‹ Le voyage du Levant. Publié et annotéChapitre 51 sur 68 · VO · texte numérisé non relu

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i6o VOYAGE DU LEVANT

ou le matin à l'aube, il nous conduisait par tout le pays environnant qui est très abondant en toute sorte de fruits, principalement en vignes, lesquelles s'aperçurent bien des fois que nous goûtions le doux jus de leurs raisins.

A travers ces plaines court le petit fleuve Simoïs, qui en cette saison est tout à sec et a perdu son nom ; mais nous le reconnûmes en le voyant seul dans toute cette grande plaine où toutes les cartes grecques marquent le Simoïs1.

Pendant notre séjour dans le détroit de Dardano, à peine se passait-il une demi-heure sans qu'y arrivât quelque bateau, lequel, bien qu'envoyé par le Grand Seigneur, carguait les voiles et ne partait pas sans la permission du châtelain. Mais ceux qui vont vers Constantinople, turcs ou chrétiens, passent sans difficulté et on n'y fait aucune recherche; ainsi se voit facilis descensus Averni, mais c'est une chose très difficile d'en sortir, comme nous en avons bien fait l'expérience. Nous étions déjà au moment de faire voile, lorsque arriva un maudit Grec de Gallipoli, avec un janissaire et d'autres Turcs qu'il avait apostés pour affirmer devant le cadi du bourg des Châteaux que nous étions des esclaves rachetés ; comme il avait certain privilège du Grand Seigneur, en vertu duquel les esclaves rachetés, venant à ce détroit des Dar-

i. La carte de Sophianos fait déboucher le Simoïs un peu au sud d'Abydos. Voy. plus loin.

danelles, sont obligés de lui payer une taxe, il nous cita en jugement pour tirer de nous cette somme. Nous allâmes gaiement devant le cadi avec notre mandement du Grand Seigneur en main, et l'ayant trouvé qui siégeait au milieu des plus apparents du bourg, nous le lui présentâmes.

Il le prit et dévotement le baisa, puis en signe de grand respect le porta à son turban ; il le fit lire publiquement par un télisman qui était assis près de lui, et après avoir entendu en détail combien le Grand Seigneur nous favorisait dans ce mandement — car il nous donnait congé de porter le turban quand il nous plairait, sans crainte d'être recherchés par aucun de ses sujets ou officiers — alors ledit cadi nous fit de grands honneurs et nous adressa des paroles très courtoises. Le raspenin ' manavara (?) grec, tout enragé, s'en retourna à Gallipoli avec ses faux témoins, et nous, délivrés de cette calomnie, joyeux et gais, nous dirigeâmes nos pas vers notre navire, non sans avoir payé 42 aspres au secrétaire, qui voulut avoir la copie de notre mandement.

Le 18 juillet, ayant fait savoir aux agents de l'impôt que nous voulions partir, ils vinrent faire la visite, qui coûta au navire 36 ducats d'or. Et non seulement les bagages furent visités, mais encore on dénombra toutes les personnes, car si l'on en avait trouvé plus qu'il n'était porté sur le mandement, ils

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