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Comme Venise était alors en guerre avec le Turc, Je commerce oriental était presque exclusivement entre les mains des Ragusans. Raguse profitait même de l'interruption momentanée du commerce vénitien pour faire en grand le trafic par mer; la douane de Raguse était montée, en 1^2, à 200,000 écus; l'oligarchie bourgeoise de cette ville avait une flotte d'environ soixante gros navires, qui faisaient des voyages annuels à Constantinople, à ^Alexandrie et aux Échelles* ; ils en revenaient chargés d'une telle quantité de marchandises que notre témoin « ne sait si les Vénitiens en ont autant ». Il est en effet croyable que, pendant ces quelques années, la concentration des denrées orientales fut plus considérable à Raguse qu'à Venise même. Car, en dehors des circonstances exceptionnelles qui favorisaient son commerce maritime, Raguse était depuis longtemps le principal point de départ des routes terrestres qui traversaient la péninsule des Balkans, soit dans la direction du Danube, soit dans celle du Bosphore et de l' Archipel; le tribut annuel que la république payait aux Turcs garantissait à ses caravanes et à ses nationaux établis en Turquie les avantages traditionnels que leur conféraient de nombreux traités, signés d'abord avec les souverains chrétiens et ensuite avec les sultans2. Il y avait aussi des négociants turcs à Raguse,
1. Sur leurs anciennes relations avec l'Egypte, voy. Hcyd, Commerce du Levant, /. /, p. 419 et t. H, p. yy.
2. Heyd, t. I, p. joy. Manuel Commèue accorde des franchises aux Ragusans, pour favoriser les ports de Dalmatie contre Venise. Les empereurs latins confirment ces franchises {peut-être aussi ceux de Nicée et de Trébizpnde, et les tsars bulgares). Michel Paléologue et Andronic II renouvellent ces privilèges. Traités concédés par
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puisque le sultan y entretenait un cmin, « capo ai mercadanti turchi ».
La principale route qui menait de ï '^Adriatique à Stamboul partait de Raguse{. Jl quelques heures de la ville on rencontrait les postes de douane de la république, puis ceux du sultan; on passait ensuite par Trebinje, Tcrnovil^a, le défilé de Vrata\, Prepolje et Noviba^ar. Ensuite on gagnait généralement Philippopoli par Nissa et Sofia. Ccst la route qui est suivie par Benedetto Rambcrti dans son voyage de 1534- C'était celle que suivaient les caravanes, composées d'environ trois cents bêtes, et protégées par une escorte deMauro-Vlaques.LesRagusans avaient des factoreries et même des colonies tout le long de cette route, et des courriers qui partaient de Raguse assuraient, depuis le XIVe siècle, les communications entre la côte et Vintérieur : ces courriers mettaient, au XVIe siècle, environ quinze jours pour aller à Constantinople. Laroutequils sidvaicnt était le plus souvent préférée par les ambassades qui ne voulaient pas entreprendre le voyage par mer. Cest l'itinéraire suivi par Jean Chcsneair. Cest celui de M. de Noailles dans ses deux voyages (d'aller et de retour) de 1572, et dans son voyage dejèvrier 1573. Cest alors que du Fresne raccompagna.
les princes serbes et bosniaques. Traités avec Moitrad II, 1430 et 1442. Nouveaux traités avec les Palcologucs de Constantinople et de Morte, (14S1), avec Mahomet II (14S0), Bayé^id II (14S1) et Silim 7er (ijiy). Le pape les avait autorises à conclure ces conventions.
1. Voy. Jirecek, Handelstrassen, p. jS, 74 et suiv., et Heyd, t. I, p. 338.