‹ Le XIXe siècleChapitre 10 sur 74 · RENTRÉE TRIOMPHALE · texte numérisé non relu

RENTRÉE TRIOMPHALE

Le Cimetière d' As per n, .

le mur par la masse des Autrichiens qui se rassemblaient sous l’église. Les effroyables grondements des batteries autrichiennes sur la droite d'Àspern répondant aux canons français de l’ile Lobau faisaient trembler le clocher et vibrer tous les carreaux de l’église ; en avant du village la fusillade avait repris furieuse et elle s’étendait maintenant sur tout le côté gauche. Par instants, à travers le roulement on entendait éclater de grands hourras dans la plaine, et les tirailleurs du clocher s étaient remis à tirer.

L’officier à qui le général Praczy avait recommandé Ponto perça les rangs des grenadiers.

— Messieurs Franzozen, dit-il en montrant la grande rue du côté des lignes autrichiennes, mauvais par là, non passer, attaqué aussi, venez, irons dans l’église, wollen-sie ?

Le Dix-neuvième Siècle.

Chevau-léger.

Dans la petite église déjà dévastée par un premier assaut, des soldats entassaient des bancs, des meubles, des confessionnaux les uns sur les

autres, pour parvenir aux fenêtres ; l’officier autrichien fit entrer ses prisonniers dans une sacristie en contre-bas, éclairée seulement sur la nef, et rabattit sur eux les débris de la porte enfoncée précédemment.

— Attends un peu ici, messieurs ! dit l’officier en saluant poliment ses prisonniers.

Les prisonniers, presque tous blessés, s’étaient assis par terre, le dos au mur, la tête basse, et écoutant d’un air inquiet le fracas de la bataille. Ponto marchait à grands pas devant eux ou regardait dans l’église par la porte brisée. Tout à coup cinq ou six obus arrivèrent en même temps dans le clocher, des morceaux de la voûte tombèrent et l’église s’emplit de fumée ; on entendait crier des ordres au dehors, des pas précipités de colonnes en marche retentissaient sur le pavé de la rue. Puis la fusillade éclata par feux de peloton au dehors, à coups irréguliers dans l’église.

Quelques prisonniers, inquiets, s’étaient rapprochés de Ponto.

— Chut! ne bougez pas, dit celui-ci, tâchons de nous faire oublier!

Tout à coup résonnèrent à très peu de distance les roulements de la charge battue par des tambours français, on distingua un tumulte effroyable au dehors, des cris, des commandements dans les deux langues, puis les tirailleurs de l’église sautèrent en bas de leurs fenêtres et gagnèrent une petite porte du côté opposé au cimetière. L’église resta un moment silencieuse et vide, seuls des morts restaient et quelques blessés qui se rangeaient dans des coins. Soudain, dans la baie de la porte donnant sur le cimetière, une baïonnette étincela, un shako se montra et quelques fantassins français surgirent brusquement.

Ponto d’une poussée ouvrit sa porte.

1 ifet

Hussard.

Le Cimetière d'Aspern.

— Vive l’empereur ! crièrent les blessés derrière lui.

Aspern était repris ! Dans le cimetière, où les cadavres étaient plus nombreux, les Français réparaient à leur tour les brèches des murs. Des colonnes poussaient en avant par la grande rue dans une confusion terrible avec des cris, de longs hourras ; les soldats aux figures enflammées, serrés les uns contre les autres, passaient et disparaissaient.

Les grenadiers autrichiens.

Le bruit de la charge battue par tous les tambours réunis, remontait le village, et couvrait par instants le tapage de la fusillade un peu éloigné ; on faisait filer en arrière des prisonniers et des blessés, des canons avançaient à grand’peine dans la cohue furieuse.

Du perron du cimetière, Ponto cherchait son régiment, ses yeux tom bèrent sur un groupe de quatre hussards autrichiens portant sur des branchages un homme couvert d’un grand manteau taché de sang. Il eut un pressentiment et s’avança. Le blessé était Praczy. Comme les hussards le déposaient dans le cimetière juste à la place où, moins de deux heures auparavant, il avait rencontré Ponto, il ouvrit les yeux et reconnut le commandant.

— Je vous avais dit que nous nous reverrions, dit-il avec un sourire

Le Dix-neuvième Siècle .

triste, mais c’est la dernière fois!... J’ai mon affaire, c’est fini, je ne chargerai plus avec mes braves hussards... La pipe est bien à vous, cette fois !... N’importe, votre empereur, malgré ses victoires, tombera... j’aurais voulu voir la fin...

Ponto serra la main du pauvre Praczy qui faisait des efforts pour parler encore. Un reflux des troupes françaises le sépara du moribond. 11 se trouva rejeté dans la mêlée, emporté comme une paille dans l’effroyable bagarre, parmi les incendies, les écroulements, la fusillade, les charges à la baïonnette et les hurlements de la bataille.

Une terrible nouvelle circulait dans les masses délirantes. Le pont de l’ile Lobau venait d’être détruit par les brûlots autrichiens ; ce qui avait passé de l’armée française devait se maintenir coûte que coûte cramponné aux villages, pour n’être pas noyé dans le Danube.

Dine.

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