Sirwan-pacha fit plusieurs incursions dans l'île
4 Élu bayle de Corfou le 16 décembre 1571, il y resta jusqu'au 21 mars 1574 (Hopf, Chroniq. grèco-rom., p. 394).
louait vivement notre philosophique et vraiment chevaleresque voyage. Le seul témoignage d'un tel homme suffit à balancer les vains bavardages des sots qui, stupidement et sans aucune raison, se moquent de nos rares entreprises et louables fatigues : ils ne savent pas que le biscuit rongé par les vers et l'eau poudreuse plaisent plus aux esprits élevés, pour accomplir leurs nobles desseins, qu'aux palais délicats des épicuriens les grives et les perdrix pour la satisfaction de leurs sens et de leurs convoitises bestiales.
L'île de Corfou mesure environ 120 milles de tour, et a beaucoup de golfes où les bateaux sont très à l'aise. Elle regorge d'oliviers et d'orangers, mais à ce que j'ai pu voir elle est peu cultivée parce que les habitants sont paresseux ; ce sont vraiment sponsi Peneîopes nebulones Ahinoique ; car c'était autrefois Corcyre, royaume d'Alcinoùs.
La ville de Corfou est sur les pentes d'un mont triangulaire, baigné naturellement de deux côtés par la mer ; du troisième côté, par l'artifice des Vénitiens, elle est séparée du reste de l'île par un double fossé et des murs et bastions extraordinaires. Là réside le provéditeur ou bayle de l'île, qui est le supérieur de tous les autres capitans, et qui règle et ordonne tout. Là sont aussi tous les soldats de Saint- Marc, fantassins et cavaliers, soit dix-huit compagnies. Les marchands et tout le peuple vivent dans les bourgs, qui ne sont pas ceints de murailles ; ils sont assez grands, mais ruinés en bien des endroits par
les Turcs, qui l'année de leur déroute de Lépante eurent l'audace, avec cinq cents chevaux, de descendre dans l'île et de saccager et incendier ces bourgs à la barbe d'une si grande forteresse : non sans grande honte pour ses défenseurs.
Dans la ville il y a d'excellentes citernes en cas de besoin et d'abondantes provisions de tout ce qu'il faut pour un très long siège. Il y a environ sept cents pièces d'artillerie, et parmi elles quelques-unes qui portent jusqu'en Albanie. Il est à croire que, puisque déjà Sultan Solyman ne put avec une si grande armée se rendre maître de ce lieu, il est maintenant du tout inexpugnable.
La montagne ou rocher, aux racines duquel est la ville de Corfou, se partage à la cime en deux pointes, presque deux cornes, l'une pourtant un peu plus basse que l'autre1. Sur ces deux cornes sont deux châteaux inaccessibles de tous côtés, car le rocher est par lui-même très ardu et les endroits par lesquels on pouvait jusqu'à un certain point monter, ont été par le soin des Vénitiens ceints de murs ou revêtus de terre ou taillés, en sorte que c'est chose admirable avoir. En chacun de ces châteaux est un capitan. Mais pour éviter les retards, il est interdit à celui qui est dans le plus haut château, qui regarde du côté de la ville, de descendre jamais en bas sous
1. Ce sont ces deux pointes, Kopuçù ou KopçoS, qui ont donné à l'île son nom moderne.
peine de mort, jusqu'à ce qu'il ait parachevé le temps prescrit par le sénat de Venise. Et souvent ils y restent près de sept ans de suite. En face des châteaux est un îlot appelé de Vido, plein d'oliviers, et tel qu'on donne cette charge à un gentilhomme plutôt comme punition que comme honneur1.
Le 19 septembre, le château le plus élevé tira un coup de canon et arbora une bannière, pour signaler à toute l'île qu'on découvrait la flotte turque. Alors tous les soldats et les galères qui étaient dans le port se mirent en ordre chacune à sa place. Mais la flotte s'arrêta ce jour-là à Botranto, à 9 milles de Corfou, anciennement Butrotum \
Le lendemain Hassan Aga, renégat vénitien très aimé du Pacha de la mer, et l'émin ou trésorier de la flotte, avec trois grands pavillons et deux autres galères sans pavillon, vinrent à Corfou et de loin firent la salve.
Les galères vénitiennes, au nombre de douze sous le commandement de Marco Quirini dit le Stenta, leur répondirent avec leurs canons. A la réponse on connut que les galères vénitiennes sont mieux armées de canons et ont des bombardiers plus expérimentés que les Turcs. Les capitans turcs montèrent sur la galère dudit Stenta et dînèrent ce jour-là chez lui. Plusieurs autres Turcs descendirent à terre.