CHAPITRE IV
SOCi:ÉTÉ DU PATRONAGE DES APPRENTIS
INDIOBNTS,
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Lilsiex venir I moi les petits eDfiats.
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La véritable origine de la société du patronage est généralement inconnue ; elle n^a jamais été rappelée dans les assemblées générales de cette société, qui ont eu lieu depuis sa fondation.
L'idée première appartient à M. Maisonville, imprimeur à Grenoble.
En 1846, MM. Maisonville et B. Durand jeune, négociant, soumirent à l'approbation de la loge des ArU-Réunis les statuts suivants, qui furent adoptés sans discussion.
« Considérant quebeaucoup d'enfants, en sortantdes écoles communales, manquent surtout d'une protection intelligente qui se préoccupe de leur imprimer une direction morale et qui défende leurs intérêts ;
« Que faute de cette protection, les devoirs réciproques du
maître et de Tapprenti sont oubliés quelquefois, et que les principes puisés dans Técole viennent souvent se perdre dans Fatelier ;
« Qu'il serait du devoir et de l'intérêt de la société de se préoccuper de cet état de cboseà ;
« Que s'il est impossible à la L . * . , eu égard à ses ressources matérielles, d'aborder cette question comme elle le désirerait, l'esprit fraternel qui anime ses membres lui permet cependant d'espérer quelque bien de son concours actif, « Décide :
« Art. 1". — Tous les ans, à l'expiration de l'année scolaire, une commission nommée par laL.*. demandera aux directeurs des écoles communales de la ville une liste des enfants sans fortune sur le point de quitter ces écoles pour entrer en apprentissage.
« La liste devra indiquer, pour chaque enfant :
« Ses noms et prénoms et son âge ; s'il a son père et sa mère ; quelle est sa conduite ; quel est son caractère ; quelle est son aptitude; à quelle profession le destinent ses parents.
« Art. 2. — Les membres delaL.-. auront toujours le droit de faire des présentations en dehors de ces listes.
« Art. 3. — Sur un rapport de la commission, spécial pour chaque enfant, la loge fixera le nombre d'enfants qu'elle voudra patronner.
« Art. 4. — Tout enfant admis aura, pa^pmi les membres de la L.-., un patron particulier qui s'occupera^ de le placer en apprentissage, et qui surveillera ensuite ses intérêts et surtout sa conduite, ainsi que ses progrès dans la profession qu'il aura choisie. Ce patron sera choisi par la L. - .
Art. 5. — Le chef d'atelier qui aurait à se plaindre d'un apprenti patronné devra s'adresser au patron de Fenfant, qui emploiera pour le ramener tous les moyens de persuasion que lui suggérera son cœur.
« Dans les cas graves, la commission se réunira et fera comparaître Tàpprenti devant elle ; si le cas Fexige, elle fera un rapport àla L.*., qui statuera.
« Art. 6. — Un certificat sera donné par la L.-. à tout patronné devenu ouvrier, comme témoignage de sa bonne conduite et de sa capacité.
« Dans le cas où quelques-uns des patronnés entreprendraient le voyage connu sous le nom de tour de France, indispensable à certaines professions, ils seront recommandés d'une manière toute particulière aux LL.*. de la correspondance, pour leur faciliter un placement utile et avantageux. »
L^œuvre fonctionna jusqu'en 1851, époque où la loge cessa de se réunir.
Le bureau de bienfaisance consacrait lui-même quelques fonds à placer des apprentis indigents chez des maîtres ; il les surveillait pendant leur apprentissage et les protégeait encore après.
Le 15 décembre 1849, étant maire de Grenoble, je réclamai, en son nom, du conseil municipal, une allocation de 1 ,000 fr. , qui fut accordée.
Toutefois, le conseil et moi nous comprimes que le patronage des apprentis était une œuvre trop considérable pour que le bureau de bienfaisance, déjà surchargé de dépenses et de travail, pût lui donner un développement proportionné à son importance.
Nous comprimes également que Faction de la loge des Arts- Réunis ne pouvait être que limitée et incomplète.
Le conseil, où siégeaient d'ailleurs plusieurs membres de la loge, fut unanime pour confier à une commission, prise dans le sein du conseil même, le soin d'organiser Tœuvre du patronage et de lui créer une administration spéciale.
La commission fut composée de MM. Barrault, Bernard,
Hippolyte Bouvier, Galliard, fabricant de gants, Girard, Navizet et Frédéric Jaulier, maire.
La commission se mit résolument à Tœuyre ; mais elle marchait sur un terrain inconnu, et tout était nouveau pour elle.
Le 29 juillet 1850, le conseil municipal mit à sa disposition une somme de 1 ,000 fr . , et en 1851 , il inscrivit au budget une allocation de 1,500 fr.
Le 5 juillet 1851 , M. Hippolyte Bouvier, qui avait été Fun des membres les plus zélés et les plus actifs de la commission, rendit compte de ses travaux au conseil municipal.
« La ville, dit-il dans son rapport, pourvoit aux besoins moraux et intellectuels de Tenfant, en se chargeant gratuitement de son éducation et de son instruction, depuis le moment où elle le fait entrer à la salle d^asile, d^où elle le conduit à Vécole professionnelle.
• « Hais il y a un moment de la vie, moment le plus périlleux, sans nul doute, oùTenfant pauvre échappe complètement à ces diverses et bienfaisantes influences : ce moment est celui où, sorti de Técole, il doit apprendre Fétat qui assurera son existence et le classera parmi les citoyens utiles. Arrivé à ce point difficile, sans expérience de la vie, sans connaissances pratiques, Fàme ouverte aux aspirations de Favenir, tout gonflé d'insatiables désirs, en proie à des besoins nouveaux, il reste livré à lui-^mème, n^ayant ni guide, ni direction, ni ressources. Comme si son instruction était terminée tant qu'on ne lui a pas appris à gagner sa vie par le travail !
« Cette lacune est en partie comblée aujourd'hui, messieurs : les bases de l'institution sont posées. »
M. Bouvier ajoute :
« Deux catégories de jeunes gens se présentaient pour
profiter du bienfait de T institution ; la commission a décidé tout d^ abord que ceux-là y auraient le plus de droits qui seraient frappés de la misère la plus grande ; mais, en même temps, elle a cru devoir aider aussi ceux dont les parents pouvaient, en s^imposant des sacrifices, nourrir leurs enfants pendant le temps de leur apprentissage.
« Ainsi, quelquefois, elle a dû accorder à des apprentis des secours mensuels, la nourriture, des vêtements et les outils de leur profession ; d'autres fois, seulement des outils. Dans toutes ses appréciations, elle s'est toujours fait un devoir d'allier aux sentiments que l'humanité lui inspirait la justice la plus scrupuleuse.
« Nous sommes heureux de constater ici que nous avons été largement aidés dans cette œuvre par les maîtres d'apprentissage. Je ne vous dirai pas combien, pour la plupart, ils se sont attachés aux jeunes gens que nous leur avions confiés ; je ne vous citerai pas tous les cas de désintéressement dont nous avons été témoins ; je vous dirai seulement que tous, garçons ou filles, ont été pris gratuitement par les personnes chez lesquelles nous les avons placés.
« Il est un fait cependant tellement digne d'éloges et si propre à être cité comme exemple de vertu, de dévouement et de véritable fraternité, que nous ne pourrions le passer sous silence sans encourir le reproche d'avoir volontairement placé sous le voile de l'oubli une de ces actions dont la juste récompense se trouve dans l'estime et l'admiration de tous, et dont le résultat le plus utile, à notre avis, est de servir de type à l'émulation des hommes assez yertueux pour les imiter.
« Votre commission présentait un de ses patronnés à un maître d'apprentissage, à qui, en même temps, une famille aisée de la ville proposait un de ses enfants et offrait un salaire de SOO fr. Entre l'apprenti riche, qui, avec son argent, pouvait partout ailleurs se trouver une place, et l'apprenti
pauvre dont vous demandiez gratuitement l'éducation indus* trielie, le choix du maître n'a pas été un instant douteux : dans Fatelier il n'y avait qu'une place ; elle a été donnée à celui qui ne pouvait pas payer. »
Plus loin, M. Bouvier constate en ces termes les résultats obtenus :
« Le nombre des apprentis s'élève en ce moment au cbiffre de 55, dont 44 garçons et 1 1 filles.
« Parmi les garçons, 29 ont pris l'état de gantier, 3 celui de dresseur, 6 sont cordonniers, i serrurier, 1 tailleur, 1 mégissier, 1 fondeur, 1 galocher, 1 bâtonnier.
« Parmi les filles, 4 sont tailleuses en robes, 5 repasseuses, 1 lingère, 1 modiste. y
« Au sujet de tous, il a été fait des conventions qui sont signées par le maître d'apprentissage, par M. le maire, et qui doivent Tètre par le patron qui leur sera donné. »
Au nom de la commission, M. Bouvier, en terminant, propose au conseil de continuer Tallocation annuelle de 1 ,51)0 fr.; de prier M. le maire de convertir en association l'institution du patronage des apprentis indigents ; de provoquer, en conséquence, dessouscriptions; de demander aux citoyens de bonne volonté leur concours pour servir de patrons aux jeunes apprentis; de donner, enfin, à l'œuvre naissante la plus grande publicité possible.
Ces diverses propositions furent adoptées.
Dès le mois de mars 1851, j'avais cessé d'être maire de Grenoble, mais j'étais resté membre de la commission.
Celle-ci voulut bien me charger de rédiger des statuts.
Le 28 août 1851, elle adopta sans discussion la rédaction suivante :