‹ Le voyageChapitre 19 sur 42 · TE · texte numérisé non relu

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de courtines, de fourrures, de tapis, de draps, que l’on ne voulait point laisser à la poussière ou qui auraient pu être mangés par les rats. Les caisses intérieures sont munies de charnières, de façon que le devant, le derrière, le dessus et les côtés s’abaissent et que l’on puisse, en accomplissant cette rapide opération, voir immédiatement le contenu des différents coffres. On avait en outre placé une poignée devant et une autre de chaque côté, pour aider à soulever ou à tirer chacun de ces meubles-compartiments.

Vers le XV° siècle, ainsi que nous l'avons dit plus haut, on renonça aux ais à plein bois pour former des panneaux plus minces, assemblés par des montants et des traverses On commença à recouvrir plus fréquemment les bahuts de cuir cordouan ou de Venise, les coffres moins riches le furent de cuir ordinaire que l’on gaufra et qu’on enjoliva de toutes manières. Les ustensiles de voyage devinrent infiniment moins lourds et plus portatifs : on s’acheminait déjà très sensiblement vers la construction légère et solide, tout à la fois, des temps modernes.

Mentionnons en terminant que, fréquemment au moyen âge, lorsque l’on désirait voyager, on accompagnait le bahut renfermant la partie encombrante des vêtements et des objets divers que l’on emportait, d’un autre coffre de voyage moins volumineux appelé malle ou maleite, Ces petits meubles ressemblaient à des ballots fermés par

des courroies et étaient recouverts le plus souvent en drap vert. Geoffroy Fleuri, dans ses Comptes de l'argenterie des rois de France au XIV siècle (publ. par L. Douëêt d’Arcq), nous dit :

« Pour quatre malles à la garde-robe du com- « mun, 405. pour pièce, valent 8 1. Pour une grant « malle à chevaliers nouviaus, 30 s. Item 2 aunes « de vert (drap), pour faire malles. »

Il nous reste à entretenir nos lecteurs d’un meuble facilement transportable, qui joua un rôle sérieux au moyen âge: nous voulons parler du coffret.

Le coffret ou écrin, servait aux dames pour y enfermer leurs bijoux, aux hommes, pour y tenir

à l’abri leurs titres de noblesse ou de propriété,

voire même leur argent. Certains de ces coffrets, aux dimensions minuscules, sont de simples écrins, d’autres sont assez volumineux pour égaler en grandeur une petite malle d'aujourd'hui. En tous cas, la plupart sont ciselés, ornementés, travaillés à loisir, et méritent une sérieuse attention.

Le premier que nous examinerons est celui de la duchesse de Bourgogne; c’est un écrin en ivoire, (voir page 99), remontant au XIII siècle, sculpté et ouvragé très finement avec des peintures au pinceau en bleu ou en or, sur les vêtements des personnages, qui font ressortir d'une façon saisissante la matité ivoirine des visages et des mains.

Les charnières, les poignées etle moraillon sont en argent ciselé. Sur le devant de l’écrin et au

ECRIN EN IVOIRE du XIIIe siècle (d’après nature).

milieu, se dresse la Loyauté, debout, s'appuyant d’une main sur un écu portant, gravées, deux mains entrelacées. À droite, trois jeunes damoïselles en des poses gracieuses, cueillent des fleurs et les tressent en guirlandes pour en faire des chapelets; à gauche, un chevalier et sa dame se divertissent en fredonnant un lai d'amour. Sur le côté droit, que notre gravure ne permet pas d’apercevoir, des chevaliers devisent de leurs faits amoureux, deux damoiselles les écoutent en se dissimulant derrière un arbre. Sur le côté gauche, deux nobles dames ont entamé une conversation animée qui semble écoutée par un seigneur d’aspect noble et sévère, tandis que de l’autre côté un chevalier murmure de douces paroles à une belle curieuse qui semble plus préoccupée de ce que se disentses voisines que de ce que le gentilhommelui balbutie dans l'oreille. Sur le derrière du coffre, on voit la Constance et, des deux côtés, des seigneurs et des dames qui se promènent par couples dans un jardin magnifique et vont boire à la fontaine du dieu Cupidon. La partie supérieure du coffret, qui forme couvercle, porte huit blasons sculptés, vraisemblablement les huit quartiers de la dame à qui appartenait le précieux écrin qui s'ouvre de la façon suivante :

Le dessus se sépare en deux plaques d'ivoire maintenues par le moraïllon de la serrure et par deux charnières. Ces deux plaques renversées à droite et à gauche, tout le devant tombe d’une pièce et l’on découvre quatre tiroirs ornés de

, feuilles et d'anneaux d’argent. Ces tiroirs, à l'angle externe du devant, ont une charnière sur laquelle ils tournent. Cet écrin, construit pour rénfermer des objets à l’usage d’une femme élégante et riche, parfums, ustensiles de toilette, etc., a un devant

qui tombe verticalement, lui donnant, quand ilest

abattu, l'aspect d'un mignon dressoir.

La gravure de la page 103 représente un petit coffre datant de la même époque et que Violet-le- Duc, dans son dictionnaire, prétend être un des plus anciens connus. Il fait partie de 1a collection du prince Soltykoff. Ce rare bibelot à 0,32 centimètres de longueur, 0,19 de largeur et 0,10 de hauteur ; il est en ivoire bordé de lames de cuivre finement gravées et représentant des oiseaux. se regardant deux à deux. Des rosaces assez gracieuses portentcomme rayons intérieurs desfeuilles joliment sculptées. Le coffret est intact sauf la serrure et l’anse qui ont été refaites vers le XV® siècle.

La gravure de la page 107 nous reproduit le fameux coffre de chêne dur de l’église de Saint-Trophime d’Arles, qu’on prétend remonter au XIl et que nous croyons dater de la fin du XIII siècle. La forme en est assez massive et la conservation dans un bien mauvais état. Les figurines, dont on distingue les silhouettes accouplées ont été mutilées et martelées par les fanatiques qui envahirent l'église pendant la guerre des Albigeois. Ce’coîfre a dû contenir des reliques.

Le coffret que nous donnons page 111, date du

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XIV* siècle et provient de la collection de M. de Gérente. Il est de fabrication rhénane, en bois de châtaignier, avec anses et ferrures en fer. Dans sa massiveté carrée, son aspect est assez élégant ; le médaillon de gauche représente une femme à genoux, agitant une branche de fleurs dans sa main gauche et de la droite indiquant le ciel : quelque sainte, probablement. Le médaillon de droite offre aux yeux un chevreuil dressé sur ses pattes de derrière. Les pentures du couvercle sont supérieurement travaillées, agrémentées de volutes de fer chanfreiné et d’un seul morceau. L’aubronnière de la serrure affecte la forme d’un z renversé et est ciselée au burin, les clous ont été étampés à chaud et repris en ciselure. La serrurerie de ce spécimen est très intéressante.

Un autre coffre assez curieux est celui qui est représenté page 115 et qui appartint autrefois à cette

famille de pillards du moyen âge, qu’on appelait

les sires de Coucy. Il a la forme d’une malette et porte aux deux faces principales deux anneaux qui permettaient d’y passer des bâtons pour en faciliter le transport. Ce meuble a la face d'ouverture sur un de ses petits côtés, celui que notre gravure représente est porteur de la serrure. Il esten bois de chêne dur, recouvert de cuir rouge sur lequel sont fixées des plaques de fer, ajourées dans certains endroits et pleines dans d’autres. Il fut donné à l’église de Saint-Bertrand de Comminges, qui le conserve encore aujourd’hui dans son trésor, par le sire de

Coucy qui mourut en 1515. Il contenait ses parchemins de famille après avoir renfermé jadis la lettre et le cœur de Raoul de Coucy, légués à la dame de Fayel et rapportés en France par son écuyer Gobert. ;

Le dernier coïfiret que nous ayions à mentionner et que nous avons tenu à isoler un peu de ceux qui précèdent, est d’une importance capitale aussi bien au point de vue historique qu’à celui de la construction : c’est le coffret de Saint- Louis. (Voir page 119) Sa date est fort ancienne, c'est un des rares objets de ce temps auquel on puisse sûrement assigner une époque de fabrication.

Ce spécimen incomparable, témoignage encore vivant de 1a piété du grand roi du moyen âge, luiservait à renfermer son cilice, c'est-à-dire le vêtement rempli à l’intérieur d’un poil rude et piquant, que l’on portait sur la peau afin de souffrir par dévotion. On conserve à l’église Saint-Aspais de Melun, la haïre ou chemise de crin qui servait aux austérités de Saint-Louis, et dans le trésor de Notre-Dame de Paris, les escourgettes ou chaînettes de fer avec lesquelles il se faisait infliger la discipline par son confesseur.

Le coffret destiné au cilice avait été donné par Philippe-le-Bel à l'abbaye de Notre-Dame-du-Lys, fondée en 1244, puisenrichie par Saint-Louisen 1248. Lors de la suppression de l’abbaye en 1793, il échut en partage à l'église de Dammarie qui dépen-

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siècle (d’après nature).

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COFFRET DE SAINT-TROPHIME D’ARLES, XIIIe

dait de ce monastère. C’est une cassette en bois de

hêtre, longue de 34 centimètres, large de 18 et haute de 15, surmontée d’un couvercle dont la saillie forme entablement, et enduite sur toutes ses faces d’un vernis vert foncé que fait briller une feuille d'argent placée dessous de manière à lui donner l’air de laque de Chine. On y compte quatre-vingt-huit pièces d’applique émaillées, gravées, ciselées ou repoussées, et une infinité de clous dorésquiornent d’enroulements les espaces intermédiaires. Parmi ces pièces, il y a 43 écussons armoriés et coloriés en émail ; il y en avait quarante-neuf mais six ont été détachés et se sont perdus. Les armes de France et de Castille y sont figurées vingt-quatre fois; les autres écus représentent les armes des parents ou alliés du roi ou de ceux qui lui étaient le plus chers parmi les barons, qui s'étaient croisés avec lui et qu'il avaitadoptés pour frères d’armes.Cesont les blasons de Castille, de Toulouse, de Jérusalem, de Bar, de Champagne, de Bretagne, de Flandre, de Navarre, d'Angleterre ; ceux du sire de Coucy, du comte de Dammartin, de Jean et Guillaume de Beaumont, du sire de Roye, du sire de Montmorency, de Jean de Dreux, du sire de Montfort, de Pierre de Courtenai,de Jean Mallet, sire de Graville, de Jean d'Harcourtet d’un Guillame d’Yerre,

Pour varier, vingt-quatre médaillons en cuivre travaillés de diverses manières alternent avec les blasons et représentent des sujets empruntés pour la plupart aux bestiaires et dans lesquels les yeux

des animaux sont figurés par des perles d’émail imitant la turquoise. Au dos de la cassette, il n'y a point d’armoiries mais des médaillons en cuivre gravé représentant des scènes qui paraissent empruntées aux légendes populair es, du temps et dans lesquelles les personnages se ds sur un fond d'azur. Quatre encoïgnures émaillées aux armes de Castille consolident l'assemblage des côtés de la cassette; deux autres, aux armes de France, retenaient le panneau du fond ; les quatre angles du couvercle sont aussi garnis de coins émaillés dans lesquels s’enchâssent de gros cabochons de cristal sertis sur des paillons de clinquant pourpre, afin de produire des reflets rosés; un énorme dragon, aux puissantes griffes, aux yeux d'émail étincelant, tient dans sa gueule le loquet ou moraillon quis’abaisse sur le trou de la serrure, etsemble en défendre l'entrée; ses ailes émaillées | aux trois couleurs, bleu, blanc et rouge, enveloppent son corps moitié de poisson, moitié de serpent, qui se termine par une queue trifurquée; les charnières se meuvent entre les dents de quatre monstres de la même espèce qui rappellent cette fiction, si fréquente chez les romanciers du moyen . âge, de trésors placés sous la garde de dragons ailés. Enfin la poignée qui sert à porter la cassette est formée d’anneaux imitant le corps d’un reptile et terminée par deux têtes de serpent.

Ce coffre est un splendide type d’un genre qui, sans être commun à cette époque, se faisait

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COFFRET DU XIVe SIÈCLE

En bois de châtaignier, provenant de la collection de M. de Gérente (D’après nature)

néanmoins d'une manière assez appréciable ; malheu eusement nous n’en possédons plus qu’un nombre très restreint d'exemplaires. Celui-ci, qui appartenait à un roi, était d’une richesse et d'un travail admirables : tous n'étaient pas si beaux,

loin s’en faut maïs, hâtons-nous d’ajouter aussi

que tous étaient ornés de ciselures portant la marque du bon goût des artistes de ce temps. Le coffret de Saint-Louis appartient aujourd'hui au musée du Louvre.

Dans un des chapitres précédents, nous avons parlé des moyens de locomotion usités sous les Mérovingiens. Nous avons eu l’occasion de décrire ces chars grossiers, à peu près analogues aux tombereaux que l'on emploie aujourd’hui dans quelques campagnes retirées, mais encore alourdis par les épais disques de bois qui leur servaient de roues, Ces chars, chantés par Boileau et qu’il nous décrit, attelés de bœufs qui :

SA te ae (à d’un pas tranquille et lent Promenaient, dans Paris, le monarque indolent.

ces chars, disons-nous, s'étaient petit à petit perfectionnés. Aux roues pleines, on avait substitué les roues rayonnées sur un moyeu central, semblables à celles dont nous nous servons aujourd’hui. Néanmoins, de l'examen de la fameuse tapisserie de Bayeux, dont nous parlerons plus loin, et d'une

miniature extraite d’un vieux missel (anc. fonds

Saint-Germain, n° 37) nous concluons à une légère différence ; au lieu d’être ronds ou méplats comme aujourd'hui, les rayonsde roues affectaient la forme de fuseaux à filer, c’est-à-dire qu’ils présentaient un épais renflement au milieu de leur longueur sans doute pour obvier à une rupture redoutée du

rayon. Plus tard, cette crainte disparaît car nous

voyons le rayon de roue se composer purement et .

simplement d’une pièce de bois du même calibre d'un de ses bouts à l’autre. 7: ) Jusque sous le règne de Saint Louis, les voitures ne firent aucun progrès dans la forme de leur caisse. C’étaient de véritables charettes, non sus- - pendues, montées sur quatres roues, auxquelles on attelait un ou plusieurs chevaux montés de postillons. Après son règne on commence à voir poindre une tendance à plus de confortable mais

seulement dans l'aménagement intérieur de la

caisse et non dans la construction. Pendant de longues années encore, en France, la voiture demeurera à l’état rudimentaire.

Nous avons précisément relaté l’existence d’un service “de voitures publiques sous le règne de Childebert; cette institution acquit depuis une telle faveur qu’au XIIT° siècle il fallut promulguer des lois somptuaires pour interdire ce genre de locomotion aux classes moyennes. Les femmes nobles et les prêtres voyageaient dans des chariots qui étaient tous à quatres roues égales de diamètre, avec brancards ou timons, avec attelages

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COFFRET DU XVe SIÈCLE

Ayant appartenu aux sires de Coucy.

Conservé dans l’eglise Saunt-Bertrand de Comminges (d’après nature),

accouplés ou en flèche. La carcasse de ces voitures, si nous pouvons nous exprimer ainsi, était il est vrai fort simple de forme, mais le goût du temps la recouvrait de peintures, de dorures, d'étoffes posées sur des cercles assemblés en dôme au-dessus du véhicule. À l’intérieur, des banquettes surchargées de coussins garnis de fanfreluches, de glands ou de crépines, permettaient aux voyageurs de s’asseoir. On entrait dans ces chars par derrière en s’aidant soit d’une borne, soit d’un escabeau. L'entrée se fermait ensuite par des chaînes ou par une barre d'appui. (Voir page 123)

Jusqu'à la fin du XV: siècle, le coffre reposa sur deux essieux, sans ressorts ni courroies et comme ils étaient fixes et parallèles, il fallait s’y prendre de très loin pour tourner ; ce qui, avec l’état des routes et des chemins en ces temps reculés, n’était pas toujours facile. Il était à peu près impossible d'exécuter cette manœuvre à moins de 80 degrés; tourner plus court c'eût été exposer les voyageurs à un désagréable pêle-mêle avec leurs coussins et leurs couvertures, dans la boue des fondrières. Comme on le peut penser, la lenteur des chariots du moyen âge était extrême; il fallait des journées entières pour accomplir le plus simple trajet. À cette époque, aller de Paris à Saint-Germain était un lointain voyage. Ne vit-on pas, bien plus tard, sous Louis XIV, la Cour mettre deux jours pour aller du Louvre à Fontainebleau?

Quelle que fût la naïveté de leur construction, il

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le un de Vénus : QE

Bians fu di chars à quatre roës, D'oret dépelles estelés Let En leu de chevaux atelés Otes limons huit colombiaus Fe Pris en son colombier moult biaus 6

Au XIVe on oo de dan Miroër du Mariaige, énumérant toutes les qui incombent au mari pour. Le mesnage avecque les pompes et grans dbobans des, % diré à l’uned'ellesme. eu 000

à es ; Et si me fault bien, s'il voust plest, Quand je TR par rue, Que j'aye ou cloque (2) ou bic) Hacquenée belle et amblant .

Et selle de riche semblant, À las et à pendans de soye; Et se chevauchier ne povoye, Quant li tems est frès comme ns Il me fauldrait avouër un curre (4).

A cheannes, bien ordonné,

\ x p A, et

1. Le Roman de la Roses édit, de M. Méon (Paris, sn e I, & p. ss 2. Manteau.

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