L'Amphipagos de Ptolémée, pointe sud de l'île
galères y sont très en sûreté, à cause de la commodité qu'on y a d'attacher les amarres en terre1.
Ce même jour, qui était le 15 septembre, la flotte turque s'en vint à Mariera, Phalacrum promontorium, à 30 milles de Corfou2. Aussi nos marins, ne se fiant pas trop à leurs lettres du Grand Seigneur, résolurent de ne pas quitter Corfou jusqu'à ce qu'elle fût passée plus avant.
Nous descendîmes donc dans l'île. Nous logeâmes dans le bourg en une hôtellerie qui, bien qu'elle fût en mauvais état et pas encore réparée du désastre qu'avec tout le bourg elle avait souffert des Turcs l'an passé3, pourtant nous parut très magnifique : car nous y vîmes des tables et des lits à la chrétienne, chose étrange pour nous qui depuis si longtemps avions l'habitude de dormir et manger à la turque.
Nous fîmes visite au clarissime provéditeur Francesco Gritti4, qui nous reçut courtoisement. Il nous offrit son palais pour logis et tout ce qu'il pourrait faire en notre faveur; puis il commença à nous questionner en détail sur ce que nous avions vu en Orient, et très satisfait du récit que nous lui en faisions, il
1. Bibl. Nat., Gêoç., B, 1707, carte 155 : « Isola diCorfà. In Venetia appressoG. Fr. Camocio 1568 » ; on voit sur cette carte une vignette représentant le château et le môle. De même, ibid., 157, et une autre de Bertelli, 1564 (C. 18997, carte 63). — Corfou s'était donnée aux Vénitiens dès 1386. Elle fut assiégée par Barberousse en 1537.