ACTE III
Partout des pagodes D'étonnantes modes Quel pays divin!
Tin! tin! tin!
Vous voyez-vous en mandarin .
Tout brillant d'or et de satin, Promenant, la canne à la main Ou mieux encor, en palanquin, Sur les boulevards de Pékin?
Plus tard vous voyez-vous encor Décoré du grand bouton d'or Trônant au milieu des plus beaux Et des plus gros Magots !
Jusqu'au moment, trop tôt venu, Où, le grand chef, l'ayant voulu, Sans raison, sans motif connu Un matin, vous serez pendu.
À part ce petit ennui-là Tout le monde vous le dira :
La Chine est un pays charmant Qui doit vous plaire assurément.
Tin! tm! tin! etc.
Et quelle existence attrayante, La nourriture est succulente.
POMPÉRY
Grand merci ! je la connais bien !
HENRI
Le potage aux nids d'hirondelles
POMPÉRY
Et le ragoût de petit chien.
HENRI
Mais le salmis de sauterelles, La cigale aux pommes nouvelles La côtelette de requin, Ah ! c'est divin !
Jamais dans leur grand jour Véry, Brébant, Véfour,
Ne nous ont offert à Paris Des mets mieux assortis,
Plus délicats et plus exquis.
Ce pays-là Vous séduira U vous plaira.
Chacun de vous sera Heureux de vivre là , Et bien souvent répétera :
ENSEMBLE
HENRI
La Chine est un pays charmant, Oui doit vous plaire assurément.
Tin! tin! tin ! etc., etc.
TOUS
La Chine est un pays vraiment, Qui me déplaît énormément. ' Tin! tin! tin!
Je hais ses clochettes, Son bruit de sonnettes Du soir au matin Tin ! tin ! tin !
Que me font ses modes Ses riches pagodes; Que me fait enfin Son tin! tin !
POMPER Y, à Henri.
Monsieur, je vous somme de me mettre à terre, moi et ma famille... nous sommes encore en vue de Cherbourg.
HENRI
Où prenez-vous Cherbourg?
POMPÉRY
Cette côte qu'on voit là-bas.
HENRI
Çà, c'est Madère.
TOUS
Madère!
ALIDOR
Dieu I que j'ai soif !
HENRI
Nous avons marché toute la nuit.
MADAME POMPÉRY
Mais, c'est un rapt.
BONNETEAU
C'est de la piraterie.
POMPÉRY
Vous faites la traite des blancs, Monsieur.