‹ Le XVI siècle et les Valois, d'après les documents inédits du British Museum et du Record officeChapitre 5 sur 12 · V-^otro bien affectionné et obligé ainy, LoYs DE Bourbon · texte numérisé non relu

V-^otro bien affectionné et obligé ainy, LoYs DE Bourbon

Voici une lettre encore plus explicite de Jeanne d'Albret à Ceci! ( i6 janvier 1569) :

Monsieur Cecil, si la haste de celuy que monsieur le Prince, mon

* Hecord office, State papers, France, vol. XLIV. (Note du temps.) Cette lettre est de la fin de décembre 1 568.

' liecord office, Stute papers » France, vol. XLtV. (Original.)

Irere , et mon tilz ont dernièrement envoyé en Angleterre , le vent , la mer et le temps opportun qu il a voit pour partir de ceste ville et s'embarquer m^eussent donné le loisir de mettre la main à la plume , comme à présent j'en ay la commodité par monsieur de Douet , présent porteur, je vous eusse fait entendre l'ayse, joye et contentement que nous avons receu de par deçà , et moy particulièrement , du zèle et affection duquel nous avons sceu et congneu par son tesmoignage que les plus grans de par delà, et vous entre les aultres, vous vous employez pour le bon secours et défense à la cause de la religion que nous soustenons et pour vous prier de croire que , pour la recoignoissance de voz bonnes volontés et ofiices , oultre ce que Dieu , qui est le chef de nostre cause et le grand rémunérateur, vous scaura bien rendre et récompenser le mérite de voz bonnes actions , je n'espargneray en ce monde chose qui soit en ma puissance pour vous faire cognoistre de combien j'ay en affection les personnes qui s'emploient pour la cause de Dieu, lequel je supplie. Monsieur Cécile, vous avoir en sa saincte garde.

Monsieur Gecil , nous qui sommes jointe à ceste cause vous sommes bien fort obligés de la bonne volonté que portez, vous priant vous y employer tousjours de plus en plus , et en mon particulier croire que je désire recognoistre et de bon cœur vostre saincte affection ; je vous prie aussi que je soye recommandée à vostre belle sœur* qui vint en France, et qui est une de mes bonnes amies.

Vostre bien bonne amie.

Jehanne*.

Maintentint voyons ce qu'on pensaii en Allemagne de la prise d'armes des protesta nis; une lettre de fempereur à elle seule va nous faire bien apprécier la disposition des esprils :

La Majesté Cesarée de l'Empereur, notre très-heureux maistre et souverain, a entendu très-volontiers ce que luy a esté dernièrement rapporté par l'ambassadeur du très-chrestien Roy de France de la part du dict seigneur Roy, ayant esté bien fasché d'avoir entendu l'infortune au quel il a voit esté (pour la singulière et fraternelle amitié qu'il luy porte) , ayant au contraire eu byen agréable quant il a ouy dire au dict ambassadeur qu'il se porte bien nfieulx , de quoy il se resjouist avec luy et luy désire à l'advenir très-bonne sanlé avec heureux succès de ses affaires.

Et quant à ce qu'a dict le dict ambassadeur de l'insolance de quelques subiects du dit Roy très-chrestien qui , outre leur désobéissance , ont contrevenu et violé non seulement lestraictés, maisaussy les edicts publiés

' Une des quatre fille» de sir Antony Kooke, précepteur d'Edouard VI. * Record office, State paptrs , France , vol. XLV. (Original.)

en, son royaulnic, et inesme le prince de Condé, lequel jusques à présent ne s'est présenté au dici Roy pour luy offrir le debvoir et service auquel ii est tenu, m»is au contraire, assisté de ses complices principaulx, s'est efforcé de practiquer nouvelles occasions de guerre; et que le dictRoy auroit esté contraint, pour telles esmeutes et odieuses entreprinses, s'armer contre le dict prince, ses associés et autres de leur religion , afiin de les chasser hors de son royaulme et restablir et remettre en icelluy l'exercice de la seule religion catolique, sa dicte Majesté ne peult nier qu'aiant entendu cella, elle n'aist esté grandement estonnée, comme c est une chose bien pitoiable de veoir un royaume si florissant tomber de recheff en la calamité de la quelle il s'estoit retiré de))uis peu de temps avec grande peine, et qu'il est assez manifeste, non seulement par les exemples des anciens, mais par les modernes qui sont advenus de nostre temps en plusieurs lieux, combien les guerres ci\iUîs des princes et subiects ont été pernicieuses à toutes republiques. Et partant sa dicte Majesté Cesarée , comme Empereur de la chrestienté , amateur de la paix et repos publicq, désire r\en plus que de veoir toutes choses entretenues et conservées en bonne tranquillité et repos sans que le sang des chrestiens y soyt plus respandu, aians esté desià si travaillés par les armes et entreprinses des infidèles qu'il n'est pas de bcsoing les augmenter et affliger davantage par guerres civiles.

Et pense véritablement sa dicte Majesté Cesarée, le Roy très - chreslien avoyr heu grandes et importantes occasions pour entrer en ceste nouvelle guerre avec ses subiects , et avoyr longuement considéré , avant que d'entreprendre une chose qui luy est d'une si grande importance, de sorte que sa dicte Majesté Cesarée pense que seroyt superflu d'alléguer les raisons d'une telle entreprinse et que l'on pourroit dire qu'elle vouldroyt donner la loy et prescripre les moiens de ce que se faict en son royaulme, toutes fois ne peult en tout celer ce qu'elle en scait et désire : c'est à sca voir, que sa dicte Majesté trouveroit expédient et très-utile que l'on usasse des moiens qui sont propres pour espargner le sang des chrestiens et remettre une bonne paix , et mutuelle amityé entre le Roy et ses subiects, affin que ce royaume estant restably en sa première tranquillité, le Roy fust soulagé des grandes peines et fascheries qui le travaillent, en quoy, si Sa Majesté Cesarée luy peult ayder et faire quelque bon offre, Elle sera tous jours preste de s'employer de bonne volonté ; mais affm de ne rapporter particulièrement en ce lieu les dangers et incommodités que les troubles de France peuvent apporter à toute la république chrestienne, qu'il seroyt toutes fois besoing de scavoyr, sa dicte Majesté Cesarée craint grandement que la guerre , laquelle on dict estre faicte contre les edicls nouveaux, lesquels premièrement par les très-chrestiens roys de France Henry et François et depuis par le roy ont esté publiés touchant la religion , n'attire avec soy de

grands miulx , ruines et deplorations au royauime de France , d'autant mesmes qu*en tous endroits , où le bruit a courru , Ton parle en mauvaise part tant du roy que de ses principaulx ministres et conseillers , dont il est facile de juger qu*oultre la roy ne d'Angleterre, de laquelle le dict roy a cogneu la volonté par la déclaration qu'en a faicte son ambassadeur, il y aura plusieurs aultres princes qui ne sont pas de petite condition, lesquels, non seulement de faveur et bonne volonté les favoriseront, mais aussy les aideront de tous les moiens qui seront en leur puissance pour la comuniaulté de la cause qui est entre eulx , emploieront pour eulx tous les moiens qui seront en leur puissance, cognoissans que la cause leur est commune avec eulx.

Et les hommes estant ainsy aigris et bandés , sa dicte Majesté Cesarée ne vouldroit point que le roy puisse espérer aucun service ou commodité de secours qu'il luy demande et faveur pour faire lever gens de guerre en Allemagne, quand il en sera besoing, ne génerallement de toutes les forces dont le dict roy penseroit maintenant s'aider.

Ëncores estre comme chose bien plus diflicile que le dict roy trèschrestien en second lieu demande à sa dicte Majesté que , par son authonté , Elle empesche qu'il ne vienne d'Allemagne aucun secours de gens de chevall ou de pied pour favoriser ses subiccts qui portent les armes contre luy, car sy sa dicte Majesté avecque toutte diligence et bonne volonté n'a peu empescher en Tannée dernière, lors que l'occasion de la guerre estoit plus favorable , que plusieurs compaignies de gens de cheval et de pied ne soient sortys d'Allemagne pour aller secourir ceulx qui avoient prins les armes contre le dict roy, que pourront maintenant ferre sa dicte Majesté, ayant esté publiée et proposée une autre occasion qui est bien plus odieuse et que plusieurs pensent avoyr communauté avecques les subiects du dict roy, mais bien au contraire, si sa dicte Majesté s'oppose à ceux qui favorisent ses dicts subiects et leur défend de mener leurs troupes en France, il seroit à craindre qu'il ne fust accusé de ferre contre la liberté de la Germanie. Ainsi seroit chose qui i>e seroyt point proufiitable au dict roy et qui mettroyl les subiects de sa dicte Majesté Cesarée en mauvaise opinion et le feroi! soupsonner qu'elle seroit participante à ceste guerre , négligeant les choses que sa dicte Majesté avoyt à considérer en ceste occasion , lesquelles elle ne veult pas laisser passer ne faillir en ryen qui dépende du debvoyr de son Empire.

Pour ce que sa dicte Majesté a pensé qu'elle feroit chose digne de sa bonté et de la fraternelle amityé qu'elle porte au roy très-chrestien , si elle luy faisoyt entendre la grandeur et importance de ceste affaire avec son advis sur ce, aussy comme cella procède et vient d'un bon cœur amateur du dict roy très-chrestien et qui ha en singulière recommandation la paix et commodité publique, semblablement sa dicte Majesté espère que le dict roy prendra ces choses en bonne part, comme aussy

elle désire infiniment que le dict roy puisse gouverner son nnaume avec toutte tranquillité et tout le contentement qu'il désire. Faict à Vienne, le xvij* jour d'octobre if)68*.

De part et d'autre on cherchait h augnimter ses forces; mais si, à prix d aident, on s'arrachait les Allemamls, c'est encore sur les propres ressources de la France que Ton comptait le plus; le duc de Savoie fit à ce sujet une proposition dont une copie est venue au Record office, et dnnt voici lanalyse :

Il y a en France quatre-vingt-seize évêchés et seize archevêchés; il n'en veut prendre pour le inotnent que vingt et un : Paris, iMeaux, Senlis, Beauvais, Amiens, Soissons, Noyon, Laon, Reims, Cbâions, Langres, Troyes, Auxerre. Sens, Bourges, Orléans, Tours. Charires, Evreux, Rouen, Lisieux.

On peut en tirer 4^,000 hommes de pied combattants, sans toucher aux villes, ne prenant qu'un homme par village. François I" en trouva plus de 4.ooo rien que dans le diocèse de Paris, le plus petit de tous. Chaque village équipera, armera un homme, et payera lo livres par mois pour la solde du dit homme qui n aura plus à vivre sur le bonhomme. Les maires et marguilliers des villages avanceront le payement pour deux mois. Les villages par ce moyen seront quittes de nourrir les soldats qui passent. Le roi leur fera bailler des capitaines avec (|uel(|ue nombre de vieux soldats pour les façonner^.

Dans les premiers jours de janvier, les chefs protestants envoyèrent M. de Vczins en Allemagne et, comme il devait passer par Londres, le prince de Condé écrivit à Elisabeth pour lui rendre compte du progrès de leurs armes :

Madame, l'asseurance que j'ay que ne trouverez mauvais la hardiesse que je prends de vous faire le plus souvent qu'il m'est possible entendre des nouvelles de ceste guerre, à cette fin que vostre Majesté cognoissc que , gi'aces à Dieu , nos affaires vont de bien en mieux , m'asseurant que prendrez plaisir à les voir prospérer, nous tenant pour tout asseurés que les faveurs que avez accoustumé de bailler à ceulx qui en ont besoin pour soustenir choses sainctes et bonnes nous seront accordées de vostre Majesté , la connaissance que vous avez de nostre innocence , de ce qui nous est mis à faulte contre nostre Roy, nous licenciera d'en faire long discours qui sera cause , Madame , que finiray ceste lettre pour supplier

* Becord office , Slate papers , France, \'o\. XLIV. (Copie du temps.) ' Becord office , State papers , France , vol. XLVÏ. (Copie dn temps.)

très humblement vostre Majesté qu*il lui plaise tant nous favoriser que de vouloir voir ce que M. de Vezins vous dira de ma pari , priant Dieu , Madame, vous tenir en sa saincte garde.

D'Angers, le ij' jour de janvier 1069.

Louis DE Bourdon *.

Coligny remit aussi à Vezins une lettre pour Elisabeth :

Madame, encore que vostre Majesté aye esié amplement advertie de Testât des affaires de par de çà par la dépesche que la royne de Navarre et messeigneurs les princes de Navarre et de Condé luy ont faicte par le sieur de Douay, et que depuis il ne soit pas survenu grand chose, si est-ce ce qu'estant le sieur de Vezins dépesche devers les princes en Alemaigne, je n'ay voulu faillir avecques ceste bonne occasion à faire ce mot de lettre à vostre Majesté pour la supplier très -humblement de vouloir avec(]ues sa puissance considérer Testât calamiteux de ce temps et y apporter les remèdes telz qu'il a pieu à Dieu luy donner et , pour ce qu elle pourra estre informée de ce qui se présente par le sieur de Vezins, je ne Tennuieray point d'une plus longue lettre et suppliera v seulement nostre Seigneur, Madame, donner à vostre Majesté en santé heureuse et très-longue vie, et l'avoir en sa saincte garde et protection.

De Niort, ce ij* de février 1569.

Vostre très humble et très obéissant serviteur, Chastillon*.

Cest surtout auprès du marquis de Brandebourg que. Vezins avait mission d'agir; il emportait deux lettres pour lui, Tune de d'Andelot, l'autre de Jeanne d'Albret; nous les avons copiées, il y a bien des années , aux nrchives de Berlin , et leur place est ici :

Monseigneur, encores que vous avez esté bien peu adverty de noz affaires, d'aultant que nos ennemys font coustume de publier et advancer toutes sortes de mensonges et calompnies à nostre dcsadvantage pour nous rendre odieux à tout le monde , et que par ce moien il pourroit estre parvenu jusques à vous beaucoup de choses bien esloignées de la vérité , le sieur de Vezins , présent porteur, a esté dépesche vers vous pour le vous faire entendre au vray ; il est gentilhomme aultant recommandable par ses vertus que par sa suffisance et fidélité qu aultre qu'on eut peu choisir, et lequel le sçaura si bien faire tant pour y avoir bonne et ample instruction que pour avoir toujours esté présent à tout ce qui s'est faict

' Becord office, Stale paf)ers, France, vol. XLV. (Autographe.) ^ fiecorJ office, Suuepapers, France, vol. XLV. (Autographe.)

jusqu'icy que je ne m'estendray point à vous en faire ie discours par ceste lettre, seulement je vous suppUeray, Monseigneur, le vouloir croire de ce qu'il vous dira et y adjouster foy comme à moy-mesmes qui pour la fin presenteray mes très humbles recommandation» à vostre bonne grâce et prieray Dieu, Monseigneur, vous donner en toute prospérité très longue et très heureuse vie.

Escript à Nyort, le xxx' jour de janvier ifïGg.

Vostre très humble et obéissant serviteur,

Andelot '.

Monsieur mon cousin, d'aultant que par la charge et instruction que monsieur le prince de Condé, mon frère, moy et mon filz le Prince avons doné au sieur de Vezins, gentilhomme d'honneur et de qualité et présent porteur que nous envoions devers vous et autres princes et seigneurs de la Germanie qui , par la grâce de Dieu , portez le sainct et entier zèle que nous avons commun avec vous à Tadvancement de la gloire de Dieu et le règne de nostre Seigneur Jesus-Christ , vous entendrez bien particulièrement et au vray Testât des affaires que maintenant nous avons en main pour empescher les effetz de la conspiration que les plus grands princes et potentats de la chrestienté, qui sont encoressous le joug et servitude du pape, ont faict d'éneantir et ruyner generallement tous ceulx qui , par la grâce de Dieu , sommes distraitz de TAnté-Christ romain et Ta/ons abandonné pour suivre la pure doctrine de TEvangille. Cela faira que, par ceste mienne lettre, je ne vous en feray autre récit, seulement vous prieray , Monsieur mon cousin , voir le dict sieur de Vezins et vouloir entendre de luy les moyens et remèdes qu'il semble à ceste compagnie plus propres et asseurés pour s'opposer et résister magnanimement et constamment aux malheureuses et cruelles entreprises des conjurés ennemys de Dieu et traistres à ceste noble couronne, de laquelle ils ont receu tant de biens et honneurs. La conspiration et dessein desquelz avec leur ligue papistique ne tend pas à moins qu'à l'entier anéantissement du cours du saint Evangille de nostre Seigneur, seul Sauveur, et par leur insatiable ambition à la totale ruyne des vies, biens et estats de tous ceulx qui en font profession, sans nulz en excepter. Ainsi, Monsieur mon cousin , ayant ouy le dict sieur de Vezins et bien pesé el considéré sa charge, je vous prie faire, en ceste part, ce que nous espérons de vous en une si saincte et légitime cause, et vous fairez en cela une œuvre vraiment digne de chrestien , comme vous Testes , très agréable à Dieu et honorable à nous et à vostre postérité à jamais. Vous ouyrez donc, s'il vous plaist, le sieur de Vezins, et le croirez comme vous vou-

^ Archives de Berlin, original signé.

driez fayre moy-iuesme qui supplie le Créateur vous donner. Monsieur mon cousin , honneur et longue vie.

De Nyort, le dernier jour de janvier 1 569.

Vostre bien bonne amie,

JbhanneV

Le mois de janvier ne fut marqué par aucun mouvement militaire important ; des deuTC côtés on attendait Tarrivée des Allemands ; on s'observait, on se préparait. Dans les premiers jours de février Coligny élait à ^io^t; c'est de ce iieu que, de concert avec les deux princes de Condé et de Navarre il écrit au prince d'Orange :

Monsieur mon cousin , nous avons entendu que on a commencé vous tenir propos de paix et d*aultant que nous scavons au vray que c'est un moyen par lequel nos ennemis veulent empescher ou retarder le secours (}u il vous plaist nous donner, nous vous prions ne vous arrester à ces beaux langages que le cardinal de Lorraine et ses adherens font mettre en avant pour vous tromper et circum venir, et vous acheminer le plus diligemment qull vous sera possible au passaige de la rivière de Loire , où estant nous aurons moyen de nous joindre avec vous pour nous rendre maistrede nos ennemis, et nous leur baillerons telle loy que nous vouldrons et que nous cognoissons estre nécessaire pour vivre cy-après en seureté et repos de conscience , vous priant , Monsieur mon cousin , croire qu'il n*y a aucun moyen d'y pourvoir que par une bonne et avantageuse victoire, et après ce que nous aurons réduit nos ennemis à tel point et cxttremité qu'ilz puissent toucher au doigt qu'il n'y a moyen de nous pouvoir résister, ce qu'ilz sentiront et recognoistront tous en brief et aussitost que nous nous serons joints tous ensemble , et sur ce , faisant fm à la présente par mes bien humbles recommandations à vos bonnes grâces et priant le Créateur vous tenir en sa saincte garde.

De Niort, le 10 février 1569.

Vos plus affectionnez cousins,

Hknby, Lots de Bourbon.

IVf esseigneurs les Princes m'ont commandé de me signer à ce bout de lettre.

ChastjllonV

' Archives de Beriin.

« Recoi-d office , State papers , France, vol. XLV. (Copie du temps.) Voy. Lettre écrite par les princes de Navarre et de Condé aux gentilshommes qui servent dans l'armée du prince d'Orange; appendice de Y Histoire des princes de Condé par le duc d'Aumale, t. Il, p. 38o.

Le même jour, Coligny, Condé et Henri de Navarre pressaient . le duc des Deux-Ponts de hâter sa marche et de venir droit à la Loire :

Monsieur mon cousin , nous vous avons prié par plusieurs lettres cl: despesches vous en venir droict à la rivière de Loire pour favoriser nostre passage, et parce que nous sommes advertis que nos ennemis, sous prétexte de quelque propos de paix , taschent d'empescher ou retarder le secours qu'il vous plaist nous donner, nous avons bien voulu vous faire ceste recharge pour vous prier croire qu'il n'y a moyen d'acquérir seureté et repos que par une bonne advantageuse victoire , laquelle nos ennemis cognoissent bien ne pouvoir empescher, si Dieu nous fait la grâce d'entre unis et joints ensemble; à ceste cause nous vous prions encores un coup vous approcher de la rivière de Loire, en tant de diligence, où ne fauldrons vous aller trouver et, espérant que ce sera en brief , nous ferons fin à la présente par nos humbles recommandations et priant Dieu vous avoir en sa saincte garde.

De Niort, le 1 1 février 1069.

Vos affectionnez et parfaits amys.

Henry, Loys de Bolubon.

Messeigneurs les Princes m'ont commandé me signer à ce bout.

Chastii.lom \

Le 19 février, nouvelle lettre de Coligny à Genlis datée de Saiiil- Maiient : il a reçu de ses nouvelles et le prie de continuer à écrire; on le tiendra au courant des événements^.

Le plan de Condé et de Coligny c'était de gagner le Quercy et d'aller y chercher les Vicomtes, puisqu'ils ne voulaient pas venir à eux , afin de s'ouvrir tous ensemble le chemin de la haute Loire , ou se ferait la jonction avec les Allemands; mais l'armée catholique, bien dirigée par Tavannes, et qui avait l'ordre de combattre à tout prix avant l'arrivée du duc des Deux-Ponts , les gagna de vitesse, s'empara de Châteauneuf, dans la nuit du 12 au 1 3 mars passa la Charente , et le 1 3 livra la bataille de Jarnac où Condé laissa sa vie.

Il en fut de cette bataille comme de celle de Dreux; chaque

^ Nouvelle lettre du xx; Record office, State papers, France, vol. XLV. (Imprimée dans l'appendice de ï Histoire des princes de Condé, t. Il, p. 382.) * Record office , Slatf papers , France, vol. XLV.

parti la raconta a sa manière; le duc (t\4njou en fit un long récit |K>iir le roi, son frère, et pour la reine mère'. Voici la version protestante, et cVst Henri de Navarre qui nous la donne :

Messieurs mes cousins, ce mot de lettre sera seulement pour vous donner advis que, nos ennemis s*e^tant saisis d*un passage de rivière qui nous est grandement préjudiciable et voulant empescher qu ilz y puissent dresser ponts et basteaux pour se rendre maistres du tout, comme c*estoit leur intention , ayant nos forces de cavalerie séparées et sans aucun de nos gens de pied, ni nostrc artillerie, nousfusmes chargés n fimproviste de toute leur armée, tant de François que d*estrangers qu*îlz ont avec eux, mais grâces à Dieu, la perte n*a point esté si grande, comme nous scavons qu*ilz le disent et publient; nous ne serons du tout aiToiblis, mais ce que nous regrettons le plus, c*est que monsieur le Prince, mon oncle , ayant esté fait prisonnier, a esté depuis par les ditz ennemis cruellement et inhumainement occis , et pour ce que nous ne faisons doubte que nos ditz ennemis ne fassent courir beaucoup de bruits qu ilz nous ont defTaits et endommaigés beaucoup plus qu*ilz n'ont fait, et que cela pourroit apporter quelque effroi et estonnement à ceulx qui ont ceste volonté et ce désir de nous servir, nous vous avons incontinent dépesché ce jK)rteur pour vous prier de n adjouster foy aux bruits que nos ennemis feront courir, vous asseurant que nous avons envoie de bonnes et grandes forces pour vous joindre qui sont en aussi bonne volonté qu'elles feront paroistre de ne se départir et plus tost mourir tous , quoique tous les desastres du monde fussent tombés sur nos testes, que nous ne voyons le service de Dieu restabli en ce royaume, et seulement que vous usiez de la plus grande diligence que vous pourrez pour vous approcher de nous , comme nous nous asseurons bien que vous ferez, qui me gardera de vous faire plus longue lettre, priant Dieu, Messieurs mes cousins, vous tenir en sa saincte garde.

De Saint-Jean d'Angely, 17 mars iSBg.

Vostrc bon cousin et affectionné amy, Henry.

Monseigneur le Prince nous a commandé de mettre ici nos signatures.

Chastillon, Ândelot.

Le comte de la Rochefoucault en eusl fait autant , mais on Ta envoyé n la Rochelle '.

Le Record office en conserve une copie.

Record office , Suitc pofffrs , Frai. ce, vol. XLV. (Copie.)

Il fallait également rassurer Elisabeth sur les conséquentes de la bataille de Jarnac; c est Jeanne d'Albret qui s'en chargea :

Monsieur Cecill , je ne doubte nullement que noz ennemis ne faccnt publier partout avec le plus grand avantaige qu'ilz pourront tout le contraire de ce qui s*est passé à la rencontre faicte des deux armées le xiij de ce présent mois ; mais désirant que les choses soient racontées au vray comme elles sont, ceste occasion a faict que mon filz et moy avons depesché devers la Royne , vostre souveraine, le sieur de Puch de Pardaillan , gentilhonmie d'honneur et de qualité , et mareschal de camp de l'année sous la conduite de mon dict filz , sur la suffisance duquel me remettant à vous discourir ce qui en est, pour Tasseurance que j'ay qu'il est digne de foy, je ne vous en feray pour ce regard ma lettre plus longue; bien vous prierai-je, Monsieur Cecill, que pour plus aisément obtenir le secours et assistance que nous requérons de sa Majesté en une si juste et légitime cause, que vous veuillez continuer la bonne affection que vous y portez et ne vous espargncr à faire tout ce qu'il vous sera possible pour favoriser nostre demande de tous les moyens que je scais que vous avez, et dont je me suis desjà appercue en ce que nous avons eu à négocier envers sa dicte Majesté , espérant qu'oultre que vous ferez en cet endroict un fort bon office qui sera agréable à Dieu , pour la querelle duquel nous avons délibéré tant grans que petits n'espargner biens , ni vie que son pur service ne soit , selon sa saincte parole , maintenu et conservé en ce royaume, pour la liberté de noz consciences contre la mauvaise volonté et animosité des ennemis et perturbateurs du bien et repos d'iceluy, que le plaisir que vous nous ferez particulièrement vous sera recogneu , s'offrant quelque bonne occasion , et lorsque me vouldrez emploier. d'aussi bon cueur que je supplie le Créateur, Monsieur Cecill, vous tenir en sa saincte garde.

De la Rochelle, ce xxj mars iBGg.

De sa main : Je vous prie que mon filz, qui à ce commencement d'affaires a besoin d'avoir des amis , vous trouve tel que luy et moy vous serons, et vous prie asseurer tousjours à la royne, vostre maistresse, que, obligeant un tel serviteur comme mon filz, elle en tirera avec l'âge et le temps quelque bon service.

Jehanne ^

De son côlé le duc d'Anjou ayant annoncé sa victoire à Elisabeth, il y a intérêt à connaître la réponse qu'elle lui fit :

Monseigneur, deux jours passés, vos lettres faisant mention d'un escripteaH qu'avons ensemble receu , nous ont esté baillées par l'ambassa-

' Record office, State papers, France, vol. XLV. (Autographe.)

— 2/il —

deur icy résident, dont nous avez voulu faire entendre comment une victoire, le treiaesnie jour de mars, a esté par vous gaignée sur le prince de Condé qui aussi y meurt, par laquelle il semble quon attend de nous une resjouissance. En premier lieu vous remercions de la bonne souvenance qu'aviez eue de nous , de nous en mander sitost des nouvelles en temps tant brouillé des grandes affaires dont, de nécessité, la charge en est à vous; or nous nous en resjouirons en tant que pourrons cy après voir à l'œil que , par effusion de tant de samg chrestien , le roy nostre bon frère en pourra gaigner une parfaite obéissance à Tendroit de ses subjetz (comme de raison) , tant de cœur que de corps, car autrement ces victoires nous semblent tant seulement se pouvoir ainsi nommer par titre et non par fait, ce qui nous est souvent venu en considération, ayant esgard aux très misérables guerres civiles , auxquelles nous craignons qu'on est si soigneux plustost à faire des menées pour en nourrir et entretenir la haine civile , dont beaucoup de sang , non seulement de pauvres gens , mais aussi de ses propres et plus proches parens en soit espandu , que à pacifier les troubles et apaiser les dilTérens et discordes, car autrement nous croyons que le roy nostre bon frère , ni la reyne sa mère eussent esté persuadés d'avoir accepté nos offres qui tendoient à en procurer un accord et pacification honorable entre ses subjets ; au lieu de nous resjouir de telles victoires nous ne nous scaurons abstenir d'exprimer (tenant Testât qu'avez) le regret qu'avons de voir les affaires de nostre bon frère tellement conduites et menées, qu'il en soit contraint de vous hasarder son plus proche et très cher frère , et d'employer vos printemps et verd âge aux entreprises si dangereuses , que la victoire du quel costé qui vouldra, la perte, ruine et degast sera au sang de gens de vostre propre pays, et puisqu'on n'a voulu ensuivre ni accepter nostre bon avis, il fault que nous en remettions le remède à la providence de Dieu tout puissant, souhaitant du cœur tel accord, que en puisse jouir du repos nostre bon frère; à tant, nostre bon cousin, après vous avoir très affectueusement salué , nous prions le Créateur vous guider et vous avoir en sa saincte garde.*

Donné à Westminster, le xvij d'avril 1 569.

Elisabeth \

Coligny, craignant que M. de Pardaillan , envoyé après la bataille de Jarnac en Angleterre, ne pût facilement y parvenir, pour plus de sûreté fit partir peu après M. de Saint-Simon et le recommanda à Cécil :

Monsieur, encores que puis nagueres la royne de Navare et monsei-

' Record office ,Siate paptrs , France, vol. XLV. (Minute originale.)

gneur le Prince son liis, ayant depesché par devers la Reyne, vosli'e maistresse , M' de Pardaillan, par lequel sa Majesté aura esté advertie de Testât de nos affaires . toutesfois le doubte que nous faisons que peut estre que la dicte dépesclie ne soit si tost parvenue jusque à vous , comme nous désirons pour les périls , inconveniens et empeschemens qui peuvent advenir sur la mer, aussi qu il est survenu nouvelles occurrences, dont nous asseurons que sa dicte Majesté sera très ayse d'estœ advertie , nous n'avons voulu faillir de vous foire une recharge par M' de Saint-Simon , gentilhomme ordinaire de la chamhre du Boy. La suffisance et intégrité du quel m'erapesche de vous faire ceste plus longue , sinon pour vous prier de le vouloir croire de ce qu'il vous dira de ma part, comme vous voudriez faire moy mesmes , et pour me recommander bien affectueusement a vos bonnes grâces , priant le Créateur vous donner.

Monsieur, avec les siennes très-sainctes , très-heureuse vie.

A , ce vij" jour d'avril 1569.

Votre entièrement bon et affectionné amy,

ClIASTILI.ON '

De son côté, Henri de Navarre recommanda M. de Saint-Simon Elisabeth :

Madame, ne voulant pas faillir de vous tenir souvent et au vray advertie de tout ce qui se passe entre nous et nos ennemys , et comme les affaires succèdent de l'une et de l'autre part, la royne ma mère et moy et les principaulx seigneurs de ceste armée avons ad visé de vous envoyer les' de Saint-Symons , gentilhomme d'honneur et de qualité , présent porteur, bien instruit de Testât de toutes choses survenues depuis l'expédition du s' de Pardaillan, lequel nous depeschames devers vous incontinent après la rencontre des deux armées qui fut le treiziesme jour du mois passé , vous suppliant bien humblement. Madame, le vouloir ouyr et croyre ce qu'il vous dira et remonstrera de nos parts, comme vouidriez faire moy mesmes, et nous continuer, en ceste saincte et légitime cause, commune à tous les potentats et peuples professeurs de TEvangille, dont, Madame , vous estes , par la grâce de Dieu , avec ceulx qui luy a pieu de mettre soubs vostre snbjection et puissance , une partie bien principale , la faveur et bonne volunté que nous avons jusque icy trouvées en vous, pour nous opposer constamment aux desseigns des conjurés ennemys de nostre Dieu et du repos publicq de toute la chrestienté; et quant il vous plaira tirer de moy le service que je vous désire faire, vous me trouverez tousjours aussi prcst et affectionné que de bien bon cœur pré-

' hecord nflicr , State paprrs , France, \o\. XLV. (Original.)

sente mes irès-hunibles recommandations à vos bonnes grâces, et supplie nostre Sauveur vous donner.

Madame, en parfaicte santé très-heureuse et longue vie.

De Xainctes, le vij* jour d'avril 1669.

Votre très humble et obéissant cousin , Henry*.

L'historien de la maison de Condé a publié à Tappendice plusieurs leltres de la veuve de Condé, Françoise d'Orléans ; celle que nous donnons ici est inédite et datée de la Rochelle le 12 avril:

Madame, espérant et désirant que mon arrivée en vostre royaulme ne soit mal agréable à vostre Majesté , comme j*entends que aulcuns se efforcent de la faire trouver estrange, oultrc ce que je crois que monsieur de Pardaillan vous en peust avoir dit des premières occasions de ma délibération , j'en escrips à monsieur le comte de Lecestre, de la courtoisie du quel je prens confiance qu'il prendra la peine, pour l'amour de moy, d'en informer vostre Majesté , et m'asseure sur la clarté de vostre jugement que je cognois de tout temps que vous apercevrez bien que la résolution de mon partement est prinse longtemps devant le triste événement de la perte que nous avons faict on la mort de monsieur le prince de Condé , et lors que l'armée estoit plus fleurissante et plaine d'assurance de recevoir renfort de toutes parts, nous envoiant lors les fleurs nous ne pouvions , sans mériter d'estre taxés de peu de foi , espérer moins que en cueillir les fruits, et afHn que je ne parle point devant vostre Majesté sans tesmoignage de ma conception et espérance, la lettre que j'escrivis à monsieur le secrétaire Cécile, par le seigneur Winter de Unguibus Anglici Leonis , en fait bien apparoi^tre , à ceste heure que il a pieu à Dieu nous donner ung avertissement qui dit en lettres hierogliphicques : Qui itul videal ne codai. Neantmoins je crois que vostre Majesté est bien avertie que, hors la réputation de la mort du prince de Condé, les ennemis n'ont point eu d'avantaige à conquérir pays ou villes, pourquoi ay-je esté contraint de chercher les pays estrangers , et s appercevra bien V. M. que , ceste mienne pérégrination aiant esté premièrement entreprinse avec mes supérieurs, despuis interrompue par eulx pour aulcunes considérations , il n'est de merveilles si je n'ay voulu laisser de la poursuivre pour mon plaisir particulier et pour jouir des arrérages de mariage trop longuement procrastiné à mon domage à ceste heure pour faire justice de moi mesmes précipitée , lorsque après avoir perdu beaucoup d'occasions , en atendant i'oportunité et reiglement de mes affaires domestiques , j'ay veu que la confusion des affaires publiques prolongeeit nécessairement le

' Hccord office, Slnle papers, France, vol. XLV. (Original.)

desordre des miennes, si est ce que ceste espérance d'ung plaisir assaisonné d'une petite pointe de despit non moins juste que le plaisir est légitime , m'a fait prendre une resolution , et devise conforme : Posai Jinem caris, spes ti fortana valete. Vostre Majesté en scaura bien juger si c'est justement, ou contre raison et en jugera (je m'assure) par equanimité en contrepesant la supersticieuse sévérité de aulcungs critiques et rigorens envers aultres et par aventure trop indulgens envers *)y mesmes. Madame , faisant Hn , je suppliera^ votre Majesté me pardonner si je i'ay ennuy de ce longée propos de mes affaires, c est pour ne demeurer en aulcune mauvaise opinion en vostre endroit, et prie Dieu qu'il me face la grâce de arriver à la bonne beure en lieu que jave cest beur de baiser les mains de vostre Majesté '.

Les protestants avaient dans le cardinal de Chàlillon un agent bien actif; le Record office a conservé toutes ses lettres; chaque jour il renouvelle ses demandes; cest lui qui est le grand pourvoyeur de la Hochelle; il y envoie des vivres, de la poudre, des cuirs pour les chaussures des hommes d'armes. Obtenir de Fargent était plus difficile, Elisabeth tenant à de bonnes garanties; Coligny écrit à Cécil qu'ils ont envoyé à Londres par M. de Douet le plus de bijoux et de joyaux qu'ils ont pu rassembler, et il prie Cécil (le leur faire prêter par la reine sur ces gages 20,000 livres. Henri de Navarre écrit également à Cécil :

Monsieur Cccille, encores que vous vous soyez desià par ci devant employé pour les affaires de ceste cause envers la royne, si que il se présente aujourd'buy une nouvelle occasion, à la quelle tous fidèles chrestiens se doibvent employer, qui est , qu'estant en nécessité de recouvrer incontinant une grosse somme de deniers, la royne, ma mère, et nioy en supplions très-humblement la royne, à ce qu'il luy plaise nous continuer son assistance d'une bonne somme de deniers, à ceste fin que ce nous soit ung moien et à toute la chrestieneté de parvenir à ung repos perpétuel, lequel ne nous peult manquer, selon l'apparance humaine, pourveu que chascun s'efforce d'ayder ung peu de ses moyens. A ceste fin, je vous supplie, qu'en nous continuant tousjours vostre bonne volonté, faire tant envers la royne, qu'elle nous puisse secourir ou faire secourir d'une bonne somme de deniers, qu'il nous fault promptement recouvrer pour bailler en une armée grande et merveilleuse qui nous est venue d'Allemagne, ainsi que plus au long vous fera entendre le s' de Douet, qui porte quant et soy plusieurs bagues pretieuses et de grande valeur, pour les bailler à la ro> ne , ou à ceulx qui

' Record office, State papers , France, vol. XL VI.

voudront prester denier, pour la sécurité d*iceulx , que je vous supplve de croire comme moy mesme. En me remettant sur sa suffisance, je liniray ma lettre en me recommandant bien affectueusement à vos bonnes grâces et suppliera^ le Créateur, Monsieur de Cecille , qu il vous ayt en sa garde.

A Archiac , le 6' jour de juin 1 669.

Vostre bien bon amy,

Henry*.

A côté de cetle lettre plaçons le reçu d^EIisabelh :

Comme nous avons ce jourd'huy commandé à M' Tbomas de Gressen , chevallier, bailler et deslivrer au seigneur cardinal de Chastillon la somme de vingt mille livres , monnoie de notre royaulme, pour Tamiable prest que nous faisons de ceste somme à notre seur et cousine la royne de Navarre et aux sieurs princes de Navarre et Condé, ensemble au dict sieur cardinal et au sieur admirai de France, son frère, et aultres només au pouvoir que, sur ce, a esté envoie au dict sieur cardinal par la reine , princes et sieurs susdicts, et que, pour la seureté du paiement et satisfaction d'icelle somme de vingt mil livres, nous aient esté baillés et délivrés par le dict sieur cardinal les gaiges qui s*ensuivent, scavoir est : ung grand collier où y a douze grands diamans, celiuy du milieu en poincte, les onze en table, dont Tung pend, au bout du dict collier, avec trois grosses perles en poire et douze couplets de cordelliere d'or, garnie chascune cordelliere de huit perles , dont v a deifault de trois perles sur le tout; plus une bague à pendre d'ung gros ruby Ballai et une grosse perle en poire qui pend au bout. A ceste cause et pour la descharge du dict sieur cardinal , nous luy avons faict expédier les présentes , signées de nostre main et scellées de nostre scel , par les quelles certifions avoir receu du dict sieur cardinal , en gaige et pour la seureté de la dicte somme de vingt mil livres , les bagues cy dessus spécifiées , avec condition et promesse que nous faisons par ces présentes des icelles bagues rendre et restituer au dict sieur cardinal , ou à ceulx qui auront semblable pouvoir de la susdicte reine, princes et sieurs ou leurs héritiers et successeurs, et nous paiant la dicte somme de vingt mil livres, monnoie susdicte. En foi de quoi avons commandé les présentes estre expédiées à icelluy sieur cardinal, et icelles avons signé de nostre main et faict sceller de nostre scel.

A Otiands , ce troisiesme jour du mois d* avril mil cinq cens soixante neuf.

Elizabeth, RV

' Rritish Mus. Bibl. Cotton, Transacta inler AntjUaot et Franciam. (1567-76.) * Record office, State papers, France, vol. XLVI. (Copie du temps.)

La Mothe-Fénelon (sa cnrrespondanci' , à chaque pago, on Icmoi- <>^ne^) n'épargnait ni les avertissements, ni les plaintes contre les infractions perpétuelles aux traités; il nous suflira de citer une de ces remontrances.

Que sur Tadvis qu on a donné au Roy, comme au nom et par les ambassadeur ou agcns de la Majesté de la dicte Dame en Allemagne, il s y faict levée de gens de guerre, de pied et de cheval, et grande fourniture de deniers aux princes protestans, cl quà son instance, ils sont sollicités et instigués de descendre en France, il luy plaise, d'au liant que ce seroit une manifeste infraction de paix de son costé , faire cesser ces mauvays depporlemens, et donner quelque satisfaction là dessus au roy, son bon frère, qui ne peult ny veult estimer que telle chose prrcede aucunement de fintention de la dicte Dame.

Qu il luy plaise aussi faire cesser le commerce de ses subjects à la Rochelle, et accepter celuy que le roy luy offre pour eulx, en tels aultres endroits de son dict royaulme, qui présentement luy obéissent, qu'ils vouldront choisir, avecq toute faveur et bon traictement, car estime pour ceste heure incompatibles tous les aultres tralTicqs de son royaulme, avecq celuy du dict lieu de la Rochelle.

Et soit aussi son bon plaisir de faire , que la pratique et intelligence que ceulx du dict lieu de la Rochelle mènent ou\ ertement en ce royaulme , pour se fournir d'armes , de munitions de guerre , de vivres , d'argent en grande quantité , et encores tirer des gens de pied et de cheval naturels et estrangiers, et grande faveur des navires sur mer, contre le roy et ses bons subjects, au grand préjudice de la paix d'entre ces deux royaulmes^, ayent à cesser, car leurs Majestés se sont mutuellement obligées, pour elles et leurs subjects, à Tentrétenement des traictés.

Que pour mettre fin à la restitution et délivrance des biens des Françoys par de çà , sa dicte Majesté veuille expédier une lettre signée de sa main, conforme à celle que le roy a desjà signée et expédiée* pour la deslivrance et restitution des biens des Angloys en son royauhne , de la quelle le dict ambassadeur a mis une copie collationnée à l'original , soubz son seing , es mains de M' Cecille , et accorder, le jour qu'elle vouldra , que la deslivrance en soyt mutuellement faicte, lequel jour monsieur le mareschul de Cossé estime qui sera bon au xx ou xxv"* du moys d'aoust prochain.

Et par ce que les pirates , nonobstant les bonnes ordonnances de la dicte Dame , ne laissoient estre reçus et favorisés es ports et rades de ce royaulme , et que les officiers les supportent et vont si bien dissimulant avec eulx, que les pauvres subjects du roy ne peuvent avoir justice de

* Voy. Correspondance de 1m Mothe-Fénelon, t. I pl If.

leurs dépradations , il plaine à sa M«')jesté trouver bon, que de la part du Roy el sienne soit equtppé du premier jour ung nombre de navires de guerre pour les aller appréhender et en nettoyer la mer, et asseurer la navigation à leurs communs subjccts, mesmement que le dict ambassadeur a advis qu*il est sorty, puis peu de jours, des ports d'Angleterre plus de vingt-cinq vaisseaux armés pour aller nommément rencontrer une flotte des François qui revient des terres neuves, et piller, comme ils disent, tous les papistes qu'ils trouveront en mer.

Et commander qu'il soyt pourveu aux pauvres marchands et mariniers françoys, qui sont icy à la poursuite de leurs biens, selon les requestes et pitoyables demandes qu'ils ont baillées au dict ambassadeur pour les présenter à sa Majesté ^

Durant tout le mois d'août el de septembre, mêmes intrigues du canlinal de Chàtillon; nous ne mentionnerons que dtux de ses lettres :

1 2 août, à Cécil : « L'armée des princes a besoin d'élre secourue de poudres, et d'autant plus à présent que les ennemis ont mis le siège devant Poitiers; il demande un passe-port et une lettre de Cécil pour laisser passer six letz de poudre; il les enverra par le navire qui porte M. de Cavaignes qui va à la Rochelle pour l'elTet que le dit sieur Cécil sait^. »

2 1 août, à Cécil : «Ceux de la Rochelle ont besoin d'être secourus de n^archandises; il demande licence de le faire par Fintermédiaire d'un marchand angloîs dont il donnera le nom'. ■

De son c6lé La Mothe-Fénelon était infatigable pnur dénoncer toutes ces menées; en envoyant à Cécil (septembre) la lettre du roi el de la reine annonçant la pribc de Poitiers, il demande de nouveau qu'il soit interdit aux Anglais d'aller à la Rochelle.

Nous voilà arrivé à la bataille de Moncontour : ce n'est que le i6 octobre que la nouvelle officielle en parvint en Angleterre; une lettre de Cavaignes à Cécil est la première qui donne quelques détails, mais c'est dans le but d'allérmer le mauvais eflet de leur défaite : «La bataille dernièrement donnée, écrit-il, les a peu affoiblis; leur cavalerie tant françoise qu'allemande est aussi grande que devant; ils font une partie du payement des reystres qui donnent quelques termes pour le reste; il le prie de s'entendre

' Record office, State papers, France, vol. XLVI. (Lettre inédite.) * Record office , Stalc papers , France, vol. XLVÏ. (Original.) ' Ihid.

avec le cardinal pour voir à les aider et secourir, en attendant le secours qui leur vient d'Allemagne ^ »

Maintenant voyons en quels termes Henri de Navarre et le fils aîno de Condé, Henri de Bourbon , annoncent à Ceci! la perte de la bataille de Mon I contour:

Monsieur Cecill, nous envoyons à monsieur le cardinal, notre cousin et oncle, le discours de la bataille dernièrement donnée le tr"* de ce mois et Tavons prié de vous en faire part, comme celluy que nous sravons estre si zélé en la cause que nous soutenons , que vous serez grandement en suspens jusqu'à ce que vous en scaurez la vérité, et par ce que vous ne désirerez pas moins scavoir Testât au quel depuis la bttulle nous sommes, nous Tavons pareillement représenté par le dict discours, et depuis , par ce qu'en avons escript à nostre cousin et oncle , et scaicbant que le tout vous sera par luy faict entendre, nous en remettrons à ce qu'il vous en dira ; et par ce que nous avons entendu par le s' de Cavaignes les bons offices que vous faictes pour nous en ciffaircs qui nous concernent et la peine que vous y prenez tous les jours, combien que la seule rétribution qui vous attend du Ciel, comme à tous ceulx qui s'employent vertueusement à l'honneur du Seigneur, à In defTense et amplification de son règne, soit le but principal de vos actions en cest endroîct, nous ne laissons de vous en estre bien fort obligés à recognoistre par tous les moyens que Dieu nous donnera les biens que nous rcssantons de vostre part, lesquels nous sommes contraincts, à cestc heure, plus que jamais, vous prier vouloir continuer et accroistre, puis qu'il plaist à Dieu que le danger et besoing soit accreu et multiplié sur nous, et par consequant, d'autant plus à proche de tous ceulx qui font profession d' estre delixrés du joug de l'Antéchrist. Nous vous ferions plus ample remonstrance , si nous n'estions asseurés que votre bon zellc n'a besoing d'excitation, et que vous considérez, avec la prudence que Dieu vous a donnée, ce qui est nécessaire et expédiant, tant pour le service de Dieu, que pour la seureté de ceulx qui font profession d' estre de son party, et singulièrement de la Majesté de la royne, la quelle comme tenant le premier lieu entre les princes de la religion, et pour autres particulières occasions que vous scavez, est la première en la hayne et envye de nos communs ennemis. F^t pnur ce que toutes ces choses vous en conférerez avec notre dict cousin et oncle plus amplement que ne pourrions par lettre , nous ferons fm , vous asseurant que nous avons si agréable la bonne et inthyme amytié qui est entre vous, que nous estimons tout ce que vous faictes en son endroit estre faict à nous mesmes,

* Hecord office, State fwpers, France, vol. XLVI. (Original.)

et le recognoîstrons par ung accroissement crobligations envers vous; sur ce vous ayant sallué de nos afTectionnées recommandations à vostre bonne grâce, prions le Seigneur vous donner,

Monsieur Cecill, en tout hœur et santé multiplication de ses sainctes grâces.

De Xainctes, ce xvj* octobre iSÔg.

Vos bien bons et affectionnés amys, Henry. Henry de Bourbon '.

Elisabeth, lorsqu'elle reçut la lettre du roi qui lui annoni^ail cette victoire, se vit île nouveau contrainte, ainsi quelle Tavait fait pour Jarnac, de le féliciter. Les deux lettres quelle écrivit se ressentent de la mauvaise impression sous laquelle elle était; dans celle à la reine mère elle a bien soin de dire que c'est sur les sujets du roi que cette regrettable victoire a été remportée.

Très-hault Sire, tant par vos lettres du vuj* d octobre que nous a présentées le sieur de la Mothe, votre ambassadeur résidant auprès de nous, comme par son rapport par crédit d'icelles, avons entendu le discours en gênerai de la victoire qu il a pieu à Dieu vous octroyer en la bataille, dont escripvez, recepvant tous jours très-grand contentement du bon événement en toutes vos choses qui touchent et concernent vostre honneur et Tadvancement de la gloire de Dieu , selon la bonne affection que indubitablement vous portons , ' nous persuadant que Dieu faict eschoir les victoires selon sa saincte volunté, et parmission, pour inciter les ungs et les aultres de tant mieulx le cognoistre; et comme avons participé à Tciise et plaisir que recepvrez d*un si heureux succès, ainsi serons très-aise et preste de nous efforcer de faire chose qui puisse servir pour mettre fm à tant de maulx et afflictions, dont telles guerres civiles sont accompaigaées , estimant estre acte très-sainct et très-scéant à notre profession, et à notre amityé commune, d'y employer le mo^en que Dieu nous a donné, comme avons tous jours desyré, et nous y présentons encores, quand vouldrez l'adviser; et sur ce, nous remettant pour le reste à vostre dict ambassadeur, pryerons le Créateur vous tenir en sa saincte et digne garde et vous multiplier se^ grâces.

Elisabeth '.

Très-haulte et excellente princesse, etc. Par les lettres de nostre bon frère le roy vostre fils et par les vostrcs que nous a baillées le s' de la

' Record office , State papers, France, \o\. XLVI. (Original.)

* Hecord office, State papers, France, voi. XLVI. (Copie du teinp.s.)

MotlH\ son aniJiassadeur résidant près de nous, ot par Je rapport du dict ambassadeur, avons esté advertye de l'heureuv succès qu'a eu nostre cousin le duc d'Anjou , vostre iils, sur les subjects du roy, et pour la sincère affection que portons à nostre dict bon frère, à qui comme prince souverain toute obéissance est due en son royaulme, nous souhaitons, du meilleur endroit de notre cueur, qu il eust mis Hn à tant de misères et calamités que, de jour à autre, entendons eschoir sur son peuple et pays par ces guerres civiles, de telle façon allumées en son royaume, et que Dieu y fnst servy et honoré comme appartient, luy obey, et ses bons et fidèles subjects asseurés et soulagés, vous pryant de croire que serons très-aise de nous y employer, comme chose plaisante à Dieu et séant à tout bon prince amy et allxé, et pour ce pouvez asseurement faire estât de nous, comme avons plus amplement dict au dict s' de la Mothe auquel nous nous remettons.

Elisabeth \

Il fallait à tout prix atténuer en Anglfterre la portée de cette nouvelle défaite; les letti-es des princes n'y sullisant pas, c est au cardinal de Chàlillon que fut dévolue celle tâche; ^lans une note il résume en ces teimes toiites les lettres qu'il a reçues dernièrement :

Monsieur le cardinal de Chasttllon a reçeu lettres de monsieur fadmiral son frère datées de Montauban du xxij* de novembre, par les quelles il escript que messieurs les princes se portent très-bien , et que leur armée s'enfle, de jour à autre, des troupes qui leur surviennent et se renforce de Tartillerie qu ils ont trouvée par de là; que leurs reistres sont fort contens, et ont receu deniers, et en somme que leur armée est si rafraischie et restaurée de la perte qu elle avoit faicte, qu'il n'y paroist plus ou bien peu. — Ilz ne trouvent point de difficulté à faire joindre avec eux monsieur le conte de Montgomery et les Vicontes, quand ils vouidront. Leur armée sera de six mil v* chevaux et de xijvi* harqbouziers. Monsieur le comte de la Rochefoucauld et monsieur de Coras, chancelier de la royne de Navarre escrivent au s' cardinal que tout se porte bien à la Rochelle, et qu'ils n'y ont pour le présent faulte d'aucune chose; que Saint Jehan d'Angely, qui est une très-mauvaise place, après avoir tenu une armée ro^alle et victorieuse sept sepmaines durant, a esté rendue avec composition fort honorable par le capitaine Pilles, lequel y a faict actes de prouesse fort mémorables et signalés, ayant faict plusieurs braves saillies, tué grand nombre d'ennemys, entre les quels est mon- .sieur de Martigues, endoué deux ou trois canons, mis le feu dedans

* Becord office, State papers, France» vol. XLVI. (Copie du temp!(.\

partie de leurs poulcires et n*n rendu la dicte place, quelle que mauvaise (fuelie soît, jusques à ce que la faulte de pouidres et munitions Ta contraint de ce faille; il es' soriy avec ses troupes, leurs armes et bagages. On escript que le Roy Ta voulu vcoir au sortir, et que de là avec bonne troupe il scst ailé mettre dedans Angoulesnie.

Le dit s' de Coras escript pareillement que le s' de Romegoux , gouverneur de Taillebourg, a surpris de nuict Tenncmy dedans la ville de Xainctes et couppé la gorge aux soldats qui estoient dedans et emmené trois ou quatre chevaliers de l'ordre prisonniers.

Quant à la paix , on en est en termes bien avant , et le s' de Renty a esté despeché avec sauf confîuit du roy devers messieurs les princes et M. fadmiral. d'où il estoit de retour à la Rochelle le uj* de ce moys de décembre. Par le discours de leurs lettres, le dict s' cardinal cognoist qu'ils ne veulent point user de précipitation, et qu'ils en veulent avoir l'advis de ceux à qui il touche, et mesmes qui cognoissent bien qu'ils ont affaire à gens qui ont cy devant violé la foy et seureté publique.

Le dict s' cardinal n'a point receii les lettres et discours que la royne de Navarre luy envoyoit, d'aultant que celuy qu'il les portoit s'est trouvé si mal sur la mer qu'il a esté contraint de relascher. Aussy tost qu'il les aura receus, il ne fauldra d'advertir sa Majesté et messieurs de son (ionseil du contenu en icelles'.

El) dépit de ces assurances les protestants désiraient la paix, et une premièi'e tentative fut faite par M. de la Personne. Le rérit en a été conservé.

Aujourd'huy, xxuij' jour de novembre mil cinq cens >oixante neuf, le roy estant en son conseil, au quel assistoient la royne, sa niere, monseigneur, le duc d'Anjou, frère de sa Majesté, et son lieutenant gênerai, représentant sa personne par tout son royaulme et pays de son obéissance, mes.Heigneur.<i le cardinal de Bourbon, duc de Montpensier et prince Daulpliin, princes de sang, monseigneur le cardinal de Lorrayne, messieurs le duc de Montmorency et de Vieilleville , mareschaulx de France, les ducs de Bouillon et D'uzes, s^ de Morvilliers et evesque de Lymosges, s' de Chaulne, de Carnavallet et de Losses, tous conseillers au conseil privé de sa dicte Majesté , le s' de la Personne a faict entendre à sa dicte Majesté de bouche de la part des messieurs les princes , monsieur l'admirai, et de toute la noblesse qui les accompagnent, ce qui s'en suit :

Le s' de la Personne a dict au roy de la paii; des messieurs les princes , de monsieur l'admirai et de toute la noblesse qui les accompagne,

* Herord office, State paprrs, h'ancr, vol. XLVI.

(jue, tous ensemble le supplieiil irès-liiiinblemeiU, comme ses subjecis très-humbles et affectionnés, de considérer ce qui est pour le bien de son service, et comme il n'appartient en auctme manière à ung subject de capituler avec son prince, qui est cause qu'ils ne se sont osés bazarder, sans l'exprès commandement de sa Majesté, de requérir d'aucune chose sa dicte Majesté; mais disent que, comme roy, il luy plaise mettre en avant son edict, son intention et sa loy, et leur faire cest honneur que de la leur faire entendre, usant envers eulx, comme roy, et eulx feront veoir à sa Majesté, de quelle volunlé ils cheminent pour le regard de son service et de l'obéissance qui luy est deue, et quel zèle ils ont au bien et repos de ce royaulme , et s'il luy piaist leur comander ou trouver bon qu'ils luy demandent la paix, ils la luy demandent, le genoux en terre, avecq toute humilité qu'un subject doibt à son prince, et si sa Majesté trouve bon d'envoyer devers eulx pour leur faire entendre son intention, ou ijue eulx envoyent, aînsv que dict est, qu'il luy plaise faire bailler toules les sécuritis requises et nécessaires à cesl effect.

Sur quoy le dici seigneur rov lui a fairt de bouche l:i response qui s'en suit :

La Personne, à mon grand regret, j'employe mes f<)rres à re(|uér!rre qui est de tout temps mien, et aymerois mieuk veoir mes subject* réunis avec les bons qui me servent pour m'ayder à agrandir ce royaume , que de le veoir ruiné, chose que, s'i's ont la volonté telle que vous me dictes, je veulx oublyer vers eulx, et se recongnoissans en mon endroicl comme m'asseurez, je leur feray cognoislre qu'ils ne scauroient avoir jamais ung meilleur roy qui les veuille mieulx Iraicter. Baillez moy par escript ce que m'avez dict, je leur feray telle response <|ue, s'ils ont la volonté comme les parolles, ils auront occasion de se contenter.

Le s' de la Personne a incontinent mis par escript ce qu'il avoyt dict à sa Majesté, et en la mesme forme qu'il l'avoit desduit, ainsy que dessus, et l'ayant rapporté à sa dicte Majesté, a esté leu au dict Conseil en sa présence, et puys il la signa de sa propre main et baillé à sa dicte Majesté, moy son secrétaire d'Estat présent.

Le roy a esté très-ayse d'entendre ce que le s' de la Personne luy a dict de la part des princes , de l'admirai et de toute la noblesse qui les accompagne , de la bonne volunté qu'ils ont de luy rendre l'obéissance qu'ils luy doibvent, pour venir à l'effect de la quelle, sa Majesté sera très-contente et prendra de bonne part, qu'ils députent tels ou tels qu'ils adviseront pour venir vers Elle, et à ceste fm ont esté baillés à Chemerault les passeports nécessaires pour la seureté de ceul.x qui viendront.

Faict par le commandement de sa Majesté, estant en son Conseil , au quel assistoient la royne, sa mère, monseigneur le duc Daulphin, frère de sa Majesté et son lieutenant gênerai par tout son royaulme et pays

de son obéissance, niesseigneurs le canHnâl de Bourbon, duc de Montpensier et prince Daulphin, princes de sang, monseigneur le cardinal de Lorrayne, messieurs de Montmorency et de Vieilleville, mareschaulx de France, les ducs de Bouillon et D'uzcs, s' de Morvilliers et evesque de Limoges, s" de Chaulne, Carnavallet et dv Losses, tous conseillers au Conseil privé de sa dicte Majesté.

Le xxuij" jour de novembre i5(k)*.

Ces tentatives de rapprochement ayant échoué, les hostilités continuèrent, l'ne lettre datée de la Rochelle (janvier 1670) résume ainsi la situation des deux partis : « L'amiral écrit du commencement du mois que Parmée des princes se trouve fort gaillarde et plus saine qu'elle n'a été depuis un an; la dite armée est au port Sainte-Marie, k trois lieues d'Agen, et tient le bord de la rivière de la Garonne, depuis les porles d'Agen jusque par delà Marmande; le comte de Montgommery est de Taulre bord de la Garonne, tenant tout le pays; de là jusqu'en Béarn, la campagne est libre, les ennemis clos dans les villes; M. de Damville est à Toulouse, Monluc à Agen ; leurs forces sont séparées et mal unies de volontés; la Valette, venu pour accommoder Monluc et Dam- \ ille, n'y a pu réussir; M. de Piles et ceux qui étaient dedans Saint- Jehan sont revenus au camp; les ponts sont rompus sur la Garonne; on annonce la veuuede quatre mille Espagnols à la frontière d'Espagne; les reîtres ont reçu un terme et se montrent dociles; le roi a envoyé vers la reine de Navarre pour hâter la venue des députés pour traiter de la paix; le Croq, maître d'hôtel de sa Majesté, est venu avcic des passe-ports chercher les députés nommés par le conseil de la Rochelle : ce sont MM. de Beaumont, la Nocle, Cargeoy, gentilhomme breton, (iompain,delaChassetière, Brodeau , secrétaire de la reine de Navarre, enfin M. de Téligny, avec un sauf-conduit pour aller et venir, comme il le voudra; les pouvoirs des députés sont limités et fixés à trois points : exercice de la religion, sûreté des vies, restitution des biens^. »

Durant les deux mois de janvier et de février, le cardinal de Chàtillon et le vidame de Chartres ne cessent d'agir en Angleterre dans Tintérétde leur cause ^.

' Record office, State pupers, Frcuice, vol. XLVI. ( Copie du temps.) ' Record office, Slatc papevs, France, vol. XLVH. ' rhid.

Le 6 janvier, le caixliual recommande à Cécil MM. de \ illars et de Lizy qui arrivent d'Allemagne; le '6 1 janvier, le vidante envoie à Cécil le paquet qu^il a permis de faire tenir au régent d'Ecosse; il y joint un récit du siège de Saint-Jeau-d'Angély qu'il l'engage à lire ^

Les pourparlers de paix ^e poursuivaient: le 8 mars, le roi répond au mémoire de la reine de Navarre ^.

La mésintelligence de Damville et deMonluc, tout en favorisant les progrès des protestants en Languedoc, n'était pas étrangère au désir que Catherine avait de traiter. Dans une lettre du 22 février au roi, Damville se justifie de ce dont on l'accuse : « que, par son moyen, les ennemis ont noué des intelligences dans les deux villes de Narbonne et de Toulouse'. » Monluc n'échappait pas non plus aux calomnies; on l'accusait d'avoir des intelligences avec le roi d'Espagne pour mettre en ses mains le pays de Guyenne : c'est un nommé de Pérès (*/r), gentilhomme de Quercy, et son fils, beaufrère du sieur de Crussol, qui avaient envoyé tout exprès un gentilhomme en cour. La reine en instruisit Monluc, ([ui se mit à louer haut ses services et la méconnaissiince qu'on en avait, se plaignant amèrement d'un pareil soupçon; il (it plus, il envoya un cartel à tous ses adversaires et à tous ceux qui voudraient maintenir qu'il avait eu des intelligences avec le roi d'Espagne*.

La nécessité de la paix s'imposait à tous; l'heure de la conclusion s'approchait; le cardinal de Chàtillon entre à ce sujet dans de longues explications avec Cécil; c'est l'exposé lidèle des conditions exigées pour déposer les armes :

Monsieur, je vous ay cy devant amplement escript l'ouverture qui a esté faicte par les papistes de France d'ung pourparlé et abouchement de paix et le but à quoy ils tendoient; et que, sur ce, la royne de Navarre, voulant bien faire cognoistre qu'elle ne fuyoit point les occasions et moyens de parvenir à un si nécessaire et désiré bien , avoit envoyé ses députés vers le roy , qui avoient proposé leurs demandes , aux quelles on avoit respondu.

Je vous ay par mesme moyen faict entendre les artifices des dicts papistes , se voulant prévaloir de la dicte négociation de paix et la faire

• Record office, State papers, France, vol. XLVII.

* IbiJ.

' Ihid.

' Ihid.

servir à J'empeschemetil et deslaveurde nos aH'aires, les bruils (}u*ils ont i'alcts à ceste fin courir de toutes parts , les languages recherchés et visitations apostées tant à Tendroit de l'Empereur que du duc Auguste à diverses fins et pour divers effects, ce qui me gardera de vous en faire aucun discours ou redite par la présente , qui sera seulement pour vous prier, Monsieur, de vouloir mettre peine d'esclaircir tous ceulx que verrez estre à propos de telles impostures de no* adversaires , à ce qu on n*en puisse estre abusé , et sur tout de n*adiouster foy aux bruits d'une faulse paix qu'ils ont semés et qu'ils pourroient encores cy après renouveler.

Vous asseurant que la résolution de la royne de Navarre, de messieurs les princes et de monsieur T amiral , mon frère , est de jamais ne la faire , ne arrester que, devant toutes choses, Dieu par icelle ne soit cogneu et servy, et rexerci>e de sa doctrine et religion estably, et que, à la conclusion d'icelle, la royne d'Angleterre et les très-illustres princes du saint Empire n'interviennent pour en estre non seulement ai bitres, mais aussy gardiens des seuretés d'icelle, tant pour le regard des grandes obligations que nous leur avons , que aussy à ce que la cause est commune , !a seurcté y soit commune , qui est une occasion et commodité qu*it semble (|ue Dieu présente à tous les dicts princes chrestiens pour s'en servir et la quelle tous les gens de bien, s'asseurant de leur pieté et magnanimité, ne doublent point qu ils n'embrassent, poui^ leur estre autant advantageuse et convenable, soit durant nostrc guerre, soit advenant une paix , qu'ils eussent sceu désirer, attendu que , par là ils seroient hors du doubte et dangier, auquel ils peuvent estre , que tant de puissants princes papistes conjurés contre la vérité evangelique, laquelle ne leur est pas odieuse en la France seulement, mais aussy par tous les pays où elle est plantée, n'entreprennent à l'encoalre d'eulx, suyvant les des- .seigns de leur ligue, car, en premier lieu , ils peuvent estre asseurés, pendant que nostj*e guerre durera , de n'estre poinct assaillis , et y a davantage , ({ue si , pour nous ayder à la soustenir et parachever, ils nous vouloient assister de ((uelque peu de leurs moyens, avec une bonne union et intelligence qu'ils auroient ensemble (comme ils devroient et pourroient bien faire) veu qu'ils sont trop clervoyans pour ne cognoislrc de quelle importance est la bonne ou mauvaise yssue de ceste dicte guerre , tant pour le général, que pour leur particulier, on nen pourroit attendre, sinon ung bon et heureux succès qui tourneroit au bien commun.

Pour le moins sommes nous résolus de la poursuivre et y mourir plus tost que de nous en despartir, jusques à ce que nous ayons obtenu une bonne et seure paix, laquelle ne se pouvant conclure que tous les dicts princes chrestiens n'en soient arbitres et dépositaires des seuretés d'icelle , ils sont pour cela bien certains qu'elle ne pourra estre que à leur advantage et a\cc la conser»ation de la religion, la seurclc de leurs Estais n'y soit par eux mesmcs comprise.

Ce qui me fatct vous prier affectueusenieut , Monsieur, de vouloir faire bien peser ce faict aux dicts très-illustres princes, et combien qu'il n'y ayt pour le présent espérance de paix de nostre part , à cause des conditions non recevables qui ont esté offertes par les dicts papistes , si est ci^ que, d'autant que la fin et yssue de la guerre c'est la paix , et que ne pouvant tousjours durer, il faudra que finalment ils y soient réduits , soit par nécessité, ou par autre occasion , et mesmes , si nous sommes tant soit peu secourus , que vous moyennes selon votre prudence et dextérité assez cogneues vers les dicts très-illustres ptinces , que ce pendant ils veuillent bien ad viser aux seuretés qui nous seroient en ce cas nécessaires pour en estre tous prcsis et bien d'accord ensemble, et pour y demeurer fermes et résolus , lors qu ils en seroient par nous requis , conjoingnans en cela leurs conseils et moyens , et ayans tous , avec ceste occasion et pour une si bonne fin, une vraye union et correspondence ensemble, qui les rendra tous jours d'autant plus forts et redoubtés , qu'on les verra plus estroictement lyés , tant du lyen de religion , que d'une ferme et saincte aUiance , à laquelle tx)utes aultres doivent estre postponées.

Et pour le regard de la Majesté de la royne d'Angleterre, j'ay telle cognoissance de son asseuré vouloir et saincte resolution, la quelle elle a faîcte paroistre, autant que princesse dont nous ayons mémoire, par plusieurs actes mémorables à la postérité pour la conservation , tant des églises de son royaume, que de celles des royaumes voisins, sans y rien espargner et sans espérance d'aucun prolFit, ou récompense en ce monde , se préparant au ciel un trésor plus précieux et durable; et d'aulre part, de voyr qu'elle a si cler entendement et solide jugement à prévenir et entendre la conséquence des affaires et occurences qui se présentent , ei ce qui peut importer et au général et à son particulier, que je vous puis asscurer (ju'elle y entrera voluntiers, si elle en est requise; en quoy il me semble qu'il fault moins regarder aux points d'honneur et d'Estat, et de respect qu'on a de commencer à recercher ou estre recerché , qu'il est bien certain (puis qu'il s'agit en cest faict principalement de la cause de Dieu) que ceulx qui y seront les premiers et plus avant entrés et qui auront prévenu et passé les autres à l'advancement de son oeuvre , demeureront en plus d'avantage et d'honneur.

Au reste, Monsieur, par ce que par le gentilhomme que le dict s' amiral, mon frère, m'a mandé vous avoir nagueres dépesché exprès, vous aurez entendu bien particulièrement les desseigns des messieurs les princes pour la continuation de ceste guerre et le chemin qu'ils prennent, espérant vous approcher et estre secourus ce coup à besoing par les dicts très-illustres princes, je ne m'estendray par la présente plus en avant en ce propos, mais bien vous prieray me vouloir faire response sur ce que dessus , et me tenir, le plus souvent que pourrez , adverty de vos nouvelles, ensemble vouloir faire entier estât de moy, qui sur ce me

reconiniaiideray hunibleiueiit à vostre bonne grâce, après avoir supplié iiostre Seigneur vous vouloir,

Monsieur, multiplier les siennes, et tenir en sa très-saincte protection.

De Schin ', ce ix* mars 1670.

Pour éviter toute confusion, nous avons laissé de côté les docu ments relatifs à Marie Stuart; cest le moment d'y revenir, tout en observant que la lâche est à |)eu près faite, grâce à la correspondance imprimée de Lamothe-Fénélon ^ et à la publication de M. Tenlet sur les relations de la France avec TEcosse. Le langage de la cour de France, il faut bien le dire, variait suivant le plus ou moins de contentement quelle avait d'Elisabeth; ainsi, en novembre i56ç), Charles IX ayant à se plaindre et de la reine et des gens de son conseil qui, ne tenant compte d'aucune remontrance, laissaient impunément voler les dépêches de son ambassadeur, demande qu'Elisabelii fasse à la reine, sa belle-sœur, « tel et si bon traitement que sa situation mérite, car la tenant si de court et si resserrée et la traitant si mal, Toutrage qui lui est fait, va jusqu'à le toucher lui m^me; en la remettant en liberté, elle montrera qu'elle a été, ce qu'il croit pour certain, menée et induite par autre esprit que le sien à lui faire si mauvais traitement^. ■ Plus tard, lorsque Laïnothe-Fénelon, ce gardien fidèle des intérêts français, signalera les préparatifs faits en Angleterre pour envahir l'Ecosse et conseillera de conclure la paix avec les protestants, car durant ces longs pourparlers Elisabeth en arrivera à ses fins en Ecosse, Charles IX, sous l'impression de ces avis de chaque jour, lui adressera des instructions (xij avril 1670), où le nom de Marie Stuart est de nouveau mis en avant et sa cause défendue avec plus de chaleur et de fermeté :

Et affin qu*il n'advienne point d'altercation entre nous , vous luy remonstrerez , Monsieur de la Mothe , que considéré les olfres très-grandes que vous et l'evesque de Rosse luy avez faictes , pour le faict de la royne d'Elscosse et de son royaulme , veoyant que , nonobstant icelles , elle faict marcher vers le dict pays d'Escosse de grandes forces, et donne encore ordre de les augmenter, et les fournir de provisions et munitions de guerre, je ne puys bonnement penser que ce soyt seulement pour chas-

• Hecord office, State papers, France, vol. XL Vil.

* Britisb Muséum, coll. Egerton, f" 120. (Original signé.)

•'' Hecord office, State papers, France, vol. XLVll. (Copie du tempN.)

lier [comme elle \ous ditj ses rebelles, qui se sonl retirés par dellà, car aussi ce n*est la façon cFy procéder selon les traiclés , mais bien estimer que c'est à quelque aultre chose que \a son intention, encorcs que la royne d*Escosse soit sa prochaine parente, et qu'elle congnoist bien qu*il ne pcult estre , ny de mon honneur, ny de mon debvoir de le comporter, ny souffrir, et que , si j'ay le coeur comme je le doîbs avoir, je ne puys dégénérer de la vertu et magnanimité de mes prédécesseurs , qui ont tousjours eu ceste ferme resolution, d employer non seulement leurs forces et moyens , mais leurs propres personnes pour assister et soulager les princes, parens et amys opprimés; par quoy ne trouvera estrange la dicte royne , ma bonne soeur, si pour Tancicnne et estroicte amityé , alliance et confédération, qui a esté de lous temps observée, et de règne en -règne continuée et corroborée entre mes dicts prédécesseurs roys et ceulx d'Escosse, aussi pour m' estre la royne du dict pays proche parente et belle soeur, j*embrassc et veulx embrasser le faict de sa cause , comme la mienne propre , en quoy de tant que Tentreprinse est juste et saincte pour une chrestienne princesse, royne légitime et héréditaire, laquelle ne m'est loisible , sans honte et sans faire tort à ma réputation d'aucunement habandonner, j'esperc que je seray assisté de Dieu, et que le roy d'Espagne , ny les aultres princes chrestiens n'habandonneront aussi la dicte dame en ceste sienne nécessité ; mais pour n'en venir là , et devant que les choses passent plus oultre, vous prierez. Monsieur de la Mothe, trèsaffectueusement de ma part, la dicte royne d'Angleten e , ma bonne soeur, qu'elle ne veulle faire entrer ses dictes forces au dict pays d'Escosse, ou, si elles y sont desià entrées, de les retirer, sans y en envoyer davantage, et qu'elle veulle prendre aucun bon et présent expédient, sur la liberté el restitution de la dicte royne d'Escosse, aflin qu'elle puisse aller régir et gouverner son dict royaulme, ainsi qu'elle doibt et luy appartient, estant née royne du dict pays, et ce pendant en laisser faire à ceulx qui, de par elle et soubs son auctorité , seront commis et députés au dict gouvernement, attendu qu'on asseure qu'il n'y est donné aucun empeschement que par ceulx qui sont soustenus par la dicte royne d'Angleterre, ma bonne soeur, à laquelle direz davantage ces deux choses : l'une , que je n'ay rien en plus grand désir, que de continuer en tou*( bons et vrais offices d' amityé qu'il me sera possible avecq elle, sans y contrevenir pour chose que ce soyt , si l'obligation et la nécessité du debvoir ne m'y contraignent; l'aultre, que je luy veulx de bon coeur respondre , que la royne d'Escosse non seulement entretiendra et gardera de bonne foy tous les précédens traictés d'entre elles et leurs royaulmes^ mais encore ceulx qui, pour sa liberté et restitution, pourront estre de nouveau faicts et accordés entre elles , et qu'elle vivra avec la dicte royne d'Angleterre , en vraie et entière observance de droits et sincère amytié, sans y contrevenir nucunenienl, el que de ce jeluv en fcray telle promesse el seurefé ,

quelle aura occasion d'eu demeurer très-conlente et bien asseurée, de quoy vous mettrez peine d*en scavoir promptement sa volonté et de noter bien tout ce qu elle vous dira là dessus , pour incontinant m'en advertir '.

Plus ta,rd, nous aurons plus d'une fois Toccasion de revenir à Marie Stuart; mais tant d'intérêt s'attache à sa personne, à tout ce qui la concerne, que nous devons mentionner ici la lettre du peintre français Jehan de Court, attaché à sa maison, qui, dans cette même année lôyo, vint en Angleterre et demanda à Ceci I la permission de voir la i^eine, sa maîtresse :« Je voudrois faire remettre à la reine d'Ecosse, écrit-il, par l'intermédiaire de son secrétaire, un portrait du roy, mon maistre, non comme il est aujourd'hui, mais comme il estoit il y a un an et demi. Le plus grand honneur cjue je pourrois avoir, c'est de faire une aultre fois le portrait de la reine, et par mesme moyen d'en faire quelques autres à la court, singulièrement de monsieur le Comte et de vous, ensemble de madame vostre femme; » et comme il est en Testât de la reine d'Ecosse, à laquelle, de longtemps, il n'a fait service et que de crainte de ne se montrer un peu à elle, il ne soit cassé, et « pour ce que le roy son moistre désire fort voir son por- « trait comme elle est maintenant, » il prend la hardiesse de lui demander un passe-port pour aller vers la reine et recevoir ses conmiandements 2. — «De Paris, ce x juillet 1670. »

La crainte de perdre toute influence en Kcosse, les revers graves infligés à l'armée royale par Lanoue en Bretagne, par Coligny en Bourgogne, la pénurie du trésor, les rivalités mal contenues de Monluc et de Damville en Languedoc, l'éventualité menaçante d'un coup de main des Anglais sur Calais, toutes ces causes réunies déterminèrent enfin Catherine de Médicis, malgré les remontrances qu^elle eut à subir, à signer la paix de Saint-Germain.

Ces instructions n ont pas été publiées dans la correspondance de Lamothe- Féneion. Record office, State papers, France, vol. XLVIl. [Copie du temps.)

' A la date du 1 1 février 1671, il y a une nouvelle lettre de Jehan de Court à Cécil: «Lorsque ie secrétaire de la reine d'Ecosse, sir Paulet, partit d'ici, il y a quatre mois, il emporta un portrait du roy son maistre garni de sa bordure; il n'en a entendu aucunes nouvelles , et comme il y a des personnes qui retiennent les choses ou les baillent à d'autres mains qu'à ceux à qui elles sont dédiées.il le prie de savoir ce qui en a été fait. > Record office, State papers, France, vol. XXXXVII. Voy., pour de Court, La Borde, La renaissance des arts à la cour de France.

Les crainles qu'on avait pour Calais nVtaieiit pas cxajçérées; en voici la preuve :

Advis (lu viij* jour d'aousl 1070, envoyé au Hoy toucliant la ville de Calais.

Le septiesiiie jour du dicl mois arriva n Anvers ung gentillionie anglois aparlenant à ung seigneur du conseil de la royne, homme catholique, i\m est sorty d'Angleterre pour venir cstudier à Louvains , lequel a coûté particulièrement à quelques siens amys :

Qu'il se publie vulgairement qu'il se faict en Angleterre grands préparatifs de navires , munitions et gens pour faire quelque brave salve ji la royne d'Espaigne de dans le canal d'Angleterre, et aussi pour eslrc vigillants et préparés pour la garde de la coste, craignant quelque dessente de Tc'U'mée du roy d'Rspaigne au royaume d'Angleterre.

Et aussi tost qu'ils auront congneu que la flotte sera passée le cap de Cornuaille et Surlingue, que leur sccrette intention et délibération du général de la dicte armée avec commission est de visiter et donner sur Calais avec impétuosité et fureur la plus grande qu'il pourra, et avec ceste délibération tenter leur fortune, et que si Dieu vouloit qu'il la prissent, qu'il auroit acquis grand honneur et proufiict, et si non qu'ils auront patience.

Et |)our cest eflect que la dicte royne a ordonne en tout son païs que toules les navires de trente tonneauk au dessus soient appareillées et armées au double, tant de nmnitions, gens que provisions, et que toutes aultres navires et barques petites seront retenues et se tiendront prestes.

Que leur instruction est de faire leur descente d'une partie de leur gens en ung lieu appelé Nyrland , le quel est quasi uioictié chemin de Calais et Gravelines, et fautre partie entre Calais et Boul oigne en quelque lieu propre.

Et que toutes les petites navires et barques susdictes seront prestes et appareillées pour faire voile et demeureront aux ports de Douvre, Sanviche, Rye, et aultres ports circonvoisins , toutes chargées d'hommes , chevaulx et toutes aultres provisions et munitions de guerre.

Aussi qu'il sera faict des signais de feu qu'ils ont acoustumé d'user à leur coste marine , pour faire tenir prest ung chacun , pour passer et aller de façon mettre le plus estroit siège qu'ils pourront, et adventurer et mettre au hazard trois ou quatre assaults furieux, avec intention de bien tost la prendre, ou bien tost la laisser, et se retirer du mieulx qu'il leur sera possible, chacun en leur païs.

Qu'il y a plus de sept mois que la dicte royne d'Angleterre et son conseil scnvent toutes les particularités de la dicte ville de Calais , le nombre âv gens , munitions , virtouailles, et que les conspirateurs et es-

pions de ceste entrcprinso sont, de la plus part, de ia nation irançoise et de ia faculté du cardinal de Chastillon et auitres huguenots de ceste rare et secte, et la plus part rémunérés et salariés par les Anglois '.

Il ne nous reste plus qu'à donner Je récit de la dernière entrevue entre Charles IX et les députés des chefs protestants :

Aujourd'hui 5"' jour d'aoust 1670, le roy estant à Sainct- Germain en Laie, a, en présence de la royne sa mère, de messeigneurs le duc d'Anjou, son lieutenant gênerai, et duc d*Alençon, ses frères, de messieurs le cardinal de Bourbon et duc de Montpensier, princes de sang, des cardinaux de Guise et de Pelvé, des ducs de Guise, de Longueville, d'Aumale, de Montmorency, du s' de Vieilleville, tous deux mareschaux de France, des sieurs de Villiers, marquis de Villars, de Lansac, evesque de Limoges, de Birague. conte de Rez, de Sainct- Supplicc, de \ illequier, de Robess. et de Believre, tous conseillers au conseil privé du dict seigneur, faict lire par moy son conseiller et secrétaire d' Estât, les articles de paix accordés aux depputés de Messieurs les princes de Navarre et de Condé et des sieurs et antres qui sont avec eulx.

Aprrs la lecture d'icelle, le dict seigneur leur a, par sa propre bouche, faict entendre que, cognoissant par expérience ne pouvoir par les armes mettre fm aux troubles qui sont en son royaume sans la totale ruine de ses subjets, désirant néanmoins leà deslivrer des maux et calamités, dont à l'occasion des guerres ils estoient aGfligés, il s'estoit résolu d'accorder aux depputés des dicts princes les articles qui a voient esté leus , pour sur iceux faire un edict de pacification , par le moyen du quel estant la paix restiblie en son rovaume, il esperoit que l'obéissance luy seroit d'un rhascun mieux rendue qu'elle n'avoit esté par cy devant, et que ses cdicts et ordonnances seroient mieux gardées et observées; priant la dicte dame la royne sa mère, mes dicts seigneurs ses frères, les dicts seigneurs , princes , sieurs , et autres assistants , promettre et jurer entre ses mains garder, et observer de point en point le contenu es dicts articles et faire entretenir l'edict de pacification qui eu seroit faict.

La royne, après avoir dit le contentement qu'elle recepvoit de le veoir en aage de jugement pour se faire mieux obéi qu'il n'avoit esté par cy devant, luy a promis et juré, puis qu'elle cognoissoit son intention, que les dicts articles accordés aux dicts depputés fussent gardés et observés , non seullement qu'elle l'assisteroit de son conseil , mais qu'elle i'aideroit de tout son pouvoir à les faire entretenir et observer, aiant tousjours désiré de veoir son roiaume remis en mesme estât que du temps de &es

' Record office, State papers , France, vol. XLVIII.

prédécesseurs. Mon dict seigneur le duc d'Anjou a supplié très-humblement le roy croire que tout ainsi qu*ii n'avoit espargné sa vie durant la guerre , qu'il ne Tespargneroit non plus pour tousjours le rendre obéi , pour entretenir la paix. Mon dict seigneur le duc a faict le mesme serment, comme au semblable ont juré, chacun particulièrement , les dicts seigneurs princes, sieurs, raareschaux de France et autres d'emploier leurs biens et personnes , et vies à garder, et faire garder de tout leur pouvoir les dicts articles , et ce qu'ils cognoissent estre de son intention , de quoy les aians tous le dict seigneur remercié , les a admonestés de vouloir vivre en concorde et amityé les uns avec les autres , comme estant le premier bien de i'establissement de ceste paix , ce que tous les dicts princes et seigneurs luy ont aussi promis faire.

De quoy le dict seigneur a commandé à moy son secrétaire d' Estât d'en faire et dresser le présent acte , pour servir de tesmoignage , par tout où besoing sera , des promesses qui luy ont , ainsi que dessus , esté f:«irtes par les dites princes . seigneurs et autres dessus nommés.

Ainsi signé, Charles.

Et plus bas

DkNedfvillk'. ;

A côté de ce document nous placerons le mémoire qu'adressèrent à Elisabeth les chefs protestants pour lui annoncer la conclusion de la paix :

Messieurs les princes de Navarre et de Condé, monsieur l'admirai et les seigneurs , gentilzhommes et autres qui les ont accompagnez en la commune défense de la cause de la religion , se ressentant maintenant du fruit et effet de la faveur et assistance qu'ilz ont receue de trèshaulte et très -puissante dame et princesse ia roy ne d'Angleterre par une paix qu'ilz ont, avec la grâce de Dieu, acquise, n'ont voulu faillir, incontinent après la publication d*icelle, lui en donner advis et lui faire entendre bien particulièrement comme toutes choses se sont passées , oultre ce que desjà elle pourra en avoir appris par le rapport que lui en aura faict le cardinal de Chastillon , ayant pour cet effet estimé qu'ilz ne peuvent faire meilleure eslection que du sieur de Brean , tant pour la parfaite et entière fiance qu'ilz ont en luy, que pour ce qu'ilz l'asseurent qu'il scaura bien et dextrement s'acquitter de ceste charge, ayant esté témoin et vu à l'œil toutes les occurences et particularités qui sont intervenues en ce fait, lequel en premier lieu fera entendre à sa Ma-

* Hfcord office , Stale papers , France, vol. XLVÏfl.

jeslô que le traité et pourparler de la paix a esté encommencé dès le mois doctobre dernier, mais d'auitant que par les conditions de paix qui leur furent dèslors proposées, on leur ofiroit seulement une liberté chamelle de conscience, sans exercice de la religion, pour la défense et maintien de la quelle seulement ilz avoient esté contraincts de prendre les armes , ilz n'auroient voulu entrer plus avant dans aucune négociation , estans résolus de plus tost s'exposer, tous les ungs après les aultres, à une mort honorable que , par une lascheté et infidélité si grande, il leur fust imputé et reproché par la postérité d'avoir quitté et abandonné l'honneur et service de Dieu et leur propre conscience ; que depuis sur cela la Majesté du roy auroit envoie vers eulx le sieur de Biron, chevalier de Tordre, capitaine général et grand mai-tre de son artillerie, et le sieur de Malassisse, conseiller en son conseil privé, pour offrir et accorder l'exercice de la religion es maisons des gentilz hommes hauts justiciers , où ceulx du peuple pourroient convenir, si bon leur sembloit, la restitution des honneurs et estât pour le regard des ditz gentilz hommes seulement, et pour la seureté de la paix quatre villes qui demoureroient es mains des dicts seigneurs et princes ou de ceulx qui seroient commis par eux pour les garder; mais, pour aultant qu'en ce qui concerne le salut et rédemption acquise par Jésus Christ, il n'a acception des petits et des grands, des nobles et des roturiers, et par ce moyen qu'on ne pou voit en la cause de la religion faire acception des personnes sans irriter et offenàer Dieu grandement, les sieurs princes se confiant en sa seule bonté et miséricorde voulurent, aussi peu que devant, accepter telles offres et conditions, encores que lors il y eust bien peu d'espérance de pouvoir plus longtemps maintenir l'armée en campaigne et que les affaires fussent réduites à un estât assez douteux et incertain; que après plusieurs et divers renvois d'ambassadeurs , tant de la part de la Majesté du roy vers les ditz seigneurs et princes que de la part des ditz princes vers sa Majesté, Dieu a voulu bénir Tasseurance et confiance que les ditz princes et ceulx qui les accompaignent ont en luy, ayant miraculeusement maintenu et conservé leur armée en son entier l'espace de deux ans sans solde et au milieu de tant de désastres et périls qui se sont présentés , et après ces orages tellement incliné le cœur et volonté de sa Majesté au restablissement et repos et tranquilité publique, quelle leur a librement et de son propre mouvement , et contre l'espérance et conseils d'aucuns ses principaux qui sont près de sa Majesté , accordé et octroie des conditions assez tolérables et dont ilz ont quelque occasion de se contenter et louer Dieu , ainsi que la dicte Dame et Roy ne pourra voir, s*il lui plaist, par la lecture de Tedict qui est dressé sur le fait de la pacification , que le sieur de Brean lui portera ; à quoy les ditz sieurs princes ont d'autant plus esté induits d'y consentir que, par l'expresse permission de l'exercice de la dicte religion, qui a esté octroie et con-

cédé par le dict edict en une infinité de lieux et endroits de ce royaulme , la dicte religion est manifestement approu\ ée par sa Majesté , de la quelle il n*y a aucun en ce royaume de quelque estât, qualité et condition quil soit, qui ne puisse jouir avec quelque commodité tolérable, et que la seule lecture du dict edict convaincra tousjours de mensonge et calomnie ceulx qui ont voulu faire croire, contre toute apparence de vérité, qu*il ny alloit point en cela du fait de la religion, ains de simple rébellion et attentat à TEstat, puiscpie on voit maintenant à l'œil, comme on a dciijà vu aux précédents traités de paix , que , incontinent qu on a ac> cordé aux dicts seigneurs et princes le solide establissement de la religion , ils se sont contentés et soumis franchement et volontairement à tout ce quon a voulu*.

L'Allemagne avait joué un grand rôle dans ces derniers troubles; Charles IX ccrivit de sa main au comte Palatin et au duc Auguste de Saxe pour leur annoncer Theureuse conclusion d*une paix si conforme à leurs désirs et à leurs conseils; il leur déclara qu'il ferait observer Tédit, se regardant, grâce à Dieu, comme hors de danger de retomber en de piireils maux ^.

' Hecord office, State papers , France, vol. XLVIIÏ. (Copie du temps. 1 » ïhul

LE XVr SIÈCLElËT LES VALOIS

D'APRisS

Page 1