Defterdar
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Après l'heure du divan tous les pachas ensemble vont trouver le Grand Seigneur, et Méhémet-pacha en quelques mots l'informe de tout ce qui s'est passé, ou, s'il est à la chasse ou hors de Constantinople, le lui écrit en quelques lignes1.
Les pachas, une fois toutes les parties expédiées, montent à cheval, et au moment de se séparer les uns des autres ils se saluent avec de grandes inclinations de tête sans autrement se parler; puis chacun s'en va son chemin, accompagné de ses serviteurs tous à pied.
Les autres jours, savoir le jeudi, vendredi et samedi, Méhémet-pacha rend, dans son sérail, la justice cà chacun, mais avant qu'il n'écoute personne, on observe une sainte et bonne coutume : arrive un prêtre qui, après quelques prières, l'exhorte à faire justice en lui représentant le jugement de Dieu, qui le jugera selon qu'il aura jugé autrui. Le mercredi on ne tient pas de divan public et le pacha n'a que ce jour dans la semaine pour se reposer des affaires de l'Empire, dont il a presque seul toute la connaissance. : Il est bien vrai qu'il informe de tout le Grand Seigneur, ou par l'intermédiaire de sa sultane, fille du Grand Seigneur, quand elle va chez son père, ou par
i. Barbaro, p. 321 : « Ma essendo ordinario farsi ogni settimana quatro giorni il pubblico divano grande... » et tout ce qui suit. Du Fresne eut le seul à dire que le grand divan ne se tient que trois jours par semaine. — Postcl, p. 116 : « De la justice, » et, p. 122 : « Son office [du vizir] est, quant en cas de justice, tenir le divan ou justice ouverte quatre jours la semaine, samedi, dimanche, lundi, mardi, au lieu là où se tient le Prince...».
d'autres moyens. Et le Grand Seigneur sembkblement lui écrit parfois cinq et dix fois par jour; et, pour maintenir son autorité, Méhémet ne manque pas de gratifier tous ceux qui lui apportent ces lettres d'une forte somme d'aspres ou de quelque riche vêtement. Et je ne m'en émerveille pas, car j'ai appris de gens dignes de foi que les richesses de ce pacha passent 15 millions d'or, et il a tant de magasins pleins de vêtements de toute espèce, qui lui sont apportés en présent de toutes les parties du monde, que le nombre en est infini. Ce qui est très difficile à croire (pourtant il faut le croire quand le fait vous a été assuré par mille et mille témoins à Constantinople), c'est qu'à la mort de Roustem, premier pacha de Sultan Soliman, on trouva dans ses magasins deux mille vêtements perdus et pourris pour n'avoir pas été mis à l'air, sans compter les bons qui étaient en bien plus grand nombre; et il laissa à sa femme, qui vit encore, un revenu de 2,500 sultanins par jour1. Mais si je considère la grandeur de l'empire turc et le système du gouvernement, qui est tout entier dans la main du premier vizir, et la cupidité des Turcs à qui l'on ne parle jamais sans quelques présents, n'eût-
1. Sur Roustem-pacha, voy. Schefer, p. xvin, et, p. xxn, la liste de ses richesses d'après l'historien turc Pétchévy. Barbara, p. 312, dit qu'il hissa 13 millions d'or, et que sa femme jouissait en 1573 d'un demi-million de rente; il rappelle qu'elle avait, de ses deniers, construit un aqueduc de quarante jours de route, pour conduire l'eau dans un désert où passent les pèlerins de La Mecque. — Sur la richesse de Soqolly, voy. les textes, déjà cités p. 54, de Garzoni, p. 405; de Badoaro, p. 364, etc.
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on à leur donner que quelques aspres — je ne m'étonne point de ces richesses, extraites de la moelle et du sang de ce peuple immense; mais je prie Dieu qu'il prenne en pitié son nom et son petit troupeau. Si le long séjour que nous fîmes à Constantinople nous était rendu pénible par le grand désir que nous avions de retourner vite en Italie, où depuis plusieurs mois on nous réclamait; d'un autre côté l'heureux succès de tout notre voyage ne nous apportait pas une médiocre consolation. La flotte étant près de partir, nous résolûmes d'attendre pour voir son départ, vu que tous les gens du pays disaient pour certain que ce serait la plus puissante et terrible flotte qu'eût jamais vue le Bosphore ' ; nous voyions conti-
i. Que valait au juste le grand effort fait cette année-là par les Turcs ? Il convient, avant de répondre à cette question, de savoir ce que valait la marine turque. En i534,Daniele de' Ludovisi, qui n'admire ni lesTurcs ni Suleyman, et qui veut flatter Venise, trouve la flotte ottomane très inférieure à sa réputation ; il ne signale cependant qu'une décadence purement temporaire, quia obligé le sultan à faire appel à Khayreddin Barberousse. Un peu plus tard Geuffroy écrivait (1542, f° Diii) : « Ils ne les sçavent faire [les navires], principalement galleres : car ils ne les font point si bonnes ne si legieres que les chrestiens. Lesdits Turcs n'ont jamais fait acte notable ny bon effect enlamer. Toutefois ledit Barberousse les a quelque peu adressés ». Mais les expéditions de Rhodes, de Djerbah, de Chypre montrèrent que cette marine n'était pas méprisable. La grande défaite de 1571 eut-elle, comme on l'écrit quelquefois, pour résultat de briser la puissance navale des Ottomans? Piali réussit à ramener 120 galères du lieu du désastre, Oulou jj 87, et, grâce aux travaux accomplis pendant l'hiver à l'arsenal, dès le mois de juin 15-2 on put mettre à la voile une flotte de 250 navires. Non seulement Mehemed pouvait annoncer au bayle vénitien le prochain relèvement de la marine turque, mais lui-même Barbaro(voy. p. m,n. 2) croyait à ce relèvement. Pendant l'année 1572, les mésintelligences des ligués les
nuellement de nos fenêtres les préparatifs et nous pensâmes que ce serait une vraie folie que de se priver, par un trop ardent désir du retour, de la vue d'une chose si rare et inutilement souhaitée par tant de personnes. Le Pacha de la mer1 exhortait tous les reis des galères à se tenir en haleine, et deux fois par
empêchèrent de profiter de leur supériorité numérique à Cerigo et à Matapan; le Turc se sentait déjà assez fort pour mettre 200 voiles à la disposition du Roi très chrétien, et fort judicieusement de Noailles écrivait, le 28 novembre, à Catherine (Charrière, t. III, p. 316, n.): « La ligue ne l'a peu entamer ny endommager en quelque sorte que ce soit, combien que son armée eust esté dressée en moins de six mois et composée de vaisseaux neufs et d'hommes estonnez delà victoire passée: de sorte que Luchialy s'en peust retourner rapportant la plus grande gloire que jamais corsaire acquist. Ce qui remettra les Turcs en leur première insolence, et sera cause, si je ne me trompe, que l'année prochaine ledit G. S. se trouvera si fort, et par mer et par terre, que depuis la prinse de Constantinople la chrestienté n'a été assaillie d'un si formidable ennemy qu'elle sera l'an qui vient. » Ces prévisions se justifièrent, comme en témoignent Présault (Charrière, t. III, p. 318, n.) et Barbaro, l. c. La seule cause qui pourrait, d'après ce dernier, rendre les Turcs inférieurs aux chrétiens, c'est qu'ils ont beaucoup de peine à recruter leurs équipages et qu'ils ont été très impressionnés par leur défaite de 1571 : ils n'osent plus se mesurer avec leurs adversaires. Il paraît, en outre, que leur matériel naval ne vaut pas celui de Venise : « e noi non ardiremmo mandar sino in Istria quelli vascelli cosi mal condizionati, ch'essi mandano in parti le più lontane... » Si, en 1572, les Vénitiens avaient pu savoir dans quel désordre la crainte mettait leurs ennemis, ils auraient remporté une éclatante victoire. — Garzoni, p. 419; Zinkeisen, t. II, p. 932.
1. Garzoni, /. c. : « Elegge il G. S. a suo beneplacito il capitano-generale, che è detto pascià da mare, uomo de'principali dopo li visiri... (p. 425). Ha il capitano di mare carico del governo di tutta l'armata (non dell' imprese che si hanno da fare, poichè qucsto si aspetta al pascià-visir, sebbene è messa sempre in considerazione l'opinion sua) e ordinariamente si suol mandare sopraTarmata, quando si ha da fare alcuna impresa importante ». C'était alors Aly le renégat.
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jour il allait à l'arsenal. Et lorsqu'il passait par Topana, le peuple le saluait de clameurs si effrayantes, qu 'elles auraient suffi à faire tomber morts les oiseaux qui auraient volé par cet air frappé de tant de cris.
Mais les Turcs gardent leurs résolutions si secrètes qu'il était impossible de rien savoir sur le départ de la flotte. Enfin nous vîmes s'embarquer dix mille janissaires, et les spahis porter les munitions et les bannières dans les galères; le Pacha de la mer avait déjà mis trois fanions sur sa galère et par toute la flotte on arborait les pavillons. A ces indices nous connûmes que le départ devait être prochain'.
En outre, les malheureux Pérotes et tous les Grecs et les esclaves rachetés se cachaient si bien qu'à peine eût-on pu alors voir un chrétien dans la rue, car aussitôt ils étaient pris par des gens délégués à cet office, et menés aux galères. Et s'ils n'avaient pas sur eux de l'argent pour leur payer un pourboire, on leur mettait sans plus de formes les fers aux pieds et une rame à la main. Et Galata fut dans ces transes jusqu'à ce que la flotte fût aux Sept-Tours.
Chaque jour des spahis et des janissaires venaient chez M. l'Ambassadeur pour le prier de les aider de son autorité afin qu'on ne les embarquât point, car
i. Le 21 avril (Charrière, t. III, p. 375), de Noailles annonçait que la flotte pourrait sortir dans douze ou quinze jours, avec 300 galères, 150 galiotes, etc. Il exprimait l'avis que le Roi ne voudrait probablement pas se servir pour cette armée-là des 200 vaisseaux qui lui étaient offerts. Le Roi s'était déjà prononcé en ce sens, le 18 mars.
ils étaient encore si effrayés par le souvenir de leur déroute de 1570 (sic), que la plupart montaient en galère avec les larmes aux yeux, comme si on les eût menés à une mort assurée.
Les spahis surtout étaient de fort mauvaise vo- j lonté, voyant que, contrairement à l'usage observé depuis longues années en cet empire, il leur fallait s'exercer à la marine et non à des expéditions terrestres, selon leur métier. xMais le Grand Seigneur, qui voulait cette année faire tout son effort par mer et n'avait pas assez d'azabs pour armer tous ses vaisseaux, n'avait aucun égard à ces considérations; mais il veut que quiconque reçoit un timar soit prêt à toute réquisition. Pourtant Méhémet-pacha donna sous main à beaucoup de gens des dispenses d'aller à l'armée, et recueillit ainsi en peu de jours un immense trésor.
Ainsi donc tous les pavillons étaient aux poupes des galères capitanes et toute la flottille prête à faire voile ; cependant nous ne pouvions avoir de renseignement certain sur le jour du départ. Mon cher ami M. Rapus et moi, un dimanche matin, dernier mai, allâmes au Sérail dans l'espoir d'y apprendre des nouvelles sûres, et sur le rivage de Constantinople nous vîmes au sérail de Piali-pacha une galère, avec un seul pavillon en poupe, sur laquelle était déployé un drap cramoisi, doublé de damas de même couleur ; et les rondachts, épieux, arcs, arquebuses et autres armes y étaient disposés en tel
ordre qu'on eût plutôt dit la crypte de Madame Isabelle de Mantoue ', qu'une galère capitane turque ; car elle était dorée et peinte avec tant d'art qu'on ne peut dire, et non celle-là seulement, mais toutes les autres. Celle-là avait trente-trois rames par bord et sept hommes par banc, comme aussi celle du Pacha de la mer, qui fut mise à flot quelques jours avant avec grande pompe et allégresse.
Et bien qu'il fût de bonne heure, les quais étaient déjà pleins de monde et les murs mêmes chargés de curieux : chacun croyait que le Pacha était sur le point de revenir du Sérail avec l'étendard du Grand Seigneur et ensuite de faire voile. Mais, pour ne pas nous fier aux rumeurs populaires, nous montâmes au Sérail, et nous pensions le trouver plein de capitaines et de soldats ; nous ne vîmes aux portes que les capigis de service, et dans la première cour il n'y avait que des chariots remplis des vivres que l'on portait aux galères.
A l'autre porte se tenaient encore je ne sais combien de capigis sans autres armes que des cannes de bambou pour la plupart. Mais notre janissaire, qui dans bien des aventures s'était montré très hardi, pourtant, à cause du respect qu'il portait à la maison de l'empereur, n'avait pas le courage de nous conduire dans la seconde cour, jusqu'à ce qu'il vit que les capigis eux-mêmes s'y étaient introduits : il y
i. Sur la grotta d'Isabelle de Mantoue, voy. Yriarte, Isabelle d'Esté et les artistes de son temps {Gai. des Beaux-Arts, t. XIII, XIV et XV).
avait très peu de monde, et tous les pachas tenaient le divan à l'ordinaire.
N'apercevant aucun mouvement, nous retournâmes chez nous, après avoir cependant appris d'Orambey, grand-drogman du Grand Seigneur, que pour certain on donnerait l'étendard le matin suivant, ce qui se trouva vrai.
Le Ier juin, Piali-pacha baisa les mains au Grand Seigneur : il portait un grand panache sur le turban et un cimeterre au côté, ce qui est le privilège de l'amiral. Il reçut le pavillon d'amiral, qui est d'argent doré, mais il ne le fit pas mettre sur sa galère, parce qu'il avait éprouvé que dans la bataille c'était fournir un signal aux ennemis pour donner toujours contre la galère amirale ; car une fois qu'on a hissé le pavillon on ne peut plus l'amener, de peur de faire croire à toute la flotte qu'il a été abaissé par les ennemis, ce qui l'effraierait et lui ferait perdre courage. Mais... [sans compter] ce pavillon, toute la poupe de l'amirale était entourée de nombreux autres pavillons et banderoles de satin vert, couleur très honorée chez les Turcs : si bien que de loin elle semblait un bois de cyprès qui auraient pris racine au fond de la mer.
Piali, accompagné de tous les pachas, monta en galère; il leva l'ancre, il alla dans le port avec toute la flotte à Bechik-Tach où est la sépulture de Barberousse, en face Scutari, et là ils touchèrent le fond et carguèrent la toile en un clin d'œil.
Tous les pachas montés sur leurs caïques passèrent à Scutari dans le sérail de Méhémet- pacha, où était aussi venue sa sultane avec celle de Piali ; celle-ci, voyant que son cher époux était sur le point de partir et qu'il n'y avait pas moyen de le retenir, faisait les plus grandes lamentations du monde, et toutes les consolations ne pouvaient apaiser ses soupirs.
Et certainement il me semble qu'elle avait de bonnes raisons pour se chagriner; comme elle ne voit jamais un autre homme que son mari et qu'elle n'a pas commodité d'éprouver de quel bois sont faits les autres et combien le changement est agréable, force est bien qu'elle l'aime. Et maintenant qu'elle reste seule avec ses femmes esclaves et ses eunuques noirs, elle n'a plus d'autre passetemps que l'aiguille, le fuseau et la quenouille, et les vains radotages de ses favorites, avec lesquelles il faudra qu'elle étouffe ses ardentes passions, car elle ne peut apaiser autrement la morsure des désirs juvéniles et des brûlantes concupiscences.
M. l'Ambassadeur dîna ce jour-là dans le jardin d'Aias-pacha1 avec l'Illustrissime Bayle vénitien. Pour voir plus commodément toutes les galères, je me fis porter en un navire marseillais qui croisait au même endroit que la flotte. Nous avions fait
i. Aias-pacha était le second vizir de Sultan Sulcyman en 1533 (Ramberti, f° 135).
marché avec le patron pour nous faire conduire à Venise, car il nous avait dit qu'il chargeait pour cette ville. De là j'admirais avec grand plaisir tous ces vaisseaux ; les banderoles et les pavillons plantés sur les poupes et aux bordages et aussi à la cime de la grande vergue, flottant au vent d'une douceur estivale qui soufflait alors délicieusement, réjouissaient vivement nos regards. A la couleur on reconnaissait à quelle légion de spahis était la galère, car il y en a six sous différents capitaines, et elles portent le blanc seul, te rouge, le jaune, ou le rouge et le jaune ensemble; et ainsi de toutes les autres. Méhémet-pacha avait armé une galéace et douze galères qui portaient toutes blanc et incarnat. Semblablement toutes les autres avaient leurs couleurs particulières.
On n'entendait aucun bruit de tambours, de/ trompettes, ni de cris insolents comme on en entend non seulement dans les armées chrétiennes, mais même dans les conventicules des plus révérends Pères : ce qui arrive non pour ce que les Turcs manquent de bravoure, mais pour le respect qu'ils portent à leurs capitaines et supérieurs.
De tout Constantinople et des lieux voisins venait un tel concours de peuple que c'était effrayant à regarder. Et non seulement les amis prenaient congé l'un de l'autre ; mais aussi les enclines se faisaient porter en barque et allaient souhaiter bonne fortune à leurs amoureux favoris, avec tant de larmes et
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des paroles si vives qu'un rocher s'en serait fendu de pitié.
Il était un peu moins de midi quand Ali-pacha, monté seul sur un caïque de sept rames, se fit porter le long du rivage où toutes les galères étaient ancrées, faisant signe de la main de larguer les voiles, ce qui fut exécuté en un moment. Alors on entendit quelques tambours de basque et quelques flageolets turcs qui auraient mieux convenu pour danser à la campagne sous l'orme que pour réveiller les cœurs des soldats. Mais les Turcs s'en soucient peu, car c'est avec des jurons et des cris épouvantables qu'ils courent au combat et ils usent de ces instruments plus pour se divertir que pour autre chose.
On entendit le signal du départ, donné du sérail du Grand Seigneur par trois ou quatre canonnades; avant toutes les autres cinq galéaces levèrent l'ancre, grandes comme des châteaux; elles marchaient de conserve à toute vitesse; arrivées au Sérail, elles firent une salve, déchargeant toutes leurs bouches a feu, puis s'en allèrent au large. Derrière ces cinq galéaces vint Piali-pacha avec son fils, et l'avant-garde ; puis Ali, l'amiral, avec la bataille, mais sans ordre.
Ces galères se déployèrent de façon à occupertout le canal et former une escadre vers la pointe du Sérail, et elles déchargèrent leurs canons comme avaient fait les mahones, qui étaient déjà à une bonne distance en avant. Une fois celles-ci parties,
Hassan Aga, renégat vénitien, leva l'ancre avec l'arrière-garde, et après avoir fait la salve au Sérail, ils jetèrent l'ancre aux Sept-Tours, où pendant tout ce jour resta la flotte, qui était de cent cinquantesept ou au plus cent soixante galères et cinq mahones. Mais dans l'Archipel doivent s'y joindre les gardes de Négrepont, de Rhodes, d'Alger, de Tripoli et de Chypre ; et dans le port de Constantinople il y a encore quarante galères et neuf mahones venues nouvellement de la mer Noire, que l'on pare en toute hâte; en sorte que cette flotte sera très puissante et terrible. Chaque galère porte un chevalet et tout ce qu'il faut pour assiéger une cité, et il est à croire que cette année la Pouille aura fort à faire, à moins que le mistral ne défende ses rivages contre la fureur de ces Musulmans.
La nuit qui suivit le départ de la flotte, dix galères rentrèrent dans le port deConstantinople, et il y en avait une qui avait brisé son éperon, ce qui me paraît un très mauvais présage. Dieu veuille qu'il nous soit favorable.
Après le départ de tant de milliers de soldats, Constantinople resta vide de bravi et on pouvait aller en sûreté dans les Bezesten et autres lieux publics sans janissaires. A peu de jours de là arriva un fait aussi remarquable que tout ce qui s'est produit en ces contrées depuis bien des années.
Ce fut un certain prêtre ou docteur turc, très versé dans la loi de Mahomet et de grande autorité auprès
idu peuple, qui depuis longtemps déjà allait par la (Servie et la Bosnie, enseignant et prêchant la loi du 45 v. 'Christ; et il avait déjà conquis un très grand nombre
de disciples. Aussi la chose s'ébruita et fut rapportée àMéhémet-pacha; il écrivit aussitôt au docteur très courtoisement, le priant de vouloir bien venir le voir afin qu'il pût avoir sa part de ses saintes révélations et apprendre de lui ce qui était nécessaire à son salut ; de plus il lui envoya de très grands présents. Le docteur, ou bien excité par ces paroles feintes et simulées, ou alléché par les présents, ou mû d'un vrai zélé, vint à Constantinople, accompagné cependant de nombreux partisans. Mais le prudent pacha, feignant tantôt une chose, tantôt une autre, ne lui voulut parler avant que la flotte eût fait voile, car il savait de façon certaine que presque tous ses disciples étaient des janissaires et autres qui allaient s'embarquer pour l'expédition. Donc lorsque le moment parut opportun au pacha, il fit venir le docteur et lui demanda si ce que tant d'envoyés lui avaient rapporté au sujet de sa doctrine était vrai.
Le docteur, sans s'effrayer, mais enflammé d'un divin courage, non seulement répondit que oui, mais commença hardiment à démontrer les erreurs évidentes de Mahomet, en protestant que le Christ était vrai Fils de Dieu, crucifié pour le salut des chrér tiens. Le pacha, tout brûlant de rage, le fait mettre en [prison et ordonne que dans deux jours il soit lapidé /dans l'Hippodrome comme hérétique et perturbateur
de la tranquillité publique. Mais la chose ne put être tenue si secrète que quelques sectateurs du docteur ne vinssent à le savoir, lesquels pour le délivrer de la mort se réunirent en bon nombre à l'Hippodrome le jour fixé pour le martyre du pauvre docteur. Et malgré les efforts qu'ils firent pour cacher leurs projets, néanmoins le pacha se douta de quelque chose à l'heure même de l'exécution. Il envoya en toute hâte un tchaouch à la prison, en lui commandant que sur le lieu même où il trouverait le docteur, il lui coupât soudain la tête pour la lui apporter. Le tchaouch, désireux d'obéir, court à la prison et trouve le docteur déjà dans les mains des ministres de la justice qui le menaient au supplice. 11 le fit arrêter, lui coupa la tête et la porta en volant au pacha. C'est ainsi que furent rompues les entreprises des fidèles disciples. On calma le peuple en disant que c'était un tchaouch qui, en faisant passer des avis aux Chrétiens, avait été cause, l'an passé, de la perte et ruine de la flotte.
Mais ce qui rendit la mort de ce saint homme plus remarquable fut qu'un janissaire de ses partisans, assistant à sa mort et voyant qu'il était mort constant dans sa foi, fut poussé d'un zélé effréné et s'écria qu'il voulait mourir et par sa mort être un perpétuel témoignage au monde entier de l'innocence de son maître. Et en finissant ces paroles il s'enfonça le couteau dans la bouche, tout en baisant les pieds du mort. Il mourut sur-le-champ, en disant qu'il y avait
à Constantinople plus de cinq cents janissaires ou rautres de sa foi. Et on dit qu'il y en a déjà beaucoup d'emprisonnés pour la même cause, mais, pour ne f pas donner à penser au peuple, ils ne les font pas mourir en public; de nuit ils les jettent dans la mer sans plus de bruit1.
Ces choses sont très remarquables, d'autant plus qu'on n'a encore jamais vu en Turquie un seul martyr chrétien \ et il est à croire que cette semence,
i . Notre auteur n'est pas le seul à nous parler de la diffusion de ce singulier christianisme turc. Barbaro donne même sur cette secte des renseignements fort précieux (p. 375) : après avoir énuméré les diverses hérésies musulmanes, il ajoute : < Ma oltre tutte queste, è entrata in questo impero, e massimamente nella parte di Europa abitata da' cristiani,un altra per loro pericolosa opinione, la quale si accosta assai alla nostra, poichè predicano Cristo per Iddio e Redentore ;ied ha questa predicazione fatta impressionetale, che dette già occasione a quelle cosigagliarde esecuzioni, che mi ricordo d'avere scritto, sofferte con moka costanza da quelli che furono fatti morire, affermandosi che molti delli grandi délia Porta erano nella stessa opinione ». Déjà, sous le règne de Sultan Suleyman, Kabiz, l'un des oulémas, fut misàmort, en 1528, pour avoir enseigné la supériorité de Jésus sur Mahomet. M. Abel Lefranc pense que c'est à ce personnage que fait allusion Marguerite d'Angoulême, dans le III0 livre de ses Prisons {Dernières poésies, p. 255 et n. 1). Marguerite nous donne d'amples détails, qu'elle tenait de l'ambassadeur La Forest : un docteur turc avait baptisé treize de ses compatriotes ; le sultan les fit tous martyriser l'un après l'autre, à des jours différents; leur maître, après huit jours d'atrcces tortures, mourut sans faiblir, et six mille assistants embrassèrent sa foi ; le sultan en fit tuer cinq cents; puis, voyant que les persécutions qu'on dirigeait contre eux ne faisaient qu'augmenter leur nombre, il défendit de les rech.'rcher; on se contenta de jeter secrètement à l'eau ceux qui prêchaient le Christ en public.
2. Les victimes dont parlent du Fresne et Barbaro n'étaient pas véritablement des chrétiens, soumis au régime spécial des giaours, mais bien des musulmans qui, au lieu de s'en tenir sur Jésus à la pure doctrine
pour petite qu'elle soit, produira de grands fruits. Et puisque toute chose marche vers sa fin, il est temps aujourd'hui que cette monarchie, qui depuis trois cents ans a toujours été en augmentant ses victoires par toutes les parties du monde, s'approche de sa chute, arrivée qu'elle est au faîte où elle pouvait aspirer : car le Turc est seigneur de trois langues si grandes que chacune d'elles contient de nombreux royaumes et provinces, savoir la grecque, la slave et la turque ou arabique1, qui diffèrent entre elles non seulement par les mots, mais même par les lettres. Cela prouve une puissance énorme et une étendue de domination presque inestimable, sans ajouter que les finances du Grand Seigneur sont administrées avec une telle fidélité qu'il donne chaque jour une paie de guerre à neuf cent mille personnes2.
Et il gouverne de telle façon tant de peuples si divers de langue, de religion et de costume, qu'il semble que tout son empire ne soit qu'une seule et même cité, tant est grande la paix et l'obéissance qui régne J dans toutes ses parties.
La fatigue d'un long séjour, contraire aux projets
de Mahomet, admettaient deux opinions hérétiques: la divinité du Christ et la Rédemption.
i. Nulle part du Fresne ne semble avoir soupçonné que le turc et l'arabe sont deux idiomes très différents; ceci est assez bizarre pour un contemporain éclairé de Postel.
2. Zinkeisen, t. III, évalue le nombre des cavaliers que le sultan pouvait armer au début du xvito siècle à 565,000 et celui des fantassins au moins à 300,000: il faut y ajouter les reis et les azabs.
que nous formions en nous embarquant pour Raguse, balançait si bien notre allégresse que nous ne pensions plus qua hâter notre retour autant qu'il se pourrait. Aussi trouvant un navire marseillais prêt à faire voile pour Venise, nous résolûmes de ne pas perdre cette occasion de voir ce fameux Archipel et d'éviter les fatigues du voyage de terre et aussi le péril de la peste, qui, en cette saison, éclatait chaque jour dans ces poudreux caravansérails. Nous considérions qu'il serait bien plus louable de nous montrer intrépides dans les fortunes marines comme dans les terrestres, que défaire deux fois une même route, chose insupportable à gens curieux.
Le marché fut donc conclu avec le patron du navire Sainte-Marie-Saint- Elme, appelé Dominique Napolon, à six écus par tête et par mois pour le passage et la nourriture. Celui-ci, après nous avoir fait bien des contes et des mensonges à la marinière, vint enfin le 8 juin enlever nos bagages, promettant de lever l'ancre dans quelques heures.
Comme depuis plusieurs jours nous ne désirions autre chose, nous fûmes aussi joyeux de cette bonne nouvelle que si nous avions déjà été transportés sur l'autre rive. Nous prîmes congé du Révérendissime et Illustrissime seigneur Ambassadeur, lequel nous montra alors par ses très aimables paroles (comme auparavant il l'avait fait par ses actes) combien nous lui étions chers. Il nous munit de mandements très étendus du Grand Seigneur ; il nous recommanda
comme ses propres fils à Jean Rousset, commandataire ' de notre navire, puis nous donna notre congé. Il nous fit présent de biscuits muscats et de quelques-uns des pains que lui cuit le boulanger du Grand Seigneur. Bref il nous témoigna tant de courtoisie que nous partîmes tous avec un extrême désir de chercher tous les moyens à nous acquitter d'une si grande obligation, remerciant Dieu des nombreuses faveurs que nous avions reçues d'un si charmant personnage. Enfin, après lui avoir baisé la main et lui avoir souhaité toute félicité, nous partîmes, et, accompagnés de toute sa maison, nous vînmes au rivage, où nous trouvâmes la barque du navire qui nous attendait ; après mille embrassements et protestations d'amitié réciproque, ils s'en allèrent en témoignant le chagrin qu'ils éprouvaient avoir partir tant d'amis. Et nous, au contraire, quoique sentant quelque peine à nous séparer de ceux que nous avions pratiqués pendant tant de mois, nous ne pouvions cacher le grand contentement que nous procurait ce départ. C'est dans cet état d'esprit que nous nous embarquâmes, à près de vingt-deux heures, en nous recommandant toutefois à la clémence éternelle, afin qu'elle nous gardât des périls de la mer, des corsaires et autres fortunes,
1. Le comandatario est une personne à qui des marchandises ou même un navire sont confiés par le propriétaire, lorsque celui-ci ne veut pas luimême prendre la mer.
i5o VOYAGE DU LEVANT
comme jusqu'à cette heure elle nous avait très heureusement gardés.
Nous restâmes tout ce jour sur le pont et, le soir venu, nous soupâmes gaiement; mais la nuit nous parut bien plus ennuyeuse que le jour, car il nous fallut dormir tous dans u ne étroite chambre de poupe, par ces temps d'été où la poix échauffée nous incommodait de son odeur fétide, sans parler de mille autres désagréments et incommodités.
Le jour suivant, 9 juin, nous levâmes les ancres, mais par un très grand calme : avec l'aide du courant du Bosphore notre chiourme nous remorqua jusqu'aux Sept-Tours, qui font un coin de Constantinople.
Ce ne sont pas ces tours antiques faites, d'après les auteurs, avec un si grand art, qu'en jetant une pierre dans la première toutes les autres répondaient en manière d'écho; celles-ci sont construites par les Turcs et ceintes de murs comme un château, et l'on dit que le Grand Seigneur y tient une partie de son trésor1.
Après midi le vent se leva et nous fîmes voile vers San-Stefano, bourg grec où, par la négligence de nos patrons, nous restâmes jusqu'au 15 juin, en trouvant très difficilement des vivres. De là, côtoyant sans cesse un rivage fertile et riche, nous arrivâmes
1. Sur les Sept-Tours, Palormo, etc., voy. Texier, Asie Mineure. Sur Palormo en particulier et ses vignobles, voy. Chytraeus, Oratio de statu tcclesianim in Graecia, p. 254.
à Silivria, où j étais déjà passé en allant à Constantinople ; nous y restâmes quelques jours, pour charger et mettre à la cale des balles de laine. Finalement, après un séjour très ennuyeux, on hissa la voile le 20 juin par un vent assez gaillard, vers minuit, dans l'espoir de passer sur l'autre côté de la Propontide à Palormo ; mais le jour venu, il fît une telle bonace que non seulement nous étions en doute d'y pouvoir arriver ce jour-là, mais nous craignions encore que ce grand courant ne nous portât malgré nous vers les Châteaux. Sur le soir le vent tourna en notre faveur, et après avoir passé les trois îlots arides ou plutôt les écueils dits de Saint-André, nous entrâmes par une bouche large de trois milles dans un golfe ou mieux un canal beau et riant, de toutes parts environnéde ri :hes collines et de vallées fécondes, et nous jetâmes l'ancre à Palormo, bourgade grecque où l'on voit les restes d'un môle qui^ formait un petit port. Nous y apprîmes que la flotte turque était partie des Châteaux le 16 juin.
Le 23, nous séjournions à Palormo pour charger, lorsque nous découvrîmes douze galères turques, qui vinrent mouiller près de nous et nous entourèrent de tous côtés. Nous étions en grande crainte à cause de ces azabs et autres canailles de galère, qui ne se soucient guère des mandements du Grand Seigneur, mais trouvent mille moyens de tirer argent des pauvres giaours ; cependant ils ne nous firent aucun déplaisir ou ennui, mais restèrent dans
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le port avec une modestie telle qu'on ne peut le croire sans l'avoir vu ; et si par hasard l'un d'eux s'était mis en faute, il était aussitôt mené sur la capitane et, étendu sur la coursie1, il recevait de bonnes bastonnades, selon l'importance de sa faute.
Le 24, Jean Rousset, commandatairede notre navire, nous apporta la nouvelle de l'élection de Monsieur au trône de Pologne, faite à Varsovie le 20 mai '. Une si bonne nouvelle nous fit célébrer la Saint- Jean avec joie et allégresse; mais comme nous ne pouvions en faire démonstration publique, nous commençâmes avec des vins de Palormo à porter les santés de nos seigneurs et amis de Constantinople, de la part desquels Rousset nous apportait plus de trente mille saluts, ce qui en ces lieux solitaires nous était une bien grande consolation.
Tout ce jour, les galères turques restèrent à Palormo à charger du biscuit pour la flotte : on en ap-
1. La coursie, dit Jal, est un passage établi au milieu d'une galère, pour aller de la poupe à la proue, un couloir de deux pieds de large, composé de planches fixées entre les deux rangées de bancs du navire à rames, et de planches verticales qui faisaient de chaque côté une muraille haute d'environ deux pieds. Jal cite un texte du P. François, Merveilles de nature (1629) : « Là entr'autres se pourmène le comité quand on vogue, pour fouetter à coups de nerfs de bœuf ceux qui ne manient l'aviron comme de raison ».
2. L'élection avait eu lieu le 21 mai, et la première nouvelle en était parvenue à Constantinople le 4 juin (Charrière, t. III, p. 350 et suiv.). Mais elle fut sans doute tenue secrète pendant quelques jours, puisque du Fresne et ses compagnons, partis le 8 de Constantinople, n'en savaient rien encore.
portait de tous les lieux voisins. Et les telismans ne manquaient pas, à l'heure habituelle, de crier l'oraison sur la proue de la capitane, comme ils le font sur les minarets élevés des mosquées dans les grandes villes. Et la prière finie par le prêtre, toute la foule, criant trois fois, répond : « Hou, Hou », ce qui veut dire « Esprit de Dieu », montrant même dans les expéditions militaires combien ils sont diligents à observer leur loi.
Le matin suivant, ilslevèrent l'ancre, à notre grande satisfaction; voyant le rivage libre, nous allâmes à terre et nous cherchâmes les fontaines, les collines et les plaines, chassant avec soin les pensées qui auraient pu nous causer quelque ennui, tantôt avec des fruits frais et nouveaux, tantôt avec de jolies fleurs; et, pour dérouler plus à l'aise le fil de nos gracieux entretiens, à la chaleur de midi nous descendions dans les plus profondes parties de quelque ombreuse et verdoyante vallée, baignée d'un ruisseau frais et cristallin, dont l'agréable murmure nourrissait doucement le vif souvenir d'amours ardentes dans le cœur de ceux qui avaient autrefois éprouvé quelle chose c'est d'être amoureux. Nous passâmes de la sorte tout le temps qu'il nous fallut rester à Palormo, dont le territoire est très abondant et très agréable : le coton y pousse en grande quantité, le blé n'y manque pas et il y a d'excellents vins blancs. Mais les habitants, outre qu'ils sont pauvres et mal à leur aise, sont de plus tous Grecs, c'est-à-dire ignorants
et orgueilleux, si bien qu'il est vain d'espérer d'eux compagnie ou courtoisie aucune.
De l'autre côté du canal de Palormo se voient les ruines d'une grande et magnifique cité, peut-être anciennement Cyziqueàmon avis, quoique le vulgaire l'appelle Troie ; jusqu'à aujourd'hui on y trouve beaucoup de colonnes et des morceaux de marbres très fins qu'on réserve soigneusement pour orner les mosquées, bains et autres édifices publics1. Dans ce canal de Palormo, quoiqu'il soit étroit, cependant si grande est la différence de terrain, que sur la côte de Palormo le vin se vend 9 et 10 aspres le métro, et sur l'autre côte, comme il est de qualité très inférieure, on en a pour 5 et 6.
Nous sortîmes de ce canal de Palormo avec une brise assez favorable le 7 juillet, et le matin nous trouvâmes à la bouche du golfe l'île de Marmora", ainsi nommée de la quantité des marbres qu'on en tire. Quelques-uns veulent que le marmor Parium célébré par les auteurs anciens se prenne dans cette île, mais le Parium promontorium n'en est pas très éloigné, et il faut bien que Marmora soit l'île que les Grecs anciens appelaient ripr/ivr^oc.
Nous cheminâmes tout ce jour et le jour suivant presque continuellement en bonace, côtoyant le rivage d'Anatolie qui est beau et fertile, mais le soleil