‹ Le XIXme siècle et sa deviseChapitre 11 sur 32 · SEPTIÈME NUIT · texte numérisé non relu

SEPTIÈME NUIT

Où maître A -{- B poursuit le cours de ses réflexions philosophiques et autres ; à propos des questions religiosopolitico-sociales posées par 89, 1830,48 et ccetera et cœtera.... malheureusement !

Grâce à vos sinapismes, à votre bouillon de poulet fort léger, à vos septante-cinq grammes de citrate de magnésie et à l'absence totale de lecture, quelque peu sérieuse; j'ai passé hier une journée, presque parfaite.

C'est donc tout enchanté de moi et tout préoccupé de rejoindre messire Lucifer et son docte ami, qu'après avoir bâclé mes quatre lectures pieuses, je me suis, à sept heures du soir, glissé entre mes deux draps.

Cet empressement, aussi entaché de curiosité que d'irréligion, m'a fort mal réussi : car une fois emmitouflé entre bonnet de coton, couverture et traversin ; je me suis, crainte de rêver autre chose que peuple et bourgeoisie, mis à tant surveiller ma pauvre cervelle, et

tant de m'empécher de dormir ! que je n'obtins, de longtemps, que la moitié de mon rêve, c'est-à-dire... A -f^ tout seul.

Méthodiquement, il entra ; s'assit dans mon grand fauteuil ; allongea les jambes ; croisa ses pieds l'un sur l'autre ; s'appuya, des coudes, sur les bras de mon siège; et (faisant) de temps à autre, claquer l'ongle de son pouce droit contre celui de son index) attendit, en pensant à je ne sais quoi.

Au bout d'une heure ; il pencha légèrement la tête ; tira sa montre ; la porta vers son œil gauche, jusqu'à le toucher presque (d'où je conclus qu'il était affreusement myope et, qui pis est, peut-être borgne), eut une convulsion nerveuse du coin de la bouche ; et se remit, comme auparavant, à repenser à... je ne resais quoi.

Au bout d'une autre heure, même manœuvre... Une heure après, enfin, pour ne pas dormir, promenade, gymnastique, et monologue (dontj'attrappai ce qui suit).

«... l^diTce que les hommes sont, mamtenant » encore, plus égoïstes, plus médiocres et plus » paresseux que sociables, intelligents et tra-

» vailleurs; ils préfèrent (presque... sinon ï tous) le passé, ou mieux, le présent qu'ils » connaissent, tant bien que mal, à l'avenir » auquel ils trouvent... et dont surtout ils re- » doutent!... trop d'inconnus.

» Donc , il faut poser en principe qu'en » France, comme ailleurs, la presque totalité » des citoyens, autrement dit, le public est, » mainlenant encore, plus qu'indifférent aux » querelles des progressistes et des rétrogrades » bien qu'au fond elles soient les siennes ; qu'il » ne s'en mêle que lorsqu'il est enfin à bout de » patience ; qu'il n'adopte alors les errements » des uns ou des autres, que juste en vue des » avantages immédiats qu'il en peut tirer ; et » que, par conséquent, jamais il ne gardera, » pour chefs, des novateurs trop lents à lui B fournir des institutions, des lois et des con- » victions (civiles, politiques et religieuses) » capables de l'assister en ses aspirations les » plus hautes, comme en ses besoins les plus » humbles. »

9 Par conséquent, toutes les fois que le pou- » voir passera des rétrogrades aux progres- » sistes ; ces derniers (sous peine d'abandon, » plus ou moins prochain) devront doter » presque immédiatement leurs partisans, in- » dustriels et libéraux, de principes tempo- » rels et spirituels meilleurs que les compen-

» diinns et codes émanés du régime catho- » lico-féodal... »

« (Asseyons-nous, car je n'en puis plus... » ... Ah faible... trop faible... et, certainement ï aussi, trop vaniteux A + B,.. que je suis!)»

Ce disant, il s'endormit; et, dormant, il poursuivit :

« Eh bien! ces institutions, ces lois, ces » convictions..., ces principes temporels et » spirituels..., meilleurs que ceux des compendiums et codes émanés du régime catholico- » féodal..., auxquels ils ne croient plus... » qu'ils délestent même!... mais auxquels » (pour notre plus grand malheur) ils se sont » réhabitués!... Gomment à eux (si souvent » trompés et, partant, si légitimement mét. fiants !) comment, dis-je, comment les leur » faire accepter?... Parla prédication!... Ils » ne veulent plus qu'une logique... celle des » événements !... Et, pourtant, voyez ce qu'elle ï> fit, la brutale. »

a Elle sonne, au cadran de l'histoire, le » 5 mai 1789; et voilà que les états-généraux » s'ouvrent !

» Elle sonne le 17 juin 89 encore : et voilà » que le tiers Etat se fait Assemblée nationale!

î Elle sonne enfin, le 1-4 juillet, toujours 89 ; D et voilà que le peuple prend la Bastille. »

» Ainsi deux mois lui suffisent pour faire » monter sur la scène politique, en visa vis de î la double aristocratie du sabre et de l'autel, T> les deux éléments du monde industriel et » libéral, à savoir les bourgeois et les prolé- » taires.

» Deux mois ! Et la révolution commence. »

» Les limites si nettes, qui de temps sécu- » laire, séparaient la nation française en trois » classes (clergé, noblesse et roture), disparaisï sent alors ; et les deux grands partis qui » maintenant encore nous divisent (celui du » passé, à son déclin, et celui de l'avenir, à » son aurore; se forment immédiatement... »

» Ob! logique inexorable des événements! » Pourquoi ranger ainsi, d'un côté, le roi, les » nobles et les soldats, les hauts dignitaires de » l'église, les prêtres et les moines ; et de > l'autre, les ouvriers et les patrons, les arj> tistes, les savants et les philosophes, les éco- » nomistes et les littérateurs?

» Pourquoi mettre, ici, les héritiers de l'in- » vasion franque et ceux de la conquête catho- T> lique, les privilèges de la naissance et ceux

» de la grâce, les partisans de l'autocratisme » militaire et ceux de l'absolutisme religieux; » les amis du roi et les dévots du pape, en deux » mots, les élus du dernier dieu conçu... et, de » l'autre, les petits-fils des vaincus gallo- » romains, la très-nombreuse postérité des » derniers fidèles au paganisme, les exclus de » toute direction morale ou politique, les êtres » fatalement condamnés à nejamais gouverner » que la matière et à se grandir misérablement » (sans aucune assistance ni consécration sur- » naturelles) par un travail incessant et la cul- » ture(plus ardue chaque jour) de la science du » bien et du mal, les réprouvés de la dernière > révélation, en deux mots, les véritables fds » de Caïn !

» Pourquoi?

» Pour qu'ils se battent?

» Mais ne vois-tu donc pas que tes privilé- » giés ne peuvent être que défaits ; du moment s> qu'ils laissent discuter (après tant de siècles) » une mission gouvernementale que le verbe du » prêtre leur affirme être, pour leur épée jadis » victorieuse, un droit à tout jamais impres- » criptible et un devoir sacré? Et surtout, » surtout! ne vois-tu donc pas qu'après leur 9 victoire... ces hommes, dont tu fais si peu de

V cas, parce qu'ils sont sans armes, ni chefs, ni

» discipline... ces roturiers que tu méprises,

» parce qu'ils sont ivres d'enthousiasme pour

» des théories qui n'ont pour elles que d'être

» vierges encore de tout démenti pratique...

» Ces novices, archi-novices politiques ne

» pourront qu'une chose : s'exterminer les uns

>> les autres avant de reconnaître l'inanité de...

» ïule prévois, me réponds-tu; et tranquil- » lement tu achèves de les ranger en bataille î

» 3îais alors... impitoyable fille, de Fimpi- » toyable destin... tu... m'étrangles!... à moi » Lucifer !. . . mon cher Lucifer f... k moi !

A -j- B ! mon cher A -{- B , dit immédiatement le ci-devant ange, réveille-toi! Mais réveille-toi donc! Au nom de l'humanité; réveille-toi.

Oh, merci! fit aussitôt le savant, comme elle me bâillonnait. Et dire que je n'ai pu les prévenir !

Qui? répliqua Lucifer.

Ces nobles bourgeois de la Constituante, répondit A-]- B, poursuivant en pleine veille les mêmes idées que dans son rêve. Où en étais-je?

A la fameuse déclaration des droits de l'homme et à la constitution de 91, répliqua bien vite son tardif interlocuteur, enchanté de

trouver un biais pour esquiver tout reproche. Et leur dialogue se continua, comme je vais dire.

A -]- B. Eh bien ! pour faire et parfaire cette double élaboration... ardue tellement ardue, qu'en dépit de tous leurs efforts, ils ne purent qu'une chose : mourir à la tâche !... Ces nobles bourgeois si talonnés par leurs propres soldats; les ouvriers en souffrance... ces grands grand'pères, si coupables suivant toi; qu'avaient-ils pour s'inspirer ? Trois doctrines seulement ; et toutes trois insuftisantes.

Lucifer. Savoir?

A + B. Celle de Voltaire, acharnée contre l'autel ; mais tolérante envers le trône :

Celle, toute contraire, de Rousseau, acharnée contre le trône; mais tolérante envers l'autel, ou plutôt Dieu :

Et celle des encyclopédistes (Diderot et autres) qui, sans avoir encore suftisamment philosophé...

Lucifer. ... Positivistement...

.4 + ^. ... Sur les phénomènes sociaux, avait pourtant fourni des hommes d'un sens tellement droit que les utopies du sophiste de Genève leur répugnaient autant qu'au philosophe de Ferney.

Lucifer. Soit! après?

^ + ^. Au début de la révolution française, alors qu'on ne songeait nullement à renverser le roi; de ces trois pliilosopliies, non rivales encore^ une seule (n'est-il pas vrai?), une seule, celle de Voltaire, était admissible; puisque, seule, elle admettait franchement le trône.

Lucifer. Evidemment.

A -\- B. On l'admit donc; et, malheureusement avec elle, ce que prêchait sa tout aimable raillerie : la tolérance politique.

Je dis malheureusement, parce que, sans un excès de condescendance, on n'aurait pas, au moment même où l'on rédigeait la seule profession de foi socialiste qu'ait jamais faiteofficiellement la France, inscrit, au nombre des prérogatives que laissait au roi l'impraticable constitution de 9î, inscrit, dis-je, le trop fameux veto suspensif.

Lucifer. Veto suspensif...

A -\- B. ... Qui ne fît qu'entamer l'immense popularité du grand tribun de la bourgeoisie, le tout puissant Mirabeau ; qu'épuiser ses dernières forces ; et que hâter la mort du malheureux Louis XVI;... car à force de se retrancher derrière ce débris d'absolutisme, il finit par tant irriter l'assemblée législative et ses adhérents, qu'enfin ils le renversèrent.

Lucifer, Amen !

A -}- B. Comment cet infortuné monarque et les siens furent défaits et comment le parti national (exaspéré par la disette, la guerre étrangère et la guerre civile) fit payer aux cidevant privilégiés ces trois fléaux (qu'ils n'avaient pu, voulu ou su lui épargner) sont choses que je n'ai pointa raconter ici.

Je me bornerai donc à dire que les conventionnels, en déchirant l'impraticable constitution de 91 et proclamant la république s'interdirent, par cela même, toute réminiscence Voltairienne, dans le nouveau pacte social qu'ils durent se mettre à rédiger immédiatement.

Lucifer. Et d'une !

A -i- B.Ei d'une, comme tu dis.

Donc, pour les aider à réglementer de toutes manières leur immense armée de travailleurs, sans ouvrage ni pain, il ne resta plus, aux chefs industriels et libéraux d'alors (aux brasseurs et aux bouchers, aux avocats, aux médecins, aux artistes et financiers, savants prêtres et littérateurs que le 21 janvier 95 et ses conséquences poussèrent forcément au pouvoir) il ne resta plus, dis-je , que deux doctrines philosophiques :

Celle organisante, en apparence, et parfaitement déiste, du misanthrope Rousseau.

Et celle désorganisante, en apparence aussi.

mais parfaitement athée des philanthropes Diderot et autres.

Eh hien! de ces deux phik)Sopiiies non rivales encore; laquelle, au moment où il fallait songer plus que jamais à s'organiser républicainement, pouvait-on et devait-on prendre?

Lucifer. Celle évidemment qui se disait républicaine et passait pour seule organisante.

A -^ B. On la prit donc : et, parce qu'elle était aussi contradictoire que l'avaient toujours été les paroles et la conduite de son auteur; il advint, premièrement, qu'elle enfanta deux partis d'autant plus acharnés l'un contre l'autre, qu'ils s'accusaient réciproquement de fausser la parole du maître ; et, secondement, il advint encore que ces deux partis commencèrent immédiatement la seule vraie guerre civile, qui maintenant plus que jamais cause tous nos embarras : c'est-à-dire la lutte si aigre qui menace, à chaque instant, d'éclater entre les entrepreneurs et les ouvriers, enfin libres et même puissants politiquement... en théorie du moins! Exphquons-nous.

<r A l'état de nature, l'homme est parfait »» avait dit Rousseau.

Donc, en avaient conclu ses disciples de la première variante : retournons à l'état de nature, afin d'être parfaits ; et, dès lors, parfaite-

ment égaux, tout ce que nous déciderons, en vertu de cette parfaite égalité primordiale, sera parfait aussi.

Non, avaient rétorqué ses disciples de la deuxième variante « l'homme, à l'état de nature, est parfait. » Donc, soyons parfaits, afin de retourner ace parfait état de nature ; et dès lors, parfaitement égaux de par notre perfection même, tout ce que nous déciderons sera parfait aussi.

Lucifer. D'où, immédiatement deux partis aussi foncièrement égalitaires l'un que l'autre, savoir :

Celui du tout débraillé Marat, dont la tenue et les discours sauvages rappelaient si bien ton homme réellement primitif.

Et celui du tout guindé Robespierre, dont la tenue, constamment irréprochable, et les discours, constamment alam biques, indiquaient si bien aussi les suprêmes aspirations à la perfection suprême.

Continue.

A -\- B. Comme de juste; le peuple (habitué, dans ses luttes quotidiennes contre la matière, à couper nmsculairement court aux obstacles) et la Commune de Paris (qui, depuis trois ans déjà, s'était si souvent battue contre la royale soldatesque et si souvent avait coupé court aussi aux formalités administra-

tives)... comme de juste, dis-je, le peuple et la Commune prirent fait et cause pour Marat, le niveleur, l'égalitaire d'en bas...

Lucifer. ... Tandis que la bourgeoisie et l'assemblée, naturellement plus circonspectes, prirent fait et cause pour Robespierre, le niveleur, l'égalitaire d'en baut.

A -{- B. Eb bien ! de ces deux partis, véritables frères ennemis, lequel, au moment où la violence venait d'en finir avec l'ennemi du dedans et allait en finir aussi avec celui du debors, lequel, dis-je, devait, momentanément au moins, triompher?

Lucifer. Celui de la violence évidemment.

A -{- B. Momentanément, il le fit donc.

Mais, comme il est aussi impossible à une société civilisée de retourner à l'état sauvage qu'à un adulte de redevenir enfant ; peu de temps après son triomphe, malgré le martyr de son chef et malgré même so^i apothéose, le parti Maratiste succomba; en laissant la charge de tout réorganiser aux disciples de la deuxième variante de Rousseau et à ceux de Diderot.

Lucifer. Et d'une philosophie et demie!

Nous voilà juste à moitié chemin, pour ce qui est de réhabiliter nos grands grand' pères seulement.

À -]- B. Je l'ai dit et je ne saurais trop le redire ; le juge, très-intéressé, qui tient la ba-

lance entre l'avenir et le passé, entre le progrès (qu'il redoute, parce qu'il l'ignore) et l'ordre existant (dont il ne peut se contenter, mais enfin qu'il aime un peu, vu qu'il le connaît tant bien que mal)... le public n'accepte comme chef, en fait de novateur, que celui qu'il croit (à tort ou à raison) capaljle de le béquiller civilement, politiquement et religieusement jusqu'à meilleure étape sociale.

Par conséquent, les partisans des encyclopédistes, Danton en tête (malgré tout leur courage, toute leur éloquence, tous leurs talents administratifs et tous leurs services rendus) étaient vaincus à l'avance; par cela même qu'ils ne pouvaient opposer, aux utopiques affirmations de Robespierre, que leur inépuisable dévouement et leur simple bon sens.

Le jour donc où, franchement, ils vinrent dire : « I^ïalgré les Voltaire et les Montesquieu, » nous ne connaissons pas encore assez posi- » tivement les lois qui gouvernent l'homme et » les sociétés qu'il forme ; pour faire mieux » que louvoyer, au jour le jour, à travers » toutes les difficultés présentes; mais soyez » certains, qu'on vous prépare un régime » atroce, en vous promettant l'inaccessible » bonheur suprême, au moyen de l'inacces- = sible suprême vertu! » Ce jour-là, dis-je, fatalement, ils furent bafoués, et succombé-

rent sous les imputations (aussi calomnieuses qu'infàmespour leurs auteurs),... sous les imputations, dis-je, de modérés, de pourris et de traîtres, blasphémées par ceux-là même qui les avaient vus mettre leurs bras, leur audace et leur fortune privée au service de la république et de la patrie.

Lucifer. Ils succombèrent!... et, pour s'organiser enfin (car, depuis le 5 mai 89 jusqu'au 5 avril 94, on n'avait pu le faire encore), il ne resta plus que la dernière moitié des trois philosophies dont tu m'as parlé.

A -{- B. Alors, grâce à l'incorruptible adorateur de l'être suprême, on se mit à poursuivre, avec tant d'acharnement, tout ce qui n'était pas suprême vertu que le sang coula plus que jamais.

Lucifer. Il coula tant qu'enfin tout ce qu'il y avait de plus médiocre, de plus versatile et de plus vénal, dans la Convention, renversa, pour la plus grande satisfaction du public justement effrayé, les derniers partisans de la dernière variante de Rousseau.

Et de trois !

A -^ B. Gomment la Convention (faute d'hommes croyant à quelque chose de plus estimable que la rouerie) aboutit au Directoire;

le Directoire au Consulat ; le Consulat à l'Empire; et l'Empire à la plus effroyable débâcle matérielle et morale qui se puisse voir!... c'est ce que je n'ai point à raconter ici.

Je me contenterai donc de te dire, pour leur plus grande justification, que les bourgeois de notre première révolution, grâce à leur indépendance financière et à leur septicisme, luttèrent beaucoup plus tenacement contre la restauration de tout absolutisme, que n'avaient fait leurs ouvriers; et qu'ils ne consentirent, même dans l'armée, à mettre leur sang et leur force, c'est-à-dire leur argent et leurs capacités administratives au service du pur militarisme, que longtemps, bien longtemps même, après que le peuple y avait mis, lui aussi, et son sang et sa force, c'est-à-dire son enthousiasme et ses muscles.

Lucifer. Conclusion : la bourgeoisie ne vaut pas mi...

A -{- B. ...Moins que le peuple ; ni le peuple moins que la bourgeoisie.

Lucifer. Donc ils sont dignes de s'entendre.

Eh bien! qu'ils le fassent ! s'ils le peuvent?

A -\~ B. Pourquoi : s'ils le peuvent?

Lucifer. Parce qu'il n'y a nulle conciliation ou, pour employer un mot agréable à tes monomanies hiérarchiques, nulle discipline pos-

sible entre ces deux êtres collectifs, dont l'un n'ose pas plus commander que l'autre ne veut obéir,

A -{• B. C'est une erreur, une très-grave erreur, et la meilleure preuve que je te puisse donner qu'ils le peuvent...

Lucifer. ...Mais ne veulent...

A -\- B. ...Et veulent faire; la voilà!

Ce disant, notre philosophe, visiblement impatienté, frappa si vigoureusement sur la table, que j'en fus éveillé net.

En me levant, pour voir s'il ne l'avait pas cassée, je trouvai la pancarte que voici :

PEOSPECTUS.

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