‹ Le XIXme siècle et sa deviseChapitre 20 sur 32 · TROISIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SÉANCE

Dissertation fort courte sur la variante mentale de notre espèce. — Puis dissertation fort longue sur la constante et inévitable triplicité auatomo-physiologique de l'humanité, de l'homme et de tous les êtres humains (petits ou grands) qui

leur sont intermédiaires Ou, si mieux vous aimez, du

trinitarisme statico-dynamique, autrement dit, topographochronologique, auquel obéissent l'homme et toutes les sociétés

qu'il organise, volontairement ou non Ou bien encore,

de la double traduction biologique de la loi des trois états qui gouverne, d'un bout de leur vie à l'autre, tous les êtres humains qui fournissent leur pleine carrière.

Mes Seigneurs,

Notre espèce en subissant le monde, a produit une variante mentale , beaucoup plus nombreuse qu'on ne le croit généralement ; et, dans cette variante mentale, deux variétés : l'une, polynésienne, intellectuello-sentimentale ou religieuse, beaucoup plus nombreuse aussi, infiniment plus nombreuse que généralement on ne le pense : l'autre, européenne, praticointellectuelle^ou scientifique, beaucoup moins

nombreuse au contraire, iniinimentmoms nombreuse que, généralement encore, on ne le croit.

(Etonnement général.)

Je dis, en premier lieu, a propos de notre

variante mentale dont le prototype sert,

servit et servira toujours de modèle (par sa manière de vivre, d'agir et de penser) à tous les bommes qui mirent, mettent ou mettront (en leurs faits, gestes et dires, surtout!) plus d'esprit que de caractè.îe et de cœur, plus d'intelligence que de sens pratique et de sentiment qu'elle est beaucoup plus nombreuse

qu'on ne le croit généralement; parce que son mode vitalo-mental est non-seulement celui qu'imitèrent, imitent et imiteront toujours, de plus ou moins près, tous les individus que d'babitude on a rangé, on range ou l'on rangera dans ce qu'on nomme la race J^lancbe ; mais parce qu'en outre ce susdit mode vital est encore celui (pie, de plus ou moins près pareillement, imitèrent, imitent et imiteront, premièrement, tous les bommes (quels que soient leur pays et leur race) qui atteignirent, atteignent ou atteindront l'âge mûr; et, secondement, tous ceux aussi (toujours quels que soient et leur pays et leur race) qui aspirèrent, aspi-

reiitou aspireront à (gouverner spirituelienient, rien que spirituellement, leurs semblables.

Je dis, en second lieu (a propos de notre variété polynésienne, intellectuello-mentale ou religieuse) qu'elle est beaucoup phis nombreuse aussi, infiniment plus nombreuse qu'on ne le croit généralement; parce que le mode

vitalo-mental de son prototype mode

vitalo-mental ! dont les plus dignes touitonga nous fourniraient très certainement le

meilleur spécimen est non-seulement celui

que, de plus ou moins près, imitèrent et imitent encore les tbéocrates de tous les pays possibles, mais parce qu'il est, en outre, celui qu'imiteront toujours aussi tous les déistes, tant que déistes il y aura.

Tous les déistes, tant que déistes il y aura! C'est-à-dire tant qu'il existera des moralistes croyant naïvement qu'il vaut mieux, pour gouverner l'homme bien spirituellement, employer les fictions de l'intelligence (qui le posent en créature d'un être suprême, chérissant et récompensant le bien autant qu'il exècre et punit le mal) que les réalités de la science qui, de plus en plus, le poussent (en lui facilitant la chose de plus en plus aussi) à pratiquement remplir son double office de^créateur du bien

MO

futur et de destriicleur du mal primitif ; en attendant que, de ce susdit office double, il comprenne, intellectuellement, et sente, cordialement, toute la beauté ainsi que toute la bonté.)

{L élonnement ne fait qiCaufjmcnier.)

Enfin, je dis (en troisième lieu, à propos de notre variante européenne) qu'elle est au contraire plus rare, infiniment plus rare qu'on ne le pense [généralement ; parce que l'immense majorité des hommes qui ont aspiré, môme en Europe, à moralement gouverner leur semblables se sont, ainsi que je viens de le dire, infiniment plus inspirés, dans les synthèses et genèses qu'ils ont laites ad hoc, des conceptions des grands théologiens de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique et même de l'Océanie que de celles des vrais savants de l'Egypte, de l'Inde, de la Grèce, de l'Italie et autres pays.

Après les faits, leur expUcation!

En conséquence, comment (aux pays polynésiens sous-tropicaux, principalement) pays si riches et si doux pour l'homme, et aux pays européens, si peu hospitaliers encore, se sont....

{En cet endroit de son discours, notre vénéralie ami lepicopo de Korororéka s'interrompit;

lut à voiûc basse nn billet, dont je ne peux que soupçonner le contenu; se recueillit pendant quelques minutes; et reprit enfin la parole dans les termes que voici.)

Votre éminente assemblée désfre que je ne fasse aucune espèce d'allusion aux observations qui m'ont été faites ; et me prie de poursuivre l'exposition de mes idées, dans l'ordre que j'avais primitivement adopté.

Qu'il en soit fait suivant sa volonté!

Mes Seigneurs, je vous ai indiqué précédemment comment s'étaient produites les trois grandes variantes humaintes ; au moyen desquelles notre espèce a, jusqu'à ce jour, assuré son existence, en même temps que son empire, sur la quasi totalité de ce que notre globe offre de surface habitable.

Et je vous ai pareillement indiquée quelles étaient, au moral aussi bien qu'au physique, leurs façons respectives de vivre, d'agir et de penser.

Eh bien, pourquoi vous en ai-je parlé si longuement? Et, pourquoi, en vous en parlant ai-je fini par les appeler, la première, prototype végétativo-sentimentale, la seconde, prototype-musculo-volontaire , et, la troisième,

prototype mentalo-intellectiiel de notre espèce ?

Je les ai nommés de la sorte et je vous en ai fort longuement parlé ; parce qu'il n'y a pas, à mon sens, d'être humain simple ou collectif... individu, famille, tribu, peuple ou race, classe ou caste, clergé ou gouvernement..... qui, au point de vue statisque, c'est-à-dire, en tant qu'être existant etjouantunrôle dans l'espace, ne rappelle plus particulièrement (et cela durant toute son existence) la structure anatomique du premier, du second ou bien du troisième de ces susdits prototypes bien qu'au

point de vue dynamique, c'est-à-dire, en tant qu'être changeant avec le temps, il imite successivement pendant le premier, puis le second, puis enfin le troisième quart de cette même existence (la sénilité ne comptant pas) la façon toute particuHère que chacun de ces trois prototypes a de hiérarchiser et mettre en jeu ses différents organes ; quand il compose ses chairs, ses mouvements et ses idées, autrement dit, quand il l'ait acte d'existence matérielle, d'existence temporelle, et d'existence spirituelle.

Evidemment, je viens de beaucoup obscurcir ma pensée, en cherchant à la trop condenser. Donc, souffre/., mes Seigneurs, que je

tâche de la renclr-e plas claire, en la dévoloppaiît quelque peu.

Il n'y a pas d'être humain, simple ou collectif qui ne soit (statiquement, anatomiquement, lopographiquemeiit ou géographiquement parlant) triplement, ou mieux, trinitairemenl organisé, ainsi que l'est notre espèce tout entière; et pas d'être humain non plus (toujours simple ou collectif) qui (dynamiquement, physiologiquement, clironologiquement ou historiquement parlant) ne fonctionne, ainsi qu'elle, triplement aussi, ou mieux trinitairement; pourvu... cela va de soi... pourrai qu'aucun accident ne meite prématurément fin à son existence.

Tehes sont (n'est-il pas vrai?) les deux propositions que je viens de vous formuler tant hien que mal, et dont il faut que, préalablement, je vous prouve la justesse ; pou-- que vous consentiez à les prendre pour base des règlements au moyen desquels vous comptez assurer, non-seulement l'ordre, mais encore le progrès, en tout et partout. Non-seulement l'ordre, dis-je, mais encore le progrès, puisque celui-ci n'est, ne fut et ne sera jamais que le développement de celui-là.

Eh bien, procédons à cette double démonstration.

Première proposition. Point de vue statique. Tout être humain, simple ou collectif, est triple ou mieux trinitaire, quant à la structure.

Evidemment, pour le plus petit et le plus {3frand de tous ceux qu'il nous est permis de connaître : à savoir notre propre individu et l'humanité tout entière; ma démonstration est faite; du moment qu'on admet aussi bien la triple division de notre corps en machine à végéter, machine à bouger et machine à penser... que la division, triple aussi, de notre espèce en race noire, comprenant la quasitotalité des nègres et des Papous ; en race colorée, comprenant pareillement la quasi-totahté des peaux rouges, des peaux jaunes et des peaux verdàtres ; et enfin en race blanche, comprenant aussi la quasi-totalité des Européens et des Polynésiens.

Or, il n'est personne qui n'accepte cette manière de voir.

Donc... je peux, pour le plus petit et le plus grand être humain que je sache... passer au point de vue dynamique.

En conséquence , deuxième proposition.

Point de vue dynamique. Tout être humain (simple ou collectif, qui fournit sa pleine carrière) évolue toujours trinitairement.

Bien que certaines légendes nous autorisent à penser qu'à la Nouvelle-Zélande, à la Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, aux îles Fidji et autres archipels du grand océan Pacifique, les Polynésiens se sont conduits aussi mal que possible avec les Papous ; nous ne devons ni ne voulons (pour ce qui regarde la minorité de notre espèce, autrement dit, les habitants du Nouveau-Monde) rien affirmer, faute de preuves encore bien positives.

Mais, pour ce qui concerne les hommes de notre côté du globe, hommes qui, probablement, formèrent jadis et, très-certainement, forment aujourd'hui l'immense majorité de notre espèce... pour ce qui touche à nos prédécesseurs sociaux d'Afrique et d'Asie, ainsi qu'à nos ancêtres charnels d'Europe, nous devons et voulons faire autrement ; car les monuments historiques de toutes sortes accumulés déjà et qui vont, chaque jour, s'accumulant davantage nous donnent de plus en plus raison.

Donc nous affirmons , sans crainte d'être contredits, premièrement, que dans notre ancien monde (en Afrique et, peut-être plus anciennement encore en Asie, dans les pays les moins hostiles à l'homme, autrement dit, au fond des vallées des grands lleuves) la civili-

satioii a commencé ])ar la race noire, si éminemment végélativo-sentimentdle ; et que les hommes de cette couleur formaient (il y a non pas quelques milliers d'années , mais bien quelques myriades ou plus) des nations aussi éminemment ag:ricoles qu'érainenmient théocratiques ; c'est-à-dire, aussi éminennnent aptes à résoudre leurs difticultés sociales, par des productions de nature purement matérielle que par des institutions d'ordre éminemment spirituel... les révolutions politiques et religieuses reconnaissant toujours pour causes, sinon efficientes, du moins occasionnelles, la misère et le manque de foi des classes diri^jées. Misère et manque de foi qui ne sont jamais que les fruits, aussi déplorables qu'inévitables, de l'imprévoyance , de l'impéritie ou de la méchanceté des classes dirigeantes.

Nous affublions, dis-je, sans crainte d'être contredit, premièrement, que, dans notre ancien monde, notre espèce débuta de la sorte ; et, secondement, nous affirmons aussi (toujours grâce à ces monuments historiques de tous genres, de plus en plus nombreux et de plus en plus probants, chaque jour) que (de ce même côté de la terre, encore en iV Crique et, peut-être plus anciennement en Asie) dans ces mêmes vallées plus amies

do riioiiime (la civilisation vé^étaLivo-sciitiiiieutale ou, si mon expression vous paraît trop forcée) agricolo -théocratique , a fini (en des temps plus voisins des nôtres, bien que remontant aussi à des milliers d'années, voire même à des myriades) a fini, dis-je, par être dominée par le mode gouvernemental qu'organisèrent des hommes plus enclins à faire usage de leur force musculaire et de leur vouloir obstiné que de leur puissance viscérale et de leurs naïfs penchants efTectifs.

Vous devinez tous, mes Seigneurs, qu'en parlant ainsi j'ai en vue les races jaunes, si éminenmient actives et persévérantes. Races jaunes qui (réclamant, pour vivre, des conditions cosmiques, florales et fauniques moins méchantes que celles dont se contentent les nègres) durent forcément attendre que la terre fût notablement désauvagée, pour conquérir à leur tour le premier rang dans noire vieux monde, en prenant leur double essor despotico-pohtique et pratico-industriel.

Combien de temps cette suprématie demeurat-elle l'apanage de cette deuxième grande variante de noire espèce ?

Est-ce le siège de Troie, ou bien les batailles

de Salamine et de Marathon, ou bien les expéditions d'Alexandre, ou bien les conquêtes romaines, ou bien encore l'activité de Charles- Martel, de Charlemagne, de Phihppe-Auguste et de saint Louis, ou bien enfin celle de Don Juan d'Autriche qui mit un terme à la prépondérance des jaunes?

Posée de la sorte, la solution de cette question est à la rigueur variable. Mais ce qui est fixe et bien certain, c'est que l'avènement socialo-mental de notre race blanche du vieux monde ne remonte qu'au temps où les Hellènes et les Itales (enfin suffisamment instruits par les émigrations africaines et asiatiques) se mirent (par les Grecs, d'abord, et les Romains, ensuite) à protester, au nom de Fintelligence humaine, contre ce qu'il y avait de trop naïvement aveugle, dans le sentimentahsme religieux du noir, et de trop musculairement brutal, dans le despotisme poHtique du jaune.

Conclusion, le plus grand être humain dont il nous est donné de concevoir et d'embrasser l'existence, obéit aussi dynamiquement que statiquement (aussi physiologiquement qu'anatomiquement) à la loi du trinitarisme que nous avons formulée.

Eh bien, voyons, maintenant, si le plus petit.

c'est-à-dire, chacun de nous lui-même en fai autant ?

Mes Seigneurs même en faisant abstraction, premièrement, de nos manières (si différentes) d'être, d'agir et de penser, durant la nuit, le matin, pendant la jo'jrnée et sur le soir ; secondement, de nos manières (ti diiTé« rentes encore) d'être, d'agir et de penser, aux divers jours de la semaine; et troisièm^enieni: aussi, de nos manières (pareillement si différentes; d'être, d^agiret de penser, durant chaque saison de Tannée : manières qui ne m.anquent pas de rappeler successivement comment vivent nos trois prototypes 3Iême en l^isant

abstraction, dis-je, de ces manières si différentes d'être et de fonciionner; il faut (pour dire la vérité, quant à ce qui regarde l'existence pleine et entière de chacun de noub) affirmer que ce n'est pas une fois, seulement. ni même deux, mais bien crois fois, pour ne pas dire neuf, que nous iœKuns la triple, ou mieux, la trinitaire évolulioii de notre espèce, à partir du premier jour de nuire vie jusqu'à notre dernière heure.

En ellêt, si nous enviiaci'eons notre ieunessc (phase ou il nous est perm.is de ne penser qu'à nous-mêmes), puis notre viiililé (période cù

notre devoir est de matériellement travailler pour les autres) et puis enfin notre âge mûr (temps où notre dignité veut que, par notre acquis, nous assistions mentalement nos semblables)...,. Si, dis-je, nous prenons ces trois premières de nos quatre saisons vitales, pour les décomposer par la pensée (comme l'âge le fait effectivement) en trois laps de temps sensiblement égaux ; nous voyons immédiatement, tant l'observation en est facile, que chacun de nous est, plus particulièrement, en éducation sentimentalo-végétative personnelle, pendant le premier tiers de sa jeunesse, c'est-à-dire, depuis sa naissance jusqu'à sa deuxième dentition ; puis (bien que cepueritis modus Vivendi continue à prédominer) plus particulièrement encore en éducation musculo-volontaire, également personnelle, pendant le second laps de temps de cette même saison, c'est-à-dire, depuis sa deuxième dentition jusqu'à sa puberté; puis enfin (toujours bien que \q puer i lis modus Vivendi continue de prédominer) en éducation intellectuello-mentale toujours personnelle, pendant le troisième laps de temps de cette même première saison vitale, c'est-à-dire, depuis sa puberté jusqu'à l'époque ou (physiquement et moralement) on nous regarde cummc susceptibles de nous conduire nousmêmes.

Nous voyons immédiatement, dis-je, tant l'observation en est facile, se faire successivement ainsi, dans un but bien exclusivement personnel, l'éducation de nos viscères, de nos muscles et de nos sens, parallèlement à Téduducation de notre cœur, de notre caractère et de notre intelligence, pendant ces trois phases de notre jeunesse.

Eh bien, durant notre virilité, que voyonsnous?

Pendant notre viriHté, nous voyons l'individu s'essayer, durant le premier tiers de son été vital, au double rôle de producteur charnel ou domestique et de producteur professionnel ou pratique; puis, pendant le second tiers de cette même saison adulte, l'individu faire acte de praticien à volonté bien précise, c'est-à-dire, menant temporellement de front (et cela sans aucune tergiversation) et sa famille et ses affaires ; puis enlin, ce même individu, pendant le dernier tiers de ce susdit été vital, atteindre une telle entente intellectuello-mentale de ses fonctions domestiques et professionnelles, que c'est plutôt par ses conseils que par son énergie qu'il achève de gouverner les siens et tous ceux qui l'aident à vivre.

Nous voyons, dis-je, cette trinitaire évoiu-

tion (ou éducation domestico-professionnelle) s'accomplir, pendant cet été vital ; comme

nous voyons pendant la saison qui lui fait

suite, c'est-à-dire, notre automne l'enthousiasme de la jeunesse et l'énergie de la virilité céder le pas à la tolérance et à la valeur mentale de l'âge nmr; à mesure que nous acquiérons, comme maître-ès-arts, une habileté, comme administrateur, une fortune, ouj comme savant, une autorité telle ! que nonseulement il nous est permis de ne plus songer exclusivement à nous-mêmes et aux nôtres, mais qu'en outre il nous est enjoint (par l'opinion publique) de songer à nos semblables ; en fonctionnant socialo-mentalement pour ceux qui ont été moins heureux que nous et, partant, sont restés moins libres.

Nous ne devrons donc nullement nous étonner si le premier laps de temps de notre automne vital nous surprend en incubation de rôle civique, c'est-à-dire, méditant, en toute connaissance de cause, sur les améliorations matérielles ou morales qu'auront pu nous faire imaginer (tout ensemble) les aspirations de notre jeunesse et les pratiques de notre virilité ; pas plus que nous ne devrons nous étonner si le second laps de temps de cette mémo saison vitale nous trouve en train da chercher à conquérir la position sociale, qui nous per-

mettrait de faire prévaloir les conclusions de nos réflexions ; et le troisième, en plein règne d'homme guidant officiellement ses semblables par les seules ressources de son acquis intellectuel.

Guidant officiellement ses semblables, par les seules ressources de son acquis intellectuel! Vers le beau, parce que notre nature pri* mesautière était éminemment esthétique ; vers l'utile, parce qu'avant tout nous étions praticiens; vers le vrai, parce que c'est la science qui surtout nous préoccupa ; ou bien, enfin vers le bon, parce que (sans être transcendant en aucun genre) nous nous sommes tout simplement armés de bon sens, durant le cours d'une existence privée, domestique, professionnelle et civile toujours honorable.

Mes Seigneurs, en ayant enfin terminé avec le trinilarisme statique et le trinitarisme dynamique de l'humanité tout entière et de l'individu ; je passe au double examen de la structure anatomique et de l'évolution physiologique de tous les êtres humains compris entre ces deux termes extrêmes.

Donc, première proposition, point de vue statique: y a-t-il (dans n'importe quelle famille, commune, pays, nation ou race, ainsi que dans n'importe quelle administration, gouvernement

OU église ; comme dans n'importe quelle caste ou classe) un organe, à fonctions végétativoplastiques, possédant ou constituant par luimême un pouvoir numérique ou matériel, avec lequel d faut compter; plus un organe à fonctions activo- dynamiques, possédant ou constituant pareillement par lui-même un pouvoir exécutif ou temporel, devant compter avec les autres ; plus encore et enfin, un organe à fonction mentalo-intellectuelle, possédant ou constituant (lui aussi) un pouvoir consultatif ou spirituel avec lequel il faut compter semblablement.

Et, (seconde proposition, point de vue dynamique), n'importe lequel de ces êtres humains collectifs passe-t-il successivement, comme le fait chacun de nous à mesure que sa vie s'écoule, premièrement, par une phase de formation et de croissance, durant laquelle (organe et pouvoir éminemment végétativo-sentimental) il ne compte et ne prospère, matériellement et moralement que par les soins qu'obtient de nous l'intérêt ou l'amour qu'il nous inspire ; secondement, par une phase d'état et de pratique, durant laquelle encore son besoin d'exercer et ses forces acquises et son propre vouloir fait de lui, en même temps qu'un organe éminemment actif, un pouvoir éminemment temporel ; et, troisièmement enfin, par

une phase de retour durant laquelle (préférant l'approbation des autres à leur obéissance) il ne peut ou ne veut plus fonctionner que comme organe éminemment intellectuello-mental; que comme pouvoir exclusivement spirituel ?

Eh bien oui, dans chaque être humain collectif petit ou grand, ébauché à peine ou

très-civihsé déjà, errant ou mieux vagabondant encore et le plus ordinairement sexuellement incomplet, ou sédentaire (depuis des siècles) et (depuis des siècles) pratiquant la

plus stable monogamie nous trouvons

(comme en chacun de nous et en chacun de nos deux mondes huraano-terrestres), nous trouvons, dis-je, ce trinitarisme topographoorganique et ce trinitarisme chronologicofonctionnel.

En effet, chez nous autres, habitants du vieux continent (dans la famille, au foyer domestique) la femme apte à devenir mère (être que domine foncièrement sa mission prolifique) et les enfants (que non moins foncièrement domine leur besoin d'accroissement tout personnel) ne forment-ils pas (vu l'intérêt et les sentiments qu'ils nous inspirent) un incontestable pouvoir numérique ou matériel en même emps qu'un appareil éminemment végétatif,

de par les éléments essentiellement organisés que rospecùvement ils confectionnent.

Ne forment-ils pas, dis -je, un pouvoir en inème temps qu'un appareil on ne peut plus véi^étatlvo-scntimental ; pendant que (dans cette même famille et à ce même foyer domestique) le mai'i avec la même femme (adultes dominés par le commun désir de pourvoir à l'existence et au (jouvernement de tout le monde) constituent, à eux deux, un véritable or/;ane de production et d'activité, en même temps qu'un pouvoir exécutif ou temporels aussi indispensable qu'incontestable ?

Ne forment-ils pas, dis-je, à eux deux, un véritable organe de production et d'activité en même temps qu'un pouvoir exécutif ou temporel, aussi indispensable qu'incontestable; pendant que (toujours en cette même famille, toujours à ce môme foyer domestique et toujours avec la môme femme) les .orands parents avec leur fille (tous êtres musculairement inférieurs, dominés respectivement, eux, par le sentiment de leur acquis intellectuel et, elle, par son triple ainonr conjugal, maternel et filial) t'ornient un appareil menlalo-pondérateur en même temps qu'un véritable pouvoir consultatif ou spirituel.

En eîTet, dis-jo et redis-je, les trois généra-

lions d'êtres (qui peuvent co-exisler et doivent se remplacer de toutes façons au même foyer domestique) ne forment-elles pas, au sein de nos familles les plus anciennement civilisées, un véritable trinitarisme (j'ai failli dire une respectable irinité) d'organes et de pouvoirs, l'un véoétativo-sentimental, l'autre, praticovolontaire et, le troisième, . intellectuellom en tal ? a bsolum en t ! .... .

Absolument, comme dans la commune,

dans le canton, dans l'arrondissement, le département, la province et, finalement, l'État lui-même (j'emploie ces mots, chez nous, comme je ferrJs ailleurs ceux de baronnie, vicomte, comté, marquisat et autres expressions

administrativo- politiques) absolument,

dis-je, comme (en toute unité ou partie aliquote d'unité nationale) les classes dirigées, les classes dirigeantes et les classes conseillantes (de quelque principe consécrateur qu'elles tiennent et leur nom et leur charge) forment respectivement (les premières ou classes dirigées) un appareil i)udgétaire (nutri tivo-producteur) en même temps qu'un pouvoir public (nuniérico-matériel)avec lequel il faut toujours en arriver à compter, officiellement ou non ; les secondes ou classes dirigeantes, un appareil ac(ivo- temporel en même temps qu'un pouvoir exécutivo-directeur, sans

les ordres duquel rien ne saurait converger vers un but commun et qui (pour cela môme) bon gré malgré doit compter avec tous les autres ; et finalement, les dernières ou classes conseillantes, un organe mentaîo-intellectuel en même temps. qu'un pouvoir consuitativospirituel, dont les décisions n'ont jamais fait que nuire à ceux qui les écoutaient mal ou (ce qui est pis encore) violentaient leur sincérité.

Mes Seigneurs, vous citer (en vous parlant continents et races au lieu de vous parler états etpopulations) vous citer,dis-je, des pays jouant respectivement, les uns vis-à-vis des autres, les rôles d'organe nutritif et de pouvoir sentimentalo-végétatif, ou d'organe pratico-actif et de pouvoir politique, ou bien enfm d'organe intellectuel el de pouvoir consultatif me serait chose aussi facile, pour ce qui regarde l'Afrique ou l'Asie, que pour ce qui regarde l'Europe.

Car, pour ce qui est de celle-ci, je ne saurais vous nommer, en premier lieu, les trois grandes péninsules portu go- espagnole, italienne et greco-turque, si anciennement et si vigoureusement romanisées ; en second lieu, les royaumes angio-scandinaves et germanosaxons, demeurés si longtemps barbare^ ; enfin, en troisième lieu, la France, restée si. gauloise

et si frondeuse, malgré la pourpre et la tiare ; sans qu'immédiatement vous ne disiez, à l'imitation de saint Paul : Oui, ces trois sortes

de contrées sont bien effectivement, entre elles, dans les mêmes rapports que nos membres, nos viscères et notre tête ! Oui, les riverains septentrionaux de la Méditerranée (bien qu'ils ne se laissent pas exclusivement' absorber par des conceptions et des occupations d'ordre éminemment végétatif) cultivent, de préférence, les questions et les produits internationaux d'ordre éminemment agricoio-esthétique ou sentimental ; pendant que sur les bords de la Baltique et de la mer du Nord, on soigne plus volontiers les questions et les produits internationaux d'ordre éminemment praticomercantile: et pendant aussi, que (sur les rives du Rhin, de la Seine, de la Loire et du Rhône) on s'adonne plus complaisamment aux questions et produits internationaux d'ordre éminemment intellectuello -mental.

Tant il y a qu'en France on est plus soucieux des jouissances de la vanité que de celles de l'orgueil, et plus sensible aux richesses de la science ou de l'art qu'à celles du sol ou des transactions commerciales.

Je ne saurais, dis-je, vous nommer le midi, le nord et l'ouest avec le centre occidental de

l'Europe, sans vous faire partager ma manière de voir! Absolument comme je ne saurais vous citer (en Asie où prédominent les jaunes) rinde,au midi, laChine et le Japon, à l'extrême orient, enfinle Thibet (patrie du grand Lama), au centre; ou bien en Afrique (où numériquement priment les noirs) au milieu, la Nigritie, dont nous ne connaissons que des produits agricoles, à l'est et à l'ouest, tout le littoral, que forcément traversent toutes les denrées d'origine sous-tropicale de cette vaste presqu'île, et finalement encore, au nord tous les pays limitrophes de la Méditerranée, d'où

rayonne continuellement l'islamisme; je

ne saurais, dis-je, vous faire toutes ces citations, sans qu'immédiatement vous ne saisissiez, sinon les identités, du moins les analogies fonctionnelles internationales auxquelles je songe.

Mes Seigneurs, pour vérifier la loi du trinitarisme qui domine doublement toute collectivité humaine ; nous venons de, successivement décomposer l'Europe, ou tiers pensant de notre vieux monde, puis l'Asie, ou tiers trafiquant toujours de notre vieux monde, puis enfin l'Afrique, ou tiers cultivant, en États ou groupes d'États plus particulièrement nourriciers, actifs, ou soéculatifs; et cela en nous

ïettant à un point de vue à peu près mixte, gt-a-dire, à moitié politique et à moitié

SU bien, pour achever cet important travail, fl'éxamen des subdivisions nationales de trois continents ; plaçons-nous aussi haut jé possible, c'est-à-dire au point de vue réliîèuxi ; et, tout aussi vite et tout aussi facile- Kjgntpque tout à l'heure, nous verrons s'accusa éiitîore cette grande loi du trmitarisme ijimâno -social.

^oiis verrons, dis-je, s'accuser cette grande ji! Car partout où nous rencontrerons un ruiinieflt de culte ou tout au moins un rudiment ié dogme, moins que cela, partout où comleniceraà poindre non pas le prêtre, mais le ^déviïi ou le sorcier; nous trouverons des fi-

lèles, un clergé et des penseurs Des fi-

^dèles! fonctionnant numérico-donativement,

;Vu leur nature plus particuhèrement senti-

I mentale. Un clergé! fonctionnant activo-

teiïiporellement; vu son caractère ardent par-

foisV..... jusqu'à l'indiscrétion. Et finalement

des penseurs (enthousiastes, érudits, savants

f; ou philosophes plus ou moins sensés) fonc-

l^tionnant spirituellement, vu leur supériorité

intellectuelle et morale.

Préférons-nous, au contraire, à ce point de

vue éminemment élevé, une matiièré;] terre à terre, quasi-triviale même, d'envi les choses : celle qui consiste, par éxeii^ à priser chacun d'après ses occupations ex| sivemerit quotidiennes ; plus vite et pl^s ment que précédemment encore, nous vè| n'impprte quel peuple se décomposer coi irsuit : premièrement, dans les cariipagil les individus qui (d'instinct presque et qu/ exclusivement) s'efforcent d'obtenir des duits agricolo-matériels ; secondement, les villes, les individus qui (par tempérai et quasi exclusivement - encore) vont et vi| nent, pour entretenir des relations industriei et commerciales; troisièmement enfin, dç la capitale, les individus qui (par aptitui intellectuelle et quasi exclusivement aull s'efforcent d'inventer de nouveaux j matériels, de nouveaux rouages sociaux ou i nouvelles lois scientifiques.

Nous voyons^ dis-je, toutes ces choses dàï les différents pays; absolument comme noi voyons, non moins vite et non moins bieiÈ dans n'importe quel centre de production^ de ouvriers gouvernant la matière, plutôt aVë le sentiment (pour ne pas dire le plaisir) ;qu'ilsl ont* à la manier qu'avec la connaissance réel^ de ses qualités ; plus des administrateurs dirîl

géant leurs employés et leurs capitaux, plutôt aussi avec l'habitude qu'ils en ont qu'ave la connaissance bien positive de leur valeur réelle ; plus enfin des penseurs possédant plutôt encore la science théorique des hommes et des choses, que l'habileté manuelle qui permet de transformer celles-ci et la ténacité qu'il faut pour faire obéir ceux-là.

En résumé donc, si petit ou si grand que soit l'être humain collectif que nous envisageons, de ce côté-ci de notre globe, et si haut ou bien si bas que soit le point de vue d'où nous le contemplons ; nous voyons qu'il est toujours triplement ou mieux trinitairement organisé.

Eh bien, de l'autre côté, dans le nouveau monde, comment est-il ?

De l'autre côté, dans le nouveau monde, aux régions les plus ingrates pour l'homme, si imparfait que soit encore un être humanocollectif; tenez pour certain qu'il obéit, lui aussi, à ce trinitarisme fondamental.

Laissez-moi vous en fournir une preuve!

Une seule preuve empruntée à un groupe social assis sur l'antépénultième degré de l'échelle des civilisations.

Voici, dans le sud australien, une horde ou mieux une meute papoue renfermant quelques hommes, des femmes, en nombre un peu plus grand, et plusieurs enfants. Cette horde ou mieux (j'insiste sur le mot) cette meute s'en va chercher pitance et, ce faisant, ondule sa marche, ainsi que le ferait un lon[; serpent funèbre, pour contourner les nombreux accidents d'un sol absolument dépourvu de chemin. Je dis, ainsi que le ferait un long serpent funèbre; parce qu'on est encore si insociable en ce cortège de pauvres hères, mourants presque de faim, qu'on y marche tristement l'un derrière l'autre, toujours sur une seule ligne, et sans soufiler mot.

Eh bien.' dans ce navrant et navré convoi, où pas une femme n'a son mari ; quels sont (sinon d'une façon bien ostensible et bien permanente, du moins au cas échéant) l'organe et le pouvoir activo-temporel ou musculo-volontaire ; plus l'organe et le pouvoir matériélo-sentimental ou végétativo-numérique; plus encore l'organe et le pouvoir intellectuello-consultatif ou spirituel que je vous ai dit exister inévitablement en toute collectivité humaine ?

En cet être humain collectif d'antépénul-tième ordre social, l'organe et le pouvoir

activo-temporel ou musculo-protecteur (au cas échéant, rien qu'au cas échéant!) est contitué par les hommes qui ouvrent la marche en ne portant que leurs armes, pesantes à peine.

C'est en se dispensant de tout autre fardeau qu'ils ménagent leurs forces, pour les trèsrares occasions où ils jouent le rôle de véritables défenseurs sociaux ; en combattant les fauves ou surmontant des obstacles dont les femmes ne sauraient triompher. Les très-rares

occasions où ils jouent, et cœtera, et eœtera

signifiant que ces défenseurs, généralement aussi involontaires qu'accidentels, ne sont, le plus ordinairement, que de véritables parasites aussi gloutons que brutaux pour les malheureuses qui les suivent.

Je passe à l'organe et au pouvoir végétativonumérique de cette même horde ou meute pérégrinante.

Evidemment il est constitué par les femmes, qui occupent le milieu de ce lugubre cortège, les enfants, qui s'en éloignent plus ou moins pour fureter, et, quand par hasard il y en a, les vieillards qui se traînent derrière tout le monde.

Je dis les femmes, d'abord, parce qu'en portant (à elles seules) tous les bagages et en

maraudant, pour tous, elles ménagent et entretiennent les chairs des autres au détriment des leurs. Puis j'ajoute, en premier lieu, tous les enfants et, en second, les vieillards; parce que (au cas échéant, c'est-à-dire en temps d'absolue disette, sinon d'insuffisance prolongée; on mange ceux-là, d'abord, et ceux-ci, ensuite.

Enfin l'organe et le pouvoir numérico-moral, sinon intellectueilo-spirituel de cette susdite meute papoue est, non moins évidemment constitué (toujours au cas échéant) par ces mêmes enfants, plus ces mêmes vieillards, plus enfin ces mêmes femmes qui (les unes, par amour maternel, et les autres, par égoïste pressentiment), ne se rendent jamais complice d'un meurtre à destination cannibale et, jamais non plus, n'assistent comme convives au repas qui le suit, avant que les douleurs de l'inanition n'aient éteint en leur àme toute velléifé de conimisération.

Conclusion. Dans le nouveau monde aussi bien que dans l'ancien, dès que s'ébauche la première société humaine, s'ébauche aussi le trinitarisme humain.

Mes bieigneurs, après le point de vue sta-

tique, vient, tout naturellement, le point de vue dynamique. Après la Techerche des lois de l'équilibre, vient, tout naturellement, la recherche des lois du mouvement. Après la vérification du trinitarisme qui (anatomiquement) domine l'existence de tout être collectif humain (plus grand que l'individu et plus petit que l'humanité tout entière) vient, tout naturellement, la vérification du trinitarisme qui, physiologiquement aussi, domine ce même être collectif humain.

Donc, entamons ce dernier point de notre si longue et si fastidieuse étude préliminaire.

{Signes d'impatience, légers, il est vrai; mais cependant incontestables.)

Mes Seigneurs, je sais fort bien que la démonstration (éminemment chronologique, si je puis ainsi parler) qu'il me reste à vous faire ne pourrait que gagner à passer par une autre bouche que la mienne; car je ne suis, malgré mes nombreuses pérégrinations et mon âge fort avancé, ni un grand géographe, ni un grand naturaliste, ni un grand historien. Mais ce que je sais encore mieux, c'est que, n'ayant jamais vécu que par l'exclusive protection de la tiare, j'ai pour dette et, partant, pour devoir sacré de hii dire toutes les vérités que je

crois susceptibles de la faire briller d'un nouveau lustre, durant de longs siècles encore. Donc souffrez que j'achève ma tâche.

Parce que l'évolution d'un être vivant est toujours d'autant plus lente qu'il est d'une organisation plus complexe et réclame des conditions ambiantes plus avantageuses ; nous devrons évidemment, quand il s'agira d'apprécier les phases diverses de l'évolution d'une famille, d'une ville ou d'un pays, ne compter que par générations ou par siècles.

Or, plus une période chronologique est longue, plus sont nombreux les accidents qui peuvent troubler, faire avorter ou même tuer prématurément les êtres humains qui la traversent.

Donc vous ne devrez être aucunement surpris si le nombre des nations, villes ou familles (tant de l'antiquité que du moyen-àge ou de nos temps modernes) queje vous citerai comme ayant fourni leur pleine carrière, se trouve excessivement restreint.

Cela dit, entrons en matière.

En fait d'êtres humains collectifs (s'imposant plus particulièrement à notre souvenir^ à notre admiration et à notre reconnaissance) figurent, au premier rang, comme nations, la

irêce, l'Italie et la France; comme villes, FXthèûes, Rome et Paris; enfin comme familles, appartenant respectivement à chacun de ces tF^spays, en premier lieu, celles des Hercule ' et des Thésée, des Ulysse et des Agamemnon, [ des Thémistocle, des Périclès et des Alexandre ; i. en second, celles des Romulus et des Numa ; ^y.âh Fabius et des Scipion, des César et des I ïiïédicis ; enfin, en troisième, celles que pro- I duisirent les plus grands Blérovingiens, Capéjr^ tiens, Garlovingiens, Valois et Bourbons.

i Eh bien! je vous le demande, pour ce qui

est des bienfaits grecs, peut-on prononcer les

nonis que je viens d'énumérer, sans penser à

Fhydre de Lernes, au Minotaure, au jardin des

; Hespérides et à la Toison-d'Or, c'est-à-dire

; à une suite d'exploits d'ordre éminemment

vital ; plus au siège de Troie, à Marathon, à

Calamine et aux si décisives expéditions

d'Alexandre, c'est-à-dire aussi à une suite

d'exploits d'ordre éminemment activo-muscu-

laire; plus encore au siècle brillant de Péri-

}/ olès, à la science prodigieuse d'Aristote et à

^ la si puissante école d'Alexandrie, c'est-à-dire

pareillement, à une suite de conquêtes d'ordre

éminemment inlellectuello-mental.

Peut-on, dis-je, prononcer de pareils noms,

: sans penser à cette triple série de s^rviceg

sociaux, si successivement matériels, tempél rels et spirituels ? Et, peut-on penser aussi; cette triple série de services sociaux, si su< cessivement matériels, temporels et spirituel sans confesser que la Grèce, en fournissant^^ pleine et entière carrière util^, a parfaitemei satisfait à la loi du double trinitarisme domine tout être humain.

Pareillement, je vous Je demande, pour qui est des bienfaits romains, peut-on pronoi cer les noms que j'ai cités, sans penser ai fameux droit d'asile primordial de Rome i aux éminents services agricoles de ses p: miers généraux? puis à la prodigieuse lu= que soutinrent successivement leurs non moiriï; éminents successeurs contre le théocratismé^ africain du Sud, l'autocratisme asiatique de l'^i et le barbarisme gallo-germain du Nord? puiS encore, avant le moyen-âge, à la pléiade esthéi*! tico-littéraire que protégèrent ses meilleurs! Auguste ? puis enfin après ce même moyen-âgsef (qui fut si profondément anxieux et nébuleuîfe^ en son travail, ainsi que l'est fatalement toute; période de gestation et de parturition que né: gouverne pas la science) à i'époque si admi^' rablement artistique et savante des Médicisi, marchands d'abord^ princes ensuite et pontifes après?

Peut-on, dis-je, pour ce qui est des bienfaits romains, prononcer tous ces noms, sans penser à cette triple série de services sociaux, si successivement matériels, temporels et spirituels? Et peut-on, aussi, penser à cette triple série de services sociaux, si successivement matériels, temporels et spirituels, sans confesser que l'Italie, en fournissant sa pleine et entière carrière utile, a parfaitement satisfait à la loi du double trinitarisme humain?

Enfin, Mes Seigneurs, pour ce qui est des bienfaits rendus à la civilisation blanche par la France, rappelez-vous la contenance de Paris devant les Huns et devant les Normands ; puis la conduite des Clovis, des Charles-Martel et des Charlemagne, devant les invasions saxonnes ou bien arabes ; puis encore les prouesses des Philippe -Auguste et des saint Louis devant les Sarrazins ; puis enfin la protection toujours efficace que cette nation (fille aînée de l'Eglise) ne cessa d'accorder à la tiare, soit qu'elle la soutînt par ses universités, soit qu'elle le fît par ses armées, ainsi qu'arrivèrent les choses, même sous les plus débauchés Valois et les plus débauchés Bourbons

{Nouveaux signes cf impatience et munnures,)

Rappelez- VOUS, dis -je, toutes ces

choses ; et dites-moi s'il est possible de parier de pareils faits et de pareils noms, sans confesser que la France a rendu, à l'Europe et à elle-même (depuis le début du moyenàge jusqu'à la fin du siècle dernier), des services d'ordre vitalo-matériel, d'abord, et d'ordre activo-militaire ou pratico-industrieî, ensuite, avant de se lancer dans la plus noble de ses trois saisons vitales utiles : celle intellectuello-mentale, que lui ont si brillamment ouverte les encyclopédistes.

(Explosion de réclamations telles que la séance, suspendue en fait, ne peut être reprise que le lendemain et à fort grand'peine.)

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