L. Chastillon
Elisabeth ayant manifesté le désir que la négociation du mariage fût traitée par un agent spécial, Catherine jeta les yeux sur Guide Cavalcanti. C était un de ces habiles diplomates italiens du xvi* siècle qui servait également les deux cours, on neutre, comme l'appelle Catherine, lié de vieille date avec tous les conseillers d'Elisabeth et que le duc d'Albe utilisa souvent. De nombreuses lettres, conservées au Record Office , témoignent des services qu'il ne cessa de rendre au gouvernement anglais dans plusieurs missions secrètes^; c'est lui qui avait rapporte d'Angleterre le portrait d'Elisabeth pour le duc d'Anjou, et il avait grande envie que l'honneur
* Becord office, State papers, France, vol. XLIX. (Original.) ' Kalendar of State papers , 1 564- 1 565 , n* 7A 5 et 948.
(le la négociation revint à lui seul'. Il est à remarquer que, tandis (|ue Catherine poursuivait uniquement son projet favori, Charles I\ maintenait toutes ses réserves en faveur de Marie Stuart. Le i o mars , il écrivait à La Molhe-Fénelon « qu'il tient que Ton puisse toujours ■ cognoistre qu'il la assistée autant qu'il esloit possible et que se « pouvoit^. » Dans la correspondance de La Mothe-Fénelon se trouvent à chaque page des preuves de cette persévérante affection , ol la lettre suivante qui est inédite en est une nouvelle preuve :
Monsieur de La Molhe, je renvoiay avant hier Vassal avecq la response à tout ce qui rcstoit de vos dernières déposches « de sorte que par luy vous serez bien amplement satisfait et instruit de mes intentions. Voslre sccretère, présent porteur, est depuis arrivé, ayant bien particulière ment veu par la dépeschc que m*avcz fait par luy comme , avant que passer plus oultre au traicté de la restitution de la roync d'Escosse, Madame ma bonne seur, il a esté requis et ad visé de continuer et prolonger fabstinance et suspension d'armes jusques à la fin de ce présent mois de mars, ce que je trouve très bon et me semble que Ton n eust sccu mieulx faire que faccorder ninsy; par quoy vous y donnerez tel consentement de ma part qui peult estre en cela requis et nécessaire , et je dépesche* ray, comme vous pouvez asseurer les depputés d'Escosse tous présentement, es forts et havres de Normandye et Bretaigne selon cella , alBn que les marchands et vaisseaux venant d'Escosse, de quelque party que ce soit, ne demeurent en aucun double ou peyne qu'ils ne tradiquent librement. Espérant que ce pendant Dieu »ssistcrama dicte scurlaroyne d*E^cosse , et que entre cy et la fin de ce dict mois , il sera prins quelque bonne résolution pour sa restitution , suivant la si expresse promesse que vous en a faictc la royne d'Angleterre, ma bonne seur, envers laquelle vous continuerez toujours d'en faire toute fhonneste instance et prière de ma part qu'il vous sera possible, vous priant de dyre à monsieur Tévesque de Rosse qu'il asseure ma dicte bonne seur la royne d'Escosse que je n ay aucun mal contenlement contre elle, comme vous a dit le dict s' évesque de Rosse, qu'elle craint que j'ayc de ce qu'elle pouvoit avoir passé trop avant à accorder plusieurs choses à la royne d'Angleterre pour se restituer; mais au contraire , je scay certainement que ce qu'elle a fuict en cella a esté suivant ce que la roync, Madame et Mère, qui faynie, comme elle doibt, bien fort, menée du désir et d'aflection de la voir hors de peyne, luy a escript, qui esloit de ne refuser aucune con-
* Correspondance de La Motlie-Fênelon, lellre de Catherine de Médicis, i. \U , p. 192.
' Ibid. p. 197.
dilion à ma dicle bonne scur la roync d'Angleterre, pourveu qu'elle peut avoir la liberté et de se tirer hors de ses mains. Toulesfois j'ay espérance que, sans bailler en Angleterre le prince d'Escosse son fils, elle ne laissera pas obtenir à la fin de ce traiclé sa dicle restitution et liberté, et que par iceliuy traicté tant s'en fault que les alliances qui sont si long temps contractées et faictes entre ce royaulme et celluy d'Escosse seront plus tost augmentées- que diminuées par ce qui se fera. En quoy je vous prie tenir la main que ce soit le plus que Ton pourra au profFit et advantage de ma dicte seur la royne d'Escosse, et vous y monstrer affectionné , comme de faici je désire et veulx que soyez le plus qu'il sera possible, tant que nous puissions avoir faict quelque chose de bon pour elle; la quelle vous consolerez tousjours et assisterez de ma part , autant qu il vous sera possible, et baillerés les lettres que j'escripts , comme aussy faict la Royne ma dicte Dame et Mère, audicl s' évesque et celles que j'escripts pareillement à ma dicte seur la royne d'Escosse, de la joye et bonne espérance que j'ay qu'elle sera bientost en liberté, dont, oultre les bons offices que je veulx que vous faictes par dellà pour elle, je n'oublieray, comme ne fera aussy de sa part la royne ma dicte Dame et Mère, à faire toute instance et prière envers le s' de Walsingam que nous penserons que pourront servir en cella, et ferons tousjours au demeurant tout ce qui nous sera possible pour elle, tant pour la particulière si affectionnée amityé que luy portons, nous estant si proche qu'elle est, que suivant les anciennes alliences et traictés de nos deux rovaulmes , ainsv que particulièrement pourrez asseurez iceliuy s' de Rosse.
Le reste de ceste lettre sera pour vous dire que j'ay esté bien aysc de veoir le mémoire qui estoit en vostre dépesche , et de ce que particulièrement j'ay entendu à bouche de ce porteur de tout ce qui se passe par dellà , à quoy je seray bien ayse que vous continuez de m'advertir souvaut; mais je vous prie, suivant ce que je vous ay escript ces jours icy. ne m'envoyez plus gens exprès, si ce n^eat pour chose bien urgente et nécessaire , comme je sçay qu*estoit l'occasion du voyage de ce dict porteur que j'ay aussy advisé de vous renvoyer incontinant, affin qu'il n'y eust aucun retardement au dict traiclé.
Priant Dieu, Monsieur de La Mothe, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.
Escript aux Faulxbourgs Saint-Honoré en Paris, ce xnj" jourde mars 1871 \
Le jour méoie de son arrivée à Londres, Cavalcanti fut conduit à la maison de Gécil où il eut un enti^tien avec la reine Elisabeth; puis il alla trouver La Mothe -Fénelon pour s'entendre avec lui.
* Record office, Slate papers. Franco, vol. XLIX. (Copie du temps.)
Dès le lendemain, après avoir pris connaissance des dépêches venues de France, La Mothe fit ia demande oiïicielle de la main d^Élisabeth, avec cette réserve toutefois que ia Reine mère se tiendrait ferme sur toutes les choses « qui seraient à Thonneur et ré^ « putation de son fils^ » Voici les articles tels qu'ils furent remis aux mains des conseillers d'Elisabeth par La Mothe-Fénelon et Gavalcanti :
1 . Que le mariage se solemnisera sans user des cérémonies qui ne sont conformes à la religion de Monseigneur.
a. Que pour luy et pour ses domestiques il pourra faire libre exercise de sa dicte religion, sans toutes fois altérer en aucune façon Tordre sur iceile receu et approuvé par la loy en Angleterre.
3. Que incontinant le mariage faict, mon dict Seigneur aye le titre de Roy d'Angleterre, et gouverne et administre iceluy conjonctement avec la Royne.
4. Que le lendemain, après le mariage consommé, Monseigneur, comme mary de la Royne , sera coronoé et receu des subjects comme Roy.
5. Qu*il prendra soixante mille livres sterlin par an, du revenu du royaulme d'Angleterre, affin qu'il se puisse maintenir convenablement à la dignité et grandeur de Roy.
6. Les descendans de ce mariage succéderont es biens paternels et maternel», conformément aux lois et coustumes des royaulmes et pak où ils sont situés.
7. Et où la dicte Royne précéderait, laissant hoirs procrés de ce mariage, mou dict Seigneur retiendra le nom et titre, gouvernement el administration du dict royaulme , pour et au proufit des dicts hoirs.
8. El où il n'y aurait aucun descendant survivant à la dicte Dame, en ce cas mon dict Seigneur jouira sa vie durant des dicts soixante mille livres sterlin, à fin qu'il puisse continuer sa première splendeur et grandeur.
Qu'entre le Roy très chrestien et ses enfans , les Roys d'Angleterre et leurs enfans, sera perpétuelle amitié et fraternité, ligue et union*.
La Mothe-Fénelon a donné dans sa correspondance le long récit de ses entrevues avec Elisabeth; nous contentant d'y renvoyer', nous n en détacherons qu'une particularité qui peint bien le caractère de cette reine : Cavalcanti lui ayant remis une lettre du
* Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. VII, p. 60.
* Becord office, Slale papers, France , vol. XLIX. (Copie du temps. ) ' Correspondance de La Mothe-Fénelon , i. VÏII.
duc d'Anjou, et, de concert avec La Molhe, lui ayant demandé d'y répondre, elle s'en défendit , disant que ■ la plume lui tomberoit des « mains, et qu'elle ne sçauroit avec quel style luy parler, n'ayant « encore jamais escript à nul autre des princes qui avoient pré- « tendu de l'épouser, sinon une seule fois à l'archiduc Charles, en « termes fort éloignés du mariage. » Elle céda pourtant et écrivit la lettre sollicitée par La Mothe^ Il y avait en elle un singulier mélange de bon sens, de raison pratique et de légèreté; tout en discutant les côtés sérieux de son mariage, elle parlait volontiers « de la beauté du duc d'Anjou, de sa personne, de sa main, une « des plus belles de France, » allant jusqu'à dire : « que d'ici à sept
■ ans, lorsqu'il sera lui encore plus parfait, il la trouvera bien «« vieille, car pour cette heure espérait-elle bien ne luy être trop « désagréable, et demandait : si on avait parlé au duc de son pied « et de son bras, de quoy elle s'était moquée et d'aucunes autres
■ choses qu'elle n'avait point crues, et qu'elle l'estimait en tout et « partout très-désirable. » La Mothe lui répondit « qu'ils étaient
■ tous deux véritablement très-désirables, et qu'il ne s'y voyait « nul autre défaut, sinon qu'ils ne se rendaient assez tôt posses-
• seurs des perfections l'un de l'autre^. » Dès qu'on lui parlait de sa beauté, Elisabeth acceptait tout en fait de flatteries; il y avait une petite pointe de raillerie gauloise dans le réponse de notre ambassadeur.
Lorsque Cavalcanti rentra en France, la cour était partie pour Gaillon, où il alla la rejoindre. C'est durant son séjour dans cette ville que Charles IX, chassant dans la forêt de Lyons, fit une chute très-grave. Cavalcanti raconte cet accident à Cécil : « Le
• Roi , en courant un cerf dans la forêt de Lyons , s'est heurté contre « une branche d'arbre; c'est à la tempe droite que le coup a porté; « sans son chapeau il pouvait être gravement blessé; IVf'de Foix dit «que les médecins ne veulent pas qu'il se remue de six jours; il est
• donc resté à Lyons, où il est assez mal logé, et retournera mer- « credi à Gaillon ; on dit qu'il veut de là aller en Bretagne ; la Reine ,
■ sa femme, a été très-chagrine de cet accident'. »
La lenteur des négociations, la prise récente de Dumbarton,
* Correspondance de La Mothe-Fénelon , t. Vin, p. 68.
* îbid. t. IV.
* LeUre du 8 juin 1571. liecord office, State papers , France, vol. XLIX. (En italien. )
avaient éveillé sérieusement les (léHances de Calherinc; elle écrivait à La Mothc (2^ mai) : « J*ai double qu'elle nous laisse là quand « elle aura fait ses affaires. » C'est sans doute sous Tcmpire de ces craintes et par son ordre que le maréchal de Montmorency écrivait à lord Burghiey (Cécil) (26 mai) :
Monsieur, j'ay este très aise d*nvoir entendu , Innl par la lettre que m'avez escriptc du xxij* du passé, que par le s' Dupin, présent porteur, le désir que vous avez de veoir bien losl effectuer ce qui a esté rais en avant pour estraindre une bonne et ferme alliance entre ces deux royaumes, ayant par vostre prudence et longue expérience de Testât et cours des affaires passés et présents, très bien cogneu combien cella seroyt, en ce temps, non seulement convenable, mais aussy nécessaire, pour le bien , seureté et grandeur de Tun et de Tautre ; à quoy, de ma part, je ne fauldray de tenir la main de tout mon pouvoir, et de m*y employer syncèrement, de cueur et d'affection, vous priant, à ceste cause, Monsieur, que désormais avecques une bonne intelligence et correspondance que, pour cest effect, nous aurons ensemble, nous mettions peine de vaincre les difficultés, et rompre les obstacles que aucuns y mettent tous les jours, artificieuse ment, de sorte que, au plus tost, avecques vosire bonne ayde, nous y puissyons veoir Theureux succès que nous désirons, qui tourne, avec occasion de raisonable contantement d'une part et d'autre, au repos, unyon et grandeur de ces deux couronnes, et à la confusion de ceulx qui s'efforcent d'empescher ung si bon oeuvre, et que m'asseurant que vous vouldrez faire et cheminer en ce faict avec votre intégrité et constance, je ne m'estandray plus avant en ce propos « si ce n'est pour vous prier de croire ce dict porteur de ce qu'il vous dira de ma part, comme moy mesmes,quy, sur ce, me recommandcray très affectueusement à vos bonnes grâces, priant Dieu vous donner. Monsieur, en parfaicle santé bonne et longue vie.
De Gaillon , le xxv" jour de may 1571.
Vostre obéissant et parfait amy.
Montmorency *.
Elisabeth pourtant ne ménageait pas à Catherine les protestations de sincérité et d'atTection :
Madame, lui écrivait-elle le 6 juin, je ne sçay quelle affection peult estre plus grande que celle qui tient pour recommandé l'aise , seureté et repos de la personne aymée, ny puis nier que, me veoyant offerte de
' Hrcord office , Sinte i)npn\s ^ Fraïur, vol. XI^IX. ((3ri5^iTiai. '■
voslrc niiiin propre un tel amour, que ne fusse trop ingrate, si ne m'en pensant tellement obligée, que ne suis si impudente que, de ma part, je vous demandasse chose que la conscience devant Dieu ne me poulse à demander. Et si ainsy a vient que Thonneur de vostre fils ne me soit assez pesant pour contrepeser le repos de ceste isle, je me liendray en la naissance de quelque mauvais astre qui tenoit le plus haut lieu , car la sincérité mienne en ces le «ifTaire a esté si grande et ma conversion de mon invétérée opinion si eslrange , que , si la cause ne fera bonne fin , au pis aller, pour conserver bonne amitié, je vous jure d*en faire une recantalion telle que jamais ne changeray cest estai de vie qu*encores je tiens, et pour nul docteur en christienté changeray-je ma vielle intention. Je ne puis omeltre à vous dire que, seulement pour complaire à la requeste du Roy, je fais livrer les articles miens, non pour me obliger de devenir d'aultry, sans que je reçoive quelque meilleure résolution de la requeste principalle, comme Dieusçait, à qui je prie de conduire ceste affaire à telle fin qu'il cognoisl la meilleure pour ces deux royaumes, à qui je vous rends avec mon souhait de tout honneur et bonne vie et longue. En haste.
Voslre bonne seuret cousine,
Élisabkth ' .
Cette lettre ne calma pas les inquiétudes de Catherine; pour en finir avec les lenteurs calculées d'Elisabeth, elle se décida à (aire partir pour l'Angleterre Larchant, capitaine des gardes du duc d'Anjou, lui adjoignant Cavalcanti, et comme ledit Charles IX dans une lettre à La Molhe-Fénelon : « Avant d'envoyer des gens • de plus grande qualité en Angleterre ils vouloient voir clair dans a ceste négociation. » Larchant emportait deux lettres du maréchal de Montmorency, et une du duc d'Anjou pour Burghley (Cécil). Voici d'abord la première lettre de Montmorency :
Monsieur, envoyant vers la Hoync vostre maistresse le s' de Larchant , cap"' de la garde de Monseigneur, gentilhonmie d*lionneur non partial , ni factieux, mais seullcment affectionné à ce qui touche le service de sa Majesté et de mondict Seigneur, je n*ay voulu faillir de vous faire entendre Taise et contentement que j'ay receu par les lettres que m'avez escriples par le s' Dupin , et de l'assurance que par luy vous m'avez donné de l'affection que vous avez à Tavancemcnt de ce qui a esté mis en avant pour establir une bonne et ferme allyance entre les deux royaumes; à quoy je vous prie. Monsieur, mais cest le plus instament et affectueuse-
' lu rord oflicv , Stalr fuipcrs , France , vol. XLIX. (Copie du temps. )
ment que je puis, de voulloir continuer à tenir la main , à réduyre et disposer toutes choses en si bons et raisonnables termes qu elles puissent prendre Theureux succès que nous désirons. Et par ce que vous entendrez par le dict s' de Larchanl l'occasion de son voiage et la conûance que sa Majesté entend prandre de la sincérité de la Royne, votre maistresse, je ne vous feray la présente plus longue, si non attendant là dessus de vos nouvelles en bonne dévotion , avec espérance de vous veoir bientost, pour me recommander très affectueusement à votre bonne grâce, pryant Dieu vous donner.
Monsieur, en parCdcte santé longue et très heureuse vye. DeGaillon, le xvuj' jour de juing 1571.
Votre plus affectionné et asservi amy.
Montmorency \
Voici la seconde lettre de Montmorency :
Monsieur, oultre ce que je vous ay escript présentement par le s' de Larchant, capitaine de la garde de Monseigneur, je n*ay voulu faillir par le s' Guido Cavalcanti , présent porteur, personage digne , dextre , bien advLsé et affectionné a Tadvancemenl de ce qui a esté commencé pour establir une bonne et ferme alliance entre ces deux royaumes, la quelle tous les bons subjects d une part et d'autre doibvent désirer, de vous tesmoigner de rechef et confirmer la bonne affection , dont le Roy, la Royne sa mère, et mondict Seigneur y procèdent, qui est telle que ayans pris grande confiance de la syncérité de la Hoyne, votre maistresse, sans mettre en consydération beaucoup de difficultés et inconvéniens qui peuvent en telles choses survenir, ont résolu, pour essayer d'y mettre une plus promte fin , de la faire visiter par personages convenables à sa grandeur, et par tel moyen achever de traicter avec sa Majesté, espérans quelle vouldra condescendre à tout ce qui se trouvera cstre raisonable. De ma part , vous pouvez vous asseurer que je n'obmettray rien de ce que je penseray pouvoir servir à bien réuscir ce faict, et à m*y déporter de la façon que on doibt pour le bien commun de ces deux couronnes; à quoy espérant que vou.s tiendrez la main de voslre part je remetray au dict s' Guido à vous faire entendre le surplus , et en cest endroit je me recommandray de très bon'ceur à vostre bonne grâce, priant Dieu vous vouloir. Monsieur, tenir en sa très saincte protection , et vous donner en parfaicte sainte, bonne et heureuse vie. De Gaillon, ce xix* juin 1 67 1 .
Vostre plus affectionné et parfaict amy.
Montmorency *.
' Record office, State papers, France, vol. XLIX. (Original.) ' Ihid. (Autographe.)
Enfin voici la lettre du duc d'Anjou :
Monsieur Bourley , je vous escript ceste cy plus pour suy vre mon naturel , qui ne peut endurer que je reçoive plaisir d'aucun qu*à tout le moins je ne i*en mercie, que pour en estre besoin, d*aultant que je sçay que vous n'avez esté poussé ny incité à ce que vous avez faict pour ache* miner raffaîre qui est entre la royne d'Angleterre et moy que du seul zèle de son bien et service^ ce que m'induict tant plus à vous aymer et estimer, et asseurer que je seray tousjours très ayse que je puisse reconnoistre Tintégrité et suffisance vostre , comme je feray à toutes les occasions que Dieu me présentera, ainsy que j'ay dit au porteur des présentes, auquel je vous prie adjouter foy.
Monsieur Bourley, je prie Dieu vous tenir en sa grâce.
De Paris , le xxij* juin 1 67 1 .
Le bien vostre,
Henry'.
A la veille de son départ pour Londres , Cavalcanli écrivait de Paris, le 20 juin, à Cécil : «Larchant, le capitaine de la garde « de Monsieur , et moi nous sommes venus de Gaillon ici ce soir , « pensant partir demain, mais la Reine mère que j'ai revue m'a dit «que nous ne pourrons pas être expédiés avant samedi; la cause « de ce retard est bonne ; j'espère que quelque chose de bien sor- « tira de cette grande ambassade. »
Et il ajoute : « La Reine me dit hier que « ni le Roi , ni Monsieur ne « voudraient se départir de la résolution de celte pratique, y met- « tant leur honneur. • Je pense apporter un portrait de Monsieur, • tel quel, si je puis l'avoir, et aussi quelque lettre particulière de « ces Princes, lesquels se montrent très-satisfaits du C^'deLeicester «et de vous ^. •
Avant de suivre M. de Larchant en Angleterre, nous placerons ici une leitre de Charles IX datée de Monceaux le 2 juillet; il n'y est question que des affaires d'Ecosse. Une lettre de Catherine, du même jour, publiée dans la correspondance de La Mothe-Fénelon , s'y rapporte; mais, dans une note, M. Teuletaeu soin d'indiquer que cette lettre du Roi manquait; cette lacune se trouve donc ain« comblée' :
Monsieur de La Modie, pendant que j'ay esté quelques jours a Paris.
' Becord office , State papers , France , vol. XLIX. (Original.)
* Ibid. (Autographe.)
* Voir Correspondance de La Molhe-Fénelon, t. VII, p. 1 3 1 .
pour avovr le playsir de vcoir le Panclv , et le faire veoir ù la Uoyne ma femme, vos troys dépesches de xiiij\ xx*, et xxiiij* du mois passé sont arrivées par Tordinaire, et présentement celle que ni*avez escripte du xxviij*; ayant par icelles diligemment considéré les propos et particularités des deux dernières audiences que la Royne d*Angleterre , Madame ma bonne seur, yous a données, en quoy je demeure le plus content et satisfaict Prince du monde de lasseurance que me faicles prendre, de jour en jour, plus grande de sa bonne et parfaicte amityc vers moy, Tayant clèrement monstrée par les honnesles propos, et par la démonstration bien certayne quelle vous a faicte, qu'elle eusl esté très marrye si ma blessure que j*eus dernièrement eust esté plus dangereuse, ou qu'il me fust advenu plus grand înconveniant , dont je vous prye. Monsieur de La Motbe, ne faillir de Taller remercyer de ma part, avec toute la meilleure et plus grande affection qu il vous sera possible d'exprimer , et Tasseurer qu'aussy n'y a fil Prince en chrestienté, qui, de meilleur cueur, Tayme, ny qui luy vueille plus de bien, ny qui plus ayt de bonne volonté de persévérer en son amityé que moy, laquelle amityé, j'espère que Dieu , avec le temps , la fera croystre davanlaige entre nous , et la fera venir à une telle perfection, qu'on ne la jugera ainsy légère, comme celle qu'elle vous a alléguée des princes , qui ne la mesurent plus avant que de leur commodité , et que ce ne sera ung amour de demy frère, ains d'ung qui véritablement luy sera entier et parfaictement bon frère. Je n'ay point encores ouy parler du jeune Housdon , que me mandez aussy qu'elle debvoit dépescber icy, à ceste occasion , et me venir visiter de sa part, en quoy je cognois devantaige sa bonne vollonté et affection, de laquelle j'espère me revancher, non en semblable accident, car j'en serois trop marry, ne désirant moins sa santé et bonne disposition que la mienne propre , mais quand il s'en offrira quelque occasion, alBn de tant plus forlifCer toujours nostre bonne amityé, et l'augmenter de mon costé autant qu'il me sera possible. Et ny au reste , Monsieur de La Motbe, receu ung très grand plaisir, que nonobstant le bruict qui a esté qu elle envoyoit des gens et du secours aux comtes de Lennox et de Mortbon en Escosse, ainsy que ceulx du party de la royne d'Escosse, ma belle soeur, l'ont toujours craint et me l'ont faict remonstrer, que vous vous soyez si bien conduict envers elle, qu'elle vous ayt asseuré de n'y en envoyer point , et qu'elle demeure toujours en bonne volonté, de prandre ung si bonneste expédiant avec la royne d'Escosse, que je n'en debvray demeurer sinon content; et aussy de ce que, vous ayant cscripl naguères par le s' de Sabran de faire instance pour l'évesque de Ros, encor que, pour noffencer ma dicte bonne soeur, laquelle vae mandez que s*aygrist toujours quand luy parlez des cboses d'Escosse , vous ayez différé de ne l'en presser , et l'ayez seulement remonslrc à ses conseillers. Icculx conseillers, de sa part, vous ont asseuré qu'elle pro-
cédera honorabliMuctit vers le dict évcsque , encor qu'il soit chargé de plusieurs grandes clio^es. Vous ne fnuidrez de dire à ma dicte bonne soeur que je Ten remercie, aultanl de bon coeur qu'il m*est possible. El toul ainsy qu^cIIe se vcull konnestemenl déporter es choses qu elle cognoist toucher à mon honneur et ne veult violer nostre amitié, qu ainsy useray-je de toul le respect et de la plus grande observance qu*il me sera possible en tout ce que jamais je cognoislray appartenir au sien , et à nostre mutuelle amityé. Et advisez au surplus , Monsieur de La Molhe, de luy remonslrer, en quelque bonne sorte, comme les dicts de Lennox et Morthon entreprennent de relever le fort du pelit Lilk contre les Iraictés d'entre ces Iroys royaumes , ce que , si nous le souffrons « Ton nous pourra, à quelque aultre occasion , cy après alléguer, si d'advan - Uire nous en demandons Tentrétenement, qu'ils sont desja enfreincls, ce que ne debvons aulcunement endurer , et pourtant que je la prye , (In lant qu*elle est plus prochayne des lieux que moy, qu*elle y vueille si bien pourvoir pour tous deux, que Tattemptat ne passe plus avant, et me mandez par le ^emier, ce que ma dicte bonne seur et ses conseillers vous y auront respondu; el me remectant de toutes aultres choses que j'aurois présentement à vous mander à ce qu'en aurez entendu par le s' de Larchant, et en attendant en grande dévotion de vos nouvelles et des siennes, je ne vous feray ceste cy plus longue que pour vous recommander le tout, et prier Dieu, Monsieur de La Molhe, qu'il vous ayt en sa sainclc et digne garde.
Ëscriptà Monleceauk, le deux"' jour de juillet 1071 '.
Elisabeth, dans une lellre à Walsingham, raconte longuement les divers entretiens qu'elle et ses conseillers Smith, Cécil et Leicester ont eus avec Larchant, de Foix et Cavalcanti. Larchant venait pour préparer les voies et demander un passe-port pour le maréchal de Montmorency qui devait traiter officiellement du mariage; mais la reine lui fit observer que la venue d'un ambassadeur était inutile, tant que la question religieuse ne serait pas vidée, car ce serait encore aggraver la possibilité d'un refus; sous ce rapport elle ne cédait rien, elle n'accordait pas même une tolérance tacite. Dans une conférence entre Cécil, Leicester et nos envoyés, on essaya de tourner la difficulté; on finit par convenir que, si on ne demandait rien , l'article serait laissé de côté. En réalité la mission de Larchant n'avait pas fait avancer la négociation. Leicester, dans une lettre à Walsingham, lui avoue que la
' Ikcord office, Siate papers, Fiaïuc, vol. L. (Copie du temps.)
reine ne s'y est pas portée avec un grand empressement ; c^est par une sorte de résignation qu*elle poursuit cette affaire. Cécil fait les mêmes réflexions; mais Elisabeth, dans une lettre au duc d'Anjou, que cette fois elle écrit spontanément, atténue dans la forme la dureté de ses exigences : «Monseigneur, lui «dit-elle, combien que ma dignité excède ma personne, et que « mon royal rang me fait doubter que mon royaulnie est plus re- « cherché que nioy mesme estant privée ne serois, si est-ce que la « réputation que j'entends par mon ambassadeur et aussy par vostre « gentilhomme présent porteur qu'ayez conceue de quelques autres «grâces miennes, sans que Tay mérité, me fait croire que la règle « denostre affection se tirera par la force de choses plus exellentes « qu'ay oncqucs congnues en moy résider, et pourtant me fasche en « pensant que mon insuQisance ne pourroit satisfaire à une telle « opinion que monsieur Larchant m'a déclaré que déjà en avez M conceue, espérant que n'aurez oncques occasion de vous en re- « pentir de cest honneur que, de jour en aultre, me faites, ains ver- « rez que, combien que aultres vertus me manquent, si est-ce que « ne faudray-je à tenir fort chère la fraternelle amitié, sans donner, « de ma part , quelque occasion de l'infringer, et quant à ma res- « ponse je vous supplie que mauvaise interprétation ne soit ad- • joustée à un bon texte et qu'il vous plaise prestcr oreilles peu « partielles en vostre endroict pour un peu escouter ce que me « touchera et, pour n'amoindrir la suQisance de vostre fidèle servi- « teur, je finiray ceste lettre, priant le Seigneur Dieu vous donner « lx)nne vie et longuet »
Elle ne s'en tint pas là, elle y joignit deux lettres, l'une pour Charles IX, l'autre pour la Reine mère; les voici toutes les deux, datées du 8 juillet lôyi :
Madame, ce m*a esté un bien grand contentement que, par vostre lettre, me faites entendre Taise que aviez de mon afFection en voslre endroict et me pense heureuse que une telle inclination réside au coeur d'une Dame que j'estime de si bon jugement, el vous promets que ne sçay meilleur moyen d'améliorer mes imperfections que de mVfforcer de continuer vostre bonne volonté par mérites dignes de telle opinion, et quand je vas rechercher la voie plus courte pour atteindre une telle lin, ce me semble que prenant le chemin de la sincérilé, c'est le droit
* ïiecord office , State paperx , France, vol. L. (Copie du temps.)
et kaull chemin pour y arriver et pourtant, sans m*égarer par torts sentiers , j*ay donné une fort claire response k Tambassadeur et à M' de Larcliant touchant leur négociation, vous suppliant croire que la peur de diminuer nostre amitié tient si hault lieu en mon cueur que la gloire d*ambassade, quelque honorable que ce fust, n*y a lieu, sans m'asseurer (|ue la fin ne^contrevenast le couimencement, et si en fusse persuadée, sans autre mot dire, j*en eusse remercié le Roy et vous. Madame, de vouloir tant mlionorer par Téleclion de gens si saiges et personnages, desquels trois me sont si bien cognus , mais les grâces que je vous en rends j'espère ne vous sembleront pas amoindries par Tadjonction que y ay mise , qui me semble plus tost sceau de nostre amour, que trait de plume pour Teffacer, et après que aurez écoulé ce que mon ambassadeur vous dira de ma part, je m'asseure que, au pis aller, m*estimez jalouse de vostre amiiié comme Dieu sçait, à qui je prie vous donner très heureuse et longue vie.