‹ Le voyageChapitre 37 sur 42 · PREMIER PORTEUR · texte numérisé non relu

PREMIER PORTEUR

- « Dame ! c'est que la porte est étroite. Vous avez « voulu aussi que nous soyions entrés jusqu'ici |

MaASCARILLE.

« Je le crois bien! Voudriez-vous, faquin, que « j'exposasse l'embonpoint de mes plumes aux « inclémences de la saison pluvieuse et que j’al- « lasse imprimer mes souliers en boue? Allez, Ôtez

« votre chaise d'ici! »

Toute dame de qualité, tout homme de quelque naissance se respectant un peu, avait sa chaise et ses porteurs, et à la porte des théâtres, des églises, au lieu de ces files de voitures que nous voyons

aujourd’hui, on apercevait une queue interminable de chaises à porteurs que les aboyeurs (Les coureurs de portières d'autrefois) appelaient tour-à-tour. Pour quelques personnes, l'usage en était devenu tellement impérieux qu'elles ne pouvaient s'en passer, pas plus dans leurs plus courts trajets qu® dans leurs courses les plus longues. À ce sujet, rap- -pelons que la duchesse de Nemours allait tous les -ans en chaise, de Paris à sa principauté de Neufchâtel. Quarante porteurs la suivaient, se relayant alternativement. Elle mettait une dizaine de jours -à faire les cent trente lieues de son voyage. Très réduit sous Louis XV, presque complètement délaissé sous Louis XVI, l'usage de la chaise à porteurs disparut à la Révolution. %- 5 Une entreprise de chaises publiques résista cependant longtemps, et elle florissait encore aux journées des 5 et 6 octobre 1789 qui emportèrent cette institution surannée et bien d’autres avec elle, dans le tourbillon qui balaya la monarchie. C'était la station qui se tenait auprès de la grande grille du château de Versailles et qui permettait aux gens de qualité qui venaient faire leur cour, d'arriver au palais sans avoir des souliers pollués par la boue de la cour d'honneur. Nul, on le sait, n'avait le droit de pénétrer en voiture dans la résidence royale, seuls les carrosses du roi jouissaient de ce privilège. La royauté partie, les chaises furent re- misées et Les patriotes imbéciles de Versailles, qui s'étaient joints à la plèbe parisienne dans sa mani-

festation, purent, pendant de longues années, suivre les progrès de la croissance de l’herbe entre les pavés de ce château dont la vie était enfuie, emportant avec elle leur fortune et leur prospérité.

Il y a quelque temps, un journal exhumaït une pièce assez curieuse au sujet des chaises à porteurs.

C'est une ordonnance de police, homologuée le

25 juin 1738, pour numéroter les chaises des porteurs de place, d’un numéro peint en couleur blanche, sur deux pouces de hauteur, à peine de confiscation des chaises et de huit jours de prison, avec défense auxdits porteurs d'exiger des salaires audessous du taux suivant, sous peine de destitution et de huit jours de prison, et, en cas de récidive, d'interdiction de la place et du carcan, savoir :

« La journée entière,du matin jus-

«iqu'a°9 heures dursoir eee re AA.

« Pour la demi-journée du matin. 3 liv. 2s.

« Pourla demi-journée, denuis midi

«jusqu'à 9 heures du soir. 0, m3 li.

« Pour la demi-journée de visite de

€ MAFIAS ES ANA NAN AMAR TIM Rr US « Pour les courses de baptême, de

«l’accouchée, àla paroisse etretour. 1 liv. 4s. « Pour la chaise qui va prendre la

« commère etla ramène chez elle . 1 liv. 16 s. « Pour les relevailles de couches et

« pour celles des convalescents qui

« vont à la messe et le retour. . . 2liv. 8 s.

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