LA BATAILLE
Le Pont coupé et rétabli.
puis le tapage redoubla, la barricade et le pont se couvrirent de fumée, tout disparut pendant cinq minutes, deux ou trois hussards arrivèrent jusqu’aux voitures, des sabres brillèrent et s’abattirent, puis disparurent. Enfin une éclaircie se produisit, les clameurs cessèrent subitement, les Français aperçurent les hussards en désordre de l’autre côté du pont; ils remontaient à cheval et tournaient bride au galop.
Quelques cadavres gisaient devant la barricade, quelques blessés s’accrochaient péniblement aux poutres du pont pour ne pas tomber à l’eau.
Le commandant des hussards n’était pas parmi les blessés, il n’était pas non plus parmi les morts, à moins qu'il ne fût tombé à l’eau. Frédéric en fut heureux, c’eût été dommage, un ennemi, mais un si bel homme ! Pendant que les soldats, sur son ordre, transportaient les blessés dans le village, où quelques têtes effarées paraissaient maintenant, Frédéric regardait l’objet lancé par l’officier. C’était une pipe, une grosse et superbe pipe en bois dont le fourneau représentait une tête de hussard à fortes moustaches tombantes, à longues cadenettes, avec un talpak formant couvercle, monté sur une charnière d’argent. Un cercle d’argent entourant le tuyau portait gravé, en belles lettres allongées, le mot « Praczy , 1700 ».
La pipe.