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se serrer ou s^étendre selon que leur nombre augmente ou diminue ? Il faudra donc renouveler à chaque minute le partage égal de la terre, puisque à chaque minute la masse de ses habitants varie par les décès et les naissances ! C'est lA une conséquence nécessaire du principe de Fégalité absolue; or, qu est-ce qu'un tel principe, sinon la confusion etraoarchie perpétuelles ?
Ce n'est pas tout. Je suppose un instant que le principe puisse être appliqué ; a quelles conséquences conduirait-il ? «( Des calculs ont établi, dit M. Hcnnequin, que, dans la ré** partition du territoire français entre ses habitants, la valeur de chaque lot n'excéderait pas en capital le montant d'une journée de travail, opération qui n établirait parmi nous que la confraternité de l'indigence et l'égalité de la faim * . »
En présence de pareils résultats, qu'y a-t-il de plus sage que d'accepter la propriété telle qu'elle est établie, avec les 'différences de fortune et les inégalités de position qu elle consacre ?
Au reste, chose remarquable, les attaques que je viens de signaler s'adressent uniquement à la propriété territoriale. Pourquoi donc ne rappelle-t-on pas que l'homme ne saurait créer la plus petite parcelle de matière, et que son pouvoir se borne à façonner cellb qui forme les objets mobiliers? Pourquoi ne dit-on pas que cette matière lui a été donnée aussi gratuitement que le sol? Pourquoi n'en tire-thonpas cette conséquence que tout droit qu'il s'arroge sur elle est une usurpation? On ne l'ose pas. Et cependant,' quelle différence y a-t-il entre la terre en friche dont l'homme fait un champ cultivé, .et le morceau de bois dont il fait un meuble ?
Voilà où nous mènent Tesprit de subtilité, l'oubli des lois de notre être et la négation des vues providentielles ! Doc-
4. Traité de légisMion et de Jurispnêdenee, tom. t«', pAg. 190.
trincs fatales, tristes fruits de je ne sais quelle philosophie naturelle qui, méconnaissant les conditions morales aux-^ quelles Dieu a soumis rbumanité, voudrait la régir comme une matière inerte par des axiomes purement mathématiques !
Ecrasé sous un niveau absolu, enchaîné à une destinée immuable, sans cesse ramené i son avoir primitif par Tinflexibilité périodique du partage, que fera Thomme de tous les nobles instincts que le Créateur lui a donnés ? Quel but s'offrira à son ambition P Quelle pensée d'avenir dévelop^ pera ses facultés et produira son enthousiasme ? Parqué comme une brute dans un milieu social dont vous ne pouvez bannir la misère et la douleur, oh trouvera-t-il une consolation quand il ne lui restera ni la liberté ni Tespérancc ?
Ecoutons des paroles bien simples et qui suffisent pour faire justice de ces désespérantes théories : « La propriété, Théritage, dit M. Hennequin, causes impulsives, sources fécondes de travail et de civilisation, ne peuvent pas même être accusés des contrastes qui se font remarquer dans les destinées humaines. Tant que les forces morales et physiques ne seront pas nivelées, des inégalités s'établiront parmi les hommes.
« Déposez des ouvriers, des cultivateurs sur la plage d'une lie déserte, mais fertile; que Téquité la plus rigou-* reuse préside à la répartition des moyens de travail et de production; revoyez la colonie avant une génération d'hommes, et, si elle a prospéré, vous y rencontrerez des riches et des pauvres, des débiteurs et des créanciers, dps maîtres et des esclaves. La propriété n est donc pas, comme on l'a dit si souvent, le fruit amer d'une antique usurpation ; c'est le résultat nécessaire d'une loi inhérente à la nature de 1 homme, plus forte que sa volonté, loi de civilisation, et par cela même de progrès et de liberté * . »
4. Draitédê léffMati^nêt de jurisprudence, tom. !•% pag. 493.
Est-il besoin désonnais de réfuter ce rêve de PuBendorf et de Grotius, qui font naître la propriété d^une convention entre les hommes, et qui lui enlèvent ainsi toute Taulorité qu'elle puise dans une existence primitive et inhérente a notre nature * ?
Ces publicistes auraient dû déclarer nettement s^ils supposent une convention expresse ou une convention tacite. Mais, fort embarrassés de s'expliquer sur ce point, ils se renferment dans le vague 4' une alternative.
Or, s'agit-il d'une convention expresse ? Où, quand, comment a été tenue cette espèce de congrès, ce champ de mai primitif où nos aïeux formèrent le contrat social et décrétèrent la propriété ? D'ailleurs, une telle hypothèse est par elle-même un cercle vicieux, car elle suppose une civilisation, c'est-à-dire un ordre social avancé, et par conséquent la reconnaissance préexistante du droit de propriété, qui est la condition de toute société.
Préfère-t-on une convention tacite ? Alors c'est recourir à une fiction, ressource ordinaire d'un esprit en peine et d'une logique aux abois. Et à quoi bon des fictions gratuites et arbitraires, quand une réaUté primitive fondée sur l'essence même des choses, sur de saines déductions, surles rapports de rhomme intelligent et libre avec la matière inerte, se révèle d'elle-même, parée de tout le naturel de la vérité, et consacrée par la puissance des siècles ?
C'estici le lieu d'examiner trois systèmes fort divers qui sont nés des controverses sur le droit de propriété.
L'étude attentive de certaines conceptions sorties du cerveau de l'homme est un puissant préservatif contre des entraînements trop faciles, ou contre un scepticisme com-
4. Puflfendorf, Droit de la nature et des gens y IW. iv, chap. i» j{ 4. Grotius, Droit de la guerre et de la paix, liv. ii, cbap. 2, | 2, n^ 5.
mode. La réfutation de Terreur devient un nouvel hommage à la vérité.
Selon les communistes, la terre n'est à personne, les fruits sont communs à tous.
« Le seul moyen, dit l'auteur de cette doctrine, d'assurer à tous leur subsistance, c'est d'établir Tadministration commune, de supprimer la propriété particulière, d'attacher chaque homme au talent, à l'industrie qu'il connaît, de l'obliger de déposer les fruits en nature en magasin commun, d'établir une simple administration des subsistances qui, tenant registre de tous les individus et de toutes les choses, fera répartir ces dernières dans la plus parfaite égalité et les fera déposer dans le domicile de chaque citoyen * . »
Les communistes suppriment donc d'un seul mot les droits individuels fondés sur le travail et la persévérance. A quoi bon désormais l'émulation qui inspire, la méditation qui découvre, le courage qui entreprend, la patience qui exécute ? L'homme n'a rien à gagner, rien k conquérir, rien à transmettre. Il ressemble à ces machines qui, à intervalles égaux, versent dans nos plaines l'eau qu'elles ont docilement puisée dans le torrent ou dans la rivière.
* D'ailleurs, avec cette égale répartition, que deviennent les justes privilèges du plus zélé, du plus industrieux, du plus utile ?
Le Tribun répond en ces termes : « Celui-là même qui prouverait que, par l'effet de ses seules forces, il est capable autant que quatre, n'en serait pas moins un conspirateur contre la société, parce qu'il en troublerait l'équilibre et en détruirait la précieuse égalité. La sagesse ordonne impérieusement à tous les coassociés de réprimer un tel homme,
4 . Le Tribun du peuple, journal publié en Tan IV par le citoyen Camille Babceuf dit Gracchus, n^ 35.
de le réduire au moins à ne pouvoir faire que la tâche d'an seul * . »
C'est la même idée que, de nos jours, M. Proudhon a reproduite dans son livre.
D'après cet écrivain, il faut répartir le travail, d'une ma* nière égale, selon la matière exploitable et le nombre des travailleurs. Quand la durée du travail par jour aura été fixée sur ces bases, il sera permis à chacun de ne travailler que la moitié, par exemple, de cette durée et de ne gagner ainsi que la moitié du salaire ; légalité ne sera pas blessée, car ce résultat aura été librement provoqué. Mdis il y aurait injustice flagrante dans un ordre de choses où quelques* uns abuseraient de leur force et de leur activité pour travailler plus que ceux qui voudraient travailler autant et qui ne le pourraient pas '.
Que répondre à de tels sophismes?
Autrefois, un barbare faisait couper les pieds des voyageurs dont la taille dépassait la longueur de son lit. Certains civilisés modernes trouvent tout naturel de réduire la force, Fintelligence, le génie, et de mutiler la liberté. Attendons encore un peu, d'autres réduiront aussi la vertu, et prétendront qu'il n'est permis d'être probe, noble et généreux qu'à l'instar de quelque honnête fripon qui aura servi de type et de modèle.
Maintenant, il est curieux de voir M. Proudhon déclamer contre la communauté , signaler « l'irréparabilité de ses injustices, la violence qu'elle fait aux sympathies et aux répugnances, le joug de fer qu'elle impose à la volonté, la torture morale où elle tient la conscience, l'atonie où elle plonge la société, et , pour tout dire enfin, l'uniformité béate et stupide par laquelle elle enchaîne la personnâ-