CONCLUSION
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J'ai parcouru la carrière ; la démonstration est faite.
Détracteurs aveugles de Thumanité, esprits forts et incrédules, ce livre ne vous a-t-il rien appris ?
Aviez-vous jamais étudié ce magnifique concert de bonnes œuvres ? Connaissiez-vous bien toutes ces richesses morales, toutes ces merveilles du christianisme?
Le pauvre fonda lui-même les sociétés de secours mutuels ; le riche, acceptant avec empressement le titre de frère, concourut à leur prospérité. Quelle vérité sociale , quelle vérité religieuse ne reçoit pas de cette admirable création populaire un touchant hommage ?
Modèle de sage égalité, Tassociation alimentaire est une école de prévoyance, de dignité, de tempérance. Des riches encouragèrent et soutinrent les efforts de son fondateur; de généreux dévouements veillent chaque jour sur elle.
La société du patronage des apprentis indigents fut ra**
doption de Fenfiaiice pauvre par le riche , doot le cxnir s'émeut de sa misère et de son abandon.
Eclose d'un sentiment pitrfondément reHgieax, FonifTe de Saint-Jose[A eut des débuts modestes. Ke dcMt-dle pas au riche la maison <pi>lle possède aujourd'hui, et cette sage organisation qui lui permet de taire cultiver par des adultes , loin du bruit et des dangers de la viUe, dix-sqit hectares de terrain ?
Quelle origine plus attendrissante et plus bdle que cdle des orphelines? Que de fois les pauvres^ filles du peuple craignirent de manquer du nécessaire ! Mais aussitôt la divine Providence leur envoyait les largesses du riche.
n y a près de deux siècles , des ridies fonderait la sodété du prêt charitable. (Combien de fiamilles piuivres elle aide mystérieusement a traverser des jours d^'amère détresse !
Que de douleurs consolées par Thôpital, œuvre édifiante du riche, qui recueille Tenfant entrant dans la vie et abrite les derniers jours du vieiUard !
Que de misères secourues par le bureau de bienfaisance, avec les offrandes de la richesse !
Que d^humanité et de religion vraie dans cette société qui, arrachant le pauvre à Favilissement de la mendicité, sauvegarde en lui la dignité du malheur!
De quel respect, de quelle admiration ne doivent pas être # '^ ces dames de la Miséricorde, qui représentent la
liarité et le courage ?
Quel tableau gracieux et pur offrent les enfants de Marie, association formée par Famour de Dieu et par Tamour des
pauvres !
Entendez-vous ces voix inspirées et ces suaves accords ? C'est la Mélodie religieuse qui chante pour les pauvres.
Que de dévouement chrétien dans les sœurs gardesmalades, dans les sœurs de Saint- Vincent de Paul !
Peut-on se défendre d'une émotion profonde en présence de cette œuvre du Bon-Pasteur, appelée et soutenue au milieu de nous par les dons généreux d'un saint évêque et d'une sainte femme, et qui, s'inspirant de l'immense commisération du Rédempteur du monde, lutte avec tant de douceur et d'onction contre de cruelles plaies sociales ?
Quelle variété ingénieuse et féconde dans les œuvres de charité qu'accomplissent les conférences de Saint- Vincent de Paul, formées et soutenues par la piété unie à là richesse !
Et les petites sœurs des pauvres ! On dirait une légende toute pleine de poésie chrétienne. On dirait des anges que le ciel a prêtés à la terre. Salut, noble étranger, qui avez doté mon pays d'un nouvel asile de la vieillesse, et dont le cœur catholique a prouvé que le culte du malheur ne connaît pas les barrières qui séparent les peuples !
Voici venir les établissements d'instruction primaire, depuis Tasile qui reçoit le premier âge jusqu'à l'école professionnelle, qui dépose l'adulte «ur le seuil de la vie civile. Enfants du peuple, n'est-ce pas à la richesse que vous devez la création de ces abris tutélaires ?
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Xâ raeoaté, j'ai décrit toat cela, et maintenant le ledeor doit dire avec nm : ^Huieiir i Thamanité l hooneiir i la religion! honneur à la ridiesse! honneur aussi à la pauvreté, qui accepte les bienfaits arec reconnaissance, et sait, i scm tour, se montrer généreuse !
Je me suis fiait Thistorien de Grenoble, de ma cfam TiDe natale, dont l'administration m*a coûté mes plus belles années. Que serait-ce donc, si les autres villes, qumqae mmns bien partagées peut-être, racontaient aussi et décrivaient, dans le même esprit, leurs institutions, leurs dévouements et leurs vertus?
Et combien, dans le monde, d'actes discrets de charité individuelle, qui échappent i toute révélation, et que Dieu seul peut inscrire sur le livre de Tétemité !
Sans doute, la société a ses travers et ses vices; sans doute, il y a de mauvais riches, comme il y a de mauvais pauvres. Mais la vie ^dlci-bas est à ce prix. L'honune sage et prudent s'occupe du mal, non pour proférer de coupables malédictions et conseiller de dangereux désespcHrs, mais pour chercher les moyens de le réparer et surtout de le prévenir.
J'ai entendu dire, cependant, et j'ai lu que la sociélé tombe en ruines, que la religion est usée, que les croyances sont perdues, que les dogmes ont vieilli. Prophètes de malheur! où est votre société nouvelle? où est votre religion nouvelle ? où sont vos croyances nouvelles ? quels dogmes nouveaux nous apportez- vous ?
Le monde antique devait un jour s'écrouler parce qu'il pratiquait l'esclavage , adorait les faux dieux et ne con^ naissait pas la loi de charité.
Quel monde inconnu pourrait prendre la place de celui que lEvangile a inauguré et qui repose tout entier sur ce *' ^n précepte : Aimez-vous les uns les autres ?
Mais je me trompe. Les socialistes ont imaginé un monde entièrement neuf. Ressuscitant les vieilleries de certains philosophes pa!ens> les amplifiant, les arrangeant, chacun à sa guise, ils ont rêvé dans les faits les théories que leurs devanciers avaient eu le bon sens de ne rêver que dans des livres.
Ils ont donc la prétention de tout changer, de tout refaire; ils suppriment le culte ; ils suppriment la famille^ l'hérédité, la liberté, la personnalité. Pour arriver à ce merveilleux résultat, ils commencent par supprimer la propriété, sentant bien qu'elle est le point de départ et la base de Tordre social.
Voyons donc à Tceuvre les socialistes modernes. Mais avant de les faire connaître et de les juger, jugeons la propriété, car là est d'abord la véritable question * .
Or, Dieu me garde de penser et d'écrire que la propriété soit une institution purement arbitraire ! Je n'hésite pas à proclamer que sa source est divine et son origine étemelle.
Elle s'explique par Yoccupation et le travail.
Dès qu'un homme s'empare d'une chose vacante, il l'identifie pour ainsi dire avec lui-même» La chose qui était impersonnelle reçoit l'empreinte de la personnalité de son possesseur. Désormais, l'homme, c'est la chose ; la chose, c'est l'homme. Porter atteinte au droit du possesseur sur Vobjet possédé, c'est violer le droit du possesseur sur luimême, c'est-à-dire sa liberté individuelle. La propriété, c'est la personnalité, c'est la liberté*
Si, au lieu de supposer une simple possession, matérielle, inactive. Ton admet que l'homme féconde par son travail le coin de terre qu'il s'est approprié ; si l'on admet encore que
\ . Je fais îci divers emprunts k un travail qui m'appartient, mais qui n*a reçu qu'une publicité trës*restreinte»
d^une matière informe il fasse un objet utile à ses besoiïis, ridentification de Thomme avec la chose devient plus complète, plus intime, et la propriété apparaît comme fiUe du travail et quelquefois du génie.
« Si la personne humaine est sainte, dit M. Cousin, elle Test dans toute sa nature et particulièrement dans ses actes intérieurs, dans ses sentiments, dans ses pensées, dans ses déterminations volontaires. Delà, le respect dû à la philosophie, à la religion, aux arts, à Findustric, au commerce, à toutes les productions de la liberté. Je dis respect et non pas tolérance, car on ne tolère pas le droit, on le respecte.
« Une liberté qui est sainte a besoin, pour agir au dehors, d'un instrument qu'on appelle le corps; le corps participe donc à la sainteté de la liberté ; il est donc inviolable luimême. De là, le principe de la liberté individuelle.
« Ma liberté pour agir au dehors a besoin, soit d'un théâtre, soit d'une matière, en d'autres termes, d'une propriété ou d'une chose. Cette chose ou cette propriété participe donc naturellement à l'inviolabilité de ma personne. Par exemple, je m'empare d'un objet qui est devenu, pour le développement extérieur de ma liberté, un instrument nécessaire et utile ; je dis : cet objet est à moi, puisqu'il n'est à personne; dès lors je le possède légitimement. Ainsi la légitimité de la possession repose sur deux conditions. D'abord, je ne possède qu'en ma condition d'être libre ; supprimez l'activité libre, vous détruisez en moi le principe du travail. Or, ce n'est que par le travail que je puis m'assimiler la propriété ou la chose, et ce ^'est qu'en me l'assimilant que je la possède. L'activité libre est donc le principe du droit de propriété. Mais cela ne suffit pas pour légitimer la possession. Tous les hommes sont libres, tous peuvent s'assimiler une propriété par le travail ; est-ce à dire que tous ont droit sur toute propriété? Nullement : pour que je possède légiti-
mement, il ne faut pas seulement que je puisse, en ma qualité d'être libre, travailler et produire, il faut encore que « j'occupe le premier la propriété. En résumé, si le travail et la production sont le principe du droit de propriété, le fait d'occupation primitive en est la condition indispensable.
« Je possède légitimement ; j'ai donc le droit de faire de ma propriété tel usage qu'il me plaît. J'ai donc le droit de la donner. J'ai aussi le droit de la transmettre ; car, du moment qu'un acte de liberté a consacré ma donation, elle reste sainte après ma mort comme pendant ma vie * . »
Je dois ajouter à ces paroles si vraies que la propriété est dans les vues les plus manifestes de la Providence. Chacun de nous, en effet, entraîné par un instinct irrésistible, éprouve le désir et le besoin de la propriété. Dès 'que l'homme s'est approprié un objet par l'occupation, par le travail, il comprend qu'il a un titre privatif qui ne lui est octroyé par aucune puissance humaine; il porte en lui-même le sentiment et la conscience de son droit.
Si maintenant nous remontons par la pensée au berceau du genre humain, nous voyons le droit de propriété s'exercer d'abord sur les animaux sauvages et les produits spontanés de la terre.
Qui oserait prétendre que l'homme ne fut pas propriétaire du gibier dont il s'était emparé, des fruits qu'il avait cueillis ? Un jour, l'homme imagina un arc et des flèches : ce fut une propriété, nul ne put la lui ravir sans injustice.il s'établit sur un coin de terre, il créa des instruments de travail, construisit une habitation, et la propriété revêtit des formes nouvelles. Puis les hommes eurent le sentiment de leur faiblesse individuelle, ils comprirent la nécessité de mettre en commun leur force, leur volonté, leur intelligence. Ils se rapprochèrent par l'effet d'une sorte d'attraction morale, qui
\ . Philosophie morale.
est la loi de leur être. Les sociétés naquirent; aussitôt les 'besoins se multiplièrent. Pour les satisfaire, Tagriculture apporta ses bienfaits, l'industrie ses richesses, les sciences leurs merveilles, les arts leurs prodiges. L'inégalité des forces physiques, la diflFérence des facultés intellectuelles et morales produisirent la variété des fortunes et des conditions. L'espérance, commune à tous, réserva aux uns ses réalités, aux autres ses déceptions amères. Le bien amena le mal, le mal amena le bien. L'idée d'un Dieu, une religion, un culte, des mystères; l'idée d'un pouvoir, une loi, des tribunaux, des sanctions, furent un lien modérateur, une domination protectrice. 11 y eut des honneurs pour le travail, des hommages pour la gloire ; Tinfortune eut ses consolations et la douleur ses asiles; la conscience fut la récompense suprême des vertus ignorées, des efforts stériles, et le châtiment infaillible du bonheur usurpé tout aussi bien que du crime resté dans l'ombre. Ce fut le règne du libre arbitre: ici-bas, la lutte ; là-haut, des destinées immortelles à conquérir»
Ainsi, aujourd'hui, toute propriété immobilière ou mobilière repose sur un fait primitif d'occupation ou de création par le travail. Le fait primitif a pu s'eflFacer, mais le droit est immortel.
« C'est pourquoi, dit Troplong, nous voyons la propriété passer d'une main à l'autre par vente, échange, donation, et descendre le cours des générations par la puissance du droit de succession qui n'est autre chose que le droit naturel des parents comme premiers occupants et premiers placés dans les affections du défunt, de prendre les biens qu'il aurait pu leur remettre de son vivant et que sa pensée leur délègue au moment où il expire * . »
Le tableau que je viens de tracer serait-il une décevante