COFFRET DE VOYAGE ESPAGNOL
De l'époque de la Renaissance (d’après nature).
parlé des litières du moyen-âge et sans remonter aux sella gæœstatoria romaines des César que nous avons décrites, on se souvient des magnificences de la litière d’Isabeau de Bavière. L'usage de ce moyen de locomotion subsista toujours, en plus ou moins grande faveur, suivant les époques, sans être jamais complètement abandonné puisque, encore aujourd’hui, dans certaines localités de la Suisse allemande, on se sert encore de la chaise à porteurs. Les grands seigneurs seuls, au seizième siècle, conservèrent la litière mais pour les cérémonies d’apparat. On usa universellement du palefroi ou de la mule suivant les conditions.Ce mode de voyager était le plus usité en France depuis plusieurs siècles et nous rappelleronsles dames qui se rendaient aux tournois sur des palefrois que deux palefreniers tenaient par la bride. Aux tournois qui furent offerts à la haute société sous Charles VI, les dames parurent ainsi, montées en croupe derrière les tenants qu’elles conduisirent jusque dans la lice. Cet usage d’aller en croupe - était d’ailleurs général, aussi bien pour les hommes . que pour les femmes. On lit dans les chroniques du XIV®* siècle que Charles VI voulant voir, sans être vu, l'appareil de l’entrée de la reine, monta en croupe derrière Savoisy, quiétait un de ses favoris, et qu'il revint de son excursion chargé des coups qu'il avait reçus en poussant son cheval dans la foule pour s'ouvrir un passage.
L'usage était donc général et ce fut sans que
personne s’en rendit le moindre compte, que le progrès toujours croissant des moyens de locomotion s'arrêta. On se contenta de la monture même
pour de funèbres corvées, puisque c’est sur une
mule et ayant un huissier en croupe, que Saint- Vallier fut conduit en Grève,en 1524, pour y avoir la tête tranchée. La mule était la monture des gens paisibles, des évêques, des abbés et des magistrats; c'était toujours sur une mule que les légats faisaient leur entrée à Paris; c'était sur cette monture que les conseillers et les présidents venaient au Palais de Justice, moins encore par crainte de la fatigue que pour échapper aux amas de boue qui remplissaient les rues non encore pavées. Pour enfourcher les montures, on ménageaïit, soit dans la cour des monuments publics, soit dans les rues, des montoirs en pierre semblables à ceux que l’on remarque encore dans lesrues antiques de certaines villes de province.
Malgré les litières et l’invention des carrosses dont nous allons parler tout à l’heure, l’usage du cheval, de la mule ou de la haquenée persista encore longtemps. Henri IV se promenaïit souvent à cheval nar la ville et c’est un jour qu’il passait ainsi sur le Pont-Neuf qu’un fou nommé Jean de l'Isle se jeta sur lui pour l’assassiner ; Le roi ne put arriver à se débarrasser du forcené qu’en piquant son cheval et en prenant la fuite. Le lieutenant civil, le lieutenant criminel, le procureur du roi, continuèrent pendant longtemps à se montrer dans
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COFFRE DE MARIAGE en bois sculpté Œuvfe italienne du XVIs siècle (d’apès nature).
LE VOYAGE Au1
les cérémonies publiques montés sur des mules, et quand, à la fin du XVII: siècle, M. d'Aubray, occupant alors la première de ces fonctions, abolit cette coutume, nombre de gens en furent scandalisés. Les femmes elles-mêmes se montrèrent réfractaires au progrès et n’abandonnèrent point leurs haquenées facilement pour la litière, la chaise ou le carrosse, puisqu’à l'entrée solennelle de Louis XIV à Paris, on fit figurer les haquenées de la reine, « les- « quelles estoient blanches et couvertes de harnois « étincelants d’or et d'argent. »
Depuis le règne de François Ie jusqu'à celui de Henri LV, les gentilhommes et les riches bourgeois voyagèrent ainsi que leurs femmes, montés sur des chevaux ou des mules. L'établissement de la poste aux chevaux permettait de changer de monture à des relais fréquents et d’accomplir les voyages avec une célérité relative. Dans ces conditions, les bagages venaient en arrière, à petites journées, chargés sur des mules conduites par des laquais sous la surveillance d’un intendant. Le bagage emporté par les maîtres consistait purement et simplement en une malle, sorte de sacoche en cuir, de valise ou de portemanteau qu’on attachaïit en arrière de la selle, sur la croupe du cheval. La valise, qu'on appelait aussi varise, prenait le nom de bouge quand elle se composait d’une carcasse de bois en forme de coffret et qu'elle était recouverte de cuir ou d’une étoffe précieuse,
Le roi, la reine et les princes du sang, sous
François l+, Henri Il, François II et Charles IX, voyagèrent toujours à cheval ou à mule, à de rares exceptions près. Seul des Valois, Henri III, ce roi androgyne, aux mœurs aussi inavouables qu'efféminées, préféra la litière et sut la remettre un moment . à la mode dans son entourage.
On a conservé la description du véhicule favori du roi : =
Elle était traînée par huit mules richement caparaçonnées. C'était une machine formant un carré long, supportée par quatre roues, toute garnie de coussins à l'intérieur, toute drapée de rideaux de brocart à l'extérieur; elle pouvait avoir quinze pieds de long sur huit de large. Dans les endroits difficiles ou dans les montagnes trop rudes, on substituait aux mules un nombre indéfini de bœufs dont la lente mais vigoureuse opiniâtreté n’ajoutait pas à la vitesse, sans doute, mais donnait au moins l'assurance d'arriver au but sinon une heure, du moins deux ou trois heures plus tard.
Dans cette litière, le chapelain, le médecin et les mignons s’entassaient et se groupaient autour du maître qui, assis au fond du véhicule, avait son fauteuil surmonté d’une statuette de Notre-Dame de Chartres, enfouie dans une niche dorée, sculptée en marbre blanc par Jean Goujon pour le roi Henri II. Au plafond se balançaïit une cage en fil d’archal dans laquelle était retenue captive la perruche favorite du roi. Puis, errant çà et là, des chiens, des lévriers, des singes, sapajous et ouistitis,
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animaux très en faveur pour le moment à la cour des Valois, ce qui faisait dire aux beaux esprits du parti des Guise que « quand le roi entrait dans « sa litière, la ménagerie était au complet. »
Un moyen moins solennel de locomotion commençait à paraître timidement : sous le règne précédent, la reine Marguerite de Navarre, première femme de celui qui devait être Henri IV et que Charles IX appelait familièrement « ma sœur Margot, » avait imaginé une sorte de chaise ou de fauteuil découvert porté par deux hommes à l’aide de brancards mobiles et dont elle se servait pour se promener les jours où la pluie avait rendu humides les allées des jardins du Louvre. Cette invention qui, en se perfectionnant plus tard, devint la chaise à porteurs, n'eut tout d’abord que peu de succès.