CHAPITRE VIII
+ AVE XVIII sécles
(@l’ar appris de la vieille Madame Pilou, dit | Sauval, qu'il n'y a point eu de carrosses à Paris avant la fin de la Ligue. La pre-
mière personne qui en eut était une femme de sa
connaissance et sa voisine, fille d’un riche apothicaire de la rue Saint-Antoine nommé Favereau. De dire comment était fait son carrosse, c'est ce que la même dame ne m’a pas dit; elle se souvient seulement qu'il était suspendu avec des cordes ou des courroies, qu’on y montait avec une échelle de fer et qu'enfin il ne ressemblait presque point à ceux d’à présent ; que tant il . parut nouveau, les enfants et le petit peuple, courraient après et souvent avec des huées. Pour
« aller par la ville elle y faisait atteler deux che-
« vaux et quatre lorsqu'elle allait à la campagne: « et même il n’y enavait pas davantage au carrosse « de Henry le Grand, beaucoup plus tard, quandil « alla à Saint-Germain avec la reyne et que ses « chevaux, faute d’avoir été abreuvés, l'entrai- « nèrent dans l'eau au pont de Neuilly ; ce qui « l'obligea, ensuite d’un tel accident, quand il SOr- « tait de la ville, d’en faire mettre six, avec un & postillon sur un des premiers, afin de les retenir « en pareille ou semblable rencontre. En quoi, aus-. « sitôt, il fut imité par les grands seigneurs. »
Le carosse de la demoiselle Favereau est donc le plus ancien, le premier en date qui roula sur les
pavés pointus du vieux Paris de la Ligue. Qu'il y a loin de cette lourde machine, aux sons de ferraille, dans laquelle on montait avec une échelle de fer, à l'élégante voiture signée du nom d’un carrossier illustre que nous voyons passer avec la rapidité de l'éclair dans une des ombreuses avenues du bois de Boulogne! C'est cependant ce coche, aux ressorts composés de simples cordes, qui est l'embryon d’où est sortie cette industrie pimpante et fière, aujourd'hui une des gloires de notre pays.
Le roi Henri IV, sous le règne de qui le nombre des carrosses s'était considérablement accru, puisque de quatre qu'il y avait à son avènement, le sien, celui de la reine, celui de Bassompierre et celui de la fille de l’apothicaire (à sa mort on en comptait 325 dans Paris), le roi, disons-nous, eut
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l’occasion de faire une véritable débauche de véhicules, dans la personne de M. de Brèves, son ambassadeur à Rome. Lorsque celui-ci voulut avoir son audience du Saint-Père, il lui fallut louer cent cinquante carrosses pour sa suite afin de ne pas rester au-dessous de l'ambassadeur d'Espagne. Nous devons dire, pour expliquer cette anormale profusion de voitures en Italie, à cette époque, que les carrosses ou plutôt des récits les décrivant, avaient été colportés dans notre pays par les gentilshommes toscans et florentins qui envahirent en foule la cour de France à la suite de Catherine de Médicis. L'Italie, du reste, est vraiment la patrie des carrosses, ces majestueuses et lourdes machines, aux allures de berlines de deuil, pour des yeux français. Ne voit-on pas aujourd’hui à Rome ou à Naples, nombre de princes ou de seigneurs habiter les combles de leurs palais, à l'entretien desquels ils ne sauraient suffire, et s'imposer les privations les plus rigoureuses pour pouvoir se montrer chaque jour au Corso dans un véhicule attelé de chevaux irréprochables ? | Mais revenons à notre sujet. L’avant-veille de son assassinat, Henri IV écrivait à Sully : « Je « comptais aller vous voir, mais je ne le pourrai; « attendu que ma femme se sert de ma coche. » Voilà au moins qui, d'une manière officielle, nous donne un renseignement précis sur la façon d'écrire le mot coche au XVII° siècle !
À propos de cette coche, en voici la description
d'après une estampe du temps qui fit longtemps partie de la collection Hennin :
Le carrosse se composait d'une large caisse, peu élevée sur roues, dans laquelle pouvaient facile-
ment tenir huit personnes, quatre dans le fond et
quatre en face. Les roues, massives, étaient à demi recouvertes d’une enveloppe en étoffe lourdement brodée d’or et qui cachait leur partie supérieure. Cet ornement portait l’écusson de France à trois fleurs de 1ys d'or sur champ d'azur, entouré de broderies capricieuses en or sur fond rouge et était bordé d’une lourde crépine du même métal à sa partie inférieure. La caisse, à ses quatre angles, avait quatre piliers en bois doré avec filets rouges, soutenant un dais. Le derrière du carrosse était tendu d'une étoffe rouge et or glissant sur tringle à l’aide d’anneaux cousus à sa partie supérieure, tandis qu’au dessous la caisse portait, sculpté à plein bois, l'écusson de France en ronde bosse, soutenu par des ornements d’un goût délicat. Enfin, repo-
sant sur les quatre colonnes de bois doré dont nous :
avons déjà parlé, un dais s’étalait, recouvert d'étoffe écarlate et or, bordé de lambrequins et surmontéd’une large bande portantl'écusson de France et celui des Médicis alternant l’un avec l’autre. Le dais se terminait par une traverse de bois sculpté et doré, surmontée à ses deux extrémités d’une lourde fleur de 1ys également dorée.
C'est dans cette voiture que le vendredi 14 mai 1610, le bon roy Henry fut assassiné. Écoutons,
pour plus de détails, les narrations de deux témoins oculaires, Lestoile et le poëte Malherbe.
&« Le vendredi 14, au matin, le roy disoit au duc « de Guise et à Bassompierre : — Vous ne me co- « gnoissez pas encore, vous autres, mais je mour- « rai un de ces jours, et, quand vous m'aurez « perdu, vous cognoistrez lors ce que je valois et « la différence qu’il y a de moy aux aultreshommes. « Le mesme jour, jour tryste et fatal pour la France, « après le disné, le roy s’est mis sur son lict pour « dormir ; mais, ne pouvant recevoir de sommeil, « il s'est levé, tryste, inquiet et rêveur, et a pro- « mené dans sa chambre quelque temps, et s’est « jeté derechef sur le lict. Maïs ne pouvant dormir « encore, il s'est levé et a demandé à l’exempt des « gardes quelle heure estoit. L'exempt luy a res- « pondu qu’il estoit quatre heures, et a dit : — Sire, « je voys Vostre Majesté tryste et toute pensive; « il vauldroit mieulx prendre un peu l'air, cela la « réjouiroit. — C’est bien dict; eh bien! faictes ap- « prester mon carrosse; j'iray à l’Arsenal voir le « duc de Sully, qui est indisposé et qui se ee « aujourd’huy. » (Lestoile.)
« Le roy sortit peu après pour s’en aller à l’Ar- « senal; il délibéra longtemps s'il sortiroit, et plu- « sieurs fois dict à la reyne : — Ma mie, iray-jer « niray-je pas? Il sortit même deux ou trois fois, « et puis tout d'un coup retourna et disoit à la « reyne : Ma mie, iray je encore? et faisoit de nou- « veau doute d'aller ou de demeurer. Enfin il se
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résolut d'y aller, et, ayant plusieurs fois baysé la reyne, luy dict adieu, et, entre autres choses qu'ou a remarquées, il luy: dict: Je nésierape qu’aller et venir, et seray icy à ceste heure mesme ». |
« Comme il fust en bas de la montée ou son carrosse l’attendoit, M. de Praslin, son capitaine des gardes, le voulust suivre. Il luy dict : Allezvous-en, jé ne veulx personne: Allez faire vos affaires. Ainsi, n'ayant autour de luy que quelques gentilshommes et des valets de pied, il
« monta en carrosse, se mit au fond, à sa main
gauche, et fist mettre M. d'Espernon à sa main droicte; auprès de luy, à la portière, estoient M. de Montbazon, M. de la Force: à la portière du costé de M. d'Espernon, estoient M. le maréchal de Lavardin, M. de Créqui; au devant M. le marquis de Mirabeau et M. le Premier Écuyer ». & Comme il fust à la Croix du Tirouër, on luy demanda où il vouloit aller. Il commanda qu’on allast vers Sainct Innocent. Estant arrivé à la rüe de la Ferronnerie, qui est à la fin de celle Sainct Honnoré, pour aller à celle de Sainct Denys, devant la Salamandre, il se rencontra une charrette qui obligea le carrosse du roy à s'approcher plus près des boutiques de quincaillerie, qui sont du costé de Sainct-Innocent,
. et mesme d’aller un peu plus bellement, sans
s'arrester toutesfois, combien qu’un qui s’est
« hasté d’en faire imprimer le discours l’ait escript
aire
de ceste façon. Ce fust là qu’un abominable assassin, qui s’estoit rangé contre la boutique, qui est celle du CŒUR COURONNÉ PERCÉ D'UNE FLÈCHE, Se jeta sur le roy et lui donna coup sur coup deux coups de couteau dans le costé gauche: l'un prenant entre l’aisselle et le testin, va en montant sans faire autre chose que glisser; l’autre prend contre la cinquième et sixième coste, et, en descendant en bas, coupe une grosse artère, de celles qu'ils appellent veineuses. Le roy, par malheur, et comme pour tenter davantage ce monstre, avait la main gauche sur l'épaule de M. de Montbazon, et de l’autre s’appuyoit sur M. d’Espernon auquel il parloit. Il jeta quelques petits cris et fist quelques mouvements. M. de Montbazon luy ayant demandé: — Qu'est-ce, Sire? Il luy respondit : — Ce n’est rien, ce n’est rien, par deux fois; mais la dernière, il le dict si bas, qu’on né le put entendre. Voïlà les dernières paroles qu’il dict depuis qu'il fut blessé. Tout aussitost le carrosse tourna vers le Louvre. Comme il fut au pied de la montée où il estoit monté en carosse, qui est celle de la chambre de la reyne, on luy donna du vin. Pensez que quelqu’un estoit déjà courru devant porter ceste nouvelle. Le sieur de Cérisy, lieutenant de la Compagnie de M. de Praslin, luy ayant soulevé la teste, il fist quelques mouvements des yeux, puis
« les referma aussitost sans les plus rouvrir. Il fust « porté en haut par M. de Montbazon, le comte de
« Curson en Quercy, et mis sur le lict de son ca- « binet, et, sur les deux heures, porté sur Le lict de « sa chambre, où il fut tout le lendemain et le « dimanche. Un chacun alloit luy donner de l’eau « bénite. Je ne vous dis rien des pleurs dela reyne, « cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, « je crois qu'il ne pleura jamais tant qu’à ceste « occasion. » (Malherbe, Lettre du 19 mai 1610.) Les carrosses, depuis que Mademoiselle Favereau avait ameuté après le sien le petit peupleet les enfants du quartier Saint-Antoine, avaient fait déjà des progrès sensibles. Sans atteindre à la magnificence de celui d’un roi, ils avaient su, néanmoins, se parer d'une manière fort agréable chez les grands seigneurs. Nous suivrons plus loin leurs lents perfectionnements chez les classes aristocratiques, le moment est venu de nous occuper des moyens de voyage de la bourgeoisie, de la petite noblesse et du peuple.
Dans un autre chapitre de cet ouvrage, nous avons parlé des voitures publiques queles Romaïns, à l'instar dece qu’ils faisaient en Italie, avaient établies chez nous. Au moyen-âge, ce service continua longtemps, puis il se perdit peu à peu jusqu'au jour où se fonda l'institution des coches d’eau. Sous l'influence du pouvoir royal ou de certains grands feudataires de la couronne, des canaux assez nombreux s'étaient creusés, rectifant les cours d’eau dans leurs parties non navigables, ou les unissant entre eux. L'industrie des coches se
créa, profita de ces facilités et l’on ne tarda pas à voir glisser lentement sur nos fleuves ou nos rivières, de grands chalands suivant, paisibles, le cours de l’eau, ou les mêmes bateaux, chargés de voyageurs et de bagages, remorqués au pas lourd de vigoureux chevaux de trait, lorsqu'il fallait remonter lecourant. Ce mode facile et peu fatiguant de voyager eut un grand succès auprès des gens de mœurs paisibles, dans tous les pays d'Europe où l’on put s’en servir. ta Dans une collection de navires hollandais du XVIIe siècle, on remarque une planche représentant un heu à voiles; on lit en haut : « Coche de Bruxelles » et plus bas:
« Ce petit heu flamand, qui des vagues se joue,
« Des marchands voyageurs; épargne les travaux ;
« C’est un coche flottant, dont la flèche est [a proue, « Les voiles l’attelage, et les vents les chevaux.
Aux époques de misère où tous les revenus du pays passaient en frais de guerre, et où, par conséquent, les routes étaient fort négligées, peu sûres et d’ailleurs assez rares, le coche était encore le meilleur mode de transport qu’on eût à sa disposition. Plus tard, sous le règne de Henri IV, principalement, pendant cette assez longue période de paix qui succéda aux horreurs sanglantes des guerres de religion et à la résistance désespérée de la Ligue, l’industrie des coches, encouragée par
le pouvoir royal, prospéra et ne tarda pas à se transformer. Sans que pour cela les coches d’eau vinssent à disparaître, on créa, concurremment avec eux, les coches de terre, qui devinrent rapidement populaires et qui sont restés dans la mé-
moire de nombreuses générations, bien longtemps
après qu'ils eurent disparu pour faire place aux diligences. |
C’est du nom du conducteur du coche que nous appelons encore aujourd'hui le domestique qui conduit notre voiture : cocher. Manquer le coche est une expression qui signifie toujours manquer une bonne occasion ou arriver en retard. Tout le monde, du reste, n’a-t-il point encore présent à la mémoire, ce chef-d'œuvre du bonhomme fabuliste: La mouche du coche :
« Dans un chemin montant, sabloneux, malaisé, « Et de tous côtés au soleil exposé, « Six forts chevaux tiraient un coche; « Femmes, moines, vieillards, tout était descendu, « L’attelage, suait, soufflait, était rendu. » (LA FonTAINE.)
En quelques lignes, l’exquis poète nous décrit cette grosse voiture traînée par six chevaux, de laquelle les femmes, les moines et les vieillards entassés ont dû descendre pour pousser à la roue,
Le coche de terre était un énorme et lourd véhi-
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cule d’une longueur de six ou sept mètres et large de deux ou trois. La caisse, montée sur quatre roues, était surmontée de cerceaux recouverts d’une bâche ou d’une étoffe, pour garer les voyageurs du soleil ou de la pluie. Un rideau pouvait être relevé sur lui-même sur chacun des côtés. Les premiers attelages de coches de terre se composaient de deux chevaux en flèche ; un postillon était monté . sur le premier, placé entre les brancards. Les bêtes étaient habillées comme le sont encore aujourd’hui les chevaux de nos charrettes ; c’est-à-dire que les brancards étaient pour le limonier, suspendus au collier et à une large courroie passant sous la selle. Plus tard encore les coches furent tirés par des chevaux de front, attelés à un timon et à des palon- niers : c'était là et c'est encore l’attelage des diligences et de nos voitures publiques actuelles.
Tel était le moyen de locomotion des petites gens. Il en exista bientôt un autre qui fut imaginé par un grand seigneur.
En 1650, le duc de Roanez obtint de Colbert, le privilège d'établir dans Paris, des carrosses publics dont le prix de course serait fixé à cinq sols par personne, à condition, toutefois, qu'on n'y recevrait aucun page, soldat, laquais ni homme de métier. Bientôt, le Prévôt des marchands et les échevins consentirent à habiller les cochers de la livrée de la ville et à faire peindre les armes de Paris sur les portières ou sur la caisse du véhicule. L'entreprise vécut, tout d’abord cahin-caha, lors-
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que, brusquement, un incident heureux vint faire
sa fortune.
Un jour que Louis XIV se trouvait à Saint-Germain et qu'il se sentait de belle humeur, ce quine lui arrivait pas toujours, dit Saint-Simon, à qui nous empruntons ces lignes, il fit monter Mr de Montespan dans un carrosse de louage qui se trouvait là, puis, grimpant sur le siège du cocher, il
saisit de ses mains royales les guides de cuir et
exécuta avec habileté le trajet du vieux château au Palais de la reine-mère. Il n’en fallut pas davantage pour que Ja ville et la cour raffolâssent de ces carrosses, dont on ne put plus se passer. On ne se servit plus que de voitures publ'cues et le duc d’Enghien, pour mieux faire sa cour, imagina de
suivre l'exemple du roi et de traverser tout Paris.
en faisant l'office de cocher; malheureusement l'équipage, qu’il menait à grande vitesse fut heurté par une grosse voiture chargée de pierres et le prince alla rouler de son siège dans le ruisseau. Cependant celéger échec ne nuisit en aucune façon à la vogue des carrosses; le public seul y perdit,
puisque, à la suite de l'événement, le prix de la
course fut élevé d’un sol par individu, Grâce à la faveur croissante qui s’attachait à ces voitures, Les entrepreneurs gagnèrent cinquante mille livres de rente. Bientôt il ne leur fut plus possible de répondre aux besoins des carrosses à la course et des privilèges furent accordés aux sieurs Mause et Francini pour établir de nouveaux carrosses publics.
Ce que voyant, le duc de Roanez céda son établissement à un particulier qui en transporta le siège principal rue Saint-Antoine (ce quartier était décidément favorable aux carrosses), dans une maison à l'enseigne du Grand Saint-Fiacre.
Nicolas Sauvage, que plus tard on a surnommé Fiacre, sans doute à cause du logis où il avait établi ses remises, avait été l'entrepreneur associé du duc de Roanez avant de lui acheter son privilège. Voici en quels termes Sauval, dans son Histoire et recherches des antiquitez de Paris, raconte la genèse de cette entreprise : |
« Il y a quelque quarante ans qu'un nommé « Nicolas Sauvage, facteur du maître des coches « d'Amiens, loua à la rue Saint-Martin, vis-à-vis « celle de Montmorency, une grande maison ap- « pelée dans quelques papiers terriers, l'hôtel Saint- « Fiacre, parce qu'à son enseigne étoit représenté « un Saint-Fiacre qui y est encore. Or cet homme, « fort entendu en fait de chevaux et de carrosses « de louage, pour les bien ménager et les faire « durer longtemps, s’avisa d’un nouveau trafic « qui fut d'entretenir à Paris des chevaux et des « carrosses, pour les louer au premier venu. D’abord : « il eut bonne pratique quoiqu'il les louât bien « cher et même, incontinent après, il eut des ca- « marades qui s’établirent en divers quartiers et « s’enrichirent. Mais parce que de la maison appe- « lée l'Hôtel Saint-Fiacre, à cause de son enseigne, « étoit venue l'invention de ces sortes de carrosses,
a18- LE VOYAGE
« ñon seulement le nom de fiacres fut donné aux « carrosses de louage et à leurs maîtres, mais aussi « aux cochers qui les conduisoient, et même je « pense que cette manière de gens a pris saint « Fiacre pour patron. »
Néanmoins la date de fondation de l'institution des voitures publiques à Paris, a été fort discutée, aussi bien que le lieu où se trouvait l'hôtel Saint- Fiacre, comme on va le voir.
Dans unlivre du Père Labat, ouvrage peu connu, du reste (Voyage d’Espagne et d'Italie), on lit :
« Je me souviens d’avoir vu le premier carrosse « de louage qu’il y ait eu à Paris. On appelait le « carrosse à cinq sols par heure. Six personnes y « pouvoient être, parce qu'il y avoit des portières « qui se baïissoient, comme on en voit encore au- « jourd'hui aux coches et carrosses. Et comme il « n’y avoit pas encore de lanternes dans les rues, &« ce carrosse en avoit une plantée sur une verge « de fer au coin de l'impériale, à gauche du cocher. « Cette lumière et le cliquetis que faisoient ses. « membres mal assemblés, le faisoient voir et en- « tendre de fort loin. Il logeoit à l’image de Saint- « Fiacre d’où il prit le nom en peu de temps, « nom qu'il a ensuite communiqué à tous ceux qui &« l'ont suivi. »
Cependant le Père Labat, né en 1663, a évidemment confondu le fiacre avec l’omnibus, dont le premier,autre variété de la voiture publique, parut le 18 mars 1662. Tout ici, les mots carrosse à 5 sols,
ose
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impériale, prouvent cette confusion. Ce n'est pas tout, Ménage, dans son Dictionnaire étymologique, nous donne cette définition : « Fiacre, on appelle « ainsi à Paris, depuis quelques années, un carrosse « de louage à cause de l'image de Saint-Fiacre qui « pendoit pour enseigne à un logis dela rue Saint- « Antoine et où on louoit ces sortes de carrosses. » Un écrivain moderne, M. Edouard Fournier, dans ses Enseignes des rues de Paris, prend texte de la définition. de Ménage pour battre en brèche celle qui est donnée dans l'historique de Sauval, Il ne faut voir là, selon nous, qu’un ingénieux paradoxe comme M. E. Fournier sait les faire. Il a confondu évidemment l'hôtel Saint-Fiacre primitif (Montmorency) avec l'hôtel Saint-Fiacre de la rue Saint-Antoine. La coïncidence du nom de ce saint, prédestiné paraît-il à patronner les voitures de louage est singulière, mais il n'y pas d'erreur possible et nous croyons la version de Sauval la vraie, |
Il ne nous reste plus maintenant à citer que pour mémoire une mazarinade de 1652, par Nicolas Damesme, Le souper royal de Pontoise fait à MM. les Députés des six corps de marchands de cette ville de Paris, où une troisième étymologie est donnée :
« C'étoit pour avoir des carrosses, « Ou lon attelle chevaux rosses, « Dont les cuirs sont rapetassés, « Vilains, crasseux et mal passés,
« Représentoient le simulacre
« De l’ancienne voiture de Fiacre,
« Qui fut le premier du métier,
« Qui louoit carrosse au quartier
« De Monsieur Saint-Thomas du Louvre, etc. »
Quoi qu'il en soit, l'idée de Nicolas Sauvage, dit Fiacre, fit fortune, et l’entreprise du duc de Roannez,
placée entre ses mains, produisit encore d'assez
beaux résultats pendant les premiers temps, car Fiacre eut à lutter contre une concurrence redoutable. Il y tint tête, grâce à la faveur que conservait le public aux anciennes voitures de l’image de Saint-Fiacre, tout en étendant le nom à toutes les concurrentes, Les gens de cour, surtout, furent âpres à la curée. En maï 1657, Louis XIV accorda,
par lettres patentes, à son écuyer Pierre Hugon,
sieur de Givry, l’autorisation d'établir, dans la ville ét les faubourgs de Paris, des carrosses, calèches et chariots à deux chevaux, « pour circuler de sept heures du matin à sept heures du soir. » En 1664, M. de Givry renouvela son brevet pour voitures et calèches à deux et quatre roues, location s’associa les frères Francini et fusionna son brevet avec un autre qui avait été accordé à un sieur de Santour et à sa sœur Anne Piquet, fille d'honneur de la reine-mère. En mai 1661, Madame de Beauvais, la même qui passe pour avoir été la première maîtresse de Louis XIV, obtint un brevet royal
à l'heure, à la journée, etc. La même année il
À un
pour « exploitation de fiacres et organisation d’un service de Paris à Versailles et à Saint-Germain. » Son fils, le baron de Beauvais, hérita du droit à sa mort. En 1653, Charles Villarue obtint lui aussi un privilège et put, de la sorte, faire une active concurrence aux entreprises déjà existantes.
Les noms des véhicules employés sous la désignation de fiacres ou carrosses de louage étaient divers. On disait carrosses, fiacres, cabriolets, vinaïgrettes, brouettes;, ce fut sous ces multiples appellations que les voitures publiques se multiplièrent à l'infini, au point que sous le règne de Louis XV on en comptait 15,000 à Paris.
Cependant, l’organisation proprement dite de fiacres laissait beaucoup à désirer; de tous côtés des réclamations étaient adressées au pouvoir royal. Le lieutenant de police, sur l’ordre du roi, dut prendre des mesures et en 1638 paraît la première ordonnance de réglementation relative aux voitures publiques : elle fixe Les lieux de stationnement. Frs
1664. Ordonnance qui établit la course à 10 sous: pour les voitures à deux places et à 40 sous pour les voitures à quatre places.
1672. Nouveau règlement.
1673. Nouveaux emplacements de stations.
1689. Défense aux cochers d’entraver la circulation à peine de 200 livres d'amende.
1696. Ordonnance qui fixe à 25 sous le prix de la première heure et à 20 sous le prix des autres.
1698. Ordonnance qui enjoint aux loueurs de carrosses, fiacres, vinaigrettes, cabriolets, etc., d’apposer sur le derrière de leurs voitures des numéros avec de grands chiffres peints en jaune et à l'huile, de manière qu'ils puissent être distingués de fort loin.
1774. Le prix est fixé à 25 sous la course et l’ordonnance enjoint sévèrement la politesse aux cochers, dont Saint-Evremond disait déjà dans une lettre écrite en 1692 :
« Les cochers sont si brutaux, ils ont la voix « si effroyable, et le claquement continuel de « leurs fouets augmente le bruit d’une manière « si horrible, qu'il semble que toutes les furies
« soient en mouvement pour faire de Paris un
« enfer. »
En Angleterre, les premiers cabs parurent à Londres en 1625. On en comptait 700 en 1694, 800 en 1715. Edimbourg eut des fiacres dès 1673. Les fiacres d'Angleterre ressemblaient beaucoup aux nôtres, mais il faut remarquer toutefois, qu'alors comme aujourd'hui, les chevaux y étaient, comme qualité, de beaucoup supérieurs à ceux que nous employions chez nous.
Nous allons, momentanément, interrompre notre étude des moyens de transport publics ou privés, usités aux XVIIe et XVIII® siècles, pour étudier quelques types d’ustensiles de voyage ayant servi à cette époque. Nous reprendrons ensuite notre travail pour traiter des chaises à porteurs, des
carrosses de gala, des chaises de poste et des diligences. A nt
Au XVII: siècle les progrès de la serrurerie et de la mécanique étaient tels que nombre de seigneurs, médiocrement rassurés par les coffres ou les coffrets ordinaires, imaginèrent de revenir à la construction entièrement métallique, ce qui n’excluait pas, malgré cela, le goût artistique.
C’est un coffre de voyage de cette espèce, véritable coffre-fort portatif, dont nous donnons la reproduction d’après nature, page 225. Ce merveilleux objet est exposé au musée de Cluny. Il p1 vient d’un legs fait au musée par M. le baron des Mazis. Par testament en date du 25 octobre 1866, fait : la Métairie, commune de Saint-Marc-du- Désert, canton de Villaine-le-Jubel, et déposé chez M Leterrier, notaire à Gesvres, M. des Mazis a donné au musée des Thermes et de Cluny tous les objets précieux réunis par ses soins et se rattachant à la haute serrurerie des NV ER V IT" et XVII: siècles, ainsi que tous les coffres et coffrets en fer damasquinés d'or et d'argent faisant partie de sa collection. Le spécimen qui nous occupe en était un des plus beaux fleurons.
C’est un coffre en fer forgé, à quatre faces et à couvercle avec coins abattus, couvert d'’ornements et d’attributs en fer de haut relief, forgés et appliqués. La face principale représente une double arcature dont les piliers sont surmontés d’écureuils et d’un chien en ronde bosse ; sous les arceaux sont
des vases également en haut relief avec des fleurs et des bouquets en repoussé. Les faces latérales portent des anses mobiles rattachées par une élégante ornementation. Le couvercle est orné de rinceaux,avec motifsen hautrelief, et de C enlacés.
Ce qu’il faut surtout admirer, dans cette pièce unique, c’est la décoration en fer qui est travaillée avec une délicatesse inouïe. Les vases contiennent des roses forgées dont les feuilles et les pétales sont de purs chefs-d'œuvre, de véritables fleurs de métal. Sur la partie supérieure du couvercle, qui elle-même, est fortcurieusement ouvrée, existe, au centre, un cache-entrée en forme de trèfle et qui se démasque à l’aide d’un secret. Jusque-là, rien que de très facile, l'administration du musée connait la combinaison de ce cache-entrée. Pourtant depuis que le coffre est à Cluny, il n’a jamais pu être ouvert et ne le sera probablement jamais. Voici pourquoi :
Avant sa mort, M. le baron des Mazis avait prévenu M. du Sommerard qu'il était dans l'intention de lui léguer sa collection. À la suite de cette confidence, le généreux donateur avait plusieurs fois . fait fonctionner le secret du coffre et de biend'autres encore devant le savant archéologue, dans le but de les lui indiquer. Après sa mort, les objets ayant été transportés au musée, on fit alors appel à la bonne volonté d’une personne qui avait approché de très près M. des Mazis et on la pria d'indiquer le secret qu’elle connaissait ; cette personne refusa