‹ Le vrai livre du peuple, ou, Le riche et le pauvreChapitre 74 sur 85 · ETABLISSEMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENTS DIVERS

•"AAAAriAAAA^

ECOIiE BE BE00I]i ARTISTIÇmB.

En 1763, M. Treillard ouvrit à Grenoble une école particulière de dessin.

Mgr le duc d'Orléans, lieutenant-général de la province de Dauphiné, accorda sa protection à cet établissement par un brevet spécial, en date du 22 janvier 1769.

A la même époque, le conseil général de la ville de Grenoble vota, en faveur des élèves les plus méritants, trois médailles, une d'or et deux d'argent.

Le 6 septembre 1778, M. Treillard obtint du conseil une subvention annuelle de 240 fr., pour le loyer de Wcole. Cette subvention fut portée à 360 fr. par délibération du 21 avril 1780.

Le 23 décembre 178S, le conseil accorda une nouvelle subvention de 120 fr., pour le logement d'un professeur adjoint.

Plus tard, Técole fut installée au second étage de Thôtel de ville. Elle fut ensuite transférée dans les bâtiments delà halle, où elle occupe encore aujourd'hui une vaste et belle salle* parfaitement éclairée.

Elle a pour professeur M. Ravanat, dessinateur d'un rare mérite, habile paysagiste, enfant de Grenoble, fils exclusif de ses œuvres, qui compte non moins d'amis, pour son caractère, que d'appréciateurs de son talent.

Le nombre moyen des élèves, appartenant tous à la classe ouvrière, qui ont fréquenté l'école pendant l'année scolaire 1857-1858, est de 67.

Le budget de la ville renferme une allocation annuelle de 1,570 fr., pour traitement du professeur, entretien de l'école et prix aux élèves.

ÉC«IiC: BE SCIJIiPTVRE ARCHITECTimAIiE.

Il y a des arts qui joignent à l'agrément l'utilité la mieux reconnue. Telle est la sculpture. C'est elle qui guide le plâtrier, le tailleur de pierre, le marbrier, dans l'exécution de leurs travaux, appliqués à la décoration intérieure et extérieure des édifices , depuis la plus simple jusqu'à la plus monumentale. La connaissance de la sculpture n'est pas moins nécessaire aux fondeurs ciseleurs. Les menuisiers et ébénistes ne peuvent Tignorer pour tout ce qui a rapport aux ameublements et ornements en bois. Enfin, au point de vue moral, la sculpture rivalise avec l'histoire pour perpétuer le souvenir des hommes illustres. Il semble môme qu'elle rende plus frappantes les leçons du passé, en faisant, en quelque sorte, revivre sous nos yeux ses scènes et ses personnages.

Telles sont les considérations que M. Sappey développait, en 1831, dans une lettre adressée au conseil municipal de Grenoble et par laquelle il demandait la création d'une école de sculpture architecturale.

Le 3 novembre 1831 , le conseil vota une somme de 1 ,000 f . en faveur de M. Sappey, à la charge par lui de professer le cours gratuit dont il avait fait ressortir les avantages. Le conseil vota, en outre, 150 fr. pour entretien de Técole et prix aux élèves. L'école fut installée dans un rez-de-chaussée dû bâtiment des halles.

M. Sappey avait fait à Paris , aux frais de la ville de Grenoble, son éducation d'artiste.

La ville n'eut pas à regretter ce sacrifice accompli, ni ses encouragements nouveaux. M. Sappey donna à Técole de sculpture architecturale une habile direction et il s'acquit une juste renommée par des travaux remarquables.

Il est l'auteur de la fontaine des Éléphants, érigée à Chambéry en l'honneur de M. le prince de Boigne; de la fontaine du Lion, à Grenoble; de la statue de Championnet, à Valence ; du Génie des Alpes , à Uriage, et de beaucoup d'autres productions non moins estimées.

Il est mort encore jeune, le 23 mars 1856.

L'administration municipale lui a donné pour successeur M. Irvoy, qui s'est déjà signalé par des œuvres de mérite.

L'éqole de sculpture architecturale est habituellement fréquentée par 25 à 30 élèves .

Le budget de la ville contient une allocation de 2,050 fr. pour traitement, loyer du logement et de l'ateUer du professeur, entretien de l'école et prix.

L'école protestante a été fondée en 1833.

Elle est installée dans la sacristie du temple.

Elle compte habituellement de 15 à 20 élèves des deux sexes.

Elle est dirigée par une institutrice, dont le traitement est payé, en partie par la société protestante formée pour r encouragement de Tinstruction primaire, et en partie au moyen de collectes et dons particifliers. Le budget de la ville renferme pour cet objet une allocation de 150 fr.

EC«I<B DB S^IJRDS-HIJBTS BB H. RAIJII.

M. Rauh, professeur d'origine allemande, a créé son école, à Grenoble, en 1841.

Pour faire connaître et apprécier l'homme et sa méthode, je ne puis mieux faire que de citer les documents suivants :

Le 10 septembre 1846, je m'exprimais ainsi dans une lettre adressée à M. le préfet de l'Isère:

« Monsieur le préfet,

« J'ai eu l'honneur de vous écrire le 20 août dernier, pour vous prier d'appeler Fintérôt du conseil général sur récole de sourds-muets dirigée par M. Rauh. Depuis lors j'ai assisté aux exercices de ses élèves, et les résultats très-

remarquables obtenus par la méthode du professeur m'ont convaincu de plus en plus que son école mérite les encouragements de l'administration .

« Les élèves de M. Bauh, non-seulement comprennent à la seule vue du mouvement des organes de la parole, les questions qui leur sont adressées, mais encore ils y répondent de vive voix avec intelligence et avec une parfaite conscience de l'acte qu ils accomplissent et des idées qu'ils expriment. On a remarqué que la netteté de la parole des jeunes sourds-muets élevés par M. Rauh est d'autant plus grande que leurs idées sont plus développées. L'aptitude de l'organe dont le professeur leur restitue l'usage est ainsi dans un rapport parfait avec leur développement intellectuel. Ce résultat répond complètement à la crainte conçue par quelques personnes que l'articulation des sons ne fût pour eux qu'un acte de pur mécanisme.

« J'ai cru devoir. Monsieur le Préfet, porter ces faits à votre connaissance, en vous recommandant de nouveau la demande de M. Rauh , dont l'institution présente tous les caractères d'un véritable intérêt public.

« Agréez , etc.

« Le Maire de Grenoble,

« Fréd. Taulier. »

En janvier 1847, M. Boyer, inspecteur de l'académie de Grenoble, adressait à M. le recteur un rapport conçu en ces termes :

« Monsieur le Recteur,

« M. Rauh est un homme doux, simple, modeste, dévoué à l'œuvre qu'il a entreprise, ayant foi à lui-même et à l'efficacité de sa méthode ; il aime les enfants et a su mériter à un T 35

degré très-élevé leur confiance, leur respect et leur affection. Je n'ai jamais vu de classe où la présence du nflaitre produisit une impression si douce et si forte en même temps.

« Dois-je maintenant, Monsieur le recteur, vous parler de la méthode de M. Rauh? Je sens que c'est mon devoir, je n'ai rien négligé pour le remplir convenablement, et cependant je crains de vous faire une analyse incomplète des procédés qu'il emploie. Toutefois si, par défaut d'expérience, j'omets quelques détails essentiels, je ne me tromperai pas sur les résultats. Il ne fallait, pour les constater, que des yeux et des oreilles, et j'ai tout examiné et tout écouté avec la plus scrupuleuse attention.

« M. Rauh apprend aux sourds à entendre, aux muets à parler. Us entendent les sons en suivant les mouvements des lèvres. Ils prononcent les syllabes en répétant les articulations qu'ils voient faire. Les moyens que M. Rauh emploie pour opérer ce prodige sont d'abord d'entrer en communication avec ses élèves par des gestes naturels. Quand il a ainsi éveillé la sensation, excité l'esprit et le cœur au point que tout conspire en môme temps au développement de Fintelligence, il classe les idées acquises, et afin qu'elles ne puissent plus échapper à T élève, il les traduit par la parole et par récriture; la parole c'est le mouvement des lèvres du maître reproduit par l'élève. Cette reproduction, souvent confuse, vague, embarrassée, incomplète, est cependant toujours comprise par le maître et la plupart du temps par des oreilles comme les miennes. C'est ainsi que j'ai entendu lire plusieurs fables de la Fontaine et que j'ai obtenu que l'on me répondît pour le catéchisme, la grammaire et le calcul. Quant à ce que dit le maître lui-même en parlant lentement, naturellement et sans trop agiter les lèvres, les élèves le comprennent toujours et le traduisent par écrit aussi vite que pourrait le faire un élève de nos collèges. Un de ces jeunes enfants m'a demandé le nom de mon pays, je le lui

ai dit, le maitre Ta répété, et aussitôt Tenfant a mis par écrit ce qu on venait de lui apprendre. Un pareil résultat m'a paru admirable. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que par une longue pratique de cette méthode, un sourdmuet arriverait, je ne dirai pas à entretenir une longue conversation ni même à la suivre dans toutes ses parties, ou à entendre toutes les personnes indistinctement, mais sans nul doute, il comprendrait ses parents et ses amis et ne resterait pas étranger aux joies de la famille. Ce serait là un grand bienfait, car ceux qui ne connaissent que le langage des gestes ne savent jamais ce qu'on dit quand on ne se sert pas de ces signes.

« Aussitôt que M. Rauh est assuré que ses élèves possèdent bien les quelques mots écrits et prononcés qu'il leur enseigne, il entoure ces mots de leurs déterminatifs et modiflcatifii les plus habituels, afin de les initier le plus tôt possible au secret d'une phrase entière et de les habituer à donner à leur voix les modulations convenables à la valeur de chaque mot. Car il est à remarquer que dans ce mode d'éducation, il a fallu commencer par la synthèse en traduisant une sensation ou un sentiment par une pensée. Ce n'est qu'après cette première opération que la pensée a été analysée dans ses éléments et qu'enfin, bien définis, bien étudiés et bien compris, ces éléments ont servi à constituer une ou plusieurs propositions qui sont comme un second résumé de ce travail analytique.

« Une pareille marche paraît lente et M. Rauh m'a cependant présenté des enfants assez avancés. J'en ai conclu que sa patience et son zèle sont infatigables. C'est un homme de mérite, qui rend d'utiles services et qui est digne d'estime et d'encouragement. »

Enfin, voici le texte d'un rapport présenté, le 23 février

548 — 1849, au comité local, par M. Gourou, avocat, au nom d'une

commission

« Messieurs,

« Au premier rang des écoles que nous avions à inspecter, se place celle des sourds-muets, dirigée par H. Rauh.

« A notre entrée, les élèves nous ont salués d'un je vous souhaite le bonjour assez bien articulé.

« Notre surprise a été grande, le reste devait Taccroitre encore. M. Rauh ayant rangé ses élèves en demi-cercle, leur a adressé diverses questions parlées, auxquelles plusieurs d'entre eux'ont répondu aussitôt en articulant des sons dont rétrangeté nous a frappés d'abord , mais auxquels nos oreilles ont été, après quelques instants, accoutumées au point d'en saisir distinctement le sens.

« Interrogés par nous, les élèves de M. Rauh ont répondu avec un égal succès à la plupart des questions que nous leur avons adressées.

« Cette épreuve a été suivie d'exercices variés où ces intéressants enfants ont montré une intelligence développée et une instruction, sous plusieurs rapports, aussi avancée que celle de plusieurs élèves de nos écoles communales. Us écrivent nettement et correctement les questions qu'on leur adresse et les réponses qu'ils y font.

« Leurs idées paraissent se mouvoir dans un cercle étendu. Ils ont des notions suflSsantes de géographie, d'histoire, d'arithmétique, de catéchisme, etc. Et enfin, ils possèdent un langage de signes qui leur permet de s'entendre entre eux avec beaucoup de rapidité, môme avant qu'ils aient acquis les moyens que donnent l'écriture et la parole.

« A ce langage de signes qui avait été jusqu'ici le nec plus ultra des sourds-muets, M. Rauh est donc venu ajouter un

nouveau et puissant moyen de communication intellectuelle. Voilà d'intéressantes créatures à qui l'art audacieux a dit : tes yeux te tiendront lieu de Touïe qui te manque ; ta vue ira chercher la pensée sur les lèvres des autres, et cette bouche que la nature avait cruellement scellée, s'ouvrira et articulera ce que tu ne peux entendre ni comprendre ; des sons. Eh bien ! Messieurs, ce que Tarta dit, M. Rauh Ta fait. Il s'était posé le problème diflScile de rendre la parole aux muets, et ce problème a été résolu : ses muets parlent.

« Votre commission, Messieurs, en constatant avec bonheur cet étonnant résultat, y ajoute un regret : c'est celui de voir que tant d'efforts, tant de mérite, sont pour ainsi dire encore inconnus. Aussi exprime-t-elle fortement le vœu qu'il soit pris auprès de l'autorité municipale et de l'autorité supérieure toutes les mesures propres à donner à l'établissement de M. Rauh l'importance qu'il mérite à si juste titre. »

J'aime à citer l'exemple suivant, choisi entre beaucoup d'autres, des résultats que peut obtenir M. Rauh.

Dans une ville voisine de Grenoble, existait un jeune sourd-muet, livré à une vie errante et abandonné à des instincts tellement mauvais, qu'il était redouté et fui comme une sorte d'animal dangereux. La loge des Arts-Réunis de Grenoble le recueillit et le plaça chez M. Rauh, où elle entretenait constamment un élève. Un an s'était à peine écoulé, et le malheureux enfant offrait une transformation coi^iplète. Il savait lire et écrire ; il possédait quelques éléments de calcul; ses penchants vicieux avaient disparu pour faire place à des manières douces et polies; et l'intérêt qu'il inspira alors à ceux-là même qui avaient désespéré de son avenir, lui valut une place gratuite dans l'établissement des sourds'muets de Paris .

Après avoir traversé avec un dévouement et une résignation admirables des débuts difficiles, M. Rauh est parvenu au succès toujours réservé aux efforts généreux et persévérants.

Le budget de la ville contient désormais en faveur de son école une allocation annuelle de 800 fr. La ville paie, en outre, à titre de concours pour Vinstruction de trois jeunes sourds-muets, une somme de 450 fr. par an.

 son tour, le département de Tlsère accorde à M. Rauh une subvention de 1850 fr., indépendante du concours qu'il donne à T instruction de divers élèves dont le nombre était de quinze en 1850.

H. Rauh a reçu, en outre, divers encouragements sur les fonds du ministère de Finstruction publique et du ministère de l'intérieur.

Son école contient aujourd'hui 17 élèves. L'institution et le maître continuent à être entourés, au plus haut point, des sympathies publiques.

APPBimiCB.

Page 1