Préposé à la douane
ruiné l'an passé par la flotte turque1 qui se réfugia ici, étant vivement chassée par la flotte chrétienne. Mais celle-ci ne voulut pas courir le risque d'être fracassée par l'artillerie qui est sur un rocher qui ferme le port de Modon du côté de l'orient. Ils se retirèrent sans rien faire, peu vaillamment, au dire des Turcs.
Ensuite cet émin nous mena en un beau jardin. Si beau et si agréable qu'il fût par la multitude des orangers, grenadiers, cèdres, figuiers, pêchers et autres arbres et par son puits frais, les fatigues endurées pendant nos longues et pénibles bordées nous le firent encore estimer au-dessus de sa valeur. Pour se faire idée de notre joie, arrivés après tant de misère en un lieu si charmant, il faut s'imaginer la plus grande gaieté et satisfaction qui puisse entrer dans une tête humaine. Je sais fort bien que les vins grecs les plus parfaits ne semblent pas plus savoureux au palais des délicats, que nous parut à cette heure l'eau du puits, car nous avions souffert d'en être privés depuis bien des jours.
Nous restâmes dans ce bostan jusqu'au soir et fîmes collation avec l'émin, étendus sur des tapis d'Alexandrie, sous l'ombre odorante des orangers verts et jaunes. Au milieu de nous fut déployée une nappe de cuir ronde, puis on apporta de la maison de l'émin une pastèque et un fromage de Marseille
i. La flotte de Vlachi-Aly. Ces mouvements des Turcs en 1572 et 1573 sont peu clairement expliqués par de Hammer. Le grand armement de 1575 n'aboutit d'ailleurs à aucun résultat décisif.
et du pain frais, auquel nous fîmes grande fête : car la soif fait paraître l'eau délicieuse.
Pour le site de Modon, elle est placée dans une plaine baignée par la mer au midi et au levant, où il y a un môle qui peut enfermer vingt galères ; mais en dehors du môle on peut encore être en sûreté au rivage, en sorte que l'année passée toute la flotte turque s'y retira.
A la pointe de cette terre est une tour baignée par la mer de toutes parts, excepté de celle qui la réunit à la terre, et où toutes les nuits on fait la garde, en criant toutes les heures, comme c'est l'usage en beaucoup de lieux de la chrétienté. Les murailles de Modon sont bien garnies de canons ; à des intervalles fixes il y a des tours carrées comme à Constantinople. Modon est de forme carrée et elle a été autrefois plus grande qu'elle n'est, comme on peut facilement en juger par les ruines des murs antiques qui se voient hors de la ville. Vers la terre ferme est un château, presque en forme de citadelle, qui la rend très forte de ce côté.
Sur la porte qui regarde vers le môle on voit encore maintenant un Saint-Marc, témoignage des pertes des chrétiens et des victoires des Turcs. Hors de la ville on voit encore un beau pont de pierre, fait par les Vénitiens, mais l'eau qui passe dessous était sèche en cette saison1. Près de ce pont il y a
1 . De cette description rapprochez celle de Leake (Morea, vol. I, p. 429 et suiv., cité par Smith, art. Met boue) : « Off the outer end of the town is the
même un très beau puits, orné du lion vénitien. De la ville beaucoup d'ânes y viennent charger de l'eau qu'on revend ensuite à ceux du château, ce qui prouve qu'on doit en manquer dans les murs de Modon. Les chrétiens, comme j'ai déjà dit, ont leur bourg hors de Modon ; il n'y a que les Turcs et les Juifs qui lestent dans la cité.
Modon est gouvernée par trois agas : l'un est aga du château, l'autre des janissaires, le troisième des azabs ; ils siègent tous trois ensemble, tout le jour, à la porte de la ville, pour rendre raison à chacun.
Le 7 août, vint à Modon une galiote de la flotte qui nous dit que la flotte était partie trois jours avant du port de Fughères et cinglait vers l'Abruzze, ayant reçu du Grand Seigneur l'ordre de rencontrer la flotte espagnole si c'était possible, ou d'aller où ils pourront combattre le roi d'Espagne, en pillant et saccageant tous ses pays, comme ils ont déjà fait plusieurs fois.
Le 9 août, vint une galère de Constantinople qui allait en course. Dieu par sa grâce nous garde de ses mains!
Le i o, arriva à Modon une galère capitane de Méhé-
little insulated rock which Pausanias calls Mothon... : it is now occupied by a tower and lantern, which is connected by a bridge with the fortification of Mothoni. A mole branches from it... » Elle fut occupée par Venise dès ii 24; sur \&pia%ia s'élève encore la colonne qui supportait, depuis 1493, un lion de Saint-Marc (Canaye signale même un Saint-Marc sur l'une des portes). Les Turcs s'en emparèrent en 1498.
met-pacha; elle revenait de la flotte avec une mahonne qui, par suite de la tempête qu'elle avait essuyée en mer, avait perdu sa grand voile et brisé son mât; et ainsi fort mal en point, ne sachant plus dans une pareille tempête où était allée la flotte, elle s'était enfuie à Modon pour se remettre en bon état et apprendre des nouvelles.
On parlait diversement de la flotte. L'un disait qu'elle avait jeté l'ancre en Calabre, l'autre au contraire qu'elle était dispersée çà et là, après avoir eu beaucoup à souffrir du vent.
Le 14 août arriva à Modon Memingchiaia, corsaire qui venait de Barbarie avec sa capitane, trois autres galères et trois galiotes ; aussitôt il apprit par une galiote que toute la flotte était à Prevesa1, et que s'il n'y allait dans les sept jours pour y trouver le Pacha, il le trouverait en terre de chrétiens. Aussi partit-il le 19, de nuit; il avait espalmé la veille à l'île de Sapienza, en face de Modon.
A 8 milles de Modon est le château de Navarin, placé sur une colline assez haute, avec un beau port. Aussi le Grand Seigneur y fait-il construire une ville pour la commodité de ses flottes, et il la fera entourer de murs comme Modon, afin que de là il puisse plus facilement envoyer du monde pour inquiéter l'Italie.
Pendant que nous restions à Modon, attendant le