‹ Le vrai livre du peuple, ou, Le riche et le pauvreChapitre 80 sur 85 · Page · texte numérisé non relu

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conception dont le but était moral dans son ensemble.

« A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres. >»

Telle fut sa devise.

Or, comment la réaliser? Le prêtre saint-simonien devait déterminer les capacités et apprécier les œuvres. Il fallait donc des garanties de son infaillibilité pontificale. Mais où les trouver? Etait-il possible qu'il ne subît jamais, même involontairement, l'influence de l'amitié, de la faveur, de l'intrigue ? Dès lors, n'y avait-il pas à craindre que l'univers saint-simonien n'offrît, sous d'autres formes, le spectacle des injustices sociales que présente le monde actuel?

D'ailleurs, ce système, cumulant avec l'inégalité des conditions une sorte de communauté, anéantissait la propriété dans son principe et supprimait complètement l'hérédité.

Quel mobile restait-il donc à l'homme soumis au joug des répartiteurs souverains, privé de son libre arbitre, condamné à une possession viagère et fatale, dépouillé, enfin, du droit de transmettre, à cette heure suprême où il y a tant de consolation dans la pensée d'un bienfait?

Le saint-simonisme tarissait évidemment les sources les plus précieuses de la production, car les inspirations individuelles et libres peuvent seules féconder l'univers dans l'intérêt de tous.

Au reste le saint-simonisme, après avoir eu d'ardents sectateurs, surtout dans les années qui suivirent la révolution de 1830, s'est éteint de lui-même.

Plus heureuse, parce qu'elle est moins exclusive, l'école fondée par Fourier ^ a vécu plus longtemps.

1. Fourier, fils d'un marchand, est né a Besançon le 7 avril 4772; il est mort a Paris le 40 octobre 4837. Il a publié, en 4808, la Théorie des quatre mouvements; en 4822, le Traité de l'association domestique agricole; et en 4829, le Nouveau Monde industriel.

Elle ne nie pas le droit de propriété considéré en luimême ; elle conteste seulement dans la propriété actuelle la légitimité du fait.

Ainsi, à ses yeux, la terre est un capital primitif dont l'espèce humaine est usufruitière. L'usufruit de la terre appartient à chaque individu de l'espèce, c'est un droit imprescriptible, comme le droit à Fair et au soleil. Or, tout homme possède légitimement la chose que son activité a créée, mais la terre brute n'ayant pas été créée par l'homme, les uns ne sauraient en avoir la propriété légitime à l'exclusion des autres. Dès lors, -pour que la propriété soit constituée dans la légitimité et que le fait soit conforme au droit, il faut 1° que le droit au capital primitif, c'est-à-dire. à l'usufruit du sol dans son état brut, soit conservé, ou qu'un droit équivalent soit reconnu à chaque individu qui naît sur la terre à une époque quelconque ; 2** que le capital créé soit réparti continuellement entre les hommes à mesure qu'il se produit, en proportion du concours de chacun à la production de ce capital. ^

Dans l'état sauvage, le droit de chaque individu à la terre est respecté. Chaque sauvage, en effet, est libre de chasser, de pêcher, de cueillir les fruits de la terre et de faire paître les animaux que la chasse a pu lui livrer. Ces divers travaux sont la condition de l'exercice de son droit primitif d'usufruit. Mais l'homme est fait pour la société, et la destinée de l'humanité s'oppose à ce que le droit de l'homme à la terre se produise uniquement sous de telles formes. La société, qui enlève à Thomme la faculté d'exercer hbrement et à l'aventure les travaux de la chasse, de la pêche, delà cueillette et de la pâture, doit donc lui reconnaître, en compensation des droits primitifs dont elle le dépouille, le droit au

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