‹ Le xylose ou sucre de boisChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La Oomme 4e Lois et la Xylaiie

On a déjà vu que la gomme de bois avait été découverte par Poumarède et Figuier (1846). Ces chimistes faisaient macérer de la sciure de tremble Ou de hêtre, lavée à l’eau bouillante, avec une forte lessive de soude. Après vingtquatre heures de contact, le liquide, étendu et décanté, était saturé par l’acide chlorhydrique, et ta gomme, insoluble dans une solution de chlorure de sodium, se précipitait aussitôt ; elle était lavée à l’alcool faible et à l’éther, redissoute dans la soude, précipitée de nouveau, et ainsi de suite deux ou trois fois.,

En 1879, Th. Thomson (2) modifia très avantageusement ce procédé. Sans entrer dans le détail des essais systématiques qu’il a tentés, je dirai qu’il est l’auteur de la méthode encore mise en usage pour extraire la gommei de bois et reproduite sans modification sensible par Koch (3), Wheeler et Tollens (9), etc.

Voici en quoi consiste cette méthode :

La substance choisie, sciure de bois, paille hachée ou autre, est d’abord débarrassée de ses matières colorantes, par une double macération dans l’ammoniaque à 2®/p. puis lavée à l’eau pour enlever l’alcali, pressée et mise en contact durant 48 heures, avec une lessivé de soude à 5 “A; on agite souvent; en vue de favoriser la dissolution de la gomme. La liqueur jaune/ séparée par compression, est filtrée après dépôt préalable et additionnée d’alcool à 95 ®/o, tant qu’il se fait un précipité (environ un volume

et demi). On recueille le gummate alcalin sur une toile, on le lave à l’alcool, puis on le délaye dans ce liquide contenant une quantité suffisante d’acide acétique pour rendre le mélange nettement acide {*) : la gomme est mise en liberté avec production d’acétate de sodium ; elle se contraéte mieux dans l’alcool que sa combinaison sodée et, comme elle n’en a pas la déliquescence, on peut la laver aisément. Quand ce dernier résultat est atteint, on fait digérer la gomme avec de l’alcool aussi fort que possible, pour la déshydrater, puis avec de l’éther. Il faut maintenant la dessécher aussi vite que possible, dans le vide sec, pour l’obtenir en flocons à peu près blancs, car, si on opère par simple dessiccation à l’air, elle s’agglutine presque toujours en fragments cornés et brunâtres.

D’après les observations des auteurs et les miennes, la gomme de bois ainsi préparée est une substance amorphe, inodore et insipide, complètement anhydre à partir de 125® ; elle se gonfle à peine dans l’eau froide mais s’y dissout, à l’ébullition, en donnant une solution claire qui se trouble par refroidissement ; toutefois ce trouble doit être dû è des impuretés, car j’ai obtenu, par une lente tiltration au papier, une solution de gomme de bois parfaitement limpide (la filtration â la bougie de porcelaine ne laisse passer que de l’eau).

La solution de gomme de bois a une réaction faiblement acide ; l’acétate neutre de plomb ne la précipite pas, tandis que l’acétate basique y produit aussitôt de gros flocons blancs ; elle n’est colorée par l’iode que lorsqu’elle contient une trace d’amidon ; enfin, elle est fortement lévogyre, du moins en présence de la soude qu’on est obligé d’y mettre pour éclaircir la liqueur et rendre l’observation

(*) Lus ailleurs Indiquent l’acide sulfurique où l’acide chlorhydrique, mais le sulfate et le chlorure do sodium étant peu solubles dans l’alcool rendent le lavaye difficile.

possible. Calculé pour la gomme exempte de cendres, [a]» varie, suivant l’origine du produit et les conditions de l’expérience, de — 60“ à — 96".

Attaquée par le liquide rnacératoire de Schulze et dissoute par le réactif de Schweitzer, la gomme de bois possède comme propriété caractéristique celle de se transformer en xylose par hydrolyse. Th. Thomsen a vu d’abord, qu’en faisant bouillir la gomme de bois avec les acides dilués, on obtenait un sirop réducteur et infermentescible, mais il n'isola pas le corps ainsi produit. Ce fut Koch (3) qui y parvint et lui donna le nom de sucre de bois qui fut changé, plus tard, en celui de xylose, par Wheeler et Tollens.

Cette réaction est, au point de vue chimique, le résultat le plus important qui ait été obtenu dans l'étude de la gomme de bois, car elle détermine la nature exacte de cette substance et permet de dire qu'elle est àu xylose ce que l’amidon, ou peut-être mieux la lichénine, est au glucose ordinaire. On verra plus loin que le sucre de bois doit être représenté par la formule C® ; par suite on

devra écrire la gomme de bois ou x/ÿlune (*) (C'®H'*0” )", dans laquelle la valeur de n est encore inconnue.

Exactement, on n’a pas encore préparé la xylane à l'état de pureté ; la gomme, extraite par la méthode indiquée plus haut, contient souvent, à côté des matières minérales (0,2 à 0,4 “/o) et azotées (environ 1,5 “/«), un peu d'amidon, de la galactane, et peut-être de l'arabane ; aussi, l'analyse élémentaire et l'examen polarimétrique donnent-ils des nombres différents pour des échantillons d'origines variées.

La xylane est extrêmement répandue dans le règne végétal. Sa présence a été démontrée d'une façon approchée (par simple extraction sous forme de gomme), ou

CI Par analogie avec les noms de galactane, arabane, etc.

absolue (avec transformation en xylose) dans des organes appartenant aux plantes les plus diverses. En résumant les recherches faites à ce sujet par Poumarède et Figuier (1), Thomsen (2), F. Koch (3), Wheeler et Tollens (5) (9) (10) (16) (36), Hébert (13) (45), Stone et Lotz (24), et moi-même (40) (41), on peut dire que la xylane fait partie du tism lignifié de toutes les plantes angiospermes, que ce tissu appartienne à la tige, aux feuilles ou aux fruits. Avec les gymnospermes, le bois ne cède à la lessive de soude que des traces de gomi^ie, que j’ai reconnue comme un mélange de galactane et de xylane ; j’y ai trouvé, par contre, une quantité importante de mannocellulose (41) (*). La xylane se rencontre aussi en dehors des tissus lignifiés : les graines de capucine, de balsamine et de pivoine ( Winterstein) (39) (51), le ihucilage des semences de coings (Schulze et Tollens) (37) et de Plantago Psyllium (Bauer) (4), donnent du xylose par hydrolyse. J’ai vérifié l’exactitude ce fait pour le mucilage de Plantago. Enfin, Voswinkel (30) aurait rencontré la xylane chez sept espèces de champignons hyménomÿcètes.

(*) J’ai opéré sur H espèces ; Pims sylvestris L., Pin, marüima Lain., Abieg pectinata D. C., Abies excelsa D. C., Séquoia gigantea, Thwia orientalig, Pndocarpus sinensis, Taxus baccata L,, Ephedra dütachya L, Oneturn Thoa et Cycag giamengis; seul Gnetum Thoa ne m’a pas (ournide mannose.

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