LES ROMANTIQUES
La Confession d'une ancienne jeune actrice.
panne
étions
aux. Chaque tableau fut payé 10 francs; c’était assez puisque nous nourris. Quand il avait du poisson à portraicturer, Pétrus se dépêchait, mais quand arrivaient les panneaux de gibier, il pouvait en prendre plus à son aise, et laisser faisander ses modèles. Que de panneaux Pétrus abattit en ce temps-là, tout en travaillant pour lui
à deux grands tableaux : La mort de Paolo et de Francesco di Rimimi et une Bataille nocturne de Truands rue Pavée-d' Andouilles au XVe siècle. Ce sont ces deux tableaux qui devaient être grouillants, étincelants, truculents, pour faire crever de fureur d’un seul coup, s’il était possible, tous les bourgeois idiots et tous les critiques infâmes... Pétrus le jurait chaque fois qu’il prenait le pinceau, les épiciers, bourgeois ou critiques éclateraient tous, il le fallait !
Par malheur notre juif de marchand aux panneaux de salles à manger, pour nous exploiter, ne nous apporta bientôt plus que des potirons et des moules. Le marché était fait : dix francs et les modèles à manger, le marchand n’en voulut pas démordre ; au bout de quelque temps j'en avais assez des potirons et des moules, je ne voulais plus y mordre, moi, et je me disputais tous les jours avec Pétrus qui désirait patienter pour attendre les panneaux de gibier.
lin enfer, notre petit logement!...
Plus d’argent, plus de parties de campagne, plus de Tivoli, plus de petits théâtres ! Tou-
Les œuvres de Pétrus Ringard.
Le Dix-neuvième Siècle.
jours rester en tête à tête avec Pétrus et ses affreux potirons et se nourrir exclusivement de ces derniers! Je suis vive, je crois me souvenir qu’un beau matin je lui en envoyai une tranche à la tête. Et je partis ! Adieu, amour et mansarde, peinture et misère!
Hélas, j’avais quitté ma modiste au moment de nos grandes promenades pour les vues de Suisse, je dus rentrer chez maman et affronter sa morale.