‹ Le vrai RodinChapitre 12 sur 15 · PAGES D'ALBUM · texte numérisé non relu

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EN plaçant sous ce titre les admirables dessins et les merveilleuses pointes sèches de Rodin, je prie que l'on ne me taxe point d'irrespect. J'ai voulu simplement considérer, tel un délassement à un énorme labeur, ces croquis si vivants que Rodin a accumulés, comme si la sculpture lui avait laissé de nombreux loisirs.

Quel étonnemcnt toujours ! Il y a là une autre œuvre absolument incomparable, et d'une diversité si infmie qu'on ne peut la comprendre d'un seul coup.

Jean Dolent, (jui ne doutait jamais de rien, affirmait : « Je sais de Rodin qu'il fait de la sculpture depuis l'âge de trois ans, et je crois bien que cet artiste dessine depuis l'âge de trois ans aussi — trois ans ou quatre. »

Tout de même, il y a là, je le répète, une nouvelle production si abondante, qu'il n'est pas possible de l'expliiiuer par cette seule boutade de Jean Dolent.

On a bientôt fait aussi de dire (jne les dessins de Rodin se bornent h n'être que des croquis, t^ue lave une teinte plate. Cela n'a plus que l'importance d'une sottise. La vérité, c'est que Rodin a dessiné, on l'a vu. dès sa premicro jeunesse ; et (juil n'a plus jamais cessé d'écrire

des formes, presque au 'ymr le jour, sur les pages du glorieux album de sa vie.

Et cela, oui, remonte très loin. Très loin, au temps où il arrivait toujours le premier à l'atelier des Gobelins, dès que la journée du gagne-pain était terminc-e. De cinq heures à huit heures, il devenait alors l'élève le plus fort de la petite école de Lecoq de Boisbaudran ; et il s'appUquait, comme un élève de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts, à faire des « académies », qu'on récompensa souvent. Oh ! sans doute, ces dessins-là furent exécutés selon la tradition la plus stricte, avec ce mélange de crayon et de « sauce », qui étonne si fort les visiteurs aux jours d'exposition des envois de Rome, au quai Malaquais ; et il eût été bien pardonnable de ne pas deviner le Maître d'aujourd'hui dans l'élève d'hier. La façon de représenter ces académies est tellement traditionnelle et puérile qu'elle apparaît surtout comme un ensemble de devoirs bien faits, et qui ne peuvent laisser place à une précoce originalité. Les maîtres d'atehers — et Lecoq de Boisbaudran le premier — ne concevaient pas qu'il y eût une manière en dehors de la tradition d'étaler le noir, pris avec le bout de l'estompe ou du tortillon.

Rodin se lassa vite, cependant, de cette « cuisine » d'ateher, qui exigeait des soins ridicules, de la patience et de la propreté. Puis, nul moyen de véritable expression possible, nulle émotion à communiquer, puisqu'il fallait toujours modeler les bras, les jambes, le ventre comme des sortes de cylindres soigneusement dégradés du noir au blanc. Ah ! ces sots dessins.

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