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LES VERS DU SÉPULCHRE

Tout de même, faut-il aimer une femme pour la traîner sur le sol par sa pauvre chevelure blonde ! Celui qui m'avait tirée le plus brutalement, c’était le romancier Guindoulas , aussi fut-ce avec lui que je m’enfuis après cette terrible scène.

Mettez-vous à ma place, je me trouvais cruellement embarrassée , pouvais- je savoir au juste lequel, du peintre, du poète ou du romancier, possédait des droits plus certains? Mon cœur sauta du côté de Guindoulas, j’obéis à l’inspiration de mon cœur. Hélas! bêlas! croyez-moi, jeunes fdles, pauvres innocentes, le cœur est vraiment le plus mauvais conseiller que puisse

Ma rivale.

La Confession d'une ancienne jeune actrice.

choisir une femme. Ali! je m’en aperçus bientôt. Le traître! Le misérable ! Cet homme qui m’avait arrachée à ses rivaux par les cheveux avec une brutalité que je pris, dans ma naïveté, pour une puissante marque d’amour, cet homme me trompait!

Sous prétexte d’études sur le cœur des femmes du monde, sur leurs mœurs et leurs sentiments, et sur les façons de tromper les maris pratiquées dans la bonne société, — études indispensables, paraît-il, pour faire du roman, — mon Guindoulas me trahissait épouvantablement avec une dame mystérieuse, la femme d’un banquier, une forte brune d’au moins trente-cinq ans .

Pourquoi m’avait-il traînée par les cheveux alors ?

Pour ses études aussi peutêtre, sur le cœur des femmes aimantes qui ne sont pas du monde et ne fardent pas leurs sentiments ni leur visage !

Un jour, la femme du monde ayant voulu, par jalousie ou simple curiosité, surprendre Guindoulas dans son petit logement d’écrivain, nous nous trouvâmes face à face. Deux lionnes, ou plutôt une lionne et une tigresse ! La lionne c’était moi, la tigresse c’était elle, elle qui, surprise de me voir là, essaya un instant de s’en prendre aussi à mes cheveux et n’y pouvant parvenir se mit à ravager parmi les papiers de Guindoulas ! Le lâche, resté tout interdit devant sa femme du monde, quand elle ne menaçait que moi, retrouva tout son courage à la vue du péril que couraient ses manuscrits et les couvrit de son corps.

À la suite de cette terrible scène, je me réfugiai toute sanglotante chez Marcassus ; il avait bien l’âme d’un poète, lui, car il pardonna tout de suite et mêla ses larmes aux miennes. 11 m’avoua que lors de la grande scène dont ma chevelure avait tant souffert, l’idée de m’assassiner et de se tuer ensuite le hanta pendant quelques jours. Ah! qu’il est doux à une

Face à face.

femme d’inspirer de tels sentiments ! Comme il m’aimait, lui ! Et il avait raconté d’avance la scène du meurtre dans une pièce de vers qui me parut un vrai chef-d’œuvre quand il me la déclama :

Avant que d'étrangler Onofria la belle,

C’est la faux de la mort qui tranche les amours, Le pâle Sténio voulut rêver près d'elle ;

Aimer encore, aimer, rongé par cent vautours !... C’est la faux de la mort qui tranche les amours !

Je revenais; tout était oublié. Double bonheur pour lui, je l’aimais

encore et son volume de vers « Feux et Flammes ! »

allait paraître. Il nageait dans la joie. Il avait 800 francs, extirpés à la sueur de son front à des oncles et des tantes peu littéraires, et cet argent devait servir à faire imprimer luxueusement son volume.

Le soir, pour célébrer mon retour, nous primes quel-

Orages et tempêtes.

que chose sur l’argent du volume et le lendemain, comme il faisait un temps superbe, nous partîmes cacher notre bonheur dans le sein de la nature. Nous restâmes tant qu’il fit beau, c’est-à-dire pendant trois semaines, à rêver dans les blés ou la verdure et à manger des omelettes dans les auberges de village. Aïe ! les huit cents francs étaient un peu écornés quand la pluie nous fit rentrer à Paris. Marcassus devint soucieux, il avait changé, comme le temps, et se mit à me tracasser avec des scènes de jalousie flatteuses mais absurdes. Il me parlait tout le temps de Guindoulas ou de Pétrus, et je ne pouvais, moi, prononcer leurs noms sans qu’il me regardât soudain avec ses yeux terribles en murmurant dans ses moustaches :

Avant que d’étrangler Onofria la belle

Brrr ! On a bien raison de le dire, il faut se défier des gens dont les sourcils se rejoignent en forme d’accent circonflexe au-dessus du nez. Les

La Confession d'une ancienne jeune actrice. 6D

sourcils de Marcassus devinrent de jour en jour plus féroces et il me fil une existence épouvantable. Querelles et reproches, cris et larmes, désespoirs et rages, puis changement de ton, protestations, serments, pardons accordés... Tous les jours c’était même air, même chanson, nous allions de la pâmoison à la violence et de la fureur à l’attendrissement. 11 se roulait à mes pieds ou bien il menaçait de me poignarder ! Et il me battait! Oui, Marcassus me battait. J’ai porté les marques de ses

mains et il a plusieurs fois pu montrer les traces de mes ongles. Mais il me demandait ensuite pardon en vers, en si beaux vers !

Oublie, ange adoré, parfum, fleur divine,

Qu’hier, grinçant des dents, j’ai blasphémé l’amour!

Enfin, à force de grincer des dents, comme il disait, arrivés tous les deux à l’énervement, — il prononçait désespérance — nous primes le seul parti qui nous parut raisonnable pour en finir, nous convînmes de nous suicider ensemble. Grande discussion pendant huit jours sur le moyen à employer pour sortir de ce triste monde. Poignard, noyade ou poison? Tout cela était trop douloureux ou pas assez propre. Je proposai le charbon.

On s’endort après avoir allumé son petit fourneau et on quitte cette vallée de larmes sans trop s’en apercevoir, c’est très convenable et c’est poétique. Le charbon ou rien. Marcassus qui préférait le poignard fut obligé de céder.

lin soir après un bon souper pendant lequel Marcassus eut des éclats de gaieté macabre, tandis que je soupirais plongée dans une mélancolie bien naturelle, j’allumai le charbon. Marcassus arrangea une mise en scène sinistre; avec son poignard il cloua sur la table, parmi les assiettes, le manuscrit de son volume de vers dont il avait changé le titre: Lyre posthume! puis avec un charbon il écrivit sur le mur en grandes lettres :

Mort au dix-neuvième siècle !

Je me réfugie dans ton sein, ô Néant !!!

Marcus Marcassus I’Agreste, pocte.

11 marchait à grands pas en déclamant des vers, dans la chambre bien calfeutrée ; je m’étais étendue sur le lit, assez coquettement habillée avec ma plus belle robe et ma plus belle collerette. Une petite fumée bleue sortait du fourneau et je la regardais, avec un redoublement de mélancolie, tourner, virer, monter lentement au plafond. Ma vie filait avec elle; je sentais déjà un violent mal de tête; d’ailleurs les préparatifs seuls m’avaient donné la migraine.

Tout à coup, comme je soupirais malgré moi, Marcassus bondit sur son manuscrit et arracha le poignard.

— Ce n’est pas ça ! ce n’est pas ça ! rugit-il.

J’eus un instant de vive terreur. Je crus que, renonçant au charbon trop lent à son gré, il voulait me poignarder et se percer le cœur ensuite, mais c’était autre chose.

— Lyre posthume ! grondait-il, c’est plat ! c’est bourgeois ! c’est épicier ! Je déchire ce litre et j’intitule mon œuvre poétique:

LES VERS I)U SÉPULUIIRE

Entends-tu, ô ma Palmyre, quelle belle inspiration! « Les vers du sépulchre ! C’est romantique, ça, Mort de vie! Ce qu’il faudrait, c’est une vignette à la Devéria ou à laCélestin Nanteuil. Je la tiens, je la vois : un spectre soulevant la dalle du tombeau, un spectre aux yeux caves qui me ressemblerait, avec un poignard planté entre les côtes et une mandoline

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dans ses doigts de squelette ! Je vole chez Pétrus lui commander ma vignette !

Et Marcassus, ouvrant précipitamment la porte, descendit au grand galop, sans plus penser à moi, oubliant que j’étais là, en train de m’asphyxier à cause de lui!... Ces poètes, quels égoïstes! Ah! c'est comme cela, je m’en irais sans lui dans l’autre monde? Mourir seule, jamais de la vie! Ah mais non, je ne pars plus! Tout étourdie déjà, je me jetai en bas du lit, je portai le fourneau dans la cuisine et j’ouvris les fenêtres toutes grandes! L’air frais entrait à flots, et en même temps dans mon cœur l’amour de la vie. C’est beau et c’est bon, la vie, le soleil, les champs, les petits oiseaux!... Affreux Marcassus!

ah, il est allé chez Pétrus, eh bien, j’y vais aussi !

En trois minutes, j 'eus faitun paquet de ce qui m’appartenait et après un coup d’œil à la glace pour voir si je n’étais pas trop décoiffée, je quittai cette maison où j’avais failli trépasser.

Quelle scène chez Pétrus où je trouvai Marcus Marcassus en train de détailler son idée de vignette à son ancien ami, quelle scène ! quelle explication ! Pétrus prit mon parti, le feu couvait toujours sous les cendres. Pour en finir il consentit à exécuter la vignette. Marcassus partit tranquille et consolé avec son manuscrit el je restai chez Pétrus, mon premier amour !

Qu’ai-je encore à vous avouer sur cette époque de ma vie ? Je vivais dans un milieu aimable et charmant d’artistes jeunes, chevelus et échevelés, étincelants, frénétiquement romantiques ou romantiquement frénétiques comme vous voudrez, dans un milieu qui pouvait passer pour le royaume ou plutôt pour la république de la fantaisie. On n’avait pas toujours le sol, mais on s’en vengeait noblement en ne le plaçant pas sur

Le Dix-neuvième Siècle.

le grand livre. Tant pis, au diable les bourgeois, les bourgeoises et les bourgeoisillons !

Pétrus avait en ce temps-là un atelier somptueusement meublé de ses toiles, de deux ou trois salades et de quelques hallebardes bien fourbies ; ses amis y arrivaient tous les soirs par bandes et nous donnions des soirées littéraires tous les dimanches depuis midi jusqu’au lundi matin, avec rafraîchissements suivant l’état de nos finances. Quelles bonnes soirées ! Quel entrain et quel train, lorsque après une lecture de poésie ou de prose également truculentes, également « cauchemar de juste milieu, » à faire dresser des crins sur des crânes de notaires chauves, on se trouvait un peu surexcité. Il n’y avait pas à se gêner, puisqu’il n’y avait dans la maison du haut en bas que des épiciers qui nous considéraient comme une bande de sauvages et nous ne nous gênions point.

Nous étions avec eux toujours en guerre ouverte, naturellement, surtout avec le monsieur de l’appartement immédiatement au-dessous de l’atelier, un ancien magistrat, triple bourgeois enfilé dans sa cravate blanche, sec et raide comme l’injustice, qui voulait absolument nous faire décamper sous prétexte que nous troublions ses insomnies. Il passait, le pauvre homme, ses jours et ses soirées à ruminer dans les recueils de jurisprudence les doux souvenirs de sa belle jeunesse au palais de justice. Est-ce que ça nous gênai t, nous ? est-ce que nous nous en plaignions ? nous n’intervenions pas dans la vie privée de ce remâcheur de codes, pourquoi se mêlait-il de la nôtre, je vous le demande ?

Henry Monnier qui était des amis de Pétrus et venait souvent nous voir, se chargea de nous venger.

Un jour notre voisin reçut la visite d’un horrible individu, bouffi, rasé, l’œil ignoble, traînant la jambe et hideusement accoutré.

— Mon magistrat, dit-il, quand il eut, malgré la bonne, pénétré dans le cabinet de travail du voisin, c’est moi, vous ne me reconnaissez pas ?

— Non, dit le voisin étonné et déjà effaré de la visite.

— C’est étonnant, voyons, mon juge, regardez-moi bien ?... cinq ans qu’vous m’avez adjugés autrefois, il y a longtemps, cinq ans pour une vétille, une affaire d’effraction, la nuit, dans une cambuse habitée, que je m’y étais laissé entraîner, vu ma jeunesse et que je ne possédais pas mon code sur le boutdu doigt, comme vous !... Me remettez-vous, maintenant? après ça vous me direz que vous en avez administré autant à bien

Lu Confession d'une ancienne jeune actrice.

d’autres! Mais moi, je m’ai toujours souvenu de vous, quand on a débuté avec quelqu’un ça vous lie pour la vie ! c’est sacré !

— Enfin, qu’est-ce que vous voulez? dit le magistrat songeant déjà à se débarrasser du gredin avec une pièce de quarante sous.

— Voilà, mon juge, voilà, reprit l’autre avec une voix pleurarde, voilà,

après mes cinq ans, j ai

encore fait des bêtises, mais j’avais compris votre leçon, j’ai risqué que de simples escroqueries toutes pures, mais sans gros bénéfice, vu que la vie est si chère !

Plus de quoi joindre les deux bouts !... Dix-huit mois ou deux ans tout au plus, de temps en temps, que ça m’a valu en guise de boni!... maintenant vous voyez comme je suis nippé, la dêche, quoi, vous connaissez ça, si ce n’est par vous, par des amis au moins. . . Plus même moyen de fricoter de la simple et honnête escroquerie...

avec mes frusques, ça ne prendrait pas... j’ai donc pensé à vous, mon premier Romance dédiée à Palmjre-

juge, à vous qui m’a appris le code, et je m’ai dit que vous ne me laisseriez pas retomber dans les affaires d’escalades...

Le voisin ahuri réfléchissait. S’esquiver pour envoyer la bonne chercher la police, c’était peut-être dangereux, le gredin pouvait se fâcher ; d’un autre côté, capituler et donner au forçat quelques hardes de sa garde-robe ainsi qu’il semblait le demander, c’était grave. Voyez-vous une vieille redingote de juge entraînée à des actes criminels, participant à des escroqueries, les aidant puissamment même, grâce à sa respectabilité et revenant ensuite au tribunal, du mauvais côté, non, c’était impossible!

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— Y'ià donc, reprit le forçat, ce que je vous demanderais, de me requinquer, c’est-à-dire de m'aider à me requinquer par le travail, car je ne connais que ça, moi, le travail ! J’ai une belle écriture, on mp l’a déjà reproché pour des affaires de signatures en imitation, vous me trouveriez une place, pas bien grosse, car je ne suis pas exigeant, que je la remplirais en conscience, et que je vous ferais honneur pour sûr... vous me devez bien çà, voyons, à un ancien client...

L’ancien juge eut beaucoup de peine”, avec quelques vagues promesses,

I’ius moyen de fricoter de la simple escroquerie...

à se débarrasser du quidam qui partit en promettant de revenir dire un petit bonjour à son bienfaiteur et se rappeler à son souvenir quand il passerait dans le quartier.

Quinze jours après un gaillard barbu, l’air brute et insolent, la figure allumée par l’ivrognerie et par tous les vices, se présenta un jour que le magistrat était sorti, inquiéta longuement la bonne par ses questions sur les habitudes de son maître, sur sa fortune, sur son argenterie, et s’en alla en laissant des traces de cire à la serrure d’entrée. 11 vint ensuite et successivement à quelques jours d’intervalle deux autres individus à mine d’escarpes ou de filous qui eurent de longues conversations avec le portier et se donnèrent l'un pour le fils naturel et l’autre pour le neveu de notre voisin.

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Ce qui stupéfia le plus le pauvre portier, c’est qu’il vit monter les deux escogriffes et ne les vit jamais redescendre, bien que chaque fois il eut fait le guet à la porte de sa loge.

Le forçat libéré, le gaillard barbu, le fils naturel et le neveu, c’était tout simplement notre ami Monnier qui se costumait dans l’atelier de Pélrus et après la visite au-dessous remontait chez nous sans bruit. Notre voisin, très inquiet, se cadenassa chez lui et fit emplette d’un grand chien dont les aboiements accompagnaient souvent, en sourdine pour nous, nos éclats de gaieté et devaient bien ennuyer son maître! Nous étions vengés !

Je me suis laissé entraîner par cette histoire de mystification parce que je voulais retarder un aveu qui me coûte ! Je l’ai dit, nous étions toute une bande d’artistes aimables... et aimants. Chacun avait son amie, sauf un, le musicien Stéphan Mirai, doux et timide, gentil garçon, mais élégiaque comme un jour sans pain. Il m’accablait de déclarations musicales au nez et à la barbe de Pétrus, qui ne comprenait pas et qui d’ailleurs se moquait bien de la musique. Stéphan avait fini par apporter son piano à l’atelier sous prétexte de l’enlever à ses créanciers.

— C’est que je ne réponds pas des miens, avait dit Pétrus pour toute objection.

Donc ce Stéphan élucubrait chez nous un tas de romances ou de valses intitulées : Valse des vampires, le Squelette de la Fiancée, romance. Djinns et psylles, etc. 11 avait mis en musique toutes les poésies de Marcassus et Pétrus lui dessinait des en-têtes en lithographie. Lorsque Stéphan, pris du mal de composition, se mettait au piano, Pétrus très courageux continuait à peindre sans broncher. Tape, mon bonhomme, ça ne me gêne pas plus que si c’était Au clair de la lune l Et pourtant, s’il avait su que chaque note de Stéphan était une déclaration d’amour et qu’il cherchait à m’attendrir en musique. Oh ! craignez la musique, c’est un art dangereux ; bien certainement le serpent qui tenta Eve dut lui chanter quelque langoureuse romance. Je résistais, mais je sentais malgré moi la musique de Stéphan m’engourdir le cœur, d’autant plus qu’il est tout de même flatteur de voir chaque morceau paraître avec une dédicace imprimée :« Les Gnomes, romance dédiée à Mlle Palmyre, de la Porte-Saint-Martin. » Je ne sais ce qui serait arrivé si tout à coup Stéphan ne s’était laissé pincer par les recorset mettre à Clichy pour des billets oubliés.

Le charme était rompu, je ris au nez de Stéphan quand il revint trois

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mois après avec un opéra composé sous les verrous. J’aurais dû rire également au nez de Garrigues, le sculpteur, qui ne pouvant me témoigner sa flamme en musique, cherchait à me la montrer par des petits cadeaux gracieux, tels qu’une tête de mort arrangée en vide-poche ou le moulage de la main de Papavoine monté sur satin rouge. Mais je venais de me disputer avec Pétrus et aujourd’hui encore je ne sais vraiment pas tout à fait jusqu’où j’ai pu aller dans ma colère et mon égarement. Pourvu, Seigneur ! que ce ne soit pas trop loin.

Heureusement Pétrus ayant témoigné du repentir, je laissai mon incandescent sculpteur m’attendre à la voiture de Sceaux pour une partie projetée à Robinson et je me jetai dans les bras de Pétrus. J’appris plus tard une chose horrible : Garrigues sculptait les portraits de ses amies en gargouilles de cathédrale ; on en peut voir toute une série le long d’une balustrade à l’église de X...

Je l’avais échappé belle !

Le musicien Sleplian Mirai.

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