'autrefois il était couvert de plaques de bronze reliées avec du fer (cf. P. Belon, supra), ce qui ne permet guère d'admettrj qu'il ait été décoré de bas-reliefs.

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sans chaux ni ciment, avec des vers grecs; on les voit dans la Topographie du très érudit P. Gyllius1. Entre l'obélisque et la pyramide est un trépied de bronze, que tous les auteurs affirment être celui de Delphes, sur lequel était la table d'or dédiée à Apollon2. Il est fait de trois serpents enroulés ensemble, dont les têtes séparées l'une de l'autre forment le trépied. Ces serpents ont la bouche ouverte, et le sultan Soliman brisa la mâchoire inférieure d'une des têtes en lui courant sus la lance en main. On ne voit rien d'autre dans l'Hippodrome, car les Turcs haïssent tellement les statues que, pour belles qu'elles soient, ils ne les veulent voir en aucun lieu public. Ahmetpacha a son sérail à l'Hippodrome.

i. P. 88, et reproduits dans du Cange, Hist. By%., p. 105. Ces vers relatent la reconstruction du colosse par Constantin Porphyrogénète. Voy. Rambaud, De Hippodrome

2. Cette colonne triserpentine est un des objets qui frappaient le plus les voyageurs. On a vu qu'elle était signalée par Ramberti. Gyllius, p. 90, la décrit ainsi : « striata... spiris trium serpemutn inter se circumplicatarum non sursum versus directis, sed tortis in mo.lum tororum ». 11 rapporte les textes de Zozime, Sozomène, Eusèbe, relatifs au trépied de Delphes, apporté par Constantin, « circa quem serpens in spiras volveretur », et il identifie un peu vivement les deux objets : « Ex quibus verisimile videtur tripodem illum statutum fuisse supra banc columnam aeream tricipitem ». Il ne dit pas, comme du Fresne, que cette colonne est le trépied de Delphes, mais qu'elle lui servait de support. Sur la pi. de Banduri, p. 667, les serpents sont représentés, comme le dit Gyllius, avec leurs têtes en l'air, et s'écartant les unes des autres : on s'explique ainsi que Soliman ait pu briser l'une d'elles. D'autres vues au contraire représentent les têtes reposant sur le sol (Thevet, p. 61). — P. Belon ne semble pas avoir regardé ce monument avec beaucoup d'attention, car il écrit : « Encor y a leans un serpent d'airain fondu d'excessive grosseur, eslevé droit en manière de

De l'Hippodrome nous allâmes à la mosquée du sultan Soliman '. Bien qu'elle ne soit pas aussi grande, ni soutenue de tant de colonnes, ni travaillée à la mosaïque comme Sainte-Sophie, elle est pourtant très belle : et parce qu'elle est placée en un lieu élevé, d'où l'on voit loin par toute la ville (de sorte que ses quatre tourelles se découvrent avant aucun autre édifice de Constantinople), et aussi parce qu'elle est bâtie toute en pierres vives, à très grands frais, et à cause de sa cour carrée toute pavée de marbres très fins et environnée de portiques portés par des colonnes très brillantes avec une fontaine au milieu; grâce à un savant artifice, l'eau retombe en pluie dans un bassin carré de marbre. Cette vue nous causait un tel plaisir que nous la jugions digne d'être comparée aux plus fameuses grottes de Naples. Outre celle-là il y a plus de trente autres fontaines le long du mur de cette cour, auxquelles les Turcs viennent se purifier avant d'entrer dans la mosquée. A côté de la mosquée, au milieu d'un jardinet tout fleuri se voit

colonne ». Nicolay dit mieux, p. 52 : « Une de bronze faicte par singulier artifice, en forme de trois serpens entortillez... »; et Garzoni : « Una colonna di bronzo formata da tre serpi collegate insieme ». Du Pinet, au contraire : « laquelle est de pierre à ce qu'on dit : et a en sa hauteur 27 coudées ». Beauveau la vit en 1604 (p. 48) : « Trois serpens de bronze plus haultz que deux hommes et entortillez ensemble ». Labarte dit, /. c, que « les têtes à gueules béantes formaient un triangle au-dessus du corps de la colonne », mais que ces têtes sont actuellement perdues

1 La Suleymanié. Voy. Banduri, p. 1010 et 1012, vues de « la Solinianie ». Garzoni, p. 390.

la mosquée (s/c)1 du sultan Soliman, et à une faible distance la sépulture de la Rossa, sa femme, et d'un de ses fils. Celle de sultan Soliman est faite en forme de tour ronde et haute, toute en marbres très fins, ornée des colonnes les plus rares qu'on ait pu trouver dans tout cet empire, et couverte d'un cube de plomb. Dans cette tour son corps est étendu dans une caisse de marbre qui est plus large et plus haute du côté de la tête que des pieds et couverte d'un cendal vert jusqu'à terre. Vers la tête il y a continuellement un turban très blanc avec un plumet noir. Et sur le cendal vert est étendu le vêtement qu'il portait quand il tomba malade. Et tout autour sont continuellement quatre ou cinq prêtres qui prient pour son âme. Il y a aussi beaucoup de chats auxquels on donne presque toujours à manger pour l'amour de Dieu. Et il n'est permis à personne d y entrer sinon à ces prêtres qui en ont le soin, car ils tiennent ce lieu pour très saint.

La Rossa, femme de Soliman, et un de ses fils2, sont ensemble sous une autre tour qui n'est ni si haute, ni si large. Autour des caisses dans lesquelles ils sont ensevelis on voit toujours des vases de faïence (ils ont la plus belle du monde) pleins de fleurs odoriférantes. La femme n'a pas de turban, mais beaucoup de broderies très riches étendues sur

1. Il faut évidemment lire la sépulture, leturbé. Voy. Garzoni, /. c.

2. D'après Garzoni, ce n'est pas un des fils de Sultan Suleyman et de Roxelane, mais un Suleyman, fils de Sultan Sélim.

la caisse et une très précieuse coiffe de tête avec un plumet de rubis et de turquoises.

A côté de la cour de la mosquée de sultan Soliman est un beau caravansérail et un hôpital très magnifique tout couvert de plomb, dans lequel on fait continuellement i'aumône à tous et on y donne à manger trois fois le jour aux Turcs etaux chrétiens1. De là nous visitâmes la mosquée de sultan Mohamed qui prit Constantinople et Trébizonde, et celle de Bajazet, car elles sont parmi les plus belles de Constantinople et le Grand Seigneur y va ordinairement. Nous les visitâmes dedans comme dehors, en laissant nos souliers ou pantoufles à la porte selon l'usage, car elles sont tapissées de très fines nattes d'Alexandrie et souvent de tapis du Caire. On n'y voit aucune peinture d'êtres animés, mais des fleurs ou des lettres turques en or ou en azur. Elles sont toutes à coupole comme Sainte-Sophie, et au milieu il y a un grand cercle de fer auquel sont attachés beaucoup de miroirs et de lampes qu'on allume à l'heure de la prière nocturne. Les femmes ne vont jamais aux mosquées pour faire leurs prières, mais restent à la maison, car la loi ne leur permet

1 . Le caravansérail de Sultan Suleyman avait été décoré de dix-sept colonnes corinthiennes en marbre blanc, qui étaient encore à l'Hippodrome, sur la face qui regarde la mer, lorsque Gyllius vint à Constantinople (Topogr., p. 85). — Garzoni, /. c. : « Vicino alla detta moschea vi è pure un ospitale dove si tengono gl'infermi, e si alloggiano i forestieri per tre °iorni continui, e vi si distribuisce cgni giorno per elemosina pane, minestra e carne a chi ne vuole, cosî al Turco corne di altra legge. »

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pas d'entrer dans le paradis, mais les fait rester à la porte.

Toutes les mosquées des Turcs regardent vers la Mecque où est enseveli leur prophète; et à l'endroit où devrait être le grand autel ils étendent à terre un tapis vert aux coins duquel sont deux très grosses torches de cire blanche, mais qu'on n'allume jamais; ils gardent là leurs livres, tous manuscrits (car ils n'emploient pas l'imprimerie), et reliés en vert, couleur de Mahomet. A main droite est une chaire où le prêtre monte pour le salut des écoutants. Ils mettent grand soin à tenir les mosquées propres, polies et blanches.

Allant ainsi nous promener par Constantinople, nous vîmes (en face du caravansérail où l'ambassadeur de Hongrie1 est en prison comme otage de la trêve faite avec l'Empereur et gardé par un tchaouch de la Porte) une colonne de porphyre d'une remarquable hauteur, un peu brisée et pour cette raison entourée de nombreux cercles de fer. Gyllius la décrit en détail et l'appelle colonne pourprée 2. Sans perdre de temps nous tournâmes nospas vers le Patriarcat, qui a tant de pays et d'églises sous sa domination :î.

i. C'était David Ungnad, ambassadeur de 1573 à 1578, qui avait dans sa maison l'éru iit Gerlach. Voy. le Tiirckisches Tagebuch de ce dernier (Francfort, 1613).

2. Gyllius, p. 140. Cette colonne est attribuée à Constantin. P. Belon : « Entre autres choses est une colonne de Porphire qui n'est guère loing du temple de Sainte-Sophie » ; Beauveau p. 30; Spon, p. 226.

3. C'est dans le monastère de la Pammacarista queGennadiusScholarius,

Nous entrâmes donc dans la maison du patriarche : ce n'est qu'un pauvre couvent de caloyers'. Nous le trouvâmes assis dans une salle mal arrangée, entre quelques Grecs ; car ils viennent tous à lui pour leurs différends civils ou ecclésiastiques, comme à leur juge suprême. Il était habillé en pauvre caloyer2, et avait à la main un bâton d'argent en forme de demicroix, comme en emploient ceux que la goutte empêche de marcher.

premier patriarche postérieur à la conquête turque, s'établit avecl'autorisation du Sultan, « quod Christiani, dit Du Cange, in hoc urbis tractu potissimum habitarent ». Jusqu'alors les patriarches avaient occupé l'église des Saints- Apôtres. Le nouveau patriarcat renfermait les reliques des saintes Marie- Salomé et Euphémie, le tombeau de i'empereur Alexis Commène, la colonne de flagellation, et « bibliothecam paucorum librorum ». Manuel-L Gédéon, Xpovcxi toû uaTpiap-/;xoû oî'xo-j... (Constant., 1884, in-8°,p. 53 et suiv.), décrit ce patriarcat d'après Gerlach : « 'II |3têXio9-/ixr, niçut/vi ôXtyovî t6(10u;. Ilsvr^xovxa ttsvts /Eipoypâstov aù-cr,: jj.îxà rà [jia-a t% IÇ"' ixa-rovtasxinpîSo; ctcoÇoixêvwv £-/o(jiïv x7.tâ).oyov ». Ce catalogue est reproduit par Fôrster, Deantiqititat. etïibris mss. Constantinop., Rostock, 1877. — Le patriarcat fut transporté en 1586 dans l'église de Vlachi-Séraï, puis en 1597 à Saint-Démétrios, en 1601 à Saint-Georges du Fanar.

1. Pourtant Jérémie Tranos passe pour avoir fait de grands travaux de reconstruction et de décoration dans la Pammacarista. Gédéon cite à ce sujet un texte de Malaxos (p. 55). La Turcogruecia, p. 190, donne une gravure qui représente le patriarcat.

2. Voy. dansCrusius, p. 106, une Effigies PatriarchaeConstantinopolitani. — Jérémie avait été é'.u le 4 mai 1572; il était alors métropolite de Larissa. Il dut se soumettre aux exigences de l'avide Cantacuzène, qui s'entendit avec le vizir pour jouir en partie des revenus de l'Église grecque. Jérémie n'était pas si ignorant qu'on l'a dit à du Fresne; il maintint très énergiquement l'orthodoxie, malgré les tentatives que firent les luthériens pour l'attirer à eux. Voy. ses lettres dans le VIIe livre de Crusius. Confirmé dans ses fonctions à l'avènement de Sultan Mourad, il fut plus tard exilé à Rhodes et mourut en 1601.

Nous lui baisâmes la main et il nous donna sa bénédiction ; puis nous visitâmes l'église qui, pour petite qu'elle soit, est pourtant belle et antique, et décorée de mosaïques; il y a quelques reliques qu'ils ne voulurent pas nous montrer avant que nous eussions envoyé notre janissaire hors de l'église.

Nous causâmes là quelque peu avec les seigneurs Zygomalas, le père et le fils1, tous deux très instruits dans la langue grecque et très versés dans les antiquités de Constantinople. Mais le patriarche, à ce que l'on nous dit, ne sait pas la langue grecque ancienne. — Quand il sort pour aller à quelque solennité, il porte un grand chapeau de damas bleu avec une grande croix de velours noir au milieu ; la robe est noire avec trois bandes de damas bleu sur le bord .

i. C'est-à-dire Jean et son fils aîné Théodose. Sut ces deux célèbres personnages, voy. la notice de M. Em. Legrand (Paris, Impr. nat., 1889, gr. in-8°). Le père était né à Nauplie en 1498; il acheva ses études à Padoue, fut peut-être curé à Saint-Georges-des-Grecs à Venise, puis orateur et notaire à Nauplie. En 1555, «il se fixa à Constantinople pour y professer le grec ancien, et fut « nommé orateur de la grande Église ». Il habitait, avec sa famille, une maison à trois étages voisine du patriarcat ». C'est lui que le patriarche chargea de rédiger l'écrit par lequel il exposait aux luthériens les doctrines de l'orthodoxie. Jean était en relations avec beaucoup d'érudits étrangers, et le philhellène Crusius le trouvait « un homme aux manières élégantes, doué d'un esprit italien ». Gerlach le peint comme un vieillard cupide, rusé et débauché. — Théodose, né à Nauplie en 1544, notaite de la grande Église, plus tard protonotaire, fut chargé par le patriarche Jérémie, en 1576, d'une tournée exarchale dans l'Archipel et l'Asie Mineure; son itinéraire nous est parvenu. Moins instruit que son père, il était cependant, lui aussi, en relation avec les philhellènes ; il fournit onze manuscrits grecs anciens à Gerlach. Tombé plus tard dans la misère, il mourut après 1614. Le père était mort après 1581.

Il paie chaque année 40,000 ducats au Grand Seigneur et pourtant ne se sent guère en sûreté et n'ose pas faire de frais pour se construire un palais ou décorer l'église, car aussitôt les Turcs lui demandent ce qu'il a pour faire une mosquée, comme ils ont déjà fait trois fois, et puis lui donnent une cabane où il leur plaît, et souvent le dépouillent de tous ses ornements. Dans l'église patriarcale nous vîmes une belle bibliothèque grecque où l'on trouve beaucoup de livres très utiles qui ne sont pas encore imprimés. Près le Patriarcat est une maison des Paléologue, autrefois empereurs de Constantinople, qui vivent maintenant en marchands1.

Ce même jour nous visitâmes la colonne historiée, que Gyllius dit être celle d'Arcadius ; elle ressemble à celle de Trajan qu'on voit à Rome dans la rue du Peuple -.

1. Du Cange, Hist. by^., p. 256 : « Extant, inquit Theodosius Zygomalas, hodiequeConstantinopolidomus quaedam paucae Palaeologorum Constantini et Manuelis fratrum germanorum et aliae plus minusve decem ex unaquaque familia, quibus médiocres opes suppetant, aut etiam certae artes studio sunt ». Du Cange dit d'ailleurs qu'il n'est nullement certain que ces Paléologues soient de race impériale.

2. Gyllius, p. 207, dit que cette colonne, située dans la XIIe région, était « gradibus pervia ». Arcadius l'avait élevée dans le Xérolophe; la statue de cet empereur, qui la surmontait, fut renversée par un tremblement de terre sous Léon Cou on. D'après Cédrénus, cette colonne était copiée sur une colonne de Théodose, qui autrefois existait près des bains de Bayézid, mais qui avait disparu au xvi* siècle. Gyllius donne très en détail les mesures de la colonne d'Arcadius et en décrit la forme : « Scapus columnae scalptus pugnis variis, scalptura procedit in modum columnae quae Romae Traiano sacra est... » Voy. dans Banduri, t. II, p. 509 et suiv., une étude sur cette colonne et surtout dix-huit planches repro-

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Et, comme il ne reste rien d'autre dans toutConstantinople qui semble digne de mémoire, nous sortîmes pour aller au bourg de Svassari ', situé en haut du port voisin des fleuves Cydaris et Barbisa, qui entrent ensemble de ce côté dans le port, et qu'on appelle en grec vulgaire x«pf«pt»ov, parce qu'il y a beaucoup de moulins à papier. Ces fleuves, qui portent toujours avec eux du sable et d'autres choses, ont rendu le port marécageux du côté où ils débouchent; aussi s'appelait-il anciennement wnrpà ôaXauca, c'està-dire mer pourrie. Dans ce bourg nous vîmes la sépulture de quatre fils et filles de Méhémet, premier pacha; et dans le lieu où était anciennement l'église des SS. Côme et Damien nous vîmes une mosquée avec le sépulcre d'un grand prophète turc 2 auquel on a grande dévotion; les pachas et autres grands se font volontiers ensevelir près de sa mosquée, et le Grand Seigneur, en commençant quelque grande entreprise, y va faire oraison. Les Turcs, à certains moments de Tannée, célèbrent sa fête et tout le jour s'exercent à cheval. Quelques Grecs veulent dire qu'il y a là les reliques de Job, d'autres disent de Samuel,

duisant les dessins exécutés par Bellini. Voy. Du Pinet, 7 c. ; De Beauveau, p. 50 et Spon, p 226. — M. Geffroy (Acad. Inscript, et Belles- Lettres, 1894, p. 268, et Monuments Piot, 1895, fasc. 1, p. 99 et suiv.) a découvert un dessin de cette colonne qui lui permet d'établir que les reproductions deGentile Bellini se rapportent à la colonne de Théodose, et de rejeter les représentations données par du Cange.

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