Mme de Staël ; Corinne
maître illustre, M. Bertini, ^ui, après avoir fait pendant de longues années les délices deâ salons de Paris, comme pianiste, est venu fixer sa retraite dans un riant séjour, tout près de Grenoble, aux pieds du gracieux coteau de Montfleury. Là, M. Bertini continue à donner un libre cours à sa verve d'artiàte , et , cbaque jour , par des productions nouvelles, il ajoute à sa réputation de premier compositeur de répoque.
Les sœurs gardes-malades de Notre-Dame-Auxiliatrice ont leur maison-mère à Montpellier, où leur ordre fut fondé par M. Fabbé Soûlas, en 1854.
Elles font vœu de pauvreté. Leur principale mission est de soigner les malades à domicile, moyennant une rétribution de 1 fr. 25 c. pour le jour et une rétribution semblable pour la nuit. Elles soignent gratuitement les pauvres.
Un article de leurs statuts est conçu en ces termes : « Les vertus principales qui doivent accompagner la sœur gardemalade dans l'exercice de ses fonctions, sont : Tesprit de foi qui lui montre Notre-Seigneur dans la personne du malade; Tesprit de charité qui l'excite à le soigner avec zèle et dévouement ; la mortification qui lui fera supporter avec patience les peines, les ennuis , les dégoûts attachés à sa vocation; l'obéissance par laquelle elle sera toujours contente, à quelque mission qu'on Fappelle. Elle s'efiTorcera de donner l'exemple de toutes les vertus dans la maison de son malade. Elle n'oubliera pas que sa conduite doit être toujours digne du voile et de Thabit qu'elle porte. Modeste dans ses regards, charitable dans ses paroles, elle sera pour tous un sujet d'édification* »
Les sœurs gardes-malades doivent tenir la personne et la chambre de leur malade dans une très-grande propreté, faire et surveiller les bouillons et tisanes lorsque les parents le désirent, et préparer avec un soin minutieux les remèdes indiqués par le médecin.
Elles doivent exécuter les ordonnances de celui-ci avec une fidélité scrupuleuse, lui parler avec un grand respect et une grande modestie, ne jamais écouter les caprices ni les exigences du malade, ne jamais administrer d'elles-mêmes d'autres remèdes que ceux qui sont prescrits.
n leur est défendu de s'entretenir d'affaires temporelles avec les malades.
Elles doivent se montrer très-respectueuses et très-dijgnes envers toutes les personnes de la maison, s'abstenir de toute familiarité, même avec les enfants et les domestiques, manger seules, s'accommoder pour l'heure des repas aux habitudes du ménage, ne manger que de deux plats et ne boire ni vin, ni bière, ni liqueurs; ne jamais parler de la maladie des personnes qu'elles soignent, de leurs défauts ni de leurs caprices, et garder le secret le plus absolu sur les affaires des familles.
Lorsque le malade est convalescent, la sœur qui l'a soigné se retire. Si la personne quia reçu ses soins est une femme, elle peut rester, quand les parents le désirent, jusqu'à rentière guérison. Alors, il peut lui être permis par la supérieure d'accompagner sa malade dans de petites promenades, niais jamais dans des lieux destinés aux promenades publiques, ni dans des visites.
Vers la fin de 1859, M. Chambon, vicaire général du diocèse de Grenoble, eut la douleur de perdre son père, à Vienne (Isère). Il avait assisté aux soins donnés à celui-ci, parles sœurs, pendant sa maladie. Leur bonté, leur douce patience, leur piété l'avaient édifié et profondément ému. Dès son retour à Grenoble, il rendit compte de ses impres-
sions à Mgr Tévêque Ginoulhiac. — Écrivez à Montpellier, dit aussitôt Monseigneur, faites venir dix sœurs gardesmalades. — Mais, Monseigneur, il. y aura des frais de voyage, de loyer, de premier établissement? — Je paierai tout. — Bientôt après, la ville de Grenoble possédait dix sœurs gardes-malades, détachées de la maison-mère. Yoilà la charité épiscopale!
•RPHl!I«IJf.%T BBS mŒWmm DE SAIMT-TIlirEliT DE PAUL.
Qui ne connaît les sœurs de Saint-Vincent de Paul? Admirables sœurs de charité, visitant, secourant et consolant les pauvres!
Les sœurs de Saint- Vincent de Paul ont une succursale à Grenoble. Là, elles ont établi un orphelinat. Elles y reçoivent de jeunes filles, privées de leurs père et mère, ou même seulement de l'un ou de l'autre, et âgées de dix ans au moins. Elles les élèvent et lés instruisent. Un prix de pension est payé par le bureau de bienfaisance ou par des personnes charitables* De 15 à 18 ans, les orphelines sont exemptes de toute rétribution, parce qu'elles savent travailler. Elles peuvent rester dans l'établissement jusqu'à 21 ans. Quand elles en sortent, elles sont placées par les sœurs comme femmes de chambre ou comme ouvrières.
Le nombre des pauvres filles actuellement internées dans l'orphelinat est de cinquante.
L'œuvre créée par les sœurs de Saint-Vincent de Paul n'est pas une concurrence faite aux orphelines , dont j'ai retracé l'histoire dans un chapitre spécial. C'est un orphelinat supplémentaire. Du reste, les élèves des sœurs de Saint- Vincent de Paul n'assistent pas aux enterrements;
afin de ne pas diminuer l'une des sources de revenus de rétablissement ancien des orphelines. Cette abstention est pleine de délicatesse ; elle ne saurait étonner personne.
I«E BOM-PASTErm.
L^nstitut de Notre-Dame de Charité remonte à Tannée 1651. Il eut pour fondateur un saint prêtre, Jean Eudes, frère du célèbre historien Mézeray. Ce zélé ministre de Dieu, né à Ryes (Calvados), en 1601, créa la première maison à Caen. Durant 184 ans, Tinstitut compta un assez grand nombre de fondations en France. Mais chaque maison, quoique régie par les mêmes constitutions, les mêmes statuts et les mêmes règles, était restée indépendante quant à ses intérêts propres et à son administration temporelle et spirituelle. C'est en 1835 que la supérieure de la maison d'Angers ( Maine et Loire ) , du nom de Sainte- Euphrasie en religion, obtint du pape Grégoire XVI un iref , par lequel l'institut de Notre-Dame de Charité fut constitué en généralat. La communauté d'Angers devint la maison générale. Depuis lors, les religieuses de Notre-Dame de Charité ajoutent à leur premier nom celui de Bon-Pasteur. Toutefois, ce nom n'appartient pas aux anciennes maisons qui refusèrent de se réunir au généralat et conservèrent leur indépendance. Les fondations sorties de la maison d'Angers, avant et depuis l'érection du généralat, sont seules régies par les constitutions nouvelles, que la cour de Rome avait approuvées en 1835.
La maison du Bon-Pasteur, située à la Plaine, près Grenoble, est une succursale de la maison d'Angers.
L'œuvre du Bon-Pasteur fut d'abord fondée en décembre 1833, à St-Robert. Plus tard, elle fut transférée à Seyssinet. C'est en 1840, qu'elle vint occuper le château de la Plaine, qui, jusqu'à la révolution de 1789, avait constamment appartenu aux évêques de Grenoble.
Les religieuses du Bon-Pasteur commencèrent leur œuvre sous les auspices de Mgr de Bruillard, qui en est, ajuste titre, considéré comme le fondateur dans son diocèse, et qui, pendant sa longue administration, a doté la maison de 130,000 fr. au moins, pour frais de premier établissement, acquisitions et constructions. Elle reçut de Mme Savoie- RoUin une somme à peu près égale. Divers secours lui furent, en outre, alloués, sur les fonds de l'État.
Un décret rendu en 1851 conféra à l'institut l'autorisation légale.
Le but de l'œuvre est de ramener à l'honneur et à la vertu les personnes du sexe qui s'en sont écartées, et de préserver de tout naufrage celles qui courent des dangers dans le monde. Le Bon-Pasteur a donc une double fin, et chaque maison renferme deux catégories , entièrement séparées et qui n'ont aucun rapport entre elles.
La première catégorie, qu'on peut appeler catégorie de réparation, comprend les filles ou femmes qui ont eu le malheur de quitter la voie de la vertu et qiii viennent se jeter dans les bras de la religion pour y trouver, avec un asile sûr, la paix et le pardon, fruits d'un sincère repentir.
La seconde catégorie, dite de préservation, se compose de ces jeunes personnes que des penchants violents, les illusions de l'âge, une imagination ardente, des occasions dangereuses, et mêpie quelquefois des scandales domestiques, exposent à une perte imminente. Elles trouvent dans la maison du Bon-Pasteur un port assuré contre la tempête. On leur apprend à travailler ; on leur donne une éducation chrétienne et proportionnée à leur condition.
Les personnes qui se présentent pour la catégorie de réparation doivent être âgées de 15 à 36 ans \ une somme de 30 fr. pour le costume et le bois de lit, et un modique trousseau, constituent toute la dépense qui est exigée déciles pour leur admission.
Celles qui se présentent pour la catégorie de préservation peuvent être reçues dès l'âge de sept à huit ans et rester dans lamaison jusqu'à vingt-un ans. Elles doivent payer un prix annuel de pension de 150 fr.
Les principales ressources de rétablissement, ressources, hélas! trop souvent insuffisantes, consistent dans le travail des mains. Toutes les pensionnaires sont occupées à la couture des gants, à la confection du linge et au tissage de la soie.
Le conseil général de l'Isère accorde au Bon-Pasteur une subvention annuelle de500fr. La subvention de la ville de Grenoble est de 400 fr,
Le Bon-Pasteur contient actuellement 210 pensionnaires. Le local, qui est très- vaste, pourrait en recevoir 300.
Plusieurs repentantes, solidement converties, demandent à se fixer pour toujours dans la maison par les vœux de religion, sous le nom de Madeleine. Ces dernières ont une règle spéciale, portent un habit religieux de bure, font des voeux simples après de longues épreuves. Elles ne sont ja- , niais admises à être religieuses du Bon-Pasteur.
Dans une lettre adressée à M. le maire de Grenoble, le 17 juillet 1858, madame la supérieure du Bon-Pasteur s'exprime ainsi : « Les chères enfants que renferme notre liaison sont notre famille adoptive. C'est pour elles que Dieu nous a miséricordieusement discernées ; et en leur donnant iK)bre affection, nos sueurs, notre vie, nous recueillons déjà dans notre cœur la récompense de notre dévouement. Pauvres filles ! Comment ne pas les aimer et ne pas nous sentir leureuses en leur aplanissant les voies du repentir, du repentir qui relève l'âme déchue, lui rouvre le ciel, lui rend
la paix, l'honneur et le droit si précieux de s'estimer encore! A peu d'exceptions près, toutes, nous pouvons le dire, répondent avec docilité aux inspirations de la grâce, et travaillent à racheter les jours perdus, par un regret profond du passé et par de sérieux efforts de persévérance. Toutes, à peu près, nous édifient par leur soumission, leurs bonnes dispositions et leur assiduité au travail. Elles aiment notre maison et ses règles saintes ; beaucoup d'entre elles regarderaient comme le dernier malheur de sortir d'un asile où elles ont trouvé, avec la vertu et le calme de la conscience, une existence que le travail ennoblit et que rendent si douce la vie commune et le charme des amitiés pures. »
Que d'onction, de miséricorde et de mansuétude dans ces simples paroles! Oh! oui, pitié pour vous, pauvres pécheresses ! honneur à vous, saintes filles de Dieu !
COMFEREMCE» DE SAIlVT-TIJffCEIllîT BE PAVIi.
La société de Saint- Vincent de Paul de Grenoble fait partie de la société de ce nom répandue en ce moment dans toutes les parties du monde sous la direction d'un conseil général résidant à Paris. C'est là qu en 1833 la société prit naissance. C'était dans l'origine* une association de chrétiens catholiques, jeunes gens pour la plupart, qui, pour mettre leur foi et leurs mœurs à Tabri des dangers du monde, formèrent une réunion où l'on s'occupait spécialement des grands intérêts de la charité et des pauvres, et qui prit tout d'abord, et par cela même, le nom de conférence qui lui est resté.
Bientôt cette institution se répandit dans les divers dépar^
tements de la France, et en février 1840, la première conférence de Saint-Vincent de Paul s'établit à Grenoble. En 1858, le nombre des membres, qui s'était depuis lors considérablement accru, donna lieu à la formation de deux conférences nouvelles qui sont réparties avec la première dans les diverses paroisses de la ville. Aujourd'hui, la société de Saint- Vincent de Paul compte encore à Grenoble trois conférences, réunies entre elles par un conseil particulier auquel se rattachent plusieurs œuvres générales.
Chaque conférence s'occupe spécialement de la visite à domicile d'un certain nombre de familles pauvres, habitant la circonscription de sa paroisse. Dans ce but, les membres actifs de la société visitent chaque semaine les familles qui leur sont confiées, leur portent des secours en nature tels que bons de pain et de charbon, s'intéressent à tous leurs besoins matériels, moraux et religieux, et s'efforcent d'exercer envers elles tous les devoirs de la charité chrétienne.
Le nombre des familles assistées était de 124 en 1859.
Les œuvres générales auxquelles j'ai fait allusion sont : le patronage des enfants, l'œuvre des bons livres, l'œuvre des loyers et l'œuvre de Saint-François-Régis.
Le patronage des enfants a pour but d'aider les familles assistées par les conférences, à bien élever leurs enfants. — D les suit, par l'entremise de quelques membres dévoués, à récole, à l'apprentissage, à l'atelier, s'intéresse à leur conduite, à leur travail, et les encourage par des instructions et des récompenses.
Chaque dimanche, à neuf heures moins un quart, une messe particulière est dite pour les apprentis, à la chapelle de récole professionnelle.
En 1859, le nombre des patronnés a été de 132, savoir : écoliers, 97 ; apprentis, 33 ; jeunes ouvriers, 2.
L'œuvre des bons livres, fondée à Grenoble par M. l'abbé Rousselot, vicaire général honoraire et professeur au grand séminaire, a été remise par lui en 1851 aux soins delà société de St-Vincent de Paul. Cette œuvre a pour but de satisfaire aux besoins de l'intelligence par , des lectures pieuses, morales et instructives. Elle comprend : 1® une bibliothèque gratuite de 4,000 volumes environ, destinée aux ouvriers et aux familles pauvres. Tous les jeudis, la distribution des livres de cette bibliothèque a lieu, de une heure à trois heures, rue Chenoise, n® 8, au premier étage, aux diverses personnes munies d'une carte d'admission qui leur est remise sur la proposition de MM. les curés des paroisses de la ville ou des membres de la société ; 2® une bibliothèque d'abonnement destinée aux personnes aisées qui peuvent faire chaque année la modique dépense de 10 fr. — Cette bibliothèque est située rue du Pont-Saint-Jaimes, n° 5. Elle renferme environ 1200 volumes. Le choix de ses livres, inscrits sur un catalogue imprimé, la recommande à toutes les personnes qui tiennent à la reUgion et aux bonnes mœurs ; 3° la propagation des bons livres ou publications religieuses et morales, tels que les petites lectures illustrées, paraissant périodiquement chaque mois et éditées par la société de Saint- Vincent de Paul à Paris, les almanachs de l'atelier, du laboureur, du soldat, les mois de Marie, de Saint-Joseph, etc.
L'œuvre des loyers, créée au mois de mai 1859, a pour but de faciliter le paiement de leurs loyers aux familles assistées par la société, en provoquant par l'attrait de primes importantes, le dépôt de leurs économies-, jusqu'à concurrence du prix du loyer même.
Voici, du reste, le texte du règlement de l'œuvre des loyers :
« Art. 1®'. — Pour faciliter aux familles assistées par la société de Saint- Vincent de Paul le paiement de leurs loyers, il est ouvert une caisse où chacune de ces familles pourra déposer le fruit de ses épargnes. Les sommes versées dans le courant de Tannée ne pourront dépasser le chiffre annuel du loyer.
« Art. 2. — ^Les dépôts seront reçus, quel que soit le chiffre du versement, pourvu qu'il ne soit pas inférieur à SO centimes.
« Art. 3. — Ils ne produiront aucun intérêt; mais une prime est attribuée aux déposants, dans les cas et sous les conditions ci-après.
« Art. 4. — Il ne sera reçu aucun dépôt de la part des familles dont le loyer annuel excéderait le chiffre de 80 fr. Il sera facultatif cependant à la commission de l'œuvre, suivant les circonstances, d'autoriser à déposer pour un loyer plus considérable. ^
« Art. 5. — Le déposant sera obligé de produire au trésorier, le jour où il effectuera un premier versement, son bail ou un certificat du propriétaire attestant le chiffre annuel de sa location.
« Art. 6. — Les sommes versées ne pourront être remboursées que tous les trimestres, aux époques qui vont être fixées. Tout remboursement avant ces époques sera effectué sans prime.
« Art. 7. — Il ne sera fait, à ces époques, avec prime, que le remboursement des sommes nécessaires pour payer les trimestres de loyer échus. Tout remboursement d'une sommé plus forte sera effectué pour le surplus sans prime.
« Art. 8. — Le premier trimestre commencera le 14 T 28
septembre de chaque année pour se terminer au 14; décembre suivant; le deuxième trimestre, le 14 décembre, pour se terminer au 14 mars suivant, et ainsi successivement.
« Art. 9. — La caisse est ouverte tous les dimanches, depuis neuf heures jusqu'à onze heures du matin; et depuis sept heures du soir jusqu'à neuf heures, le 13 des mois de décembre, mars, juin et septembre, époques des remboursements trimestriels.
« Art. 10. — Les versements faits dans le premier mois de chaque trimestre seront remboursés avec une prime de vingt pour cent ; ceux faits dans le deuxième mois, avec une prime de quinze pour cent, et ceux faits dans le troisième mois avec une prime de dix pour cent.
« Art. 11. — Par dérogation à la clause qui précède, tous les dépôts faits dans les trois mois du deuxième trimestre de chaque année, lequel commence au 14 décembre et finit au 14 mars suivant, seront remboursés indistinctement avec une prime de 20 °/o.
<* Art. 12. — Dans tous les cas, tout dépôt portant prime devra être ejBTectué huit jours au moins avant le jour fixé pour le remboursement.
« Art. 13. — La caisse sera libérée par le seul effet de la mention sur le livret de la somme remboursée. Le sceau de Tœuvre sera apposé en regard de cette mention, et elle sera en outre revêtue de la signature du trésorier ou de Tun des membres de la commission.
« Art. 14. — A la fin de chaque trimestre, toutes sommes laissées en caisse par les déposants pour faire face aux loyers à venir produiront, à partir de cette époque, la prime du premier mois, c'est-à-dire du 20 p. o/^.
« Art. 15. — Il sera délivré aux déposants un livret sur lequel seront inscrits leurs versements et les remboursements qui leur seront faits, La comptabilité exigera en outre un
ivre de caisse et un grand livre, le tout, conformément au nodèle de l'œuvre de Saint-Sulpice, à Paris.
« Art. 16. — En tête du livret, seront mentionnées les lispositions qui intéressent les déposants.
« Art. 17. — L'œuvre est recommandée au zèle des nembres de la société de Saint-Vincent de Paul, qui la feront connaître dans les familles qu'ils assistent. Ils inviteront chacune d'elles à profiter de ses avantages.
« Art. 18. — Elle fonctionne sous la direction immédiate d'une commission composée d'un président, de deux trésoriers, et de quatre membres de la société.
« Art. 19. — Aux termes de l'art. 31 du règlement gé- Qéral de la société, le président de la commission est nommé par le président du conseil particulier,, de l'avis du conseil.
« Le président ainsi nommé désigne les autres membres, en se conformant du reste pour cette désignation à l'article précité. »
Je suis heureux de pouvoir reproduire les passages suivants d'un rapport récemment présenté par M. Grasson, juge de paix, sur l'œuvre des loyers.
« Le nombre des déposants a été de 27, au jour du 1" remboursement ; de 31 , au moment de la seconde échéance ; nous avons aujourd'hui 36 familles qui jouissent du bienfait de notre œuvre. Les conférences de Saint- Vincent de Paul comptent cependant plus de 100 familles qu'elles assistent.
« Au début de notre œuvre, Messieurs, quelques doutes se sont élevés dans les meilleurs esprits. On se demandait si la caisse des loyers ne manquerait pas le but qu'elle voulait atteindre. Nous devions craindre que les épargnes du pauvre ne fussent employées à toute autre destination qu'à lui procurer un asile. Vos statuts, dans cette prévision, dis-
posent que tous les remboursements effectués avant V expiration du trimestre, le seront sans intérêt et sans prime; mais nous n* avons eu jusqu'à ce jour aucun remboursement à faire avant l'époque déterminée par le règlement. Pour pouvoir exercer une surveillance active sur Targent sorti de notre caisse, nous remettons à chaque déposant, au moment du retrait, une feuille imprimée où se trouvent mentionnés le chiffre du loyer, les noms du locataire et du propriétaire. Nous inscrivons sur cette feuille la somme qui doit être comptée à ce dernier. Nous sommes heureux de vous apprendre- que tous nos déposants, sans exception, s'empressent de fournir, le dimanche où ils effectuent à nouveau un premier versement, la justification de l'acquit du propriétaire, au moyen de l'émargement opéré sur la feuille préparée par nos soins.
«Nous nous sommes aussi demandé. Messieurs, si l'œuvre des loyers n'ouvrait pas une large voie à la fraude et à la spéculation. Dans notre ville de Grenoble, les œuvres de charité sont nombreuses et abondantes comme les grâces de Dieu. Il n'est personne d'entre vous qui ne sache que le pauvre peut en abuser, qu'il reçoit quelquefois au-delà de ses besoins et qu'il est arrivé même qu'on l'a vu convertir le pain et le charbon qu'on lui donne en une petite somme d'argent dont il a parfois fait un mauvais usage. Il était à craindre que le pauvre ne s'entendit avec ses voisins, soit pour faire des dépôts avec une somme qui ne lui était point personnelle , soit pour opérer le versement d'une somme assez forte, dix jours seulement avant Texpiration du trimestre, afin d'obtenir la prime de 10 p. 7o qui revient aux dépôts effectués pendant le dernier mois. Nos petites opérations consignées au livre journal, le peu d'importance des sommes déposées et les époques de versement peuvent vous donner l'assurance que nous n'avons point jusqu'à ce jour à déplorer un tel calcul.
« L'œuvre des loyers, Messieurs, n'a donc marqué jusqu'à présent son existence que par des bienfaits. Que de fois nous avons vu le pauvre nous demander ce qu'il aurait à déposer chaque semaine pour arriver au paiement de son loyer, et trouver excessive lapetite somme d'un franc! Que de fois aussi , nous l'avons vu, entrant dans une voie de scrupuleuse économie, apporter avec joie à notre caisse, et on dirait sans effort, une somme deux fois plus forte que celle qu'il paraissait tout d'abord avoir tant de peine à compter !
« Nous avions aussi considéré, dans le principe, comme devant être une cause d'embarras pour notre œuvre, les habitudes et les usages de la ville, relatifs aux échéances des loyers. En effet, le paiement trimestriel effectué par notre œuvre contrariait l'échéance ordinaire, quf est au mois, ou bien à Noël, à Pâques ou à la St-Jean de chaque année. Mais cette diflSculté n'était pas sérieuse, en présence du bon esprit de notre population. Tous les propriétaires ont compris que la caisse des loyers protégeait leurs intérêts tout aussi bien que ceux des malheureux. Ils ne s'étaient pas trompés. Au moment où le travail des cartouches augmeur tait les ressources du pauvre, nous avons appris que celuici, quoique en retard de ses paies de loyer, s'empressait de compter à son propriétaire la petite somme que ce dernier s'attendait à recevoir chaque mois, et venait en même temps déposer à notre caisse, à son insu, un petit surplus d'économie qui, grossi au bout de trois mois par la prime, était versé aux mains du propriétaire tout étonné d'un pareil résultat.
« Quelle œuvre est donc plus digne de votre sollicitude ! Faciliter le paiement du loyer, c'est faire disparaître la charge la plus lourde qui pèse sur la misère. Le pain de chaque jour s'obtient par le produit de quelque travail ou par les petites aumônes de la charité. La dépouille du riche suffit
quelquefois pour vêtir le pauvre. Mais quand l'heure de réchéance du loyer sonne , Thomme le plus généreux ne peut souvent venir en aide à son semblable ; il recule devant le chiffre de la dette ; il gémit de se trouver dans l'impuissance. Que d'heures d'angoisses et de désespoir ! Chassé de son domicile, dépouillé de ses meubles, le pauvre succombe sous le poids de son malheur. Et bientôt, perdant courage, il oublie le Dieu qui a souffert, le Dieu qui console. Errant, sans foyer domestique, il se livre à ces égarements qui souvent le poussent jusqu'au seuil de la justice répressive.
« Par vos soins, le malheureux devient riche en quelque sorte; il n'avait jusqu'à ce jour possédé que son humble grabat; aujourd'hui il est propriétaire d'un livret à la caisse d'épargne des loyers. C'est son bien le plus cher; c'est sa petite fortune. ^Chaque dimanche, il le consulte; il en grossit le chiffre; il calcule son patrimoine. Sûr désormais d'avoir un asile, il réunit avec joie ses enfants autour de lui; il a les jouissances de la famille, fee calme, la^dignité, la douce affection, la prière, la confiance en Dieu ont pénétré au foyer domestiquç. Sous l'influence de votre œuvre , le malheureux peut choisir une demeure plus aérée et plus saine. Le propriétaire, sûr du paiement de son loyer, en abaisse le chiffre et fait les réparations que demande la santé.
« Et que faut-il , Messieurs , pour obtenir ces précieux résultats : un peu de dévouement de notre part , un attachement profond à l'œuvre des loyers. Gardez -vous de venir déposer vous-même et de retirer les économies des familles. Laissez-les venir à nous. Que l'ordre se glisse dans les ménages et s'y installe ensuite comme une habitude. Surveillez cependant; faites-vous représenter quelquefois le livret du pauvre et la feuille d'émargement; encouragez-le dans cette voie de régénération, et notre institution aura porté ses fruits.
« Il n'est pas une seule famille qui ne veuille goûter
désormais les douceurs que cette nouvelle institution doit lui procurer. Mais pour cela, il faut les leur faire connaître. Remettons tous un livret de là caisse des loyers aux familles que nous assistons. Versons à leur bénéfice une petite somme de 0 fr. 50 c; ouvrons ainsi un compte courant à nos pauvres. Ils recevront avec joie ce livret qui ressemble par la, forme au livret de la caisse d'épargne de Grenoble. Ils Vétudieront, ils liront les statuts qui y sont imprimés. Ils hésiteront d'abord à se rendre à notre invitation; ils verseront ensuite avec timidité quelque obole. Mais bientôt le jour du remboursement arrive, jour de fête où chacun se présente, le cœur épanoui. On calcule avec empressement la prime, et désormais le succès de notre œuvre est assuré.
« Venez quelquefois , Messieurs, pour vous en convaincre, de 7 à 9 heures du soir, assister à nos quatre grandes fètesde Tannée, c'est-à-dire le 13 des mois de décembre, niars, juin, et septembre, venez assister au remboursement. Vous verrez quelle douce joie donne au pauvre Tœuvre des loyers. Vous entendrez les remerciements que dicte la reconnaissance, et vous toucherez déjà sur cette terre une part de la récompense que le ciel réserve aux bonnes actions. »
L'œuvre de St-François Régis, fondée à Grenoble , en 1840, et rattachée, en 1858, à la société de St-Vincent de Paul, a pour but la régularisation civile et religieuse des unions illicites et la légitimation des enfants qui leur doivent le jour. v
Depuis 1840 jusqu'à la fin de 1859, le nombre des mariages conclus par les soins de l'œuvre a été de 417; le nombre des enfants légitimés a été de 167.
En 1859, 22 mariages ont été célébrés; 11 enfants ont été légitimés.
La société de Saint-Vincent de Paul compte à Grenoble 122 membres actifs environ.
36 membres honoraires.
Les premiers sont ceux qui concourent aux œuvres dé la société par leur personne et par leur bourse.
Les seconds n'y participent que par leurs offrandes, dont le chiffre est laissé à la libre appréciation de chacun et n'a d'ailleurs rien de fixe et d'invariable.
Il y a aussi quelques membres aspirants : ce sont des jeunes gens âgés de moins de 18 ans, des novices, qui ne prennent pas encore une part complète aux travaux de la société. Ils n'ont pas voix délibérative aux séances.
Des familles indigentes sont admises à l'assistance par chaque conférence, votant après un rapport préalablement présenté par une commission d'enquête.
Les conférences tiennent chacune séparément une séance par semaine. C'est dans cette séance que chaque membre reçoit les secours qu'il devra remettre aux familles qu'il assiste. On y fait également une quête, à laquelle chacan contribue par une offrande toujours secrète, mais qu'il doit en conscience proportionner à ses moyens.
Cette quête constitue la grande ressource des conférences; elle est le principal aliment de la caisse de chacune d'elles ; et en cas d'insuffisance, la conférence s'adresse au conseil particulier, qui lui accorde une subvention sur ses fonds.
En résumé, chaque conférence s'administre séparément, a sa caisse particulière, ses dépenses propres. Les ressources de cette caisse se composent 1® du produit des quêtes hebdomadaires, faîtes au sein de la conférence; 2® s'il y a lieu, des subventions accordées parle conseil particulier.
Au-dessus des conférences et pour leur servir de lien, se trouve le conseil particulier, dont je viens de parler. Il a dans ses attributions , d'abord les œuvres générales de la
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société, qui, étant en quelque sorte indivisibles, ne pourraient pas être dirigées par chaque conférence sans introduire la diversité là oi doit se rencontrer Yunité ; puis les rapports des conférences entre elles. Il veille à ce que, sans que le principe de Tindépendance d'action des conférences soit méconnu, chacune d'elles cependant conserve l'esprit de la société et se conforme au règlement ; il empêche, par les règles particulières qu'il est quelquefois appelé à formuler, les conflits qui pourraient surgir entre les conférences, mais qui, à la vérité, ne se présentent jamais, grâce au bon esprit de confraternité qui préside à tous les rapports des miembres entre eux.
Le conseil particuher se compose de
1 président,
2 vice-présidents, 1 secrétaire,
1 trésorier, et en outre de tous les présidents et vice-présidents des conférences et des œuvres générales. En outre, chacun des membres du conseil est membre actif de la conférence dans la circonscription de laquelle il réside ; il y occupe la place qui lui appartient, sans que sa qualité de membre du conseil soijt prise en considération.
Le conseil a aussi sa caisse particulière. Elle est alimentée par
1° Les quêtes faites aux assemblées générales de la société ;
2® Les offrandes des membres honoraires ;
3° Le produit d'une loterie annuelle ;
4® Les quêtes faites dans les sermons de charité ;
5® Les dons faits à la société.
C'est avec ces fonds que le conseil pourvoit aux dépenses:
1® Du patronage ;
2** De l'œuvre des loyers ;
3° De Tœuvre des bons livres ;
4'' De l'œuvre de Saint-François Régis ;
5° Qu'il vient encore au secours des conférences qui ne peuvent se suffire.
Néanmoins, l'œuvre des bons livres a quelques ressources particulières. La bibliothèque d'abonnement a le produit de la rétribution annuelle versée par les abonnés. La bibliothèque gratuite a reçu, en 1857, une somme de 1,400 fr., montant d'une souscription provoquée par quelques person* nés, et à laquelle Mgr Tévéque voulut bien contribuer pour 200 fr.
L'œuvre de Saint-François Régis, alors qu'elle avait une existence à part, comptait un certain nombre de souscripteurs. La société espère que ces souscripteurs lui continueront leur concours, car bien que l'œuvre ait passé dans les mains de la société de Saiqt- Vincent de Paul, elle a conservé le même caractère, la même utilité morale.
On s'est récrié, dans quelques villes, contre l'esprit d'intolérance de la société de Saint-Vincent de Paul. Je ne suis pas en mesure d'apprécier ce reproche. Ce que je sais, c'est que jamais accusation de cette nature ne s'est produite à Grenoble. Parmi les œuvres grenobloises, ou qui fonctionnent à Grenoble, il en est, sans doute, qui ont un caractère plus particulièrement religieux que d'autres; mais toutes s'inspirent d'un parfait esprit de sagesse, de modération et de vraie charité. Il y a des terrains où Ton essaierait vainement de faire croître certaines plantes. Il y a une ville où les mœurs sont si douces, où les progrès de la raison publique sont tellement développés, que les entraînements du fanatisme et les écarts d'un zèle inconsidéré y sont inconnus et impossibles. Cette ville, c'est Grenoble.