‹ Le voyageChapitre 15 sur 42 · MEET · texte numérisé non relu

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et relaté dans le savant ouvrage de l'abbé Cochet, la Normandie souterraine et, deuxièmement, la caisse de bois recouverte de cuir dite Coffre de Sainte-Colombe. Le premier de ces deux précieux documents fut déterré à Envermeu, enmême temps que deux fragments de seaux ou de baquets en bois cerclés de fer et enrichis de ciselures serties de verres de couleur taillés. Le coffret, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est en bronze; une petite ouverture rectangulaire permet de supposer qu’il devait posséder une serrure rudimentaire. Le couvercle est décoré, sur ses quatre faces, de ciselures affectant la forme de rosaces, séparées entre elles par des bandes verticales composées d’une réunion de petites figures en losange ou de forme oblongue. Le bas du coffret porte, à droite et à gauche, trois rosaces superposées et à son centre, une grande rosace entourée de quatre autres. Le corps de ce meuble se termine, à sa partie inférieure, par une sorte de bande horizontale, composée de deux lignes parallèles, régulièrement brisées, l’une en traits forts et l’autre en traits plus fins. :

Ce coffret, d’un grand luxe pour l’époque, a dû vraisemblablement appartenir à un chef franc ou à un riche guerrier. Ses dimensions autorisent à croire qu'il devait servir à renfermer des objets précieux et des armes de prix.

Le bahut de Sainte Colombe est d’une forme parallélipipédique et fort bien conservé. La carcasse

en est en bois recouverte d’une peau de vache tannée et consolidée par de longues ferrures aux dessins capricieux. Le cuir, malheureusement, s’en va en lambeaux. Ce coffre fut trouvé à Sens, on le croit dater de 752, sous le règne de Dagobert. | . Sous Charlemagne on retrouve encore une trace de l'existence de bahuts ou coïffres servant au voyage et aux besoins usuels de la vie. On sait que lé grand empereur n'avait pour revenu que ce quelui rapportaient sesinnombrables villasou chàteaux qui occupaient environ la quinzième partie du territoire de son empire. Il attachaîit une si grande importance à la bonne administration de ses domaines qu’il rédigea lui-même, sur ce sujet, une ordonnance en soixante-quinze articles (Capitul. de Villis, vers 780), dans laquelle il montre un esprit d'ordre qui descendait jusqu'aux moindres détails et ne. craignait pas de réglementer 1a vente même de ses œufs, de ses fruits et de ses légumes. Il avait donné ordre aux wissi (en 807) de faire la description etl’inventaire de chacun de ses domaines. Voici l’un de ces états :

« Nous avons trouvé à Asnap une maison royale « très bien construite, à l'extérieur en pierre et à « l'intérieur en bois; trois chambres à plafond « voûté en pierre; le reste de la maison formé tout « autour de chambres à toiture, dont onze à poêles; « un cellier au-dessous ; deux galeries à portiques. « En meubles et ustensiles, un lit garni, du linge « pour servir la table, une nappe, deux vases

ane ed mine à « d’airain, deux coupes, deux chaudières de cuivre, « une de fer, un poêle, une crémaillère, un double « chenet, deux haches, deux tarières, un coutelas, « un rabot, deux faux, deux faucilles, deux pelles « de fer, etc., des ustensiles de bois en nombre « suffisant, deux bahuts, un grand et un petit, l’un « destiné à renfermer des provisions et l’autre pour « les vêtements; tous deux fermant à moraille et « Se pouvant charger pour le voyage... »

Suit une longue description du contenu des greniers. |

Nous ferons remarquer en passant, que le nom de bahut s’'appliqua au coffre de voyage, grand ou petit indistinctement, jusqu’à la fin du XV® siècle.

Le bahut primitif ne fut tout d’abord qu'une enveloppe. On appelait ainsi au moyen Âge, une sorte de cage en osier tressé, recouverte de peau de vache, renfermant un coffre en bois dans lequel on déposait les vêtements et généralement tous les objets nécessaires pendant une longue absence. Plus tard le coffre lui-même, avec ses divisions et ses tiroirs, prit le nom de bahut. D'objet transportable, il devint un meuble fixe. Il n’était pas de chambre au moyen Âge qui n'eut son bahut: on le faisait servir à tout : recouvert de coussins, il était banc ou lit de repos; y plaçait-on une nappe, il devenait table et servait pour les repas.

Le bahut fixe était un coffre long, posé à terre ou sur des pieds très bas, fermé par un couvercle qui se levait sur des charnières et muni d’une ou plu-

sieurs serrures selon que les objets qu'il contenait étaient plus ou moins précieux.

Les plus anciens bahuts se présentent à nous fortement ferrés de bandes de fer forgé, aux courbes bizarres, souvent gracieuses, et fixées aux ais de bois ‘par des clous à tête burinée ou étampée à chaud. Parfois, la tête de ces derniers est plate, enfoncée à force dans une ouverture fraisée, ménagée à cet effet, de manière qu’elle ne produise aucune saillie et permette de recouvrir le coffre d’une enveloppe de cuir ou de toile peinte marouflée. On peut dire qu’il en advint des coffres comme des armoires, la forme première en fut d’abord très simple et la décoration n’en consista à l’origine qu’en des pentures en fer forgé ou que dans le cuir gaufré ou doré. Plus tard, la sculpture en orna les parois et même le dessus, mais toujours d’une façon discrète quand le kuchier prévoyait que son ouvrage, recouvert de coussins et de tapis, devait servir de siège. La coutume d’employer les bahuts ou huches pour s'asseoir se prolongea longtemps, puisque du temps de Brantôme, à la cour du roi François If, on s’asseyait encore au Louvre sur des coffres recouverts d’oreillers richement brodés, qu’on plaçait le long des murs comme nous rangeons aujourd'hui nos banquettes dans les vestibules.

L'aspect des coffres fut primitivement sévère; leur ornementation se composa de quelques maigres filets, dorés à chaud ou gaufrés à plein

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cuir. Plus tard, le bahut s’éleva sur quatre pieds formant montants sur lesquels les planches constituant les ais venaient s’emboîter étroitement.

Le bahut dontnous donnons le dessin (page 79) provient de l’église de Brampton, (Northamptonshire, Angleterre) et date du XII° siècle. Il est d’origine franque et a été apporté en Grande-Bretagne par un des compagnons de Guillaume-le-Conquérant. Tous les meubles analogues de cette époque, qu'ils soient franks ou anglo-saxons, se ressemblent à s'y méprendre, ce qui donnerait à sup- . poser une commune origine. Suivant nous, ils ont à peu près tous été fabriqués sur le continent. Le couvercle en est plat, orné de trois pentures de fer se terminant en trèfle, à l'exception de celle de droïte qui porte une aubronnière se rabattant sur la face principale. Les ferrures, de ce côté, sont au nombrede quatre, toutes capricieusement contournées en volutes fines et régulières avec terminaison trilobée. L'entrée d’une serrure, à proximité. de l’aubronnière, est encadrée des deux montants d’une sorte de lyre ; Le tout est en bon état de con- . servation.

Certains auteurs prétendent, contrairement à notre assertion précédente, qu'au moyen-âge le nom de bahut nes’appliquait qu'aux coffres à couvercles, en forme de voûte et que les autres étaient désignés sous le nom d’arches ou de huches. Nous savons que ce dernier vocable était fréquemmentemployé puisque les ouvriers qui fabriquaient ces sortes de

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meubles s'appelaient des huchiers. En tous cas, vers l'époque du X° siècle, la fabrication des huches prit un essor considérable et, cent ans plus tard, le bahut était devenu d'un usage courant. On en voyait partout : dans les châteaux, dans les églises aussi

bien que dans les habitations les plus modestes; …

il formait à lui seul pour ainsi dire, en dehors du. châlit qui servait au coucher, la pièce élémentaire et indispensable de l’ameublement.

11 existe à l'hôtel de Cluny, à Paris, unspécimen curieux de huche datant du XIII° siècle, couvertde délicats motifs d'ornementation, de sujets à figures et de ferrures richement ciselées, repercées à jour. Il y a tout lieu de croire néanmoins que ce bahut estune rare et précieuse exception car le XIV® siècle nous montre des échantillons beaucoup plus Simples et ce nest qu'aux XVe et XVI° que l’arnementation des coffres se développe avec une grande variété de motifs, d'architecture d'abord, puis de sujets à figures, de cariatides et d’arabesques d'un charmant caractère. |

Ce meuble, qui est exposé au musée de Cluny sous le N° 324 et dont nous donnons la reproduction page 83 (1), est un bahut en bois de chêne sculpté, à quatre faces, avec couvercle orné de figures de guerriers et de motifs d'architecture. IL provient de la collection de M. H. A. de Gérente,

(1) Dans le but de DRE un plus facile examen de la gravure, nous

avons dù grossir les personnages et ne figurer que huit guerriers au lieu de douze qui existent réellement. (Note de l'éditeur).

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possède toutes ses pentures, ferrures, serrures et moraillons du temps, d’une exécution fort remarquable. Il a été publié dans le dictionnaire de Viollet-le-Duc comme un des plus beaux exemples

de l’art de l’ameublement des dernières années

du XIII siècle.

Avant d'entamer la description de ce type unique, nous constaterons qu’il est encore composé d’ais sculptés et non de panneaux embrevés dans des montants. Sa longueur est de 1”, 40, sur om, 66 de hauteur et o", 34 de profondeur. Ce coffre estun de ceux que l’on appelait « huche de martiaige » 1l

était destiné à être envoyé par l'époux à l'épousée,

rempli à déborder de bijoux et de parures.

Sur la face principale, douze guerriers sont placés sous des niches d'architecture ogivale, accouplées deux à deux et réunies par des tympans ornés de grandes roses à jour, entre lesquelles se trouvent des figures et des animaux chimériques. Ces guerriers sont coiffés du heaume et de la calotte de mailles ; ils sont vêtus de mailles recouvertes dela tunique et chacun porte l'épée ou la lance dans la main droite, le bouclier à ses armes au poing gauche,

Trois seulement ne tiennent pas leurs armes au poing; de ces deux derniers, l’un ajuste son heaume qu’il soutient des deux mains, le deuxième repousse son épée dans le fourreau, le troisième enfin repose appuyé sur son écu. ( Voir gravure,

page 87.)

Ces douze guerriers sont les douze pairs ; les costumes ne peuvent laisser de doute sur l’époque précise à laquelle appartient ce meuble, (de 1290 à 1310). En effet, les personnages sont encore vêtus de cottes de mailles avec les hauberts qui, par dessus les épaules, sont garnis de spallières carrées. Les heaumes sont en fer battu et affectent la forme conique ou sphérique. Les statuettes sont placées dans une jolie arcature d’un faible relief à simpie biseau. Dans les écoinçons, des têtes bizarres, des

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animaux fantastiques sont sculptés en bas relief. ‘RSS Les extrémités du coffre portent également des LES panneaux à figures que malheureusement notre FINE dessin ne peut permettre d’apercevoir. Celui de re 4 droite représente les quatre fils Aymon à cheval &

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ainsi que six autres cavaliers précédés d’un fantassin armé d’une pique. Leur étendard porte une guivre qui se trouve reproduite sur l’écu du chef

dont le heaume est orné d’une couronne, insigne

que nous retrouvons également sur la tête d’un des cavaliers de l’escadron qui tous portent la lance au poing droit et tiennent du bras gauche l’écu à leurs attributs. ;

Le panneau de gauche reproduit un chêne couvert de glands au pied duquel on voit un phallus monté sur pattes et becqueté par un oiseau.

La face opposée est divisée en quatre grands motifs séparés entre eux par des ogives accouplées et des animaux chimériques. Chacun de ces motifs présente des groupes composés de plusieurs figures,

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