ACTE I 9 BERTHE
Tous les jours, vous n'êtes pas raisonnable !
MAURICE, à Bcrthe.
J'ai tant de plaisirs à vous les offrir, (a Marie.) Je suis si heureux de vous les voir accepter.
MADAME POMPÉRY , à part.
Laquelle ? Mon mari le forcera à s'expliquer aujourd'hui môme.
MAURICE
Mais je ne vois pas M. Pompéry.
MADAME POMPÉRY
Il est allé à Paris pour... pour affaires..., il reviendra tantôt... Vous dînez avec nous...
MAURICE
Excusez-moi... mais...
MARIE
Oh ! restez, Monsieur Maurice.
BERTHE
Oh ! ne vous en allez pas, Monsieur Maurice.
MADAME POMPÉRY, à part.
Laquelle ?
MAURICE
Mon Dieu ! si je ne suis pas indiscret...
N'ôtes-vous pas de la maison?... D'ailleurs, mon mari ne me pardonnerait pas d'avoir laissé parlir son sauveur.
MAURICE, riant.
Encore !
MADAME POMPÉRY
Ah ! vous en êtes convenu .
BERTHE
Voyons, comment avez-vous sauvé papa ?
MARIE
Oui... oui... contez-nous cela.
MAURICE
C'est bien simple... Je prenais un bain , il y a environ
deux mois... tout à coup j'entends des gémissements dans le cabinet yoisin... je frappe contre le mur et je crie : Monsieur , est-ce que tous êtes indisposé ?... Hf u ! heu !... pas d'autre réponse... Inquiet, je sors du bain... je passe un vêtement léger et j'enfonce la porte de communication... Qu'est-ce que je vois dans la baignoire ?... II. votre père... très rouge et qui faisait des efforts inouïs pour fermer le robinet d'eau chaude qui était rouillé... Il cuisait I... Je .comprends la situation, je tourne le robinet... Alors, M. votre père me saute au cou et m'appelle son sauveur en me faisant jurer de ne jamais parler de cet accident... un peu ridicule... Voilà! comment je l'ai sauvé.
MADAME POMPÉRY
Par exemple ! je ne comprends pas qujon se laisse cuire dans sa baignoire au lieu d'en sortir. >
MAURICE
Il s'était entêté... Il avait juré qu'il fermerait le robinet, et comme celui-ci y mettait de l'obstination...
(Musique et chœur au dehors.) MADAME POMPÉRY.
Qu'est-ce donc?
BERTHE, qui est remontée.
C'est aujourd'hui la Saint-Fiacre, la fête des jardiniers.
MADAME POMPÉRY
Eh bien ?
BERTHE
Mon père est conseiller municipal, et les jardiniers de Bellevue viennent nous offrir des fleurs.
MADAME POMPÉRY
Il faut leur donner quelque chose... et ton père qui n'est pas là.
(Entrent des jardiniers et des jeunes filles endimanchés et portant tous des bouquets de fleurs.)