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COFFRE-FORT DE VOYAGE

École Française du XVIT° siècle (d’après nature.

et malgré le long et solitaire colloque qu’eut avecle meuble un des plus habiles fabricants de coffresforts de la ville de Paris, la serrure refusa d’obéir.-

On enapris son parti aujourd’hui; mais que peut bien contenir ce trop fidèle gardien: ? | 4

Sous Louis XIV, les articles de voyage commencent à rene la forme que nous leur connaïssonsaujourd'hui, à peu de chose près; Nous en don-. nons trois exemples ; les modes de construction, en ce qui concerne le gros œuvre, on le verra, ont peu varié depuis.

Le premier consiste en un grand coffre de bois recouvert de peau, donné au musée de Cluny en 1868 par Prosper Mérimée et trouvé par lui à Cannes. La longueur de cette malle esi de 1 m.08. et sa hauteur o m. 59, elle date des premières années du règne du Roi Soleil. Le fût (carcasse) esten bois recouvert de cuir scié, sur le couvercle, le devant et les bouts, le derrière restant nu. Elle est ornée d'une multitude de clous de cuivre étampés formant des dessins capricieux, encadrant de petits motifs du même métal représentant tantôt une fleur de lys, tantôt une croix de Malte, etc. Sur le couvercle et sur les bouts, sont placés en bordure de gros clous, taillés en forme de pierres précieuses qui, lorsqu'ils étaient neufs et brillants, devaient donner au meuble une allure clinquante qui ne devait pas être sans grandeur. Au milieu de la face verticale du couvercle est placé un orne-. ment, jadis doré, finement ciselé. L'entrée de la

serrure est en forme de lyre, elle surmonte une couronne royale portant des fleurs de lys qui, ellemême, est immédiatement au-dessus d'une sorte. de coupe sans pied. Toutes ces appliques sont habilement ouvrées et ont jadis été rehaussées d’or. Les bouts, peu ornés de clous, sont garnis de poignées de fer sans intérêt; les emboîtures sont en cuivre. |

Cette malle (page 220), est exposée au Musée. de Cluny dans la salle des voitures. Elle proviendrait, paraît-il, de l'expédition tentée par le duc de Beaufort contre Alger. Cette origine nous paraît bien douteuse; en tous cas, elle justifierait l'échouage d’un objet qui a certainement appartenu à un enfant de France, dans la petite ville de Cannes.

Le deuxième exemple consiste en un coffre également en bois, recouvert de cuir scié et orné d’appliques ciselées de cuivre représentant des soleils, des lions et des anges voletant deux à deux. Des clous de cuivre étampés entourent de leurs circonvallations les appliques ciselées et d’autres. clous plus larges taillés à facettes. Deux petites couronnes, placées à droite et à gauche du motif central, donnent à présumer que ce coffre a dû appartenir à un haut personnage. Au milieu du. devant, un large motif en cuivre repoussé et ciselé représente Dieu auréolé, flanqué de deux anges aux ailes éployées et surmonté d'un ornement. composé de. volutes s'’enchevêtrant les unes dans.

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MALLE du commencement du règne de Louis XIV (d'après nature

les autres. Le tout est surmonté d’un Saint-Esprit, la tête en bas. Une poignée sert à soulever le couvercle.

L'origine de cette malle est bien obscure: elle aurait appartenu à une famille irlandaise émigrée en France à la suite de Jacques II (de là, sans doute, les lions ou léopards et les couronnes, si le meuble a appartenu à quelqu'un de la maison royale d'Angleterre). Cette famille aurait gardé cette malle jusqu’au milieu de ce siècle, époque à laquelle, étant venue prendre les eaux à Forges (Seine-Inférieure) elle se lia avec un vieux général français à qui elle en fit présent. À la mort de l’ancien officier, sa succession étant tombée en déshérence, le mobilier fut vendu à l’encan et la malle fut achetée par son propriétaire actuel, M. Ehretsmann, directeur actuel du Grand-Hôtel de Forges-les-Eaux, à l'obligeance de qui nous devons la reproduction que nous donnons page 233.

Enfin, pour terminer, voici une malle dont l’origine est encore bien incertaine : elle fut vendue au Musée de Cluny par M. le comte d’Etampes, qui fit : de nombreux voyages en Orient et collectionna ‘avec fureur. On prétend que cette malle est d’origine persane, nous croyons plutôt qu’elle est espagnole. La preuve en serait, pour nous, dans Ia serrurerie, les pentures et dans la facture tout-à-fait particulière et semblable à celle des bourreliers espagnols et mexicains d’aujourd’hui. Les armatures sont en fer, elles se composent de cinq pén-

tures joliment cisélées au burin et courbées de façon à emboîter le couvercle de la malle, trois parallèles entre elles et deux perpendiculaires à leur milieu. Les extrémités de chaque penture sont agrémentées d’un ornement ajouré, sauf celle du milieu, dont un des bouts porte un moraillon coudé. La serrure est ronde, ciselée et entourée d’une platine découpée à jour avec un certain talent (page 237). Ce qui est intéressant dans ce spécimen, et ce. que nous n'avions pas encore rencontré jusqu'ici, c'est qu’il est en osier tressé dans la manière des malles brevetées d’aujourd’hui Il y a là, une antériorité qui pourrait bien avoir une certaine valeur aux yeux de nos tribunaux, d'autant mieux que la construction en remonte certainement au commencement du XVIII siècle, soit à près de deux cents ans. Le tressage de l’osier est peut-être un peu plus

lâche que celui qu'on produit de nos jours, et les

lattes plus écartées. Le fût a été recouvert d’un cuir assez épais et sur lequel des ornements découpés, également en cuir, ont été appliqués et rehaussés d'une broderie de fil. Le devant porte deux animaux fantastiques, aux longs cous de girafe, tournant la tête pour se regarder. Ils sont entourés d'une végétation imaginaire et le tout est encadré d’une large bordure de feuilles et de rosaces contournées; à chaque bout une poignée en fer.

Comme on le voit, l'industrie des articles de voyage tend déjà à se transformer. On va petit à

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MALLE PRÉSUMÉE D'ORIGINE ANGLAISE Fin du XVIIe siècle (d’après nature).

petit abandonner le coffre lourd et somptueux pour arriver à des objets en cuir moins pesants qui prendront le nom de vache lorsqu'ils seront placés derrière la chaise de poste, par opposition au veau, valise plus petite placée au-dessous de l’appuiepieds du cocher.

Reprenons maintenant nos explications sur les véhicules.

Avant d'aborder ou plutôt de continuer notre étude des moyens de transport par traction animale, nous ne devons point oublier la chaise à porteurs, ce meuble dont nos pères étaient arrivés à ne plus pouvoir se passer tellement il était entré dans leurs mœurs. Si l’on veut bien se remémorer d’un côté l’état piteux dans lequel, fort souvent, se trouvait la voie publique, et de l'autre la richesse du costume des hommes et des femmes, la délicatesse des plumes, des dentelles, des rubans et des nœuds d’épaule, alors surtout que le parapluie n’était point inventé, on verra que l'usage qui consistait à se mettre à l'abri dans une boîte bien fermée, qu’on pouvaïit faire arrêter dans le vestibule de la maison où l’on allait en visite, était d’une véritable commodité.

Les Romaïns qui raffinaient sur tout ce qui regarde le luxe et le confortable, n'étaient pas sans connaître les chaises à porteurs} qui prenaient chez eux le nom de Sellæ gestatoriae ou fertoriæ et de cathedrä quand ïil s'agissait d’un portoir pour femmes. La chaise se portait à bras comme sou-

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