ELISABETH
11 me plaist bien fort, très cher frère, écril-eilc à Charles IX, que le tesmoignage de vostre main m'acquitte de la charge que la malignité do siniques m'ont imposée, qui m'a faict croire que la divine inspiration réside au coeur de quelque Prince pour avoir entendu en vostre leclre la louange de ma sincérité , laquelle j'estime fprt bien employée à l'endroit d'ung Roy qui en tient compte, et vous promets que la réponse donnée à vostre ambassadeur et à monsieur Larchant, si ce soit bien poisée, n'amoindrera de rien l'estime que je tiens de vostre amitié , ains vous fera entendre que l'honneur que l'ambassade vostre me pourra donner au monde, me semble en rien comparable au désir que je tiens de vous oster tout soupçon de mauvaise volonté , et me confie tant en vous que, pour l'honneur que me faites en me mandant ce gentilhomme, vous ne me pensiez si ingrate que je ne vous en mercie très cordialement, comme aussy qu'il vous a pieu faire élection des personnages si estimés et de vous et à moy bien cognus; en ceste cause ma plume ne vous fascliera plus, ains vous supplie croire ce que mon ambassadeur tient en charge pour vous discourir, à qui je me remets, suppliant le Créateur vous tenir en sa saincte garde.
De Hampton , ce vnj' de juillet 1671.
LISABETH
C'est Guide Cavalcanti qui, dans une lettre à lonl Burghiey (Cécil) datée de Fontainebleau le 3o juillet, va nous faire con-
' Record office , State fio/yers , France, vol. L. [(iopic du temps.] ^ Ibid. ((lOpir du temps.)
naîire comment ia cour de France accueillit ce deini-rt'rus trElisabeth :
[1 est arrivé à Paris le 16 juillet; la Reine mère et Monsieur y étaient venus le soir d'avant sous le prétexte de quelques habillements que la Reine destinait à la reine Elisabeth, mais plutôt pour avoir le moyen de s'entretenir avec Larchant el mieui se renseigner. Il a été reçu par Monsieur qui, après avoir causé quelques instants avec Larchant qui Tavait accompagné, est venu à lui et s'est montré tout d'abord satisfait de leur retour , et de ce qu'ils avaient laissé la négociation en si bon chemin . observant pourtant que la diOiculté qu'on lui opposait pour la religion lui semblait dure et qu'il se refusait à croire que la reine voulût prendre un mari qui ne pratiquerait en rien sa religion ; du reste il a parlé de sa Majesté dans les termes les plus affectueux et les plus sincères; en le quittant il l'a invité à se rendre chez la Reine mère qui a d'abord entretenu Larchant, puis s'adressant à lui a beaucoup appuyé sur les difllicultés suscitées pour l'exercice de la religion , objectant qu'il serait impossible de passer plus avant, tant qu'on ne relâcherait rien de ces conditions ; à cela il a répondu que la reine avait été forcée de faire une telle réponse. — Reprenant la parole, la Reine à paru regretter qu'on eût répété à Monsieur les paroles tenues par la reine d'Angleterre. De crainte de le mettre en détiance, elle n'avait pas voulu les lui redire. — Cavalcanli ajoute qu'après avoir passé à Paris quatre ou cinq jours, il a commencé à pressentir qu'il y avait quelque refroidissementel il l'attribue à ces mêmes paroles et aux mauvais offices des ennemis de cette alliance : Monsieur, dit-il , en avait l'esprit si troublé et si irrésolu qu'il a fallu de chauds encouragements pour le remettre au point où. Dieu merci , il semble être revenu. Il est question d'envoyer en Anj»leterre M' de Foix pour préparer la forme des articles, il en espère beaucoup; la Reine mère Ta fait prier de l'accompagner. Si on n'avait pas parlé de religion, comme beaucoup le pensaient. M' de Montmorency serait déjà par les chemins; on dit qu'on lui a remis pour Jui et sa suite 1 ôo,ooo écus ; il est si favo rable à ce projet qu'il ne doute pas qu'il ne fasse tout pour le faire réussir. Le Roi et la Reine s'y portent très-sincèrement et attribuent la résistance qui reste encore à vaincre à toute autre cause qu'à la mauvaise volonté de la reine Elisabeth '. »
Pour compléter le récit de Cavalcanti, voici les réponses du duc d'Anjou et de Charles IX aux lettres d'Elisabeth ;
Madame, je ne vous sçaurois assez affectueusement remercier des bon-
• ' Ikcord office , Slulc juipn s , f'raïur, \i»l. L. (Autographe vn italien.)
iiesltis propos que j*ay enleodus , au retour du sieur de Larclianl , i\ui\ vous a pieu tenyr de moy et la bonne voulonté que, de vostre grâce, il vous plest me porter; dont je uie sens tant obligé à vous de Tlionneur qui! vous plest me faire que je ne seray jamays à mon aise, ni contant jusques à ce que , par efect, vous ayez conneu Taffection et extresme désir que j'ay de vous fayre à jamays, de très bon coeur, service, et si tant est que les dilTicullez qu avez mises en avant au dict sieur de Larchant empeschent de vostre part la résolution de ce que je désire infiniment , si ne sera-t-il jour de ma vie que je ne reconnoissc vous en debvoyr grande obligation et que je ne demeure à jamais vostre très affectionné, ainsy que counoistrez, quand il vous playra me commander, comme vous dira plus niDplement et que vous croirez, s*il vous plaist sur cela, le sieur de Foix; priant Dieu , après mes bumbles recommandations a vostre bonne grâce, (fu^il vous doynt , Madame , en parfaitle santé , très longue et heureuse vie. Ëscript à Fontainebleau, le dernier de juillet i 671 .
Vostre très humble cousin et affectionné à vous faire servyce ,
Hekry*.
Voici la lettre de Charles IX ;
Madame ma bonne sœur, et comme par la gracieuse lettre que m avez escriple et rapport que m'a fait le sieur de Larchant j'ay toujours, de plus en plus, cogneu vostre entière amitié envers moy et les miens et In sincérité et louable affection que vous avez monstre porter à la négociation de laquelle je désire l'événement conforme à vos bonnes intentions , lesquelles j'espère seront accompaignées de la faveur de Dieu qui la conduira à la fin plus convenable à son honneur et nostre bien commun , et, quoique ce soit, je recognoistray toute ma vie vous en estre grandement obligé, et n espargneray ne mon estât, ne ma propre personne, où je pourray me monstrer recognoissant envers vous , ainsy que plus particulièrement vous dira le sieur de Foix , mon cousin , que j'ay envoyé de vers vous exprès pour cet effect, vous priant le croire de tout ce qu'il vous dira de ma part, comme vous feriez moy mesmc, qui prie Dieu, Madame, ma bonne seur, vous avoir en sa très saincte garde.
Escript à Fontainebleau , le 1" jour d'aoust 1 57 1 .
Vostre bon frère et cousin , Charles^.
Dès son arrivée en Angleterre, M. de Foix allait se trouver en
' liecord olJUc , Siulc /)///ut.s , l''raiicr , \ol. L. ( Aiitograplic. ) ' Ibiil f y\iiloi;r;>|>lic. 1
présence des mêmes exigences. Elisabeth avait formellement déclaré que la moindre concession pour la religion troublerait ses Etats; « qu elle aymeroit mieux estre morte que de le voir; > d'ailleurs les instructions de M. de Foix étaient très-limitées, il y était dit : « Advenant qu'il y ait difficulté sur le point de la religion et « libre exercice d'icelle, qui ne se puisse terminer, et que Ton dé- « sire absolument que mon dit Seigneur, le duc d'Anjou , soit
• par delà pour le lui accorder, le sieur de Foix ne passera point « outre à tout le reste des autres articles, mais se relireraprudem-
• ment de la négociation ^ » Au départ, Charles IX lui remit la lettre suivante pour lord Bui^hley :
Monsieur de Burley , le sieur de Foix , mon cousin , vous sçaura si bien faire entendre le plaisir que je reçois d'entendre les bonnes et hono> rabies offres que vous faictes à la négociation du mariage d'entre la royne d'Angleterre, Madame ma bonne seur, et mon frère, le duc d'Anjou, qu'il n'est besoing vous faire longue lettre, aussy n'estendrois-je celle-cy que pour vous prier de continuer et vous asseurcr que, oultre le bien que ce sera k toute la chrestienlé de fortifier famitié et bonne intelligence d'entre ma bonne sœur et moy, j'estime beaucoup l'affection que vous y avez monstréc , ainsy que plus amplement vous dira le sieur de Foix que je vous prie croire sur ce faict de la charge que je luy ay donnée, et je supplieray le Créateur qu'il vous ayl, Monsieur de Burley, en sa sainte et digne garde.
Escript de Fontainebleau, le i*' aoust 1671.
Charles'.
Cavalcanti, ainsi quil l'avait fait pressentir, fut encore de cette seconde ambassade; le vendredi, 3 août, il écrivait à lord Bui^hley :
lUustrissimo Signor mio ,
' Ho^gi sono arrivato qui con Mons' di Foix quale partira domani per Bolognia é conta d'esscrvi lunedi notle e di passare subito. Ho trovato qui Tinclusa mia lettcra la quale non arriva in tempo per cssere mandata con lo spaccio del S*" ambasciatore , e pero la mando con questo huomo di Mons*" délia Motha. lo presi hieri licentia dalla Regina, e da Monsieur, et hebbi occasione di parlare con l'uno e con l'altro per buono spatio. In la Regina vivamente si cono.icie una strahordinaria volonta chè
' Instruction de Paul de Foix, correspondance de La Molljc-F<5nelon, l. VII,
p. 5îAl.
' Record office, State papers, Fiance , vol. L. (Original.)
il negotio prenda buono successo. Et Monsieur medisimn mente se ne mostra desiderossissimo. Il quale mi ha dato in carica di dire alla Majestà délia Regina le più dolcie parole che in simili casi si possino esprimere, e nette di ogni sospetto che in lui sia diminuila la principiata affeltione. Il signor marescial di Memoranci mi ha affermato che di qtia il tutto resta in cosi buona dispositione quanto si possa desiderare , el che Mons*'di Foyx viene con buonissimo dispaccio. lo fo gran conto délia parole di questo Signore , perche prociedc sincieramente , e si guarderebbe assai di dire cosa che la Regina non trovassi vera per la singolare affeltione che porta à Sua Majestà. Li pare che la ciellerità in quesia pratica sia neciessaria per prevenire le pratiche che si fanno per romperla. lo nnlicipo a toccare questi punti perché Mons*' di Foyx trovi In materia più preparata. Quando saremo à Londra vedrô se polro venirc in corte avanti lui per dare nngliore conto di quello è passato. Nostro Sign** permelta di tutto il nieglio, e la preservi in la sua santissima gratia. Di Parigi, il venerdi sera uj d* agosto 1671.
Di V. S. afl** serv'
GuiDO Cavalcanti*.
M. de Foix fut reçu avec de grands égards; La Mothe-Fénelon rend compte minutieusement de sa première audience : Elisabeth insista beaucoup sur la jeunesse de iMonsieur, sur le triste avenir qu'elle avait devant elle. Dans six ou sept ans elle serait vieille et délaissée, ses jours se passeraient « dans un sépulchre de larmes ». De Foix avait laissé en Angleterre d'excellents souvenirs, il y était si aimé, si estimé que, tout en ne cédant rien sur l'article de la religion, dont il réclama le libre exercice, il sut néanmoins, par des paroles conciliantes et son habileté de discussion, réserver toutes les chances d'un futur arrangement. A son départ d'Angleterre, le 6 septembre, il écrivit à lord Burghiey, voulant, lui disait-il, qu'il fût le dernier à qui il dit adieu; il le remercia de la sincérité avec laquelle avait été conduite la négociation ; il osait compter qu'à l'avenir seraient repoussés les desseins de ceux qui voudraient altérer la bonne intelligence entre les deux royaumes; «s'il venoit en France, il seroit autaut honoré et caressé que nul «autre^. •
Si l'on veut bien connaître l'impression que de Foix laissait derrière lui , Gavalcanti va nous le dire : ■ M' de Foix , écrit-il à lord
* Hecord office, State papers , France , vol. L. ( Anlojçraphc. ) « /ftid. (Original.)
« Biirghley , est parti co malin , à trois heures, très-satisfait des cour- «toisios reçues et ii ne peut, d*accord avec La Mothe-Féneion , « qu'interpréter le tout pour le mieux; il serait bon que la Reine n envoyât quelqu'un par de là qui pût combattre les mauvaises • influences; il approuverait assez le choix de Thomas Smith tenu « par eux pour sincère ; il s^adjoindra volontiers à la personne « choisie par sa Majesté. >
Cette lettre nous prouve que M. de Foix avait suivi à la lettre les termes de ses instructions qui lui enjoignaient , s'il ne voyait pas de chance, de se retirer prudemment de la négociation. Une lettre inédite de La Mothe-Fénelon à Tévéquc de Ross va nous donner plus de détails encore sur la mission de M. de Foix :
Monsieur, Taffaire pour lequel monsieur de Foix estoit venu icy a esté fort meurement traité par la royne d'Angleterre cl avec longue délibération de son conseil , et n'y a eu en la rt'ccption du sieur de Foix , ni au bon cl bien fort honorable traitement qu'on nous a faict à tous deux, ni en ce que avons esté caressés cl accompaignez plusieurs jours par les principaux de la noblesse, et qu'enfin il a esté licencié avec honneste présent de vaisellc d'argent jusques à la valeur de douze cens escus, ni pareillement en toute la négociation qu'on afaicte avec nous, n'en qui n'ait passé avec beaucoup de dignité , et sa Majesté a respondu , quant aux deux points du couronnement et de l'association au gouvernement, qu'elle accordoit très volontiers l'un et l'autre à Monsieur, comme mar\, et sans préjudice de la plus prochaine personne à luy succéder, à laquelle vouloit pourvoir en toutes sortes , que son droit luy fust gardé, encores que possible elle ne luy portoit trop de bonne volonté ; mais q lant à ce point de la religion , sa response est demeurée en termes inceriains, et encore assez douteux et pleins de conditions qui ne permettent que je vous puisse asseurer si TaiFaire se conduira ou non. Tant y a , qu aussitosl que j'auray en response de la dépesche que M' de Foix a emportée là dessus , je vous en pourray faire bonne part. Le sieur de Foix a parlé fort affectueusement des affaires d'Escosse et de vostre liberté à sa Majesté, laquelle luy a assez bien respondu, et puis tous deux en avons traité avec les sieurs de son conseil , auquels j'ay baillé ung bien ample mémoire de tout pour y mieux délibérer et ay fays voir à M' de Burgleick les lettres que la Royne , vostre maistresse, m'avoit escriptes, et sur le tout il m'a fait response selon l'intention de la Royne, sa maistresse, à quoy il n'avoit pour le présent rien que adjouster, sinon quant à M' Randol , qu'iceluy raesmes Randol viendroit devers moy pour advouer ou désavouer ses lettres et me faire l'interprélalion d'icelles , et quant aux choses que, oullre les lettres do la royne d'Escosse , nous requé-
rions pour elle et ses niïaires et pour vostrc liberté, que sa dicte Majesté en escriroit nu Roy pour Ten satisfaire, et que cependant Tonuroctroioll ung passeport a Robessarl pour aller trouver la Royne, vostre maistressc, et pour résider icy, si elle vouloit, et encores ung autre passeport à Mabesson pour faire ung voyage en Escosse et retourner, dont il mande à sa Majesté si sera son plaisir qu'il y aille et qu*il passe devers elle ; car auitrement je ne Ty voudrois dépescher, m* ayant au reste le sieur de Burgley mandé touchant les nouvelles d'Escosse qu'il entendoit que le duc de Chatlellerault et le comte de Huntley avoient fait quelque con> vcntion de paix avec les comtes de Lennox et de Morton, et que le parlement se debvoit tenir à Lislebourg le xxx du passé , et que le sieur de Vérac estoit en liberté avec congé de se pouvoir retirer en France par la voye qu'il luy plairoil, ou de la mer, ou de la terre. Je n'ay obmis, en vostre absence , de bien informer M' de Foix sur tout ce que j'ay estime concerner des affaires de la Royne, vostre maistresse, ceulx de son royaume et la justification de voz actions , ainsy que me l'escripvites à vostre partement; dont ainsy qu'il a fort bien fait son devoir jusques icy, je m'asseure qu'il donnera bonne information du tout à leurs Majestez très chrestiennes , et que vous cognoistrez que nous concourrons tous deux d'un mesme désir au service de la dicte Dame et à vostre bien. J'entends que le Roy a esté à Blois pour y passer son hiver, et que ceux de la Rochelle y doivent venir trouver sa Majesté, et qu'il se parle du mariage de Madame avec le prince de Navarre. J'attendray par Robessart ce que sa Majesté et vous me voudrez me mander pour la conduite des affaires et pour l'ordre du reste des serviteurs qui sont encores icy, et cependant je vous prie vous consoler et ne vous ennuyer et me tenir toujours en vostre bonne grâce, à laquelle humblement de bon cœur je nie reconunande et prie Dieu quil vous donne. Monsieur, en parfaite santé, une longue vie et tout ce bien et parfait contentement que vous désirez.
De Londres , ce v' jour de septembre 1571.
Vostre très humble et affectueux amy à vous faire service,
La Mothe-Fénelon'.
Une réponse officielle et en latin fut faite aux articles présentés par M. de Foix; nous la laisserons de côté, car elle ne reproduit que les mêmes objections au sujet de Texercice de la relij[ion catholique.
Coligny avait rejoint la cour à Blois au mois de septembre; la réception. avait été des plus sympathiques : Catherine l'avait em-
^ Brilislt Masemn , mss. Coït, Calitjulu . c ni , P' 9^.
brassé, Charles IX Favait appelé son père et, outre labandoii durant un an du revenu des bénéfices de feu le cardinal de Chàtillon, il lui avait fait remettre 100,000 livres pour l'indemniser des pertes par lui subies^. Dans une lettre aux églises de F-.yon Goli^ny se loue grandement de la réception qui lui a été faite par Charles IX et par Catherine de Médicis^; son influence croissante peu à peu se fait jour et il faut lui attribuer le désir réciproque d'arriver à une alliance intime entre la France et l'Angleterre, dont le but réel était de délivrer les Flandres de la tyrannie de Philippe IL Dans on rapport secret, daté du mois de novembre, nous voyons que les huguenots faisaient de grandes offres à Charles IX pour obtenir de lui la liberté de porter la guerre dans les Flandres, et dans une lettre écrite le i3 novembre 1671 par Lisle, agent anglais, à monsieur de Marquisat, gentilhomme périgourdin , nous lisons encore : • Quant au mariage de notre Reine avec Monsieur • il se déduit bien secrètement, car on n'en oyt point parler; il y « a grande apparence que le Roy aura bientost la guerre contre « l'Espagnol en Espagne et en Flandres^ »
Dans un entretien avec Walsingham, Catherine ne lui avait pas caché la détermination du duc d'Anjou d'obtenir pour lui et les siens la liberté d'exercice de la religion catholique; mais une lettre de Nicolas de Pellevé, l'un des futurs chefs de la Ligue, accentue d'une manière plus vraie et plus vive les causes de la rupture du mariage :
Quant au mariage de la Royne d'Angleterre avec Monsieur, qui est la praticquc de notre apostat *, je vous asseur'e qu'il nen a nulle volonté, aiant le cueur très bon et généreux. Ce que Ton souhaite est d'avoir une espouse quy ait le cueur net et qui soit saine de conscience et d'honneur, tenez cela pour résolu. Le Roy d'E^paignc aiant toutes les qualités que l'on eust peu désirer et avecq une princesse si catholique , vous sçavez le pouvoir et crédict qu'il pouvoit avoir avec la feue roine pour le gouvernement du païs, nation par trop soupsonneuse. Monsieur n'eust poinct esté le Roy, mais le mary de la Royne; vous sçavez aussy combien ceste alliance eust esté pleine de soupson à l'endroict du Roy d'Espaigne, et aussy que notre Royne, qui aime si chèrement ung fils si
* Voir Mémoires de la Popeliniire, t. II , T ai.
* Record office, State papers, France, vol. L. ' Ibid, (Ori gainai.)
* Il fait allusion au cardinal di' Clialillon.
recommandabic comme il esl , combien elle penseroit qu'il y auroit à redire , s'il en esloit tant esloigné. Vous pouvez penser tout le reste et de la despence que cela nous eust amené et par aventure jalousie. Quant à Monsieur, il a grande diligence et patience en ses actions ; mais ce qui me plaist le plus , c*est que je le voy bien dévotement servir Dieu , et haïr de parfaicte haine les héréticques. Et quant à la royne d'Escosse elle est tousjours entre les mains de celle d'Angleterre , entretenue de vaines espérances. Toutesfois je vous diray que , sî notre Roy et le roy d'Espaigne s'entendoient bien , il y auroit grande espérance à faire le mariage d'elle avecq le duc que vous sçavez qui. a esté prisonnier en Angleterre. Le subject y est fort bien disposé , et par ce moien mettre les catholicques d'Angleterre en liberté, lesquels en ont ung très grand désir; mais nous avons ce malheur en chrestienté que les Princes ne songent qu'à ce qui leur touche particulièrement*.
En Angleterre, on n'en était pas à ignorer les répugnances in-* vincibles du duc d'Anjou; La Mothe-Fénelon écrivait, le 22 décembre, à Catherine : «Le comte de Leicester m'en a parlé en « termes qui monstrent avoir quelque opinion que Monsieur en « soit dégousté^; v mais la rupture formelle fut rejetée sur la déclaration remise par MM. de Morvilliers et de Foix à sir Thomas Smith lorsqu'il vint à Blois traiter de la ligue. Elisabeth s*en expliqua avec La Mothe-Fénelon dans un entretien dont elle rend compte à Walsingham (25 janvier 1572) : elle lui a mis sous les yeux cette déclaration qu'il a fait semblant de ne pas connaître; elle a témoigné néanmoins du regret que les choses en fussent venues ià; mais on lui avait fait croire que, « si elle temporisoit, «Monsieur condescendroit à se passer de Texercice de sa reli- « gion '. • Voici cette déclaration :
Le libre exercice de religion que Monsieur demande pour luy et tous ceulx de sa suite s'entend qu'en tout lieu, où il sera en Angleterre, luy soit loisible avoir esglise ou chapelle selon la commodité des lieux et en iceulx faire célébrer la messe , et tout autre service divin et exercice de sa religion, librement et ouvertement, à toutes heures et en la mesme manière et forme que bon lui semblera, comme il faict présentement en ce royaulme , et que les conditions susdictes luy soient accordées et passées
* Record office, State papers, France, vol. L. Extrait d'une lettre du cardinal de Pellevé. (Copie de temps.)
* Voir Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. IV, p. 320. ^ /61c/. t. Vil, p. 354.
par traité authentique, et à si bonne forme que luy, et tous ceuk qui U> suivront en puissent demeurer asseurés, et qu ilz n*en puissent en aucun temps estrerien rcvocqué en doubte^
Avant d'aborder Tannée 1672 et de faire Thistorique des n^ociations qui aboutirent au traité d'alliance entre les deux nations qui fut signé à Blois, pour ne rien laisser en arrière, nous donnerons une lettre inédite d'Hubert Languet à Walsingham, qui nous fait bien connaître Tétat des choses en Allemagne :
Monseigneur, je n'eusse esté si longtemps sans vous escripre ce que je puis entendre des affaires d'Allemagne, n eust esié que nous tenions icv quasy pour tout certain que le Roy s'en venoit à S* Germain en Lave , où j'espérois vous aller incontinent faire la révérence, ou bien en ceste ville mesmc. L'empereur, à ce qu'on nous a escript, est fort empesché en Bo- ' hesme, parce que la plupart des seigneurs du pays luy ont simplement dict qu'ils avoient délibéré de ne consentir à aucune contribution d'argent, si ne leur accordoit pour le moins mesme liberté en la religion qu'il a accordé à ceulx de l'Autriche , et où y a quelques uns d'entre eulx qui se sont fort picqués contre les seigneurs de Bermestein et de Rosamberg, dont l'ung est chancelier et l'autre burgrawe, parce qu'ils se fonnalisoient trop contre eulx et usoient de paroles hautles , et principalement celui de Bermestein, duquel la femme est de Menrique d'Espagne et gouverne l'impératrice. L'empereur est en grande perplexité, se trouvant sans argent et sans moien d'en recouvrer présentement en l'Empire , estans les affaires de la Transilvanie en ! rouble, car le grand Seigneur ayant permis à ceulx du pays , à la requeste du roy de Pologne , d'eslire ung seigneur, la noblesse en a eslu ung qui s'est déclaré son vassal, mais les villes non contentes de ceste eslection en ont eslu ung autre, lequel se voyant en différent avec son compagnon , qui est supporté des Turcs , fait semblant de vouloir sui\Te le parti de l'empereur. Les députés de l'Empire s'assemblent à Francfort le premier jour du mois prochain pour le fait des monnoies pour auquel pourvoir les trois électeurs ecclésiastiques et le Palatin furent ensemble à Kingon le mois passé; les députés de Francfort doivent aussy ad viser par quels moiens on pourra recouvrer le pays et villes que les voisins ont usurpé sur l'Empire. Je crois qu'on y besognera à la mode d'Allemagne, c'est-à-dire qu'on y arestera beaucoup de bonnes choses , mais rien n'en sera exécuté. L'on m'a escript que le roy de Pologne veult espouser une des demoiselles de sa sœur qu'il a engrossée; il semble qu'il commencera à la fin une telle tragédie que
* Noie remise par M. de Morviliiers et de Poix à Smith (7 janvier 1672 ). Record office, State paperx, France, vol. LU. (Original.)
celle que le roi Flenri VIII joua en Angleterre. On m'a aussy escript que le Moscovite esloil niorl et que ses filz s*entrebattoient, mais je croy qu*il n en soit rien , d'autant que ce bruit couroit déjà quand je party d* Allemagne. L*eiiipereur a envoyé par devers luy le C** Joachim de Stile sous prétexte de redemander la Livonie, mais on estime qu*il recherche de faire ligue contre les Turcs ; je croy que Tempereur •*accommodéra volontiers avec luy , de peur qu'il ne luy trouble l'espérance qu'il a de faire ung de ses frères roy de Pologne et principalement depuis la mort du vaivode de Transilvanie; mais l'autre est si barbare qu'on ne sçauroit assurer de ses promesses , lesquelles il tiendra , ou ne tiendra pas , selon qu'il luy viendra en la fantaisie. Les théologiens de Witemberg ont mis en lumière un catholicisme que les bons Saxons ne trouvent pas à leur goust, parce qu'il leur semble qu'ilz s'approchent trop près de nos églises quant à la différence de la présence du corps de nostre Seigneur Jésus Christ en la Cène ; je croy que quelques ungs d'entre eux ont escrit contre le dict catholicisme. L'on m'a escript que les trois électeurs protestans et le landgrave Guillaume s'essaient d'accommoder ceste affaire ; Dieu veuille que ce soit à sa gloire. L'on dit que le duc d'Albucquerque s*en va estre vice-roi de Naples , le marquis de Pescaire gouverneur de Milan , et le fil» du duc d'Albe vice-roi de Sicile et le duc de Moedina Cœli vient aux Pays Bas dont, à mon advis, le duc d'Albe ne partira qu'il ne voie quelle issue prendra ces mouvemens qui se font aux frontières de Picardie et d'Artois , où il s'assemble force soldatz , tant d'un costé que de l'aultre , mais je croy qu'ilz ne se mordront point. Je ne me puis assez esmerveiller que les Véniciens soient à la fin entrés au labyrintlie de ceste ligue; il me semble que les Espagnols les ont là où les vouloient avoir et qu'ilz sçauront bien faire que tout le malheur de ceste guerre tombe sur eulx. Nous avons icy assez de nouvelles d'Italie, mais d'aultant que je ne double point que vous en aies de plus certaines là où vous estes , je ne vous empestreray point ce papier, qui sera Tendroict, Monseigneur, où après avoir propensé mes humbles recommandations à vos bonnes grâces, je prieray Dieu de vous avoir en sa sainte guarde avec toute votre famille.
De Paris , ce xxvnj juin 1 67 1 .
Vostre très humble et obéissant serviteur,
Hubert Languet'.
Enfin, pour clore cette année si remplie, voici une lettre d'un marchand de tableaux et d'antiquités de Paris à lord Burghley; il lui détaille avec complaisance et l'orgueil du collectionneur tout
' Hecord office, Staicptipers, France, yo\. XLIX. (Autoj;raphe.)
ce qu'il a recueilli de curieux depuis viogt-cinq ans qu'il tient boutique :
Mon très honoré Seigneur, ayant entendu par la bonne renonunée la perfection et vertus qui sont en la très illustre et très vertueuse princesse Elisabeth par la grâce de Dieu royne d'Angleterre, ensemble la faveur qu'elle porte aux sciences et bonnes lettres, et le grant plaisir qu'elle reçoit de la peinture et portraicture, et que la plus grande de ses affections a tousjours esté de descouvrer quelque grande quantité de pièces des dictes portraictures, voires quelque bon nombre de livres pour le contentement de son divin esprit, et sçachant bien que, par le seul mérite de vos vertus, vous estes ung des premiers de son conseil, pour ces considérations, très illustre Seigneur, je me suis avancé de vous adresser ceste lettre, affin de vous supplier, plus que très humblement, qu il vous plaise me faire cest honneur de porter parolle à sa Majesté du contenu de ma lettre , et me vouloir ayder de vostre auctorite et faveur, selon que voslre bonté et vertu vous pourroit admonester. Doncques pour vous discourir amplement le faict, c'est que, depuis vingt cinq ans en çà, j*ai esté fort diligent de recueillir les pièces deportraictures des plus excellens ouvriers du monde, tant Italiens, François, que AUemans , et en si grande quantité , que il y en a pour en faire vingt volumes des plus excellens qui se soyent encore faicts, qui sont par casses, chacun en leurs ordre, qui seroit une chose belle et excellente pour enrichir sa librairie , dont sa Majesté recepvroit honneur, plésir et grant contentement.
Premièrement, j*ai yci quatre casses pour faire quatre livres de TEscriture saincte.
Une casse d'histoires grecques ,
Une casse d'histoire romaine ,
Une casse d'histoires moralles ,
Une casse d'histoires de drouUeries ,
Une casse de compartimens ,
Une casse de grostestes (grotesques).
Une casse de testes des hommes illustres.
Une casse de caries et paîs accompagnés de leurs villes,
Deux casses de paîsage.
Quatre casses d'architecture.
Une casse de pièces d'Allebert Durer,
Une casse d'aultres petites pièces.
Aussi j'ay yci ung cabinet remply de plusieurs excellens tableaux, façonnés par les meilleurs maistres, tant d'Italye que de France, avec plusieurs figures, médailles, vases cristalins, et aultres singularités propres à faire cabinet. Toutes lesquelles choses sont à prix raisonnable.
Parlant si plaisl à sa Majesté donner charge à quelques ungs de sesgentilhommes , ou à ses ambassadeurs qui sont par deçà , pour voir ce que c*est, pour puis après luy en faire le récit, je les recepvray, en sa faveur, le plus humainement qui sera possible. Cependant je prie le Créateur vous maintenir perpétuellement en sa grâce, comme je désire vivre et mourir en la vostre.
Le tout vostre affectionné et obéissant serviteur,
Nicolas Houel, Parisien,
demeurant à Paris près la place de Grève , devant la rue de Poterie . contre deux notaires, à l'enseigne de TEscu de France ^
Le projet de mariage du duc d'Anjou avec Elisabeth ayant été définitivement abandonné, les négociations pour arriver à une ligiief à une alliance étroite, furent des deux côtés conduites avec un égal désir de les mener à bonne fin ; on peut en suivre les diverses phases dans la correspondance imprimée de La Mothe-Fénelon ; mais, dans le manuscrit des Archives d'où elle a été tirée, les lettres de Charles IX et de la Reine mère manquent entièrement durant une période de six mois; la correspondance ne reprend qu'au 2 2 juin 1072^. Les lettres et les indications que nous allons donner serviront donc en partie à combler cette regrettable lacune.
C'est sir Thomas Smith, nous l'avons déjà dit, l'habile négociateur de la paix de i564i qui fut adjoint à Walsingham pour débattre le traité d'alliance entre les deux nations. Durant les quatre mois de janvier, de février, de mars et d'avril, de fréquents pourparlers eurent lieu, de longues dépêches furent échangées. La grosse difficulté c'était de savoir si la ligue en projet s'étendrait à la religion : les Anglais, d'abord, semblaient y tenir, et, dans une dépêche du 24 février 1672, La Mothe-Fénelon explique qu'ils se contenteraient d'une déclaration particulière du Roi; mais les rôles furent intervertis, c'est Charles IX qui en vint à exiger cette clause, ainsi qu'il résulte d'une lettre de lui en date du 2g avril : « Il entend que la cause de la religion y soit comprise, « mais, comme les ambassadeurs ont déclaré que la reine d'Angle- « terre en faisait exception, il entend que l'obligation de défense • soit contre tous, pour quelque cause que ce soit, sans en excep-
* Record office , State papers, France ^ yo\. L. (Autographe.)
* Voir, Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. VII, p. 288 , rexplication qui en est donnée par rëditeur.
« ter aucune, aussi bien que si la cause de la religion élait coin- « prise audit traitée • Elisabeth accepta en ces termes la condition réservée :
Monsieur mon frère, comme ainsy soit que au traité de ligue offensive arresté entre voz députés et noz ambassadeurs à Blois, il est expressément porté que serons tenus à mutuelle deffense envers tous et contre tous pour quelque cause et occasion que ce soit , sans aucune excepter , et que quelques propos vous auroient esté tenus sur ce par mes dibis ambassadeurs aux vostres ; pour mieulx en esclaircir Tintention , afiîn déviter tous doutes et à ceste fin vous, comme Prince qui entend procéder avec moy en toute sincérité , ayez déjà expliqué voslre droicte intention et pour oster tout doute et difficulté , avez par voslre lettre escriptc et signée de Yostre main et donnée le xxix* jour d*avril tesmoigné que , sous la généralité des paroles au dict traité de mutuelle deffense, avez entendu et entendez estre comprise la cause de la religion , ainsy que par mesme moyen pour vous satisfaire et déclarer noslre intention eslre en toutes parts semblable à la voslre, avons pareillement escript la présente en mesmes paroles, comme avons coneu des vostres, en ceste forme que avons entendu et entendons que Tobligation à nostre mutuelle deffense soit contre tous et pour quelque cause que ce soit, sans aulcune exception, et mesmes quand Fun de nous, nos royaumes, terres ou subjectz seroient assaillis ou injuriés pour cause de religion, ou sous couleur, ou prétexte d*icelle, et entendant en ce cas par les générales paroles comprises au dict traité estre effectuellement obligez à la deffense portée par iceluy t^t selon sa forme et teneur, tout ainsy que si es conventions de nostre dict traité la cause do la religion y estoit speciallement comprise'.
Parallèlement au traité, deux autres négociation s se poursuivaient; Tune avait trait au mariage du duc d'Alençon avec Elisabeth, Catherine ayant adroitement substitué son troisième fils au duc d'Anjou, l'autre relative aux affaires d'Ecosse et à leur pacification; mais Elisabeth ne trouvait pas dans le duc d'Alençon ces avantages physiques qui l'avaient un instant si bien disposée pour leduc d'Anjou; elle se plaignait de ce qu'il n'était guère plus haut de taille qu elle, que son visage conservait les traces de la petite vérole, dont il avait été tout récemment atteint; aussi, à la suite d'une grave maladie, venait-elle de donner de nouvelles espérances à Leicester; mais la persévérance de Catherine passant par-dessus
' British Muséum, mss. Col. Vespas. t. VI, T 2 3.
* Record office , State papcrs , Vrancc , vol. IJII. (Copie du lemps.)
tous les obstacles, un semblaot de négociation sérieuse s'était engagé, et le duc d'Alençon dans une lettre à Elisabeth se pose comme un prétendant, mais bien timidement :
Madame, par la résolution du traité d'entre ie Roy Monseigneur et frère et vous si bien faicte, je n*ay vouUu faillir, à caste bonne occasion de m*en resjouir avec vous pour le bien que j*espère ce sera à toute la chrestienté, principal lement à ces deux royaumes et pour mesme moyen vous dire, Madame, que j*estimerois bien grand heur de vous pouvoir faire service et qu*]I vous pleust me commander, sçachantbien que mon dict seigneur et frère aura toujours foct agréable que je m*y employé selon la bonne et parfaîcte amitié qui est entre vous deux , vous baisant pour la fin de ceMe lettre humblement les mains et suppliant le Créateur vous donner. Madame, en parfaite santé longue vie.
A Blois, le XX* jour d'avril i Sya.
Vostre obéissant frère à vous faire service , FrancoyS*.
Nous reviendrons à cet étrange projet, car cette lettre n'est que le point de départ de longues négociations; portons auparavant nos regards du coté de TÉcosse : Charles IX y avait de nouveau envoyé du Croc, mais Elisabeth se refusait à lui laisser franchir la frontière; la conspiration de Norfolk, les intrigues de TEspagne Tavaient profondément irritée et Burghley disait à La Mothe-Fénelon que la reine, sa maîtresse, préférerait avoir la guerre avec la France que de rendre jamais la liberté à Marie Stuart. Le nouveau traité allait détendre la situation, et d'ailleurs la lettre suivante de Charles IX était bien faite pour calmer les défiances et les colères d'Elisabeth :
Et au reste , Monsieur de La Molhe , je désire bien qu ayez faict votre debvoir de donner à ma dicte bonne seur ladvis , que je vous ay naguères mandé, car j*ay eu encores ad vis certain que le duc d'Albe faict advancer tant qu'il peult les cinq ou six cens Anglois fugitifs qui sont en Flandre pour aller en Angleterre exécuter l'entreprinse dont je vous ay escript, à laquelle doibt, à ce que je viens encores de veoir par un aultre advis, intervenir niilord de Séthon, avec deux mil Escossois et davantage, si tant il en peult mettre ensemble, pour favoriser et assister
' Biiiisk Muséum, inss. Cot. Vcspas. vol. V[, f A9. (Aiilopraphe.)
l^entrcprinse des dicts bannis et du dict duc d'Albe , ayant résolu d enlever par mesme moyen, s'ils peuvent, à ce que Von me mande, le prince d*£8cosse, et le mener en Espaigne, selon la délibération et intelligence de beaucoup d*Escossois qui sont de ceste menée; à quoy il fault que vous et le dict s' du Croc ayez Toeil si ouvert et donnez tel ordre que cela n advienne; estant très nécessaire , pour cette occasion, que iceluy du Croc s*achemine en Escosse , s*il n y est desjà , affin quil regarde de faire en sorte que le dict jeune prince et les Ëscossois , en ce qu ils sont tenus premièrement de leur debvoir vers Tancienne alliance qu'ils ont avec moy, et puis en ce qu ils entendront de ma dicte bonne seur et moy avons accordé en nostre traicté pour leur repos et pour la défence de leur pays , sans quils prennent aultre intelligence, ny parly que ces deux; car il importe à ma réputation que cela soit ainsy et que les choses s'effectuent selon que je Tay convenu avec ma dicte bonne seur, dont ferez tenir le plus tost que pourrez la dépesche que je luy en fais avec la vostre. J*ay veu aussy par vos lettres que ma dicte bonne seur n'envoyera îcy le conte de Leicester comme je désirois, ny pareillement mi lord Burgley , et que ce sera milord admirai d* Angleterre ^ Si ses affaires et commodité l'eussent peu porter que ce feust esté J'ung d'eux , elle m'eustfaict beaucoup espérer de toutes les choses que je désire s'establir entre nous. Toutesfois je crois que le dict s' admirai, estant tel que me mandez, y sera fort propre , et que pendant que mon beau-frère le duc de Montmorency' et mes aultres députés seront par de là, les deux siis-dictsy estant aussy, qu'ils feront et vous avec eulx , par le moyen du dict conte de Leicester et du dict milord de Burgley, beaucoup plus tost quelque bonne résolution de ce qui se proposera pour postre plus estroicte amitié, bonne confédération et alliance, que l'on ne pourroit pas faire, si l'ung d'eux e^toit absent'.
Dans une uouvelle lettre du 21 juin 1672 à Elisabeth, Charles IX lui dit qu'il a eu pour fort agréable que M. de Lincoln ait été choisi pour assister, avec MM. Smith et Walsinghani , au serment de ratification du traité; il la remercie de la réception faite à M. de Montmorency. Celle qu'il fit à lord Lincoln ne lui céda eu rien; Thomas Smith, dans une lettre à lord Burghley, lui fait le récit des fêtes qui la suivirent :
Lord Lincoln arriva à Paris le g juin 1672; le 11 M' Pinard, le
' L'amiral Lincoln.
* François de Montmorency, marié à Diane de France.
' Record office, Stale papcis, France, vol. LU. (Copie du temps.)
m*' de Cossé et U' de la Forest, ambassadeur en Angleterre, vinrent le trouver au Louvre, où un logement lui avait été assigné et ils lui firent connaître que le désir du Roi était qu*il séjournât à Paris ce jour-là qui était un mercredi, et le lendemain, mais que le vendredi il serait conduit au château de Madrid avec les deux autres ambassadeurs Walsingham et Smith, une indisposition de la Reine mère étant Tunique cause de ce retard, et qu au jour fixé pour leur audience le Roi voulait les avoir tons trois à sa table. Le vendredi matin, des coches vinrent les prendre dans la cour du Louvre, le prince Dauphin et le duc de Montpensier montèrent dans celui réservé pour le lord amiral. A dix heures du matin ils arrivèrent à Madrid, le Roi était à son lever; dès quil fut debout, il reçut Tamîral qui lui présenta les lettres de la reine Elisabeth; elles furent accueillies avec beaucoup de faveur; puis les ambassadeurs furent conduits par Monsieur (le duc d*Anjou) à la chambre des Reines, mais la Reine mère ne put encore les recevoir et s*excusant sur sa maladie les remit au lendemain, espérant être mieux. Ce jour-là ils prirent place à la table royale, où ne furent admis que Monsieur et le duc d'Alençon, la suite de l'ambassade dîna à d autres tables; le samedi dans l'après-midi l'amiral fut conduit par le Roi dans la chambre de la Reine mère ; elle les reçut dans son lit , entourée de toutes ses dames ; Madame l^arguerite et la vieille duchesse de Ferrare s'entretinrent avec le lord amiral et les ambassadeurs avec de douces et gracieuses paroles , leur demandant des nouvelles de la santé de la Reine et se montrant très-satisfaites de la ligue qui venait d'être conclue. Le lendemain dimanche, grande cohue à Madrid; à la sortie de la messe, le Roi monta dans un coche avec l'ambassadeur; ses deux frères, Walsingham et Smith montèrent dans un autre, et la cour prit la route de Madrid au Louvre. Le Roi voulut montrer lui-même à l'amiral et sa suite les magnificences de chaque salle, de chaque cabinet; puis, le banquet étant dressé dans la grande salle du palais, les trois ambassadeurs et les deux frères du Roi reprirent leur place à la table royale magnifiquement servie. L'assistance était si nombreuse que le service s'en ressentit et devint très-difficile; c'est leur usage, ajoute Thomas Smith, c'est leur manière de vivre familièrement. Peu d'instants après le diner toute la cour se dirigea par le Louvre à l'église S'-Germaindes-Prés ; une chapelle richement tendue de tapisseries avait été réservée pour les ambassadeurs, et deux autres pour leur suite. Pendant que l'assistance prenait place , une belle musique se fit entendre. Le duc de Bouillon , de la religion réformée , s*était placé à côté des ambassadeurs ; le serment du Roi fut reçu par l'évêque d'Auxerre; puis, se tournant vers lord Lincoln, il lui adressa quelques mots gracieux; la cérémonie se termina par un Te Deum. Dans la cour du Louvre > au retour de l'église, un coclie attendait le Roi; il y monta avec lord Lincoln et se rendit aux Tuileries.
Dans le jardin , tout à côlé d*une splendile fontaine , devait avoir lieu le souper ; mais auparavant le Roi promena lord Lincoln dans toutes les parties du jardin spacieux et vraiment remarquable; il se plut à lui indiquer tous les projets de la Reine sa mère. Le souper avait été dressé dans un petit pavillon recouvert d^ardoises, le Roi fit asseoir à sa table ses deux frères et les Irois ambassadeurs; à d*autres tables étaient Tamiral de Goligny , les trois frères du maréchal de Montmorency , les ducs de Guise et d*Aumale, le G" de Retz. Avant de se séparer Tamiral Goligny invita les ambassadeurs à souper pour le lendemain qui était un lundi; le repas fut fiomplueux et servi avec un ordre admirable. Monsieur avait invité Tamiral et les ambassadeurs à dîner, pour le mardi 17 juin, à son logis, tout près du Louvre; MM. de Tlioré, de Lansac et de Mauvissière les y menèrent. Monsieur et son frère les attendaient dans le vestibule et les conduisirent dans une grande salle où le repas était servi; là s'étaient déjà rendus les ducs d*Aumale, de Monlpensier, de Nevers et un grand nombre de gentilshommes; Monsieur s*assit, ayant à sa droite Tamiral Lincoln, Thomas Smith. Walsingham, le duc de Guise, lord Talbot et le duc d'Aumale; à sa gauche, son frère, le duc d'Alençon , le duc de Montpensier , le duc de Nevers et le maréchal de Gossé. Le repas fut splendide; après dîner il y eut concert; d'abord des chœurs avec accompagnement de virginal ^ ; puis avec accompagnement de violes et de luths; à la musique succéda une comédie italienne, les travaux d'HercnU, qui plut fort aux ambassadeurs. Au départ le duc d'Alençon les invita à dîner pour le lendemain à son logis, mais il était si petit et la journée était si chaude qu il les reçut dans rhôtel du G** de Retz. La fête ne le céda en rien aux deux autres. Après diner le duc et Monsieur firent passer les ambassadeurs dans une chambre plus fraîche, où ils entendirent une excellente musique comme le jour précédent, puis il y eut comédie et divertissement; mais la foule était si grande, la ctialeur si forte, que le plaisir fut acheté par trop de fatigue. Le lendemain eut lieu un dernier souper chez le duc de Nevers*.
La ratification du dernier traité n'était pas le seul but de la mission du duc de Montmorency en Angleterre; il devait obtenir en outre que du Croc pût passer en Ecosse, ce qui fut concédé, mais avec de certaines restrictions; puis il devait renouveler Toffre de la main du duc d'Alençon, c'était le point qui tenait le plus au cœur de Catherine. Il manœuvra si bien qu'il fut admis que le duc
^ Kpinelto chi xvi*' siècie.
- British Muséum, mss. Cott. Vespas. t. VI, f" 90. (Tra^lurtioii d après i original.)
d'Alençon pourrait envoyer à Londres M. de La Mole, sou favori. Charles IX crut devoir en remercier Elisabeth :
Madame ma bonne sœur, encores que je vous aye dernièrement escript le plaisir que ce m*a eslé des honorables propos que vous avez tenus à mon beau frère le duc de Montmorency et au sieur de Foix, mon cousin , de la vraye et entière amitié que me portez et à tous ceulx qui me touchent, et aussy de Taffection grande que vous avez de Taugmenter et rendre parfaîcte, touttefoîs ayant veu par une dépesche que j'ay receue avant hier du sieur de La Mothe-Fénelon , mon ambassadeur, la continuation et persévérance où vous en estes, comme vous luy avez amplement discouru en faudience qu*il a eue de vous sur la dernière dépesche que je fis à mon Jict beau frère le duc de Montmorency, au dict de Foix et a luy , et m*ayant mon frère le duc d'Alençon requis luy permcUre de vous envoyer ung des siens pour vous baiser les mains de sa part et faire pareils remerciemens des honnestes propos qu*avez aussy tenus de luy, je pense que je ne pourrois, sinon avec grande occasion, vous eu remercier de rechef comme je fais, et vous prier croire que les lettres si fréquentes que je vous escripts ne partent que de la singulière volonté que j*ay de voir ce qui peult conjoindre et rendre indissoluble nostre dicte amitié prendre Theureux succès que je désire pour nostre commun contentement et de tous nossubjectz communs et amis, vous asseurant que je fais aujourd*hui tant d*estat de vous et de Tamilié que vous démonstrez de plus en plus en mon endroict et encores envers les miens que je vons tiens comme ma vraie et propre sœur, a qui je désire aussy faire touts correspondans offices, et teiz que vous les pouvez et devez attendre de celuy qui est et veut demeurer à jamais
Vostre très asseuré fidèle frère et cousin ,
Charles'.
Paris, ce xx juillet 1673.
Le duc d'Alençon se recommandait lui-même à Smith :
Monsieur de Smith , encores que j'aye tousjours congneu la bonne volonté que vous avez portée à l^eiTel de mon mariage avec la Royne, vostre souveraine , j*en ay encores ung plus asseuré tesmoignage par les honnestes propos que la dicte Dame Royne a naguères tenus au sieur de La Mollie-Fénelon, en une audience qu elle luy a donnée, fondés, ainsy qu il nous a escript, sur le bon et sincère rapport que le baron de Lincoln , grand admyral d'Angleterre, et vous , luy avez fait des bonnes et perfectes
' British Muséum, niw. CoU, Vcspns. t. VI, T i?3. ( Aiilographc.)
volontés que nous avons de deçà en son endroîct, comme vous avez congneu, donl j*ay bien voulu vous remertier avec Toccasion du voyage de ce gentilhomme qui est à moy, lequel , avec permission du Roy mon dici seigneur et frère, j^envoye vers vostre dicte souveraine pourluy baber les mains de ma part et faire bien humble remerciement de Thonneur qudleme faict, vous priant. Monsieur de Smith, continuer en ceste bonne dévotion sans oublier aucune chose que vous pensiez y pouvoir apporter advancement, vous asseurant que le Roy, mon dict seigneur et frère, et moy en serons bien recognoissans et de la peine que prendrez en cest affaire que vous aurez occasion d*en estre content; cependant je prie Dieu, Monsieur de Smith, qu*il vous ait en sa garde.
Vostre très bon amy,
Francoys*.
Le mariage du duc d^Âlençon était sincèrement désiré par tous les partis en France; on en jugera par la lettre que ie maréchal de Montmorency, le chef des modérés « des politiques, et tout puissant alors, adressait à la reine Elisabeth pour lui recommander La Mole :
Madame, envoyant monseigneur le Duc le s' de la Mole, gentilhomme de sa chambre et de ses plus favoris, devers vostre Majesté, estant de mes inthimes amys, je ne Tay vouliu laisser partir sans vous faire la présente , seulement pour vous asseurer. Madame, qu*il n'y a rien que le dict seigneur désire tant que gagner vostre bonne grâce, pour vous dédyer et faire toute sa vye de cueur et d*affection avec grand heur service, dont je suy s aussy aise, que de chose qui sçauroit advenir au monde, saichant que c'est la principallc partye , et pour laquelle vostre Majesté aura plus d'occasion de prendre une bonne et entyere résolution envers le dict sei^^neur, qui est accompagné et accomply de toules les bonnes, rares et louables vertus , que vous sçaurez désirer à ung Prince généreux etextraict du grand et hault lieu dont il est, et que tout le monde sçayl. Tellement, Madame, que vostre Majesté ne pourra faillir a tirer de la consommation du propos que je vous ay mis à lavant de la part du Roy vostre bon frère , une grande consolation , heur et contentement, ouUre le repos, bien commun, seureté et grandeur qu'il en pourra succéder à vos deux royaumes. Qui est cause que je vous supplie très humblement, Madame, prendre de bonne part ce que je vous représente en cest endroict, et croire que cela procède pour le moings du plus affectionné et très humble serviteur que vous aurez jamais en
* Brituk Maseum, mss. Cott. Vespas. t. VL (Autographe.)
France, me sentant si tenu et obligé envers voslre Majesté, qu*elle peult faire estât que j*emploiray pour vostre service aussy franchement la vye que, de bon cueur, je baise en cest endroict les mains de vostre Majesté en me recommandant tant et si très humblement que faire puys à vostre bien bonne grâce, priant Dieu vous donner. Madame, en prospérité et parfaicte santé longue et très heureuse vye. De risie Adam, le xxnj* jour de juillet 1673.
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Montmorency'.
Une lettre de lui à Burghley n était pas moins pressante :
Monsieur, envoyant monseigneur le Duc le s' de la Mole, gentilhomme de sa chambre et de ses favoris et de mes intimes amis, devers la royne d'Angleterre, je n*ay voulu faillir de vous faire la présente pour vous rafreschir et rementavcîr noslre cognoîssance et amitié et aussy vous prier de vouloir, mais c*est le plus instamment et affectueusement que faire puis, de vouloir continuer, tenant estroictementla main à ce que sa Majesté preigne d*aussy bonne part le désir que Monsieur le Duc a de luy faire service que bientost nous puissions avoir ce bien que de veoir réussir, à leur grand heur et contentement, le propos de mariage que j*ay mis dernièrement par delà en avant , à la confiision de ceulx qui le vouldroient empescher, vous asseurant. Monsieur, que sa Majesté ne sauroit faire jamais cest honneur à prince du monde qui plus désire et estime sa bonne grâce que monseigneur le Duc, ainsi que plus particulièrement vous pourra faire entendre le sieur de la Mole, auquel me remettant, ne sera que pour vous offrir tout ce que j'ay de moyen en ce qu*il vous plaira m*emp1oier, comme le meilleur et le plus afiectionné amy que vous ayez jamais en ce royaume, mais ce sera d*aussy bon cœur que très affectueusement à vostre bonne grâce je me recommande, priant Dieu vous donner en bonne santé longue et très heureuse vie.
De risle-Adani , ce xxuj* jour de juillet 167 a.
Vostre affectionné et parfait amy, Montmorency*.
Le mariage de Mai^erite de Valois et du prince de Navarre avait toujours été dans la pensée de Catherine; il entrait dans sa
^ Record office, State papers, France, vol. LUI. (Original.)
' British Mus, mss. Coït, Vespas. t. VI, f 139. (Original signé.)
politique d'alors; la craiiile que les réformés ne pensassent à lui pour Fllisabeth Vy aurait seule décidée. Dès le 20 août 1671, Charles IX écrivait à La Mothe-Fénelon : • Si la royne d'Angleterre «ou ses ministres vous en mettent en propos, vous en parlerez, « comme si le dict mariage estait da tout résolla, comme aussy sera-il « toujours quand il me plerra^, »
Biron, envoyé auprès de Jeanne d'Albret pour la décider à venir à la cour, a rendu compte jour par jour de cette délicate mission^; il ne sera pas sans intérêt de s'y arrêter. Le 12 novembre 1571 il écrivait à Catherine de Médicis : « C'est à Navarrin qu'est
• la Reine de Navarre, elle dit qu'elle ne pourra partir que le 2 5 de
• ce mois, elle veut laisser son fils en Béarn, et n'en bougera que « l'accord de mariage ne soit fait; elle se plaint de ce que la place
■ de Lectoure n est pas encore rendue. » — Racontant un nouvel entretien, «elle exige, écrit-il, que la croix de Gastines soit « abattue à Paris, déclarant fermement qu'elle ne partira pas qu'elle « ne soit satisfaite sur les deux points de Lectoure et de la croix « de Gastines, car elle ne veut pas être trompée, comme les autres
• qui ont été à la cour devant elle et quand ils y ont été ils n'ont « rien obtenu. » — Biron ajoute que « ses réponses pouvant
■ plus altérer que rhabiller, » il a remis à « avoir patience «jusqu'au lendemain, jour de l'arrivée de la Reine en ce lieu de « Senneterre, où il n'a été question que de rires. » — Le 20 novembre, il écrit que, le 18, la reine a pris des pilules « pour un
• rhume qui lui descendoit sur les dents et sur tout le costé droit
• de la teste, lesquelles pilules lui firent peu jusqu'au lendemain « qui fut hier qu'elle se trouva comme à un commencement de dys- « senterîe avec fièvre forte. Ce soir elle s'est trouvée un peu mieux « avec assez grand ennui du retardement de son parteuient, crai- « gnant qu'on le prenne autrement. » — Dans une nouvelle lettre du 23 novembre à Catherine . • Vostre Majesté, lui dit-il, aura « tout contentement à sa venue, l'on ne parle que de mariage et
■ de nopces plus que l'on n'en a encore fait. » — Le 12 décembre, il écrit de Nérac au Roi : « H y a deux jours que j'ai averti votre
■ Majesté de l'arrivée de la Reine à Nérac et que ce qui la retardait,
^ Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. VII, p 243.
* Cette correspondance de -Biron est en Russie; elle est renfermée dans le n** 78 des documents français et vient d'être imprimée par E. de Barthélémy (Bordeaux, 187^1 ).
«c était pour voir lever la garnison de Lecloure; elle a reçu ré- « ponse de celui qui était chef à Lectoure; il lui a fait entendre que * La Valette était venu et avait refusé de rendre la place, trouvant « que ^ les lettres patentes n estoient assés amples; • puis rendant compte du mécontentement de la reine décidée à ne partir» qu elle «ne voye Tautorilé du Roy mieux obéie,» il engage le Roi à « étouffer tous ces bruits par un exemple. » Enfin complète satisfaction donnée, Jeanne d'Albret passa à Lectoure le mois de janvier.
Dans les dépêches des ambassadeurs étrangers, on trouve certains détails qui tantôt s'accordent, tantôt se contredisent: ce sont les nouvelles à la main du moment , et si nous nous en servons, c est qu'avec ces lambeaux épars se refait la vraie trame de l'histoire. L'ambassadeur du duc de Mantoue écrivait à son maître , le 1 5 février : « Le Roi et la Reine mère sont allés hier, 1 4 février, à Che- « nonceaux où la Reine de Navarre est arrivée aujourd'hui. — Le 1 7 « il regarde le mariage comme conclu — le *i3 il mentionne la ré- ■ ponse du Roi et de la Reine aux représentations du légat : la France « ne peut entrer dans la ligue proposée par le S' Père , les finances ne « le permettent pas; leurs Majestés feront connaître au monde leurs « bonnes résolutions envers la chrétienté; on ne peut rompre sans « danger le mariage avec le Roi de Navarre; quant à la ligue projetée « avec la Reine d'Angleterre, le légat peut affirmer au S' Père que «ce n'est pas pour attaquer, mais uniquement pour assurer la « paix. — - Le i" mars l'ambassadeur annonce que la Reine de « Navarre sera à Rloisdans deux jours, mais qu'elle est malade. »
L'ambassadeur de Savoie revient sur les mêmes détails et les complète: «La Reine Catherine est revenue hier ( 16 février) de «Chenonceaux, où elle a parlé et traité avec la Reine de Navarre; « louttefois l'on m'a assuré, ajoule-t-il, que quoiqu'elles se fissent « mauvaise mine devant les gens, après que chascun s'est retiré, « elles se sont enfermées seules en une chambre, où elles ont passé
• la pluspart de la nuit; le lendemain la Reine mère ne pou voit
• dissimuler son contentement. » — Le 27 février il ekrit : « Les «huguenots sont mécontens des retards du mariage de Henri de
• Navarre, ils disent qu'on les veut paistre de fumée. »
Voyons maintenant ce que pensait Henri de Navarre de son propre mariage; cette lettre, dont M. Berger de Xivrey n'a pas eu connaissance, est touchante; à côté de l'obéissance respectueuse qu'il témoigne à sa mère, ses soupçons se font jour sur les cm-
barras qui l'attendent; son attachement à la religion protestante s'y manifeste d'une façon énergique :
Ma Mère, j*é receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire, et ay veu le discours qu il vous a pieu m'envoyer. Je me remettray à monsieur de Beauvoir et monsieur le chancellier à vous donner advis là dessus. Quant à moy , je vous supplieray seulement vouloir avoir souvenance de ce que je vous dis à voslre partement, et principalement de sçavoir la volonté de Madame sur le faict de la religion. J*ay bien veu par vostre discours qu'ils ne tendent à rien, sinon qu'à me faire aller à la court, pensant me séparer de la religion et de vous , mais je vous suppliray de croire (pie, quelque embûche qu'ils me puissent dresser pour ce faict, qu'ils ne gaigneront , car il n'y aura jamais plus obéissant fils à mère que je vous seray, et auroys grand tort si j'estois aultre, veu la grande obligation que je vous dois, non seulement pour m'avoir mis au monde, mais aussy pour la peine que vous avez prins et prenez encores pour mon bien et advancement. Je vous supplieray doncques encores de rechef, ma Mère , croire qu'il n'y aura jamais fils qui rende plus d'obéissance à mère que je vous rendray. Nous attendons icy mon cousin tous les jours. Je suis fort marry de la maladye qui est advenue à ma soeur, craignant qu'elle luy dure aussy long temps que les aultres ont faict. Je vous supplie de m' envoyer la peinture de Madame. Je prie tous les jours Dieu pour vous , et qu'il bénisse vostre voiage. En général j'obéiray à tous les commandemens que me faictes par vostre lettre. Je feray doncques fin à la mienne, en vous présentant mes très humbles recommandations, priant Dieu, ma Mère, vous donner ses sainctes grâces et accomplissement de vos désirs.
Du Mont-de- Marsan, le premier de mars iSya.
Vostre très humble et très obéissant fils, Henry*.
Revenons aux bruits de cour; l'ambassadeur du duc de Mantoue écrivait le 2 mars : « Les huguenots ont toujours tenté d'em- • pêcher l'intervention de la reine Catherine dans leurs affaires, « espérant plus facilement obtenir du Roi ce qu'ils veulent, par ce « que le conseil en grande partie est en leur faveur, ce qui se peut « conclure de la réponse de la reine de Navarre à la Reine mère : « qu'elle ne voulait répondre à aucune chose qu'elle ne fût en la « présence du Roi, lequel allant ces jours-ci à la chasse s'est abou-
* Becordoffice, State papcrs, France y \o\. LU. (Copie du temps.)
« ché avec elle, et on estime que ce qui doit être fait à Toccasion « du mariage est en grande partie réglé; du reste aujourd'hui ou « demain elle vient à la cour et on saura ce qui en est. » — Il écrit de nouveau, le 20 : « Les uns prétendent que la reine de Navarre « a dit que c'est Marguerite qui se fera protestante et non son fils « papiste; d'autres disent qu'elle voulait que le Roi donnât le Berry « en souveraineté et un des frères du Roi à la sœur de Henri de « Navarre ^ •
A côté de ces bruits de chaque jour, dont Tambassadeur se fait l'écho, nous placerons une lettre de Jeanne d'Albret à Elisabeth où elle lui révèle toutes les difficultés par lesquelles elle a passé :
Madame, le commun ordre des affaires des grands est si ordinaireroent accompaigné de difficultés que Tasseurance ne s*en peult prendre qu*à la conclusion, qui a esié cause. Madame, que je ne vous ay plus test faicl sçavoir ce que j'eslois venue négocier en cesle court, pour en estre Tincertilude si grande, non par défaut de bonne voilonté des principaulx, mais par les pralicques et menées des esprits turbulens, ennemis du repos public et du leur mesnie, s*ilzle pouvoient. Bien ronsidéré néanmoins tous ces fâcheux obstacles, Dieu , par sa bonté, qui a toujours ung soin particulier de ceuk qui s*appuicnt sur sa sage providence, m'a reguardé de son œil paternel et a séparé ce brouail de difficultés et enfin. Madame, a disposé les cueurs d'un costé et d'aultre pour prendre une résolution îndisoluble du mariage de Madame avecq mon filz, ce qui fust fait hier, où comme le diable mort avoit suscité plusieurs esprits de division pour Tempescher, depuis que j'ay esté arrivée, Dieu, opposant sa bonté à leur malice, s'est servy de cculx de douceur pt amoitement d'union et de repos pour l'accomplir. Je n'ay voulu faillii , Madame, vous en advertir et m'en resjouir avec vous comme à celle qui sçait et a sngement préveu combien ceste alliance peult servir, non simplement au bien et repos de ce royaume, auquel vous estes si affectionnée, mais que cest heur estcndra ses branches jusques aux voisines. Parmi tant de grandes raisons. Madame, qui vous peuvent contenter, l'amitié qu'il vous a toujours pieu me porter m'y fera meclre mon heur paiticulier que je ne vous pourrois assez exprimer, sçachant, Madame, que vous me ferez cest honneur de le ressentir. Je ne veulx icy estre accusée d'ingratitude en vostre endroict et faillir à vous remercier très humblement des bons offices que messieurs vos ambassadeurs y ont Auctz et comme ils m'ont dict par vostre commandement, qui me redouble ceste obligation de longtemps romnienréo. Je vous supplie très humblement. Madame, me
* Arckircs tli Mantoiic.
pardonner la hardiesse à laquelle vostre bonté me convie et si je vous dis que je désirerois infiniment me pouvoir resjouir avecq vous de semblable occasion en vostre endroict, car je ne vous celleray point, Madame, que, comme désireuse de vostre heur et contentement, je ne fasse tous les jours prière à Dieu de vous donner ung mary duquel vous puissiez, pour vostre particulier et le public de ce royaume, recepvoir toutes les bénédictions que Dieu promet aux siens, et luy continuant ceste supplication , je adjousteray qu'il vous donne cependant heureuse et longue vie et règne paisible, comme vostre vertu le mérile, me recommandant très humblement à vostre bonne grâce. De Blois, ce v* jour d*avril.
Vostre très humble et obéissante soeur,
Jehanne*.
Suivons encore les pas de la reine de Navarre en prenant de nouveau pour guide lambassadeur du duc de Mantoue: « Elle est à « Vincennes, écrit-il, où elle a célébré la cène avec une inGnité • de huguenots et de là elle doit aller à Paris; sa fille Catherine « est avec elle (3 juin). La reine de Navarre et le duc de Guise se < sont rencontrés en bateau; il lui a fait la révérence; elle Ta baisé « à la mode du pays; ils ont causé des affaires de Flandre, et elle « lui a dit que dans quinze jours il viendrait des nouvelles plus «grandes (g juin). La reine est venue à Paris; elle avait mal au « côté et aujourd'hui elle est morte ; elle a fait son testament hier « et écrit à son fils. » — En finissant sa lettre il dit que la cour est à Madrid et que les familiers de la maison de Navarre ont écrit au prince de ne pas venir^.
Nous avons un peu perdu de vue Coligny; à la fin de mai nous le retrouvons à Chàtillon, c'est de là qu'il écrivait à Burghley :
Monsieur, il y a quelque temps que j'ay receu la lettre que vous m'avez escripte 'du 1 1 du mois passé , qui m'a apporté d'aultant plus grand contentement que j'ay veu par icelle le désir et affection que vous avez à fentretenement de ceste mutuelle amytié qui est entre ces deux couronnes , et à fadvancement de la gloire de Dieu , ayant de ma part bien bonne volunté de m* employer à f un et à faultre , et estant bien de cest advis, ainsy que vous , Monsieur, que comme ces supposts de Sathan
* British Mus. mss. Coit. Vespas. vol. VI, P i6. (Autographe.) ' Voir, pour les derniers moments de Jeanne d'Albret, une lettre de Françoise d'Orléans, Cabinet historique , t. II, p. 229.
font tout ce qu'ils peuvent pour empescher des œuvres si saincts que ceulx là, nous autres, qui avons Thonneur et le service de Dieu et de nos princes en recommandation , ne soyons pas moins diligens à les procurer et advancer que les aulires sont à les retarder et amoindrir. En quoy je vous assysteray et ayderay de mon costé de tout ce qu*il me sera possible , vous priant de vous continuer en vostre saincte intention , et me mander par Dupin mon secrétaire présent porteur, que vous cognoissez, de vos nouvelles , le croyant de celles qu'il vous dira de ma part comme moy mesmes qui , sur ce , après me très humblement recommander à vos bonnes grâces, suppUeray Dieu vous donner, Monsieur, en parfaicte santé heureuse et longue vie.
Vostre entièrement bon et bien parfaict amy ,
Chastillon.
De Chastillon, ce xxvij' jour de may lôyaV
De retour à Paris, Tamiral suivit avec sa ténacité habituelle ridée d'une guerre dans les Pays-Bas; Middlemorc, le 17 juin, dans une longue lettre, fait part à Burghley d'une conversation qu'il venait d'avoir avec lui au sujet de cette expédition. En voici l'analyse : Il a été invité à souper chez l'amiral avec sir Arthur Champernon, le 10 juin (1Ô72]; à la fin du repas, l'amiral l'a pris à part et l'entretien s'est engagé. Après les habituelles protestations de reconnaissance et de dévouement envers la reine Elisabeth, l'amiral a abordé la question du moment, la guerre des Flandres; il a insisté sur la puissance, sur la richesse du roi d'Espagne, sur l'inimitié qu'il n'avait cessé de porter à l'Angleterre; il a représenté le danger qu'il y aurait et pour la France et pour l'Angleterre s'il venait à l'emporter dans les Flandres, son dessein n'étant rien moins que de devenir le monarque suprême de la chrétienté. De toute nécessité il faut brider cette ambition et profiter des troubles des Flandres; il n'y aura jamais meilleure occasion; il a tout préparé pour une action commune et le succès est certain; sans cette mutuelle union, si l'un attaquait sans l'autre, aucune chance de réussir. Après cet exposé, l'amiral l'ayant prié de lui faire connaître son opinion, il lui a fait observer qu'il n'avait pas qualité pour traiterde pareillesmatières; qu'il ignorait d'ailleurs les intentions de la reine sa maîtresse. L'amiral lui ayant demandé de s'expliquer du moins confidentiellement, car c'était un
* liecnrd f^Jjice , Stair papcrs , France. CcUc leUrea été imprimée dans les bul- Irlins de ï Histoire du protestantisme français , t. IV, p. if,9.
entretien tout intime, il ne lui a pas caché qu en Angleterre, et c'était lopinion dominante, on désirait que la France et TEspagne gardassent ce qui leur appartenait; que leur situation re:>tàt ce qu'elle était avant la guerre, car lagrandissement de Tun ou de l'autre Etat pouvait devenir un réel danger pour l'Angleterre; ce que Ton craignait surtout, c'est que la France ne s'emparât des Flandres, ce qu'à aucun prix ne pouvait souffrir l'Angleterre. L amiral, tout en approuvant ce langage, fit observer que la Reine, s'unissant au Roi, aurait sa part dos avantages à recueillir; que, du reste, il n'avait en vue que son contentement, son honneur, mais que le véritable danger, c'était de laisser passer l'heure et de perdre une si belle occasion; il s'était réjoui de la nouvelle ligue qui venait d'unir les deux nations, il ne pensait qu'à l'affermir et n'en voyait pas de plus sûr moyen que le mariage du duc d'Alençon et de la Reine d'Angleterre, mariage désiré si vivement par le Roi et la Reine sa mère; puis, s'étendant sur les qualités du duc, il finit par dire qu'il le tenait pour un des princes les plus accomplis de la chrétienté. Middiemore répliqua qu'il ignorait dans quelles dispositions était la Reine sa maitresse; mais qu'en tout cas deux points principaux étaient à considérer : la différence d'âge et la diversité de religion. Coligny répondit que, quand il avait été question de Monsieur, la différence dage n'avait jamais été mise en avant, et qu'entre les deux frères il n'y avait pas grande distance, et quant à la religion, il avait le plus grand espoir dans ce jeune prince; il ne doutait pas qu'il ne se conformât à tout ce que voudrait Elisabeth se sentant déjà porté par une naturelle inclination dans cette voie. Il s'arrêta là, se bornant à prier Middiemore de transmettre à la Reine sa maîtresse les nouvelles protestations de son attachement. Middiemore, en rapportant cette conversation à Burghiey, ajoute: « L'amiral est journellement bien reçu à la cour et bien traité par le «jeune Roi; mais le duc de Guise et lui ne s'adressent pas la parole ^ • Le mariage du duc d'Alenron , nous venons de le voir, était entièrement dans les vues de l'amiral , dans les visées de sa politique; lui aussi il recommande La Mole à Burghiey et cela bien peu de semaines avant la Saint-Barthélémy, le 12 juillet 1672 :
Monsieur, désirant vous testiffier aultant que je puis l'envie que j'ay de me conserver l'amitié et bonne volunlé de laquelle vous m'avez
' British Musenm.niss. CoH. Vespas. t. VI.
voulu asscurer tant par vostre lettre du xxvuj* du passé , que par Dupin mon secrétaire, je ne veulx pas laisser perdre une occasion sans vous faire sçavoir de mes nouvelles, comme j'a^' cy devant faict par le moien de monsieur de Valsinghan et par mons' de Mildemore aussy ; ce que je m'asseure qu'ils n'auront pas oublié de faire pour l'amitié qu'ils me portent. Estant donc ce gentilhomme dépesché par Monseigneur le Duc, frère du Roy mon maistre , pour visiter de sa part la Royne vostre maistresse, et qui est Tung d'entre tous les siens en qui il a aultant de confiance, et qui luy est des plus agréables, je n'ay pas voulu faillir de vous faire ceste lettre pour vous remercier humblement de ceste bonne volunté envers moy et pour vous prier de la continuer, et de croire que je n oubli eray rien de ma part à vous monstrer par tous les moiens que j'en auray les ciTects de la mienne envers vous. Et combien que je sçache assez en quelle recommandation vous avez l'entretenement et continuation de l'amitié naguères contractée entre ces deux royaulmes, toutesfois, pour le bien que je prévoy en debvoir réussir, je ne puis que je ne vous supplie encores très instamment (estant meu d'une mesme afTeclion que vous) , d'y vouloir tousjours tenir la main, et vous y employer selon les moiens etlavolunté que je sçay que vous en avez. Et vous diray qu'il me semble qu'elle pourroit estre plus e^troictemenl confirmée et fortifiée avec une bonne alliance par mariage. De ma part je m'estimeray tousjours heureux de pouvoir servir à chose si saincte el désirable, et d'aultant que je sçay bien que vous cognoissez bien le fruictqui proviendroit d'une telle alliance, je ne vous en diray autre chose, sçachant bien aussy l'aflection que vous avez à tout ce qui peult fortilîer ceste amitié. J'adjousteray seulement une prière que je vous fais bien affectionnée, de me vouloir faire part de vos bonnes nouvelles, quand la commodité s'offrira , vous asseurant que vous n'en départirez jamais à personne qui les ayt plus agréables que moy, qui, à cest endroict, me recommanderay très affectueusement à vosire bonne grâce et prieray Dieu,
Monsieur, vous donner en bonne santé heureuse et longue vie.
De Paris, le xij'jour de juillet 1672.
Vostre entièrement bon et affectionné amy, Chastillon '.
Avant de mettre sous les yeux du lecteur les documents qui se rattachent à la Saint-Barlhélemy, et qui peuvent servir à l'expliquer, inlerrogeons les ambassadeurs étrangers, ces témoins désintéressés de nos discordes civiles; demandons- leur quel était Tétat des esprits, ce qu'étaient les passions, à cette cour de
' Record oljicc , Stote paprrs , VrMwv , vol. LUI. (Original.)
Charles IX, daus les mois qui précédèrent la sanglante nuit. Voici ce qu'écrivait Tambassadeur de Savoie, parlant de la mort de Ligneroiles, le favori du duc d'Anjou, tué en plein jour par Villequier : « On l'attribue à la Reine mère et pour avoir découvert au roi d'Es- « pagne les affaires qu'il avoit trop connues par le menu ^ > Nous rappellerons ici que Catherine, ayant à se plaindre quelques mois auparavant de LigneroUes , de Villequier et de Saret qui , selon elle , détournaient tous trois le duc d'Anjou d'aller en Angleterre , écrivait à La Mothe-Fénelon ; « Je vous assure que si nous pouvons « en avoir quelque assurance, ils s*en repentiront^. »
Voici maintenant ce que nous dit le même ambassadeur de la situation des partis et de leurs menées : « Toutes manières de pra- « tiques se cherchent maintenant et tout le monde s'en veult mesler, « et le plus que Ton travaille, c'est de persuader au Roi d'y entrer; « depuis qu'il est parti à Blois se sont faits quatorze meurtres à «la cour, tous impunis; l'on dit au Roi que cette nation est tel- « iemcnt adonnée à telles choses que, qui ne l'emploierait ailleurs, « elle en ferait bien d'autres '. »
Dans une nouvelle lettre, l'ambassadeur parle du refus du duc de Guise d'appointer avec l'amiral : «On sait comment « son père a été occis; il demande que l'amiral et luy soient mis en «chemise, l'épée au poing; ils s'appointeront sans travailler sa « Majesté; les huguenots en sont esmus et dit-on que l'amiral as- « semble des forces; et de fait il ne vint icy que M' de Telîgny. «Les choses sont embrouillées qu'il est difïicile de les démesler; « les huguenots ont mis discussion entre le Roy et Monsieur son « frère, disant que M' son frère a intelligence avec le duc de Guise « et qu'ils veulent troubler le monde, voir passer plus avant. Il « ne se parle en ceste cour que d'assassinats; la grâce du meurtre • de LigneroUes demandée par le maréchal de Tavannes a été ac- « cordée sur l'heure *. »
Le 2 1 juin 1672 il écrit : « L'amiral et le duc de Guise se voient, « mais ne se parlent pas ; l'amiral se trouble de ce qu'il lui semble «que Monsieur, frère du Roy, porte le duc de Guise; tout n'est « pas encore bien rapaisé et se plaignent les huguenots qu'on leur
' Archives de Turin.
- Correspondance dv La MnihcFénelon, t. VII, p. 234-
^ Archives de Twin.
* Ihiilem.
«manque de promesse, les ayaot fait aller en Flandres, sous pro- «messe d'estre appuyés, et ils sont délaissés aujourd'hui; ils es- « pèrent encore dans Tamiral d'Angleterre*; Tamiral, Teligny, Bri- «quemault sollicitent fort ceui quils espèrent y pouvoir servir, « ayant perdu ce bon appui de la royne de Navarre qui leuraaug- « mente le soupçon , et que Ton tient le prince de Bearn pour bien • malade, et qu'il se dit hautement que s'il venoit à mourir, Mon- ■ sieur frère du Roy épouseroit Catherine^. »
Enfin, dans une dernière lettre du 2g juin, il annonce queBriquemault et Genlis ont obtenu permission de faire quelques levées d'hommes, mais secrètement'.
Nous ne parlerons ni des noces du roi de Navarre, ni des fêtes qui les suivirent, nous ne ferions que répéter ce que les documents contemporains ont tant de fois dit et redit; nous ne reprendrons notre récit qu'à partir de la journée du 22 août, dans la matinée de laquelle Coligny fut blessé; ce jour-là même Burghley lui adressait par La Mole^ une lettre qu'il ne reçut pas et dont la copie a été conservée; on y verra qu'à la veille de la Saint- Barthélémy l'amiral et Burghley étaient restés tous deux favorables au mariage du duc d'Alençon avec Elisabeth :
L'amour et honneur que je vous porte ne me permettent point de laisser aller ce gentilhomme , monsieur de la Mole , sans mes lettres , lequel a fort sagement et advisément manié l'affaire qu'il avoit en charge , et véritablement la valeur du gentilhomme a grandement augmenté ropinion de sou seigneur et maistre. Je ne sçais pas ce qui plaira à Dieu de faire en la cause, mais je vois que )e mariage de la re^ne, ma maistresse , a plus de conséquence au bien de tout le royaume particulièrement, que en général de la chresUenté et l'advancement de la religion, que je crains que nos péchés ne nous souffriront point recevoir, mais comme jusques icy nostre bon Dieu a, d'une forte main, préservé ce nostre Estât, ainsy j'espère que le mesme Dieu ne laissera aller en avant son œuvre si merveilleux, ains la conduira à quelque perfection; en quoy je m'asseure que vous vous emploierez là, comme n\oy icy, de ma part, feray mon debvoir le mieulx qui me sera possible^.
' Lord Lincoln venu en ambassade extraordinaire.
^ Catherine de Navarre. (Archives de Turiti,)
' Ibid.
^ La Mole quitta l'Angleterre le a 3 août.
^ lUcord office, State papers, France, vol. LUI. (Minute du temps.)
Le même jour, Burghley écrivait au duc cFAIençon par La Mole:
Combien que je ne sois pas accoustumé d'escrire à mes supérieurs, si est-ce que la louange de la courtoisie de vostre Excellence esl telle el si générale, laquele s'est aussy manifestement montrée par les fréquentes lettres qu il a pieu à vostre Excellence de m'escripre , bien qu indigne de tel esgard , que j'ay peur de tomber en aussy grand crime de négligence el de contemne , si je ne recognoissois par ce petit mot mon dessein à vostre Excellence et pour vous asseurer qu'en chose en quoy puisse vous complaire par mon service n'y failleray point, comme je me persuade que ce porteur, M' de la Mole, a peu par bons moyens entendre, les déporlemens duquel ont esté (els en ceste cour que sa valeur, estant vostre serviteur, a confirmé la bonne intention que l'on a de vostre Excellence , estant son seigneur et maistre, laquelle je désire qu'elle s'accroisse de jour en jour du comfort de tous ceulx qui vous honorent pour vos vertus. (De Kenilvortii.) '.
Parlons maintenant de la blessure de Tamiral : voici d'abord la version de lambassadeur du duc de Mantoue :
L'assassin est entré le soir dans la chambre d'une pauvre femme , disant qu'elle lui avait été donnée pour logement et qu'il était de la garde du Roi; au matin il fit collation et, l'arquebuse chargée, la maison bien fermée, il attendit. L'amiral revenait du Louvre lisant un papier, lorsqu'il fut frappé à la fois à l'index de la main droite et à l'épaule gauche ; le malheur voulut que l'assassin se sauvât par une porte de derrière el sur un bon courtaut. La chose a été extrêmement déplaisante au Roi et il fait toutes les recherches pour savoir de qui le coup procède*.
Laissons parler les ambassadeurs vénitiens Michieli etCavalli' :
Le jeune prince de Condé n'a pas eu respect de parler au Roi avec de hautes paroles, demandant vengeance du coup d'arquebuse tiré contre l'amiral, et en parla également à la Reine mère. Le C** de la Rochefoucault et le capitaine Piles ont dit qu'en cas de mort de l'amiral, et qu'il ne pût poursuivre sa vengeance, il ne manquait pas de gentilshommes qui la suivraient à sa place; les huguenots hautement bravachent et me-
' liecord office, State papers, France, vol. LUI. ( Minute du temps.) * Archives de Mantoue. (Original en italien.)
^ Archives de Vienne. On y conserve une analyse détaillée de la correspondance îles ambassadeurs vénitiens. (Voir Armand Baschet, l^iplomatie vénitienne.)
nacenl la maison de Guise. Le duc de Guise, M' d'Aumale se sonl unis avec beaucoup de gentilshommes leurs pareiits.
Arrivons au récit de la Saint-Barthélémy, tel qu'il a été donné par les deux ambassadeurs vénitiens :
Le Roi, la nuit du sabbat, a fait secrètement donner ordre de maison en maison par tous les quartiers de la ville que chacun dans son logis restât armé sans dire pourquoi. MM. de Guise, d*Aumale, le maréchal deTavannes, M*" de Nemours, accompagnés de bon nombre de gentilshommes, se sont portés furieusement au logis de Tamiral, en ont forcé les portes, et Tont fait jeter par une fenêtre dans la cour, où il fut immédiatement (ichevé avec tous ceux qui étaient dans la maison et M*^ de Teligny, puis ils allèrent au logis de M' de la RochefoucauU et le tuèrent avec son fils et tous les principaux gentilshommes à Tentour, BriqueinauU\ Pardaillan, d'Amboise, le capitaine Piles. Au même temps le Roi fit dire au Roi de Navarre et an prince de Condé de sortir du lit; ce qu ils firent et, venus près de lui, il leur dit : « Mon frère et mon cousin, « ne craignez rien ; je ne vous ai fait venir que pour votre sûreté , » et se tournant vers le capitaine de ses gardes : • Faites sortir d'ici tous les « hommes d'armes. • Montgommery s'est enfui avec 80 chevaux. L'amiral mort, ont été par la ville MM. de Guise et d'Auniale disant à tous les hommes armés que, les principaux huguenots ennemis du roi ayant été tués, ils fassent de même des autres; ils se mirent immédiatement à la besogne, les cloches sonnant le tocsin, et allèrent dans les divers logis et tuèrent ce qu'ils rencontrèrent*.
Dans une seconde dépêche du 27 août, Michieli et Cavalli complotent leur récit :
L*ordre donné par le Roi de tuer les huguenots dans toutes les villes du royaume est vrai et a été exécuté a Rouen, Meaux, Chartres et Orléans; le Roi a fait pendre et mourir certains présidents et conseillers de parlement, des ministres et autres serviteurs du roi de Navarre, et le peuple a continué à massacrer. Le Roi, accompagné de ses frères, des princes du sang, a été au grand palais, où a été célébrée la messe, et en présence de tous les membres du parlement il a exposé longuement comment le fait de l'amiral avait eu lieu et qu'il déclarait que tout ce que M" de Guise et autres avaient fait, l'avait été par son ordre, et qu'il révoqnail tous les édils comme choses arrachées parla violence et qu'il
' C'est luie (erreur, il ne fut que plus tard décapité en place de Grè\e. ^ Arcliivcsdc \ imne, analyste des dépcclies des anil)assadeiirs vénitiens.
lie pouvait faire au préjudice de la couronne ; le procureur ûscal a répondu
|K>ur demander au Roi de faire cesser les massacres , et le Roi Ta ordonné.
Le cadavre de Tamiral a été remis au peuple qui Ta promené dans
toute la ville et a fini par le mettre là où on met les voleurs et les assassins.
Nouvelle dépêche du 28 :
L*amba8sadeur Michieli est venu seul trouver le Roi , le signor Gavalli étant pris de fièvre ; il a fait office très-efficace de congratulation des choses faites contre les rebelles et demandé son congé; le Roi a répondu convenablement et prudemment; lambassadeur a fait le même office auprès de la Reine mère.
Enfin, dans une dernière dépêche du 5 septembre, nous lisons encore :
Le Roi s'occupe à donner ordre aux choses du royaume pour le maintenir en repos; il renvoie lous les gouverneurs des provincts à leurs gouvernements , à Texception de M' de Guise, du duc de Nevers, du maréchal de Cossé et de Tavannes qu'il garde auprès de lui ; par le royaume se continue le massacre des huguenots. On a pris le principal secrétaire de Tamiral et tous ses papiers et, dans le logis de l'ambassadeur d'Angleterre , on a pris un capitaine et un confident de l'amiral appelé Briquemault et un nommé Cavaignes , son principal conseiller. Montgommery s'est sauvé en Angleterre, ainsi que le petit-fils de l'amiral. Une solennelle procession a eu lieu pour le fait de l'amiral; on a donné deux gouverneurs catholiques au Roi de Navarre. L'ambassadeur d'Angleterre est allé à la cour pour se plaindre d'injures qu'on lui aurait dites à travers les rues ^
Le 8 septembre, M. d'Elbène, envoyé du duc de Savoie, vit la Reine mère; elle lui demanda ce que le doc pensait du fait de la Saint-Barthélémy. L'ambassadeur lui répondit « qu'il n'avait en- « core reçu aucune dépêche de son maître, mais qu'il ne pouvait « qu'en ressentir une grande joie. > Sur ce la Reine lui dit : • que « la délibération prise était plus que nécessaire (deliberazione • presa più che necessaria}, que son altesse le duc n'avait au- ■ cune occasion d'aimer l'amiral qui ne l'aimait guères. » D'EIbèiie ajoute : «La Reine parait rajeunie de vingt ans, et comme «sortie d'une grande maladie et débarrassée de tout danger; la
' Arcliivcs' de Vienm,
« femme de M' Famiral m'a écrit et demande à se retirer en Sait voie'. »
M. de Saint-Paul, dans une lettre au duc de Savoie, en date du i3 septembre, entre dans de nouveaux détails :
Le C^ de Coconas m'a dit que Monsieur, frère du Roi, lui a dit: « L*on pense maintenant que nous avons ainsi traité Famiral et les siens « que nous serons bien et en paix avec le Roi d'Espagne , mais il se verra « bien autrement; » puis rendant compte de ce qui se passe M' de S* Paul ajoute : • L'on tue et puis on jette dans la Seine tous les soirs beaucoup « de huguenots qui étaient partie cachés dans les maisons et partie dans «les prisons; toutefois Cavaîgnes est encore vivant; il a reçu, dit-on, sa « grâce et confesse la conspiration et embrouille quelque peu leducd'A- «lençon; le maréchal de Cossé et de Montmorency y sont fort mêlés.»
Le 20 septembre il écrit de nouveau au duc de Savoie :
Le prince.de Coudé et sa femme vont tous les jours à la messe; un courrier est arrivé de Rome, de la part du Pape, pour se congratuler de la belle exécution faite tant de ramiral, que de ses semblables. L'on fait toujours mourir des huguenots tant en cette ville, que ailleurs; ils en ont fait passer par le fil de l'épée des infinités n Poitiers et depuis à Tours , et Ton estime que partout se fera ainsi à petit bruit. En Normandie les huguenots sont en campagne , mais plus pour se sauver, que pour résister; le prince de Navarre est allé à la messe avec grande démonstration de dévotion.
Enfin, dans une lettre du 26 septembre, il ajoute :
L'exécution contre les huguenots continue secrètement, de nuit et sur aucuns des plus signalés; la nouvelle épouse du prince de Condé a fait une abjuration publique*.
Il nous reste a donner la version anglaise; le Record office ne renferme que cette seule note secrète que nous traduisons textuellement' :
Si le maréchal de Montmorency n avait été absent , il lui serait arrivé comme aux autres, parce qu'il est, comme on le sait, détesté par
* Archives de Turin, lettre de d'Ëlbëne au duc de Savoie. - Archives de Turin, lettres de Suint-Paul au duc de Savoie. ^ Voir une lettre de »\v Thomas Smith à Kranci.> VValsingliam ^ur le iiHussacrc de la Sainl-Burlh<^lemy, CoUccf. EUis, oritfmal lettcia, vol. 111, p. 376.
tous les Parisiens et les Guise, et les Irèies du maréchal qui se trouvaient à Paris durant le massacre étaient en prison et gardés uniquement parce que leur frère n était pas a Paris. M' de Nançay avait en sa possession les coffres de lamiral , et on lui a commandé de voir s*il n y avait pas de lettres écrites par Tamiral au maréchal ou du maréchal à lui, faisant mention d'aucune conspiration, mais on n'en a pas trouvé une qui n'exprimât leurs bonnes intentions de part et d'autre. M' Téligny entendant que les portes de l'appartement de son père étaient forcées, visà-vis duquel il demeurait, lui, avec vingt autres, a pris une échelle pour monter sur les murs de la maison et voyant que son père était mort s'e!»t sauvé de maison en maison avec les autres , et ont pénétré dans un galetas tout près des appartements du maréchal de Savoie qui est à présent l'amiral Villars, et étant découverts ils ont tous été tués à coups de poignard et à moitié morts jetés des fenêtres dans la rue. Le massacre a duré à Paris plus de huit jours , durant lesquels on n'a pas cessé de tuer des hommes et des enfants, et l'opinion est qu'ils ont tué plus de 3,000 personnes, outre 4oo gentilshommes, braves, vaillants et de grande naissance. Le mardi suivant qui était le 26 d'aoust ils ont tué à Orléans plus de 1,300 personnes, outre les femmes; à Lyon on a fait de même, la plupart étant emprisonnés; à Meaux on a aussi commis un horrible massacre ; on parle d'une pareille exécution à Bordeaux et Toulouse. A Rouen ils ont emprisonné soixante-deux de la religion; le reste était resté dans leurs maisons, et mercredi, 18 septembre, environ U heures du matin , les meurtriers allèrent à la prison et par force et violence ont ordonné au geôlier de leur remettre les prisonniers ; il y a résisté autant qu'il a pu, mais à la un il les a rendus. Alors les appelant par leurs noms, les uns après les autre^ ils les ont tués; le geôlier en voulait sauver un, mais regardant leur liste et trouvant qu'il manquait à l'appel, ils l'ont forcé de le livrer. Le chef des meurtriers était un nommé le capitaine Maronne [sic)\ les autres principaux chefs étaient le capitaine Caumont, hôtelier, et un curé de Sainl-Pieire. Le capitaine Caumontest arrivé à Dieppe, le 3o septembre, avec des bandes, espérant faire la même chose, mais le sieur de Sigogncs ne le permit pas; il a fait mettre en prison vingt-cinq ou trente de ceux de la religion qui craignaient pour leur vie II faut aussi noter que la princesse de Condé demandant permission au Roi, quatre jours après le massacre, d'aller à Condé voir ses enfants qui étaient malades, la permission a été accordée, sous la condition qu elle ne sauvera dans son voyage un seul huguenot, le Roi jurant que si elle en sauvait un seul, cela lui serait très-déplaisant*.
' Voici les noms des ceux qui ont été tués :
My Lord tbe Admirai , The Marquis of Hesnell ,
The Karl of Rochefoucauld, Monsieur de Soubize,
Les archives de Turin renferment une lettre de Charles IX au duc de Savoie, où il parle indirectement de la Saint-Barthéleniy; il prie le duc d'engager le cardinal Ursin, parti de Rome, avec mission de l'inviter à entrer dans la ligue contre le Turc, à ne pas venir en France; sa venue serait mal à propos; les protestants en prendraient jalousie et soupçon , estimant que cela les touche. Ses affaires ne lui pei-mettent pas d'y entendre à cette heure; il est d'ailleurs inutile que le cardinal vienne pour cimenter l'amitié entre le roi catholique et lui, ses déportements font assez connaître qu'il nen est besoin ^ Voici ce qu'écrivait Charles IX au Pape le jour même de la Saint-Barthélémy :
Très Sainct Père, nous envoyons présentement devers vos Ire Sainteté le sieur de Beauville , l'un de noz genlilzhommes ordinaires servant, pour dire et faire cognoistre a vostre Sainteté aucunes choses de nostre part, sur lesquelles nous prions et requérons vostre Sainteté tant et si affectueuse m eut, que faire pouvons, lui accorder henigne et favorable audience
Monsieur de Theiligny,
Monsieur de Pontivy,
Monsieur de Pilles,
Monsieur de Beauvoyr, gouverneur to
the King of Navarre, Tbree of L. Mons. de Briquemauit
ckildren , Captain Mounnîns , Monsieur de Lavardin, Monsieur de La Motte, The bailif of Orléans , Captain Boursey, The L. of Soubis , The L. of Saint -Martin, The Baron of Soûlais, Brother to M"" d'Acier, Monsieur de Gaiilardin , Three of the Pardcillhans (Paniaitlan).
JUSTICERS.
The Président la Place , Monsieur de Chappes advocat, Monsieur de L'Omeny . . .
Monsieur Raumer the King's profcssor
(Ramus), Monsieur de Francourt, chancelier of
Navarre.