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LES COURS DU SOIR

On désigne, à Grenoble, sous le nom populaire de cours du soir, des cours faits par des professeurs de la faculté des sciences et de la faculté des lettres , cinq fois par semaine, à sept heures, depuis le l**^ décembre jusqu'à Pâques, et à huit heures, depuis Pâques jusqu'à la fin de mai.

Ces cours ont lieu dans le grand amphithéâtre de la faculté des sciences.

Ils sont suivis par quelques dames, par quelques personnes exerçant des professions libérales , et surtout par uo

grand nombre d'auditeurs appartenant à des états manuels.

Ils comprennent la physique, la chimie, la zoologie, la géologie, la littérature et l'histoire.

Les professeurs de sciences évitent avec soin toute théorie élevée, tout système aventureux et controversé. Ils se font humbles et modestes, se bornant aux points de vue d'application utile, aux côtés essentiellement pratiques ; ils savent ainsi plaire et instruire tout à la fois.

Le professeur de littérature lit ordinairement un morceau choisi, puis il le commente avec esprit et délicatesse, s'attachant à en extraire des enseignements moraux à la portée de tous.

Le professeur d'histoire , après avoir rapidement analysé les premiers siècles de l'histoire de France, entre dans des détails plus circonstanciés; il ne termine jamais sa leçon sans s'adresser au patriotisme de son auditoire , sans lui montrer dans les faits qu'il vient de raconter le rôle providentiel de la France et son influence civilisatrice sur les destinées du monde.

L'amphithéâtre où sont professés les cours du soir peut contenir plus de trois cents personnes; il est constamment rempli. Il est même trop étroit pour recevoir la foule qui se presse particulièrement aux cours de physique et d'histoire.

A tous les cours, les auditeurs se montrent attentifs, avides d'entendre, et pleins d'une respectueuse sympathie pour le professeur.

Les cours du soir sont tout à fait indépendants de l'enseignement obligatoire et officiel donné par les facultés, pendant le jour.

Ce simple exposé trouvait naturellement sa place à la suite de la partie de mon ouvrage consacrée à l'instruction primaire, dont les cours du soir sont en quelque sorte le plus noble et le plus utile couronnement.

Les cours du soir datent du 1" décembre 1855. Pendant deux années, ils ont été faits gratuitement. Depuis 1858, le budget municipal contient une allocation de 2,600 fr., destinée à couvrir quelques dépenses matérielles et à offirir aux professeurs une très-minime indemnité.

Les cours du soir honorent les hommes éminents qui consentent ainsi à faire le sacrifice d'une partie de leurs rares et légitimes loisirs ; ils prouvent les tendances libérales de l'université, qui les protège, de la cité qui les encourage; l'empressement avec lequel ils sont suivis fait l'éloge de la population, dont il démontre, sous une nouvelle forme, le goût instinctif et traditionnel pour tout ce qui est bien , pour tout ce qui est beau et généreux.

Dans la séance solennelle de rentrée des facultés, du 16 novembre 1859, M. Quet, recteur de l'académie de Grenoble, prononçait, à l'occasion des cours du soir, ces belles paroles que je suis heureux de reproduire : « Epurer le goût, ennoblir le cœur, élever le niveau de l'intelligence, répandre dans les masses les notions de morale qui relèvent la dignité de l'homme et le rapprochent de Dieu, mettre à leur portée toutes les inventions utiles au progrès du bien-être général, c'est faire incontestablement une bonne action, une œuvre d'un haut intérêt pour la société. »

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