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COFFRET DE SAINT-LOUIS

Musée du Louvre (d’après nature

Be ce

Dedenz et dehors painturé,

Couvert de drap de camocas (camelot) Ie voy bien femmes d’avocas

De poures bourgeoys de villaige

Qui l’ont bien; pourquoy ne l’arai-je, À quatre roucins atelé ? (1)

Il fallait donc pour voyager à une femme de qualité, au quatorzième siècle, une haquenée etune voiture attelée lorsque le temps était mauvais : les petites bourgeoises en usaient bien de la sorte !

Les chars du moyen Âge étaient généralement de très grande dimension et pouvaient contenir une dizaine de personnes. La couverture était placée sur une armature en bois, percée de trous latéraux, fermée par des rideaux ou bien sur des cercles ou des montants permettant de la rabattre

: et de la lever à volonté.

Les chariots d'honneur différaient peu des voitures de voyage, seule la décoration devenait plus importante. .

Dans un manuscrit de la fin du quinzième siècle, on trouve une miniature représentant un triomphateur rentrant dans sa ville, assis sur un char surmonté d’un dais. Dans la main droite il tient une épée nue et dans la gauche, une corde au bout

(1) Poésies morales et hist. d'Eustache Deschamps, édit. Crapelet, un vol. Paris, 1832, p. 207. (Eustache Deschamps, écuyer des rois Charles V et Charles VI, châtelain de Fismes et bailli de Senlis, auteur de la Satire Ze Mirouër de Mariaige ”, longue énumération des charges qu'entraîne le mariage pour un gentilhomme.)

de laquelle sont ses prisonniers attachés par le cou. Le corps du véhicule, qui paraît assez vaste, est couvert d’une tente ornée d’une crête d’épis avec bannières et pennons armoriés, décorés d’inscriptions et de franges d’or. Ces chars de cérémonie étaient peu employés; le roi, la reine, les princes et les

puissants feudataires de la couronne étaient seuls

autorisés à y monter.

« La lictière de la royne de France estait adextrée « du duc de Bourbon et de Touraine secondement « et au milieu adextraient la lictière du duc de « Bourgogne et de Berry, et je vous dy que la lic- « tière de la royne estait très riche et ornée. »

Pour l'enterrement d’un prince, on portait le corps sur un chariot. Nous retrouvons dans une chronique consacrée à la mort du duc de Bourgogne, Jean-Sans-Peur, par Monstrelet, à la partie traitant des funérailles (15 septembre 1419) :

« Le corps gisait dans son chariot, recouvert :

« d’ung drap d’or et de pourpre. »

A la Renaissance, la forme des chars changea un

peu en ce qui concerne les entrées; on en fit deux latérales, entre les deux roues. Le char dont nous donnons la gravure page 127 est de cette époque.

Ce chariot, construit en sapin, existe encore. Les deux banquettes se regardent, elles peuvent donner place à trois personnes de chaque côté. Le plancher et les accoudoirs se recouvraient de tapis épais et de coussins mobiles. Onaperçoit, au milieu de la caisse, la naissance d’un escalier en bois qui

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-le-Duc, tome I).

Viollet

(Dictionnaire du Mobilier

servait à monter ; on pressent un second escalier de l’autre côté. On plaçait aussi quelquefois, audessus de chaque banquette, une capote qu’on pouvait lever à volonté ; ces sortes de véhicules prenaient le nom de coches de terre, par opposition au coche d’eau dont nous parlerons ultérieurement.

Les voitures ne devinrent suspendues que vers la

fin du seizième siècle. Le système amortisseur consistait tout simplement en deux courroies passant sous la caisse, ce qui leur fit donner le nom de char branslant.

Les charrettes à deux roues étaient semblables à celles dont on se sert de nos jours dans l’armée, sous le nom de voitures régimentaires : une caisse à clairevoie posée sur un essieu et voilà tout. On les attelait de préférence avec un seul cheval ou un seul âne.

Les charrettes à bras, si usitées aujourd’hui, étaient connues au moyen-âge comme on peut s’en rendre compte en examinant les tapisseries de Saint-Médard.

C’est également sur une tapisserie que nous trouvons des documents aussi précis que possible sur les moyens de voyage et de transport au temps de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Nous voulons parler du précieux ouvrage de la comtesse Mathilde de Flandre, femme de Guillaumele-Conquérant. Cette célèbre tapisserie était conservée depuis la fin du onzième siècle dans l’église cathédrale de Bayeux ; elle est aujourd’hui exposée

à l'étude et à la curiosité dans la bibliothèque de cette ville. Elle consiste en une pièce de toile de lin de 50 centimètres de hauteur sur 70 mètres de long et elle est consacrée à glorifier la conquête qui immortalisa le farouche duc de Normandie. Les figures sont tracées avec de la laine couchée et croisée ; elles sont accompagnées de légendes latines qui expliquent chaque action. C'est un croquis rapide mais qui représente avec une abondance et une fidélité inappréciables les faits, les cérémonies, les meubles, les costumes, l'attitude et presque la figure des hommes du onzième siècle. Histoire tracée par l'aiguille d’une femme, la tapisserie de Mathilde de Flandre est plus riche de détails et de vérité que tout ce qu’on peut trouver dans les récits des chroniqueurs.

La première scène représentée par la tapisserie est surmontée de l'inscription suivante :

HIC : WILLEIM DVXIVSSI NAVES : EDI FICARE (1)

Le Conquérant est entouré de ses conseillers dont l’un est assis sur une banquette ornée un peu moins élevée que la chaise ducale du futur roi d'Angleterre. Les attitudes sont celles d’une discussion vive et contradictoire, tout le monde a l'air de parler à la fois, même un quatrième personnage

(1) Ici, Guillaume fait construire des navires,

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