‹ Le XIXme siècle et sa deviseChapitre 24 sur 32 · CHARTE DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

CHARTE DE LA COMMUNE

Article 1". Parce que (dans un pays où la liberté individuelle, la liberté civile et la liberté civique ne sont pas de vains mots) la commune doit s'administrer elle-même ; ses électeurs se réuniront, à jour fixe, de leur propre mouvement et pleine autorité^ dans la salle des actes et délibérations civils et civiques ; pour examiner publiquement le mérite de ceux qui se proposent de les servir, en qualité de chefs spirituels; en obtenant de leurs suffrages la dignité de conseiller municipal.

Article 2. Les candidats réputés les plus capables et surtout les plus moraux devront occuper les premiers rangs, sur la liste produite par cet examen.

Article 5. Parce que ies plus fermes piliers d'un véritable gouvernement républicain sont la bonne foi et le respect le plus scrupuleux de toutes les opinions sincères; cette liste, bien qu'aussi incontestablement officielle et constitutionnelle que la réunion dont elle émanera, n'aura rien, absolument rien d'exclusif ni d'impératif ; et les électeurs, qui jugeront convenable de la modifier ou combattre, pourront se réunir (où et comme ils voudront) pour en composer une ou plusieurs autres.

Article 4. Tous les moyens dont la publicité dispose (afiîcbes, journaux et proclamations) devront être employés pour faire connaître les listes qu'auront ainsi dressées les électeurs, tant favorables qu'opposés aux choix de la réunion officielle et constitutionnelle.

Article 5. Comme le suffrage universel a seul pouvoir de nommer et consacrer ceux qui se croient dignes de servir de guides à leurs concitoyens 5 les électeurs procéderont au vote, aussitôt que le délai nécessaire aux méditations de chacun sera écoulé.

Art. G. Parce qu'il est aussi mal d'imposer silence à ceux qui ont le courage de leur opinion, qu'impossible de faire parler ceux qui jugent convenable de taire ce qu'ils pensent ; et parce que le choix qu'on avoue est toujours plus consciencieux que celui qu'on récuserait

peut-être volontiers : les bulletins signés seront aussi valables que ceux qui ne le seront pas.

Messieurs, une série d'articles concernant l'organisation du bureau électoral ; le dépouillement du vote; sa proclamation solennelle, et surtout la composition que doit avoir tout conseil muicipal pour que Vêlement ouvrier de la commune y soit aussi bien représenté que son élément bourgeois (théorique ou pratique)... Une série d'articles, dis-je, concernant toutes ces intéressantes questions devrait logiquement venir ici.

Mais parce qu'en m'en occupant, je perdrais certainement de vue l'ensemble constitutionnel que je désire vous exposer, permettez-moi de négliger momentanément tous ces détails et de poursuivre en vous disant :

De même que le premier devoir des électeurs, qui constituent le pouvoir numérique ou matériel de la commune, est de la doter d'un pouvoir consultatif ou spirituel ; de même le premier devoir de ce pouvoir consultatif ou spirituel, est de la doter d'un pouvoir exécutif ou temporel.

Donc, la Charte communale de notre future Constitution devra se continuer à peu près comme il suit :

Article N -f- 1. Aussitôt nommés, les dignitaires spirituels de la commune (autrement dit, conseillers municipaux) devront se réunir, de leur propre mouvement et pleine autorité, dans la salle des actes et délibérations civils et civiques, pour esaminer publiquement le mérite de ceux qui se proposent de les servir, eux et leurs électeurs, en obtenant de leurs suffrages la dignité de maire ou d'adjoint.

Articles N + 2, N -|-3, N 4- ^, N + 5 et N 4- 6, à copier, mot pour mot, sur les articles 2, o, 4, 5 et 0 qui précèdent.

Messieurs, grâce à la rigoureuse observation de ce que nous connaissons déjà de la Charte concernant les devoirs et fonctions des pouvoirs snirituel et matériel de la commune, il se trouve que son pouvoir exécutif, centrai ou temporel, son maire et ses adjoints sont nommés.

Eh bien ! ces Messieurs... (qui n'ont à recevoir de leur conseil municipal que des avis * t non des ordres ; qui, par conséquent, n'ont pas plus à se retrancher derrière ses décisions que lui derrière les leurs ; vu qu'il ne peut y avoir de juste et de sérieuse responsablité que pour l'individu qui est parfaitement hbre)... Ces Messieurs que devront-ils faire à leurs risques et périls ?

— Surveiller et perfectionner (n'est-il pas vrai?) cette première, fondamentale et tout intime assise civile et civique de notre édifice national, la seule peut-être que les plus simples ou les plus malheureux d'entre nous connaîtront assez pour l'aimer ! La surveiller, dis-je, et perfectionner ; de telle sorte que son nom de Commune ne soit pas un vain mot, et qu'elle nous puisse réellement protéger, utiliser et protéger encore, depuis le berceau jusqu'à la tombe.

— Oui, mais comment?

— En prenant pour base l'analomie et la physiologie de notre organisme.

L'anatomie et la physiologie de notre organisme! C'est-à-dire l'éveil successif de nos divers besoins et penchants, tant personnels que sociaux, à chacune des trois périodes septennales de nos quatre saisons vitales : jeunesse, virihté, âge mùr et vieillesse.

Donc, premièrement, nos dignitaires municipaux temporels devront, de mieux en mieux, tout disposer pour que nous trouvions... de zéro à 7 ans, de 7 à 14 ans, et de 14 à 21 ; âges auxquels nos viscères et la région postérieure de notre cerveau, nos muscles et la région moyenne de cet organe à penser, et puis enfin sa région antérieure et nos plus hauts organes

sensoriels prennent successivement leur essor ; en fonctionnant successivement, d'une façon prépondérante... âges auxquels (pour toujours peut-être ?) notre cœur et notre santé, notre caractère et notre vigueur, notre intelligence et notre entendement général se forment et développent parallèlement aux organes qui leur sont le plus immédiatement liés.

Nos dignitaires municipaux devront, dis-je, tout disposer pour que nous trouvions d'abord, comme enfants, dans la crèche et l'asile, les soins physiques et moraux de la nourrice et de la sœur, si notre mère est trop pauvre pour nous les prodiguer au foyer paternel; pour que nous trouvions ensuite, dans l'école et le corps de garde ou la caserne, les exercices spirituels et musculaires du magister elementorum et du sous-officier ; et pour que nous trouvions encore, et enfin, comme apprentis, dans le collège, l'atelier et le camp, les enseignements théoriques et pratiques du philosophe, du patron et de l'ingénieur militaire.

Le tout, afin de commencer à faire de nous des hommes bons, énergiques et intelhgents, des individus capables d'aimer, servir et comprendre les intérêts de leurs semblables et de leur pays, aussi bien que les leurs.

Puis, secondement, afin de terminer, en vrais

citoyens, ces bonnes, énergiques et intelligentes ébauches communales, durant que, moralement et physiquement, elles sont peut-être malléables encore ; nos temporels dignitaires municipaux devront encore tous disposer pour que nous trouvions... de 2i ans à 28, de 28 à 35 et de 35 à 42, temps nécessaire à nous grandir par la vie domestique et le travail professionnel... nos temporels dignitaires municipaux devront, dis-je, tout disposer pour que nous trouvions d'abord (à la promenade et au salon ou, à son défaut, à la ginguette), les relations (jui nous aideront à passer, moralement, deV état déjeune ouvrier ou commis à celui d'homme civilement et indusiriellernent établi; pour que nous trouvions ensuite (à la bourse ou au marché, dans la garde nationale et au club), celles (bien entendu des relations) qui nous aideront pareillement à passer, pratiquement, de l'état d'homme civilement et industriellement établi à la position de chef de famille s'enrichissant d'enfants et de fortune ou de talent ; et pour que nous trouvions eniîn (au temple et au musée, à la bibliothèque et aux délibérations toujours publiques du conseil municipal) encore les relations et moyens qui nous aideront semblablement à passer de cette dernière position de chef de famille s'enrichissant d'enfants, de fortune ou bien de talent à la

situation, civiqiiement honorable, de patron commanditaire ou d'ouvrier, maître-ès-arts en sa profession.

Voilà, n'est-il pas vrai, ce que devront faire de dignes maires et adjoints, pour rendre leurs administrés aussi bons qu'utiles.

— Eh bien ! pour que ces électeurs, jusqu'alors si protégés, puissent enfin devenir protecteurs ; pour qu'à leur tour ils puissent gratuitement aider, en leurviepubhque et privée, ceux moins heureux qui les auront aidés et préparés, par leurs services de subordonnés, à passer de la vie privée à la vie publique ; ces dignes administrateurs que devront-ils faire encore ?

— Le plus pénible peut être de leur tâche civique : abdiquer à temps ; pour qu'à leur place figurent, à leur tour (comme prudhommes, administrateurs ou conseillers) ceux dont l'âge se balance entre 42 et 49 ans, 49 et 56, ou 56 et 65.

Abdiquer à temps leurs fonctions civiques ! C'est-à-dire, terminer dignement dans la modestie (qui pare si bien ceux que leur grand âge remet, physiquement au moins, à la merci des autres) une existence qui aura, de la sorte, été aussi individuellement et socialement protectrice, dans ses deux quarts moyens, qu'indi-

viduellement et socialement protégée dans ses deux quarts extrêmes.

L'expression « individuellement et socialement protégée dans ses deux quarts extrêmes » voulant dire que le salaire ouvrier est, malheureusement encore, si peu juste ou si peu généreux, pour certains adultes, qu'épargner l'hôpital ou l'hospice à leurs vieillards (de 65 à 70 ans, 70 à 77 ou 77 à 8i) leur est aussi impossible qu'éviter la crèche ou l'asile à leurs enfants!... Et le mot « dignement » signifiant qu'on ne mérite même pas la... pitié, à vouloir encore gouverner matériellement le présent et, qui pis est, préparer l'avenir ; quand déjà le cerveau ne peut physiologiquement plus qu'aimer et comprendre le passé.

En cet endroit de son discours, maître A -\- B se trouva si fatigué, qu'on dût suspendre la séance pendant 20 minutes environ.

Je proiiiai de cette interruption pour demander, à Lucifer, quelques explications ; et tout aussitôt nous causâmes ainsi qu'il suit :

Dialogue de Lucifer et du citoyen Ego, suivi du discours de Maître A -\- B sur l'organisation du canton, de l'arrondissement du déi^artement, et de l'intendance, par le suffrage universel, se conseillant lui-même.

Ego. Mylord, si j'ai bien compris maître A -\~ B, ce qu'il nous a dit (au sujet des institutions communales, destinées à nous maintenir, d'un bout à l'autre de notre vie, en état corporel et mental aussi bon que possible) doit se résumer ainsi :

î Un excès de spiritualisme peut, aussi bien » qu'un excès de matérialisme, nous rendre » parfaitement indifférent à toute espèce de > phénomènes sociaux.»

» Par conséquent, si vous désirez faire de » vos enfants des hommes aussi actifs qu'in- » telligents et bons, des citoyens appréciant » le réel autant que l'idéal, l'action autant que M le raisonnement, et les opérations militaires » nationalo-défensives autant que les transac- » tions industrielles et libérales cosmopolites, » en un mot de véritables républicains ; rap-

» prochez (Vabord renseignement du sous- » officier gymnasiarque , éducateur de nos » muscles, de celui du magister qui devrait » s'occuper surtout de notre caractère; et » rapprochez ensuite les théories du savant et t> du philosophe (pourvoyeur de notre intelli- » eence, et réoulateur de notre entendement » général) des instructions et des exercices » très-pratiques et très-concrets du maitre- * ès-arts industriels et de l'officier mihtaire. t> Car plus un enseignement devient abstrait » ou mécanique et plus il est indispensable » qu'il ait son inverse pour correctif. »

Lucifer. C'est cela même !

Pour maître A ^~ B, les mystiques sont des parasites sociaux tout aussi nuisibles que les abrutis ; et les oisifs, qui ne font rien pour leur patrie, sous prétexte qu'elle est au ciel, lui semblent aussi méprisables que les travailleurs qui refusent de s'occuper de leur pays, en disant que les affaires ne doivent pas avoir de nationalité.

Autrement dit, notre savant et brave ami veut, qu'avant toutes choses, nous soyons patriotes. Car il pose en principe que les derniers fauteurs de la civihsation théocratique et militaire (tant de chez nous que d'ailleurs) travailleront toujours à opprimer et toujours opprimeront les véritables producteurs, à

grands coups de canon;... tant qu'aimer et savoir défendre la terre, les institutions et les hommes qui commencent (quoique nous devions faire un jour) par abriter toute notre jeunesse, ne sera pas le premier préjugé des classes industrielles et libérables;.., et tant qu'élever leurs enfants en conséquence, n'en sera pas le second.

Ego. Fort bien! Mais, parce qu'il faut, pour nous remettre en vimieur et bon sens natriotiques, mener de front l'éducation de notre corps et celle de notre âme ; et compenser continuellement l'idéalisme, que notre instruction personnelle comporte, par le réalisme,

aue nécessitent notre instruction civile et notre

instruction civique ; enlèverons-nous au cheflieu de canton ses classes nrimaires et son école du peloton, en même temps qu'ai^. chef-lieu d'arrondissement son collège, ses ateliers et son institut militaire, pour les transporter au plus gros village (peut-être même hameau seulement) de la commune ; quitte à voir tous ces établissements chômer de maîtres sinon d'élèves ?

Lucifer. Non certainement; car ce serait enlever aux gamins et aux apprentis l'occasion de fréquenter, deux fois par jour au moins, les hommes et les choses qu'à leur tour ils devront protéger.

Ego. C'est pourtant là ce que maître A -\- B vient de nous donner à entendre.

Lucifer. Tenez pour certain qu'il serait désolé, tout le premier, qu'on fît pareille faute ; et n'attribuez l'erreur où vous a jeté l'obscurité de son langage, qu'à son extrême désir de ne pas morceler un plan d'éducation, sinon d'existence, auquel il attache la plus haute importance.

Je dis la plus haute importance ; parce que nous n'avons aucun autre moyen, suivant lui, de guérir la fatale indifférence politico-religieuse où nous ont plongés les deux ou trois aberrations, démagogiques égalilaires, et les trois ou quatre vindications et revendications, pédagogiques autoritaires, qui nous ont valu deux Empires et deux Restaurations de plus en plus dégradants et dégradés.

Ego. Soit, Mylord, soit!

Mais ne serait-ce pas un enfantillage... dans les circonstances aussi menaçantes qu^abominables où nous sommes placés, nous autres Français formant l'avant-garde en même temps peut-être que le dernier rempart des races latines, tant de l'ancien que du nouveau continent (races latines que veulent si carrément exterminer, ici comme là-bas, les fds des ci-devant barbares du Nord, devenus protestants, c'est-à-dire, aussi parfaitement égoïstes

nationalement qu'individuellement)... ne serait-ce pas, dis-je, un enfantillage de faire de l'enseignement militaire une tierce branche seulement de l'éducation à donner à nos enfants ; et trouverions-nous, dans les ressources que nous offrirait un pareil système de quoi défendre les deux centres maritimes de l'ancien et du nouveau monde, à savoir la Méditerranée et le golfe du Mexique .

Lucifer. Non, ce ne serait ni nous désarmer ni commettre un enfantillage ; vu que nous ne pouvons, biologîquement et socialement parlant, rien faire de plus rationnel, ni rien de plus avantageux.

Rien de plus rationnel ! Car du moment que nous ne pouvons fructueusement étudier les manœuvres de la guerre offensive et les travaux de la défensive, qu'aux âges de notre vie ou leurs exercices et instructions sont, le plus qu'il est possible, en harmonie avec nos besoins physiques et nos aspirations morales; nous devons reporter le premier de ces deux enseignements à la phase de notre existence où l'éveil de nos forces musculaires et de notre instinct destructeur s'annonce par la seconde poussée de nos dents carnassières, puisque carnassiers nous sommes; et le second à celle où pareillement s'annonce, par les premiers ornements de notre virilité, l'éveil de nos pre-

miers désirs prolifiques et de notre génie constructeur, puisque virilement nous sommes ornés bien avant de pouvoir produire.

Ego. Ainsi, vous croyez

Lucifer que les serviteurs pratiques du

Dieu terrible des batailles doivent imiter la sagesse de ses adorateurs théoriques ; et, partant, rapprocher (comme firent et font ces derniers) leurs exercices ou explications de l'âge où, pouvant encore inspirer quelqu'enthousiasme, ils peuvent (par cela même) faire encore un peu de bien en nous formant enfin quelques bons généraux.

J'ai dit pour le plus rationnel ; je passe aux plus avantageux.

— En nous arrachant à notre famille, à notre profession et au monde civil, un an avant que la loi nous fasse majeurs et déclare capables, de penser et agir par nous-mêmes ; que fait de nous Finscription maritime ou la conscription qui nous maintient trois, cinq, sept ans (quelquefois plus) sous le joug de l'obéissance passive ?

— Des hommes aussi dépourvus d'énergie que d'originalité (n'est-il pas vrai ?), des êtres ne sachant, ou, qui pis est, ne voulant plus travailler de leur profession ; des mutilés

d'âme ou de corps, sinon des deux (de par Mars, Vénus ou Bacclms) des mutilés plus aptes à faire de vieux célibataires employés, n'osant aider une honnête femme à vivre, que des créateurs de beaux et légitimes enfants, ainsi que de bons produits industriels; des trembleurs enfin, préférant, aux chances si souvent épineuses de la fortune et de l'indépendance, la ration presque toujours insuffisante et servile du pain assuré.

Ego. Sauf un peu d'exagération ; rien de plus vrai cependant.

Lucifer. Donc, si par la rigoureuse observation du plan d'éducation que maître A -\~B nous propose, la France, munie de bons cadres et surtout de bons généraux, pouvait, à ses 150 à 200 mille hommes au plus de marine, génie, artillerie et gendarmerie, ajouter, comme premier banc de sa défense nationale, plus d'un million de jeunes gens -à^QQ^ de 21 à 28 ans, comptant 14 années d'instruction militaire; dIus, comme second banc, nlus d'un million encore de citoyens de 28 à 55 ans d'âge, sachant manier les armes depuis 21 ans au moins ; plus encore, comme troisième banc, un million environ d'hommes âgés de 35 à 49 ans n'ayant pas encore oublié comment on se bat ; sans compter à la rigueur, en cas extrême, à peu près 500 m-ille adultes, de 42 à 49 ans,

pouvant faire un service intérieur... Si, dis-je, par l'observation rigureuse d'un pareil plan d'éducation civique, la France pouvait organiser sa défense de la sorte ; nous n'aurions certainement pas besoin d'avoir en permanence 500 mille hommes hors de leurs foyers, pour défendre nos monocrales, contre le mépris et la haine de nos compatriotes, augmentés de la haine et du mépris des étrangers ; en outre, nos jeunes gens feraient mieux qu'épuiser leurs aspirations industrielles, domestiques et sociales dans les corps de gardes, les cafés ou autres lieux moins avouables encore ; et, pour en finir, nous n'aurions pas la honte d'être, de tous les peuples de l'Europe, le moins habile à grandir notre population, numériquement, sinon moralement.

Ego. Soit, mais avec un système aussi exclusivement défensif ; qui nous rendra nos concitoyens et nos terres d'Alsace et Lorraine?

Lucifer. Ceux qui, pour nous imiter, devront briser tout d'abord un césarisme qui ne veut que les opprimer et tromper!... comme nous opprima et trompa (il y a 63 ans, sinon 76) le césarisme dont, pour la seconde fois, nous subissons les déplorables conséquences.

Mais écoutons Maître A -\- B qui reprend la parole :

Maître A -\- B venait effectivement de remonter à la tribune et s'exprimait comme il suit :

Messieurs, à mesure que la puissante logique des événements force l'homme à perfectionner tout ce qui l'entoure en se perfectionnant luimême, la pulpe cérébrale qui lui sert à composer ses chairs, ses mouvements et ses pensées, devient si déhcate, qu'il lui faut une liberté de plus en plus grande ; pour ne pas être contrariée en son triple office de régulateur plastique, mécanique et mental.

Or, il en est des sociétés que nous formons comme de nous-mêmes.

Donc, puisque le canton est un groupe social pohtique plus grand, plus complexe et, partant, plus important que la commune, il lui faut, pour conserver, dans la patrie, sa juste part d'indépendance et d'activité, des chefs spirituels et temporels encore plus habiles que les maires et les adjoints.

Eh bien, pour avoir ces plus habiles qui, forcément, ne seront pas tous du voisinage de leurs électeurs et, partant, leur seront moins connus ; comment nous y prendrons-nous?

Tout bonnement nous ferons guider ces susdits électeurs, vers le choix des futurs conseii-

lers cantonaux qui devront leur indiquer ces plus habiles, par ceux qu'ils auront déjà proclamés tels: Messieurs les maires et adjoints qu*ils se seront donnés.

Par conséquent, c'est à peu près ainsi que devra commencer le second chapitre, livre (ou autre titre divisionnaire) de notre future Gonstition.

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