LH SENTIMENT DU DEVOIR
« Mes enfants,
^ A tous les âges, dans toutes les conditions de la vie , rhomme a des devoirs à remplir. Le plus important des sentiments dont vous deviez vous pénétrer, c'est le sentiment
du deroir. Apprécier sainoment la position qu'on occupe, peser les obligations qu^elle entraîne, s^en faire une idée exacte, les accomplir tout à la fois par raison et par dévoue*mént, voilà le but où il faut tendre. Le sentiment du devoir rend plus diflSciles les illusions de Tamour-propre, les égarements de l'esprit/ Tivresse du succès. Il nous rappelle à Dieu, à la loi, à nos semblables.
« A Dieu, souverain auteur de toutes choses, de qui tout procède, à qui tout aboutit, nous devons un perpétuel hommage. L'amour et la crainte de la Divinité sont le principe delà sagesse; ils élèvent Fâme, ennoblissent le cœur; ils nous empêchent d'oublier notre céleste origine, de méconnaître les iiiimortelles destinées qu'il nous est flonné de conquérir.
« , La loi est le lien commun des citoyens ; elle est le guide et le frein universels ; elle substitue sa volonté générale aux volontés individuelles; elle les apaise et les domine: elle produit ainsi ce vaste équilibre des intérêts moraux et matériels, qui s'appelle l'ordre social. Tout citoyen doit à la loi un culte pieux. Invoquer la loi quand elle crée le droit, la respecter et l'observer quand elle impose lé sacrifice , c'est comprendre et pratiquer la liberté dans sa plus haute expression.
« Enfin , mes jeunes amis, que serait Thomme abandonné à ses propres forces, à ses uniques ressources, et voulant relever de lui seul? A quelles jouissances de la vie le riche pourrait-il prétendre, s'il n'avait autour de lui l'artiste habile, l'ouvrier patient, Tartisan laborieux ? Que deviétidraient ces derniers, si les hommes en possession de la fortune ignoraient les tourments du désir et l'incessante variété du caprice P combien cette dépendance mutuelle relève ceux qui, trop souvent et avec trop d'amertume, accusent l'humilité de leur rôle! Avec quelle énergie elle rappelle aux hommes que leur infirmité morale les nivelle, et qu'ils ont essentiellement besoin de s aimer les uns les autres!
« Voilà des vérités profondes, mes enfants ; néanmoins elles sont simples et vulgaires. Votre âge même est familier avec elles ; car Tinstinct vous les révèle, et votre cœur qui n'a pas encore la science, mais qui a encore la pureté, les devine et, sans effort, les accepte. Voulez-vous conserver intact le dépôt précieux de ces notions sacrées , voulez-vous les voir grandir, se développer en vous, et porter un jour pour vous leurs fruits les plus albondants : ayez le sentiment du devoir.
« Dès à présent, il vous est nécessaire.
« Dans cette école, sous la direction d'un professeur habile, dévoué et bien secondé, vous faites V apprentissage de la vie, et vos devoirs d'aujourd'hui vous préparent à vos devoirs futurs. Vous apprenez ici à aimer, à servir Dieu ; vous apprenez à chérir cette noble France, cette sainte patrie, qui a des traditions si belles, qui est la première entre les nations, qui a passé par tant de gloires et par tant de revers pour conquérir ces institutions larges et généreuses qui renferment la liberté sans licence, l'égalité de droits sans confusion, la fraternité de sentiments sans excès ridicule. Ici vous êtes soumis à la loi. La loi, pour vous, c'est la discipline qui règle vos travaux et introduit Tordre dans vos études; c'est l'autorité affectueuse de vos maîtres et de vos parents. Ici , chacun de vous voit des semblables dans ses condisciples. Ici, c'est une famille, une société. On y pratique l'indulgence réciproque, l'émulation, la communication de la pensée, l'attachement pour tous, et l'amitié, qui est une préférence du cœur.
« Livrez-vous ici, mes enfants, à tous les penchants généreux de votre âge. Aimez ce paisible noviciat que suivront des situations plus graves, et plus tard, quand l'enfant sera devenu homme et citoyen, qu'il se souvienne que le sentiment du devoir le protégea pendant ses jeunes années, et qu'il demandé de nouveaux succès, de nouvelles satisfactions, au sentiment du devoir.
« Celui qui vous parle, mes enfants, et tous ces hommes honorables qui vous entourent, sont soumis à de graves obligations. Pour ne pas céder au découragement, pour ne pas s'égarer dans leur marche, ils ont souvent besoin d'en appeler au sentiment du devoir. Vous êtes l'objet de leur plus tendre sollicitude, de leurs plus chères préoccupations. Continuez à rendre pour eux la tAche plus facile, par votre docilité, par votre bonne conduite ; croyez bien que votre affection, que l'estime et les sympathies de vos familles seront toujours leur plus précieuse récompense, et leur prouveront qu'ils ont compris le sentiment du devoir. »
24 août 1850.