LE TRAVAIL
« Mes jeunes- amis ,
« Je suis content de vous voir et d^ assister à cette distribution de couronnes. Je vous dois un compliment: vous avez bien travaillé cette année, vous vous êtes bien conduits. Cela vous fait honneur, cela fait honneur à vos maîtres.
« J^ai la pensée toute chargée de choses grayes et sérieuses, et cependant je voudrais vous parler en termes bien simples et qui vous fissent plaisir. Eh bien! voyons. Pourquoi est-ce une si jolie fête que la fètc d^aujourd'hui? C^est que Dieu a créé les émotions douces comme récompense du travail.
« Vous avez été quelquefois dans les champs, n'est-ce pas ? Pourquoi le moissonneur courbé vers la terre et por-
tant tout le poids de la chaleur du jour, est-il cependant si gai ? Cest qu'il travaille ; il a le cœur satisfait et Fâme en paix. Pourquoi, dans le mois des vendanges, entendons-nous les campagnes retentir de refrains si joyeux ? C'est encore parce que l'homme travaille ; il accomplit sa destinée ; il oublie les peines de l'existence.
« Entrez dans un atelier, dans un lieu quelconque d'études : chacun est à sa place, chacun est à sa fonction ; chacun travaille. Pourquoi ce bien-être indicible dont vous ne pouvez alors vous défendre ? Pourquoi respirez-vous plus à Taise ? C'est que vous avez sous les yeux Timage de l'ordre et du travail.
« Le travail est partout, mes enfants. Il est la loi des individus, la loi des sociétés, la loi du monde moral et du monde physique. Agir, c'est travailler. Penser, c'est agir. Le travail, c'est la vie, la vie vraie, la vie animée, la vie complète et heureuse; c'est la vie universelle.
« Au printemps, la nature est gracieuse et riante, car elle s'apprête au travail. A l'automne, elle revêt ses teintes les plus suaves e( les plus pures; alors elle a donné ses fleurs et.ses fruits : elle a travaillé. On croirait qu'elle est triste : elle n'est que fatiguée; elle se prépare mélancoliquement au sommeil de l'hiver.
« Voyez cet homme, à Tair inquiet, morose, embarrassé, qui va et vient d'un lieu à un autre. Cet homme se meut , mais il ne vit pas : c'est un oisif. Il s'ennuie ; demain il commettra une mauvaise action. Y a-t-il au contraire un plus beau spectacle que celui d'une vie laborieuse et dévouée? quoi de plus noble surtout que le vieillard dont la carrière a été utilement remplie ? Il a eu l'estime de ses semblables, et, serein comme le soir d'un beau jour, il attend avec confiance le repos suprême que l'on goûte dans le sein de Dieu.
« Mes jeunes amis, comprenez bien le prix du travail, le
calme qu'il donne, les satisfactions intimes quil procure. Gravez dans votre mémoire ces paroles d'un poète, qui sont faciles à comprendre et à retenir :
S'oocoper, c*ef(t savoir jouir; L'oisÎTeté pèse et toiynnente.
L*àme est un feu qu'il faut nourrir Et qui s*éteint s'il ne s'augmente.
« Aujourd'hui, vous devez au travail, non seulement le suffrage que vous donne votre conscience, mais encore celui des magistrats de la cité et du chef de cette académie, qui applaudissent à vos efforts, qui veillent sur vous et vous aiment de toute leur âme. Vous devez au travail cette solennité, touchant besoin du cœur, qui se dépense chaque année et ne s* épuisera jamais. Vous lui devez ce concours empressé de vos amis, de vos parents, auxquels il tarde de vous serrer dans leurs bras. Courage, mes enfants ; persévérez dans la bonne voie, soyez fidèles à vous-mêmes.
« Maintenant, venez, approchez-vous, et que, dans un instant, lesjoies du travail s'agrandissent autour de vous de tous les bonheurs de la famille ! »
23 août 1849.