LE PROLOGUE
Notez que doiht VeschaffaiiU^ figurer en hauU le Ciel en lequel sur un throsne de rayons est assis Dieu le Père adexlré des quatre Vertus : Miséricorde, Justice ^ Paix et Sapience, et en bas l* Enfer en lequel ardent les déables^ et proche l enfer le limbe où se douloient les âmes des justes.
Et premier s'advance le meneur de jeu et dict :
Le meneur de jeu.
Icy se traicte le mystère (le la très saincte Passion qui fit nostre rédemption.
D'abord en grand dévotion et en pensée^ salutaire, chascun la Vierge honorera et dirons sans dilation humblement : Ave 3Iar/a.
Ce dévot salut aecomply, seigneurs, humblement vous sujiply (ju'ung peu de silence prestez et l'entendement apprestez à incorporer la doulour, charité et parfaicte amour
{. L'échafaudage sur lequel est étubli le théâtre. 2. L'e muet se prononce et compte dans le vers. C'est une rè<jflo absolue ffue nous verrons toujours observée dans la suite.
MlSTÈRli: DB LA PASSION.
OÙ ceste passion amène
et poinct nostre nature Iniraaine.
Pensez que celuy cpii s'instruit
en ceste œuvre, porte grant fruit,
et qu'il n'est histoire en ce monde
si fertile ni si féconde,
ni qui doyve mieulx faire entendre
le cœur au bien où il doit tendre.
Qui bien l'escoute et bien l'entend
à nul mal faire ne prétend,
mais juge tout plaisir mondain
mauvais, décevable et soudain*;
et n'est adversité si forte
que tout paciemment ne porte :
car le filz de Dieu bieidieuré
a tant souffert et enduré
pour mondifier'^ nostre faulte,
([ue l'infortune la plus haulte
n'est rien en regard de la somme
<[ue Jliésus veut porter pour l'homme.
Et en ce miroir, pom» voir mieulx,
nous ramenons devant vos veulx,
sensiJilement, par personnages,
(îes vraies^ dévotes images
de nostre Saulveur Jhésu Christ.
Si riens avons dit ou escript, ou mal fait, ou mal ordonné, pour Dieu ([u'il nous soit pardonné :
le vray sentier voulons tenir sans faulte ou erreur soustenir, soubmettcuit nos fais et nos signes