Voy. Scfofer, M. d'Aramon, p. 10-12, et passim
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.// est à remarquer cependant que, cette fois, on fit subir une légère modification à l'itinéraire le plus habituellement adopté : de Noviba^ar on ne marcha pas directement vers l'est par Nissa pour aller joindre la Marit\a à Sofia {suivant le tracé de la voie ferrée de "Belgrade à Constantinople), mais, traversant du nord au sudla plaine dcKossovo (ligne de Mitrovitxa à Salonique), les voyageurs atteignirent Scopia (UskuF), et c'est en passant au nord du Rhodope qu'ils arrivèrent sur la Marit\a, à Talarbazçirdjik. Ce crochet ne les faisait d'ailleurs pas sortir du réseau des routes suivies par le commerce des Ragusans, car ceux-ci possédaient une colonie très importante à Scopia, aussi bien qu'à Sofia*. Canaye était d'ailleurs parti de Venise sur un navire ragusan, et c'est che\ des marchands de Raguse qu'il loge à Novibaiar et à ^Andrinople.
Une autre route de terre pariait de Spalato^, mais à partir de Ternovit^a, elle se confondait avec la première. Il en est de même de la route qui partait de Cattaroet Dulcigno, et qui fut utilisée en 1560 parle Vénitien Marino Cavalli; par les défilés du Tchardagh, elle se dirigeait vers la plaine de Kossovo et Scopia, c'est-à-dire vers la route de Canaye3. Quant à la grande route de Belgrade à Constantinople (il y avait aussi à Belgrade une colonie de Ragusans), elle
1. Jirecek, p. 61, d'après tes Archives de Raguse; Matkovic, Starine, t. X, p. 2jy.
2. Voy. Caterino Zeno, Descriz. del viazo de Cost. 1550 (éd. Matkovic, Agram, 1S7S, p. 20} des Starine).
}. Voy. Alberi, t. 111, p. 2yy, où Cavalli donne avec soin son itinéraire, avec les distances en milles italiens. Matkovic, 1. c.,p. 247, donne une relation d'un compagnon de Cavalli.
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croisait près de Tatarbaqtrdjik la route qui venait de Raguse\
Çà et là nous trouverons dans notre auteur d'autres renseignements intéressant l'histoire du commerce : sur l'importance du marché d'Andrinople et sur les produits qui s'y vendaient, sur les cultures des Cyclades et de la côte d'Asie, etc.
Il étudie avec soin les populations qu'il rencontre sur son passage. Il essaie de tracer les limites de la Slavonie, de la ïMorlaquie; il note que, dans tel monastère, si la religion est grecque, la langue est slave; il décrit la coiffure des femmes bulgares, et les costumes qu'il a rencontrés dans les rues de Stamboul ou de Péra; il nous mène che\ le patriarche Jérémie Tranos, che\ l'historien Zygomalas ; il nous fait assister à un mariage hellène, à une circoncision , à un marché d'esclaves, aux fêles du Baïram, à la cérémonie du baise-main du Grand Seigneur. Il prend, chaque fois qu'il le peut, contact avec les populations, et c'est un bey de Barbarie qui lui expose la façon dont Charles IX aurait pu, à la turque, éviter les guerres de religion.
Mais, avant tout, il y a déjà dans ce jeune homme un véritable politique, soucieux d'étudier le gouvernement des Turcs. Il a la chance d'arriver en Turquie à une date particulièrement intéressante, deux ans à peine après la grande déroute de Lépante; il assiste à tout le travail de reconstitution entrepris par le grand-vi^ir Mehemed Soqolly-pacha.
i.Jirccek, Die Heerstrasse von Belgrad nach C, Prag, iSyj, in-8°.
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// voit construire les vaisseaux dans l'arsenal agrandi ; il assiste au départ de la flotte commandée par Piali-pacha. Plus tard dans ï Adriatique, il suit de très près les mouvements de cette grosse force navale, que d'ailleurs il ne souhaite pas rencontrer : les lettres du Grand Seigneur n'auraient peut-être pas été pour le navire qui le portait une sauvegarde suffisante.
Son jugement général sur l'empire turc est loin d'être défavorable. Il est très frappé de l'admirable discipline qui règne dans les troupes régulières, des immenses ressources du sultan en argent et en hommes. S'il met à son niveau, c'est-à-dire très bas, Sultan Séliin, il ne croit pas du tout à la ruine prochaine d'un empire qui est très intelligemment gouverné par des ministres de race chrétienne; il ne pense pas, comme beaucoup de ses contemporains, comme son ami La Noue l'écrira une vingtaine d'années plus tard, qu'une croisade suffirait à rejeter les Turcs en Asie. On peut même se demander s'il fait des vœux bien ardents pour la réalisation d'une semblable entreprise.
Ce huguenot est entré en Turquie l'esprit singulièrement libre de préjugés. Il est plus curieux qu'irrité des « délicatesse turchesche » qui attendent le voyageur au départ de Raguse, et il finit par trouver que les caravansérails ont du bon. Il s'indigne bien contre la « crudeltà turchesca », et ne peut comprendre des gens qui mettent leurs femmes en chartre privée et lâchent leurs bêtes fauves par les rues. Il reconnaît qu'avec quelques aspres on ferait aller un Turc au bout du monde, et qu'on peut acheter, en y mettant le prix, même la conscience d'un vizir. Mais cela ne l'empêche pas de
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reconnaître aux Turcs bien des qualités, au premier rang desquelles il place une vertu qu'on prétendait essentiellement chrétienne, la charité. Lorsqu'il parle de la foi de Mahomet, il ose, lui huguenot, appeler cette foi une religion, et pour lui c'est bien Dieu que les musulmans adorent sous le nom d'Allah; quand il raconte qu'en Turquie on ne rend pas un jugement sans qu'un mufti ait prononcé quelques prières et rappelé les juges terrestres au respect du souverain Juge, il qualifie cette coutume de « sauta et buona usanxa ». // peut donc y avoir quelque chose de bon, quelque chose de saint, che\ ces Turcs en qui les récits de Barthélémy Georgevii^, de Geufroy et de tant d'autres habituaient l'imagination populaire à voir des démons à face humaine. « Leur secte, écrira encore La Noue, est toute pleine d'impiété^ et de blasphèmes contre Dieu, et leur gouvernement la plus horrible et cruelle tyrannie qui fut oneques: estant dressée (ce semble) plus tost pour renverser les loix, la discipline et l'honnesteté que pour les maintenir. » Nous voilà bien loin des jugements de Canaye, esprit tout positif et pratique; et j'imagine qu'à Lausanne, vers 1587, les deux amis ne devaient pas toujours être d'accord sur ce point, car l'ancien compagnon de François de Noailks avait vu les Turcs de trop près pour croire que « leur gouvernement politique n'a que le nom, estant bien considéré ».
// garda en effet toute sa vie les idées nettes et solides qu'il s'était formées en face des choses elles-mêmes; et chei l'ambassadeur à Venise, en 1601, on retrouve encore la trace de ces observations faites pendant la prime jeunesse. C'est bien le Canaye d'autrefois qui ose conseiller à Henri IV
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d'ouvrir la France aux Juifs et Marranes de Portugal, car « il en tirerait de la commodité etpeupleroit son royaume de plus de cinquante mille familles de gens ayse^ et industrieux »*. Pas plus qu'en i^j) il ne croyait à la ruine prochaine de la Turquie, et il pensait encore qu'un changement de sultan suffirait pour relever ï empire'. Moins que jamais il était désireux de voir la France suivre de très chrétiens mais peu prudents conseils, et rompre son alliance séculaire avec le Turc. Son maître de Noailles avait été plus d'une fois irrité contre les seigneurs français qui contrecarraient sa politique en se faisant maladroitement prendre, à Chypre ou ailleurs, dans les rangs des Espagnols ou des Vénitiens; Canaye n'est pas plus tendre pour le duc de Mcrcœur, qui avait été guerroyer en Hongrie, et voici comment, dans une lettre à M. de Brèves*, il s'exprime sur la mort de ce ligueur repenti :
« Le Grand Seigneur n'aura plus d'occasion de se plaindre de veoir des Princes de France avec ses ennemis; car quelques remonstrances que l'Empereur puisse faire à Sa Majesté, les raisons que vous me contés, Monsieur, sont si fortes et si nécessaires qu'il ne faut pas craindre que Sa Majesté se dispose à rien faire au préjudice de l'ancienne alliance qu'il a avec ledit Seigneur. »
Je dois donner, en terminant, quelques explications sur cette édition elle-même. J'avais présenté au Congrès des
ï. Lettres et amb., 1. 1, p. 62.