T. VIII, p
}. Vcy. le Casaubon d 'Almeloveu , /. IL p. 649, ôjo, 651 , 6j4, 6j5, etc.; Ephém., éd. Russcl, î.I, p. 2. 7/, 152. etc. C'est aussi l'opinion de Gâches, ouvr. cité, p. 467.
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teri, il affirme toujours que sa conversion a été produite par la grâce et que seules ces conversions-là sont valables: « Comme fay esté inflexible à toute violence et contrainte, ainsi je favoriseray fous jour s ceux qui se résoudront pluslost à toute autre chose qu'à se laisser violenter en leurs cousciences1. »
Quoi qu'il en soit, la conversion de Canaye fut vite récompensée. Dès le 12 juillet 1600, par un brevet daté de Lyon, le roi l'avait appelé « pour servir d'ordinaire en son Conseil », avec six mille livres de pension. En 1601, il le nomma ambassadeur à Venise. C'est la correspondance relative à cette ambassade de six ans qui fut publiée après sa mort. Il montra dans ce poste les qualités d'un véritable homme d'État : il rétablit l'influence française en Italie et il eut la gloire d'apaiser le différend entre le Saint-Tère et la Sérénissime République. Le pape Taul Vlui adressa un bref de remer ciment, le 25 juin 1607 ~.
Rentré en France et au Conseil, il fut nommé commissaire du commerce et des manufactures. Au moment où se préparait la guerre de Juliers, le roi voulut l'envoyer en Allemagne, « mais en préparant son voyage il mourut dans sa maison à Taris en l'aage de cinquante neuf ans »,
1. Lettres et ambassade, livre 1, p. 149, 150, i$2, ijj, liv. II, p. 6, à Vilhroy; liv. 111, p. jj, au cird. d'Ossat, à propos de son propre neveu, dont on voulait brusquer la conversion ; p. i;6,à de Thon.
2. Voy. les Lettres et ambassade, et les Lett. miss., /. VIII, p. S 21 (à la République, 1$ avril 1602); t. V , p. 404 (à Rosny, 1601); ibid.,/>. J4S (à de Brèves, } mars 1602) et t. VI, p. 271, 272, t. Vil, p. 14c), 34S, 360.
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le 27 février 1610. Celle vie fort remplie avait donc été très courte, mais on peut dire que Canaye l'avait commencée de bonne heure, puisque c'est à quinze ans qu'il entreprit ses voyages. Déjà, à Venise, il se plaignait delà goutte; il fut enlevé par une congestion pulmonaire consécutive à une attaque dégoutte, si nous en croyons une épitaphe composée par Casaubon, qui s'était réconcilié avec son ami d'autrefois. Cette épitaphe rappelait les lointains voyages et les travaux scientifiques de Thilippe du Frcsne : « ... Adolescent ia longinquis peregrinationibus et multiplicibus linguarum ac scientiarum disciplinis exercitalissima. »
Il fut enseveli dans l'église de Fresnes. Sa femme Renée de Courcillon, file de René, de la maison de Dangeau en Beauce, lui avait donné trois fils, Frédéric, Casimir, Thilippe, qui furent tousd'épée, et trois filles, Marie, Madeleine et Renée1. Cest à cette famille que se rattachent le fameux jésuite Jean Canaye {1594-1670) et l'abbé Etienne Canaye (1694- 1782).
Ce court précis de la vie de Philippe Canaye nous a menés bien loin de son voyage au Levant.
En l'absence d'un manuscrit autographe, il ne nous
1. En dehors de celles qui sont conservées à la Bibliothèque nationale et que nous citons plus haut, le Briiish Muséum possède quarante-trois lettres de Canaye à Casaubon {plusieurs publiées par Russeï), et d'autres lettres se trouvent à la bibliothèque de V Institut [Collection Godefroy] .
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semble pas qu'il y ait de raisons pour contester l'authenticité du document que nous publions. Les détails que donne V auteur sur sa personne, ses premières années, ses parents et amis ne peuvent venir que de Canaye lui-même. Les dates qu'il indique, les renseignements qu'il fournit sur ses compagnons de voyage, Nouilles, Massiot, Montagnac, Germigny, Présault, concordent très exactement avec ceux qu'on peut extraire de la correspondance officielle de l'ambassadeur ' . A quelle époque cette relation fut-elle écrite ? Elle n'a certainement pas été composée au jour le jour, car c'est un récit qui se tient d'un bout à l'autre, et jamais l'auteur ne s'y exprime au présent 2; il avait certainement noté au passage, avec leur date précise, les faits intéressants, mais il prit la peine de fondre ses notes en un tout suivi. D'autre part, il parle toujours des événements qu'il relate comme si ceux-ci étaient récents, et il ne fait jamais allusion à des événements postérieurs. Lorsqu'il s'élevait contre la cruauté de Charles IX, lorsqu'il décrivait le caractère méprisable de Sèlim, lorsqu'il rappelait les souhaits dont ses compagnons de voyage saluèrent l'élection de Monsieur au trône de Pologne, il est indubitable que les deux premiers de ces personnages étaient encore vivants (Charles IX meurt le }o mai 15 74, Sélim le 12 décembre 157$) et que le troisième n'était pas encore roi de France. Il est, d'autre part, peu probable que Canaye eût songé à écrire son récit en italien s'il avait déjà regagné la France. Enfin, la prière même qui
1. Charrière, Négoc. de la France dans le Levant, /. III. 2. Sauf une fois, p. 143 : « ... cequi me parait i:n très mauvais présage ».
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ta mine Je manuscrit est tout à fait d'un homme qui vient à peine d'échapper aux périls d'un long voyage. J'incline donc à penser que cette relation fut écrite à Venise même, peu de temps après le 20 octobre 1573, en un temps où la mémoire de Canaye gardait encore toutes fraîches les impressions recueillies durant les douze mois qui venaient de s'écouler. Cette circonstance nous est une garantie de l'exactitude et de la précision de ses souvenirs.
Quelle est la place de cet ouvrage dans la littérature géographique du XVIe siècle? — L'Occident était alors très préoccupé des choses du Levant. Les recherches archéologiques, l'étude des langues et des religions orientales tournaient vers Constantinoplc et la Grèce V attention des humanistes; des intérêts commerciaux de premier ordre appelaient Venise, Gênes, Marseille dans l'Archipel et sur la côte d'Asie, Raguse dans la péninsule des Balkans ; la diplomatie surveillait de très près ce qui se passait à la cour du Grand Turc, les révolutions de palais, les dispositions des vizirs et des pachas, les progrès ou les reculs de la puissance ottomane, entrée, grâce à François 1"', dans le cercle des puissances européennes; les récits de captivité, les projets de croisade entretenaient dans l'âme populaire, avec de mystérieuses terreurs et de chimériques espérances, le désir de mieux connaître ce farouche ennemi du nom chrétien. 'De ces projets de croisade, le dernier avait paru réussir ; la victoire de Lépante avait secoué les âmes d'un véritable enthousiasme, même dans les nations et dans les groupes où l'on regardait comme une nécessité positive, et presque comme un dogme politique, le maintien de l'alliance avec le
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feuilles qui parut à Bâle, en 1552, avec un commentaire de Gerbel de P for faim ? Je pencherais plutôt vers la première hypothèse, car lorsqu'il parle de Sophianus, il ne cite jamais son interprète. Quoi qu'il en soit, il ne veut pas que le dessin un peu fantaisiste du géographe de Corcyre lui cache la réalité des choses, et il fait à la carte de Sophianus plusieurs corrections heureuses, dont la plus importante concerne la position de Philippopoli ' .
Il n'est pas un géographe de profession; Une se préoccupe jamais de déterminer les coordonnées d'un point, et sans doute il n'aurait pas su le faire. Mais son esprit délié note avec soin tous les phénomènes géographiques qu'il rencontre : il signale les catavothres dans les vallées de l'Herzégovine, il décrit avec soin les montagnes qu'il traverse, il marque, d'un trait précis, le caractère des îles de l'Archipel.
La géographie historique et l'archéologie sont pour lui des sciences familières : il recherche à Raguse le site d'Epidaure, à Spalato celui du palais de Dioclétien ; il visite avec soin, son Gyllius à la main, les monuments de Constantinople. Il fait d'ailleurs, dans ces recherches, preuve d'esprit critique, et il ne veut pas accepter la tradition, suivie pourtant par la plupart de ses contemporains, qui voyait dans des ruines romano-by^aniincs les débris de l'antique Ilion.
Mais plus encore qu'aux choses du passé, c'est aux réalités actuellement vivantes qu'il s'intéresse.
Il nous renseigne, par exemple, sur le commerce du Levant.