PRÉFACE
ments de marche et le second dans ses conseils serait une nation fort à plaindre, à moins que ce ne fût plus une nation du tout, et de longue date.
Ce qu'il faut, c'est du muscle dans le rang et de la pulpe cérébrale sous le crâne du commandant en chef. Nous n'avons eu, voici tantôt vingt ans, excès ni de l'un ni de l'autre, hélas! Et l'on ne voit pas que la haine du muscle ait beaucoup réussi jusqu'ici à nous donner de la cerj'clle.
Mais est-ce bien, en vérité, le cas de disputer? Il s'agissait surt(ntt, n'est-il pas vrai? de prendre position et de se réserver pour la galerie le bon côté du paradoxe. Voilà qui est fait. Vous représente^ l'esprit, c'est entendu, Messieurs, et nous la matière. A vous le génie; à nous le souffle, à nous la vigueur musculaire. C'est vous qui comjnandere:^ et nous qui obéirons. Que j'ous faut-il davantage? 'J''ous allcy donc faire votre possible pour devenir un cen'cau colossal, porté sur deux pattes, et nous pour penser le moins que nous pourrons, en apprenant à marcher au pas, à porter gaillardement le sac, à tirer juste et à border une voile. Save'{-]'ous que ce ne serait pas déjà si nml comme résultat, pour peu que de part et d'autre on s'arrangeât à remplir son programme?
Faut-il l'avouer? (y est encore le rôle du muscle qui parait le plus sûr en cette affaire. Au nu)ins il se mesure au dynanuimètre et n'est pas sujet aux aberrations. Tandis que le génie!... Je ne demande qu'à y croire, mais j'avoue humblenwnt ne l'avoir pas encore rencontré au coin de l'or t oui.
De plus, je me méfie un peu de l'aptitude des Français à le reconnaître, en l'ovanl quels singuliers héros ils se choisissetit tous les quin:;e à vingt ans. .J'aime encore mieux Faouet, le fauve des Jungles. Au moins sur sa valeur propre, jaugée par la tête de Turc, il n'y a pas d'erreur!
Tout ceci est pour rappeler que notre étude sur le yacht fait
im{i;:faci-: 13
partie d'un tout, et rcprcsentc un document de plus apporté à la Renaissance physique.
Trop de personnes en France ignorent encore ce qu'est un bateau de plaisance et le bien qu'on peut en tirer. Nous ai'ons voulu renseigner ces profanes — rien de plus. Notre but n'est pas d'ajouter un manuel de navigation à la liste déjà longue des livres techniques, niais simplement de donner un aperçu général du yachting aux gens du monde et aux élèves de nos écoles, à tous ceux qui sent étrangers à ce sport et qui pourront peut-être en prendre le goût, au grand profit de leur santé, de leur valeur individuelle et de la prospérité nationale.
Est-il besoin de dire que dans l' accomplissement de cette tâche, nous avons fait appel a toutes les compétences et suivi la doctrine expérimentale des spécialistes les plus éminents? A l'étranger, les écrits de Dixon Kemp, Ediv. Burgess, Kunhardt, Vanderdecken, Ch. Clay, Edip. Jaffray, Macalister, G. Bonyer, ont été nos principaux guides. En France, le doyen du yachting, M. Lucien More, a bien voulu nous donner de précieux conseils, et M. Mougel, des notes importantes ; grâce à l'obligeance des directeurs du Yacht, MM. R. Vuillaume et Nicora, nous avons trouvé dans les double années de cet excellent recueil hebdomadaire une mine inépuisable d'informations précises. En les priant d'agréer ici les remerciements de l'auteur et des éditeurs, nous ne faisons que remplir un devoir, mais un devoir des plus agréables.
Le Yachting est Texpression suprême du sport, ,1e veux dire celle qui ouvre le plus vaste champ à la valeur physique et morale de Tètre humain, a l'affirmation de son individualilc pro|)re, de son coul'age, de son énergie, de ouïes les qualités cpii font rhomme véritablement digne de ce nom.
16 \Ai YACHTING
Qu'esl, en (îlïet, le Yachting? C'esl Tacceptalion volonlaire, à litre de délassement et de plaisir, de la vie la plus active, la plus rude, la plus périlleuse, — celle du mai-in. C'est Texercice continu de toutes les puissances musculaires, non pas seulement en plein air, mais dans Tair le plus pur, le plus vif, le |)lus riche, le plus exhilarant qu'il y ail à la surface du globe. C'est la mise en jeu de loutes les facultés intellectuelles, physiques et morales, dans le milieu le plus fécond en dangers, en fatigues, en difficultés, en surprises de tout ordre.
Ajoutez la variété du cadre, Télégance des formes, l'imprévu des rencontres, le piquant des rivalités, l'intensité de la vie animale, les joies du chez-soi associées à celles du voyage, le sentiment profond de Tindépendance complète, l'affranchissement de toutes les servitudes sociales... Puis trouvez, s'il est possible, une autre manière de combiner des sensations aussi aiguës, aussi neuves et aussi saines.
Au |)oinl de vue hygiéni(}ue, c'est l'existence en plein air dans sa perfection. Quel air plus pui-, plus salubre que celui de l'Océan? On peut bien l'appeler le Ionique et le restaurant par excellence. Toules les sources d'infection atmosphérique, la putréfaction, la combustion et le reste, cessent là d'avoir une action appréciable. Entre la plaine liquide et le ciel, les vents jouent librement, balayant lous les germes tic coiTuplion. On ne saurait vraiment donner trop d'importance à une telle immunité, si Ton accepte les conclusions de la science moderne. N'a-t-elle pas trouvé dans les germes morbides la cause des maladies les plus redoutables? Ne voit-elle pas dans l'impureté de l'atmosphère la condition la plus favorable à leur développement? i'^h bien, Pair de la pleine mer se rai)proche aulanl (|ue possible de Pair idéal, celui (|ui serait absolument exemj)! de microbes. On trouve assurément de l'air pur dans les déserts et sur le sommet des monlagnes, mais il est peu pi'obable qu'il soit là aussi pur qu'en plein Atlanlifjue. C'est pourquoi un voyage en mer a fini par prendre place nu nombi'c des moyens recommandés par la médecine contemporaine. On oi'donne mainlenanl aux phlisi(jues un voyage au cap de
Bonne-Espérance, aller el retour, commc^ on leur ordonnait, dix ans, un hiver à Cannes ou à Madère.
Un médecin dislingue, le docleur Thaon, disail à ce sujet une récente conférence : a Les phtisiciucs ([ui veulent essaye vovages en m(M' sont sûrs de rencontrer, pendant toute la durée de celte cure spéciale, une atmosphère pure de germes et de la lumière en abondance; ce sont bien là les agents réputés les plus elTicaces pour combattre la phtisie. Ils jouiront encore d'autres conditions avantageuses, telle que Tinfluence tonique et presque spéciale de la brise marine; ils auront sous les yeux le spectacle sans cesse renouvelé de la mer... ». Ailleurs, le docleur Thaon remarque « cfifun autre fait que Ton n'aurait guère prévu, c'est Timmunilé relative dont jouissent les poitrinaires à Tégai'd du mal de mer. »
Le même auteur constate que « si de tels voyages sont contraires aux malades lebricilanls et à ceux (|ui sont porteurs de lésions étendues, ou sujets à des ulcérations — en d'autres termes qui sont déjà trop gravement atteints — h,,
cependant les deux résultats les plus j:)récis de celle cure a hisser la i,Man(i\<>iie!
il va
dans r des
semblent cire Taction prophylactique chez les gens prédisposés et Faction reconstituante chez les phtisiques guéris localement, mais restés faibles et anémicjues. »
Si Tair de mer agit favorablement sur ce qui reste de poumon aux phtisiques, comment ne serait-il pas cent fois plus bienfaisant pour des poumons ou des cerveaux simplement fatigués de la haute pression des villes? C'est la vraie panacée de tous les genres de surmenage. Il taut la recommander aux artistes, aux hommes de lettres, aux politiques de profession, à tous ceux qui ont besoin, une fois Fan, non seulement de se retremper dans Tair pur, mais de « couper le câble «, comme on dit, de s'affranchir, pour deux ou trois semaines, des soucis, des affaires, des visiteurs, des paquets postaux et des sonneries du téléphone.
Il est à peine besoin d'insisler pour démontrer (juc, parmi tous les sports, il n'en est pas de plus large et de plus haut que celui de la mer, ni qui demande à son adepte une plus grande somme de qualités viriles.
Manœuvrier, il aura le pied sûr comme l'alpiniste et le chasseur, les reins souples comme le gymnaste Commandant, il lui faudra d'autant plus de décision et de sang-froid, qu'il est responsable, non seulenKMil de sa propre vie, mais encore de celle de son équipage et de ses passagers. Il a besoin d'étudier sans cesse, pour arriver à connaître les secrets du métier. Car afin d'en tirer tout l'agrément (|u'il comporte, force est de s'initier au moins aux éléments de l'art n;iuti(|uc et d'entrer en familiai'ité réglée avec le Manuel du Timonier. 1! faut appi'(Muli'(> à lire une carte marine, à faire le point, et sinon à prendre un ris — ce (|ui ne fei-ait assurément de mal à personne — tout au moins à reconnaître l'orientation d'une voile et sa raison d'être.
Dès lors, tout devient sujet d intéi'èt clans la vie du bord : les moindi'es nuances de la nianceuvre, les résultats du loch, les signaux, les sondages, les i^rofils de la cùle. On entre à fond dans l'existence du marin ; il n'en est pas de plus passionnante, pour deux ou trois mois.
l.e mieux est de non rien négliger, trélablir sur son \a(lU une discipline inflexible, de mettre personnellement la main ;i Touvrage et de ne jamais hésiter, au besoin, ni à haler sur une amarr(\ ni à prendre la roue du gouvernail. C'est de petites choses de ce genre (|uV^sl lail le plaisir tout spécial du yachting. Et comme, après loul,
Rn coiirpe. — Le siraiic du lialenu-l>oucc.
la mer a ses colères, Theure vient loi ou tard où celle atlresse, ces habitudes, onl leur utilité prati(|ue. F^n tout cas, on y trouve dans le présent un passe-temps qui a son chai-me, une antithèse à la vie routinière du plancher des vaches, et pour Tappétit un e.xcitant incomparable; on en garde pour l'avenir un pli cjui n'est pas sans valeur, même à la ville.
Rien n'empêche, au surplus, de se donner à bord les distractions préférées. On peut lire, faire de la musi(iue t)u de l'escrime, jouer à
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tous les jeux imaginables. L'équitalion seule serait difficile : encore a-[-on la ressource de descendre à terre tout exprès pour monter à cheval. Puis, il y a la pèche, le tii- aux mouetlcs, la chasse si Ton est chasseur. Il y a surtout le plaisir de changer de pays sans fatigue et sans ennuis d'aucune sorte, de visiter en quelques semaines Anvers ei Amsterdam, Copenhague et Stockholm, ou les deux côtes de la Manche, ou TEspagne et TAlgérie, ou la rivière de Gènes, Naples et la Sicile, ou telle autre région fju'on a choisie; d'arriver à son heure, de n'avoir rien à démêler avec les compagnies de chemin de fer, les voitures et les guides; d'empoiler, comme Tescargol, sa maison avec soi, et quelle maison! la plus propre, la plus élégante, la plus coquette qu'on puisse rêver; de se faire accompagner non pas seulement de sa malle, mais de son lit, tle ses livres préférés, de son liib, de tout ce ({ue l'habitude rend précieux à l'homme civilisé. Plus d'auberges encombrées, plus de dîners de table d'hôte, plus de draps suspects, plus de promiscuités écœurantes. On ne prend, de chaque pays, de chaque station, c|ue ce qu'il y a de vraiment aimable. Le pays a-t-il cessé de plaire? La station ne donne-t-elle pas ce qu'on atl(Midait'.' On lève l'ancre, on largue un peu de toile, et en doux ou trois heures on a changé de mouillage pour essayer d'un cadre nouveau. N'est-ce pas l'idéal même du voyage d'agrément?
Ces joies, dii'a-t-on, ne sont pas à la portée de tout le monde. AssuréuKMit, mais il est tant de gens riches et désœuvrés qui ne savent (|uel emploi donncM" à hnu's loisirs et à leurs revenus! Ce sont eux sui'tout (|ne la navigation tle plaisance peut séduire \)i\T son extrême variété.
V.Wc n'est pas. au surplus, comme il sera établi avec quekjue détail, un lu\(> aussi cher cju'on est généralement porté à le croire, et coûte bien moins (|ue l'entretien d'une grande chasse ou d'une écurie de courses. Ici, prescjue pas d'imprévu. On peut établir un l)udg(M conforme à ses rc^ssources, et surtout arrivera la suppression presque complète de ces menues dépenses courantes, (|ui sont à l'origine des j^ius grosses additions.
Je pourrais nommer tel amateur opulent, |:)ropriétaire d'un des
plus grands yachts de France. (|iii. en arrivant d'un voyage de deux mois, aborda à Dieppe un jour de courses, el. lanl en paris malheureux (|u'en Irais supplémentaires, dépensa le joui- mCme une somme l)i(Mi supérieure à celle (|ue lui avait coulé son voyage.
D'ailleurs, on oublie trop chez nous que les Trais d'un yacht, par leur nature même, peuvent toujours se répartir sur plusieurs tètes. Hien ne se prèle mieux à la propriété collective et par actions, l n yacht se loue aussi facilement quMl s'achète. Vingt, trente, cinciuanle personnes peuvent s'associer pour couvrir le coût d'ime croisière d'agrément. Autan! de faits évidents, cpie l'étourderie française néglige d'apprécier à leur valeur, au grand dommage de notre éducation nautique. Chez nous, il est reçu qu'il faut être cin([ ou six fois millionnaire pour se donner le luxe d'un yacht. Comment les gens, fort nombreux, qui ne le sont même pas une demi-fois, pourraientils songer à pai'cille folie? Le raisonnement est à peu prés aussi juste que si l'on disait : «< Il en coûte cent millions pour construire un chemin de (er; M. de Rothschild seul peul donc se donner le luxe de voyager sur rails... »
La vérité est que les joies du yachting ne sont ni plus ni moins chères que celles d'une villégialure quelconque. Tout au plus exigentelles l'immobilisation provisoire d'un capital plus élevé. Mais si Ton veut bien considérer qu'un voyage en yacht ne saurait être amusant qu'en compagnie, et qu'il est naturel, ou en tout cas pratique, de faire participer aux frais ceux qui en partagent les plaisirs, on verra qu'il n'est pas, au fond, ruineux d'être d'un yacht.
Précisons, en examinant, par exemple, quels seront les frais d'une croisière maritime de trois mois répartis sur un groupe de dix associés. Nous verrons qu'ils sont tout au j^lus égaux, sinon inférieurs, à ce que coûterait un voyage de même durée dans les Alpes ou aux Pyrénées. Et tout d'abord, excluons la navigation à vapeur. Elle n'a de raison d'être que pour un voyage de long cours. Une croisière de plaisir hniitée à li'ois mois et prenant pour cadre les ports et les bains de mer de la Manche, ou les côtes de la Hollande, ou celles de l'Espagne et de l'Italie, se fera beaucoup plus
agréablement clans un navire à voiles. Là, point crocleur de charbon ni de fumée; pas de brint de machine ni de trépidation d'hélice; rien que le murmure de la brise dans les agrès et la douceur d'une glissade sur le velours de TOcéan. Sans compter qu'aux yeux du véritable homme de mer, un bateau à vapeur n'est pas ou presque pas un yacht.
Le plaisir est de commander ou tout au moins de suivre les manœuvres variées de la voile, de s'initier aux secrets de la navigation classique, d'exécuter, soit dans une rade, soit en pleine mer, mille évolutions gracieuses, déjouer avec les surprises et l'imprévu du venl, et non pas d'aller directement d'un port à l'autre en un nombre donné de coups de piston. Acceptable ou même indispensable comme auxiliaire de la voile, quand il s'agit d'un long voyage, la vapeur est odieuse au dilettante de la mer, toutes les fois qu'elle n'est pas nécessaire.
Nous avons supposé un groupe de dix associés. Cela implique une goélette d'environ 100 tonneaux, qui coûte, neuve, avec ses agrès, ses voiles, ses emménagements complets, de HO 000 à 100000 francs. C'est la grosse dépense. Mais il importe de considérer qu'il s'agit là d'une simple immobilisation de capital, et non pas d'un placement à fonds perdu. Car, un navire bien conditionné garde sa valeur comme une maison, et peut toujours se revendre, avec une certaine dépréciation. Si l'on ne veut pas y mettre un prix aussi élevé, on peut aisément passer en revue un choix de yachts d'occasion, de tous les tonnages cl de tous les prix, j'^nlin, il est encore moins difdcile de trouver à en louer un, à condition de fournir les garanties nécessaires. En portant à 10(X)0 francs le pv'ix de location, ou la perte d'intérêts et la dépréciation en cas d'achat, on peut être sûr de ne pas être bien loin de la vérité; la jM'ime d'assurances sera de 1 200 à 1 ôOO francs; total : 1 1 ÔOO francs comme frais de premier établissement. Ainsi ([u'il sera montré ci-après, dans « le budget i\\\n yacht », les frais généraux s'élèveront pour un trimestre à environ L'iOOO fi-ancs. Nous arrivons ainsi à un total général de 37)000 francs. Réparti sur dix associés, ce total nous donne pour la part afférente à chacun 3r)00 francs, c'est-à-
l.E YACIiriNG
dire un peu moins de I 2()n IVancs pac mois. On voit (jiril sei'ail dilficile de voyager liixueuscmenl à meilleur compte.
/Vu demeuranl, il nesl pas nécessaire d'atLeindre à des chilïres pareils, el le yachling d'agrément peul être compris et pralic|ué de cent façons, depuis la plus humble jusqu'à la plus luxueuse, l/cri-eur commune est précisément de confondre le grand yacht de parade
Les plaisirs du yaililinir. — Ciiasse en rivière.
(celui (iu"()n pourrait appeler un transatlantique privé) avec le yacht de promenade, simple el bon enfant, dont chacun peut proportionner les dimensions, le tonnage, Tameublement et le prix aux moyens financiers dont il dispose. Or le vrai yachting est celui-là et non pas l'autre : celui (ju^on pratique pour se distraire, pour respirer de Pair sans microbes, |)our se faire des muscles et de la pulpe cérébrale, pour échapper pendant deux ou li'ois mois à rasphalle, aux maisons à six étages, à toutes les platitudes et à toutes les nausées de la vie normale, cjuilte à les remplacer par celles du mal de mer. Il y a vingt
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manières daller chercher Tair au large, depuis le billel de première classe à bord d'un steamer à double hélice en partance pour les Antilles ou La Plata, jusqu'au bateau de pèche armoricain où, pour cent sols, on vous donnera le vivre et le couvert, le droit de haler sur la traîne et même celui de serrer un foc, pour peu que le vent fraîchisse.
Cette école est la bonne et qui y a passé peut tout affronter. C'est ^ là ({ue se sont formés des marins amateurs comme M. Leigh Smith,
qui eut l'honneur, en 1881, de faire naufrage avec son yacht sur la terre de François-Joseph, au fond des mers arctiques, et qui y fut rejoint l'année d'après par son ami sir Henry Gore-Booth. Et, plus récemment encore, ces deux gars du Transvaal qui sont venus de Port-Natal à Londres, dans un bateau non ponté, couvert d'une simple bâche, qu'ils avaient construit eux-mêmes cà deux cent lieues dans les terres et transporté à la côte sur une charrette à bœufs. Voilà de bel et bon yachting dans les prix doux! Et du plus vrai. Car la première condition, pour goûter les joies de la navigation de plaisance, est bien la possession d'un bateau à soi, fût-il seulement de 2 tonneaux, avec un mousse pour équipage.
C'est un luxe qui peut coûter, en moyenne, 700 à 800 francs par tonneau. Au prix de ."jOOO à (3000 francs, on peut fréter un joli cotre, caj)able de lenii- la mer par tous les temps, et convenablement aménagé j)oiu' (jualre personnes; à la rigueur, il n'est même pas indispensable de l'acheter. Des constructeurs sans nonibi-e offrent en location d(\s yachts de tout tonnage, à voiles et à vapeur, avec le personnel el le mobilier nécessaires. 11 n'y a dans ce cas qu'à embarquer des proxisions de bouche et envoyer sa malle à bord.
Le plaisir tout spécial du yachting de promenade csl en elTct dètre chez soi tout en se déplaçant; de pai'lir à son heure, de s'arrêter où l'on veut, de flâner le long d'une côte ou d'un fleuve qui vous attirent; de s'envoler vers d'autres cieux aussilôl que le nez d'un aubergiste vous déplaît, ou (|ue l'aspect navrant d'un casino, la vue d'un manège de pelils chevaux, la rencontre, au lournani de la l'alaise.
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tlun couple tle philistins en Irain de pOcher la crevellc, vous remémorent péniblemenL la vie réelle.
Le ciel sur la lèle el la mer sous l(>s pieds, dans une cocjue de noix (jui ne doil rien à |)ersonne, on éprouve une détente, un é|)anouissement de liberté, une plénitude de force sans égale. On se sent plus léger, comme suspendu dans le temps et dails Tespace, affranchi du poids surnuméraire qui handicape Texistence normale. On mange mieux, on respire à pleins poumons, on dort à poings fermés, on pense plus vivement : et même si Ton ne pense pas, ce qui est peut-être le meilleiu- parti à prendre, on est heureux par tous les pores.
Ceux-là seuls, bien entendu, vont au fond de ces joies qu'une suffisante accoutumance met en état de conduire la barque et de commander à leur bord. Mais au profane même qui regarde sans agir, ces choses de la mer, si nobles en leur simplicité préhistorique, ont un charme de fraîcheur et de nouveauté sans fin. Tout y est curieux et amusant, jusqu'au nom des agrès, à la fonction des aussicres et grelins, des palans et bouts-dehors, jusqu'aux signaux; jusqu'à la langue des matelots, jusqu'à leurs silences et à leurs mouvements. On passe des heures à les voir faire du bitord, fouetter une poulie, virer au plus près, prendre la panne ou mouiller vent arrière. On vit là dans une sorte de rêve, hypnotisé de lumière et de bleu, côte à côte avec l'infini qui vous envelop|)e et vous pénètre : gardant encore la notion vague d'une individualité propre, en cette communion intime avec le cosmos, mais tout juste assez pour se rappeler (ju'on y est un atome.
Aucun milieu (Tailleurs n'est plus favoral)le aux éludes si)éciales, pour peu qu'on veuille donner un but utile à sa croisière. On |^eul s'adonner aux sciences, étudier l'hydrographie, la météorologie et l'histoire naturelle, procéder à des sondages, former des collections, approfondir les lois des formations madréporiques. Si Ion s'occupe de pèche, perfectionner les engins, rechercher les moyens d'attirer le poisson vers les côtes; si l'on n'a pour outil (|u une plume, noter des impressions de voyage. On [)eut cnV[n i)eindi'e et dessiner, prendre
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des vues photouraphiques, créei' dans les parages dangereux des ahn's et des points de réitère p(Hu- les navigateurs. Il est, en un mot, eenl moyens d'utiliser un voyage en mer. et la ehroniciue maritime des dernières années monti-e tle mémorables exemples de celte noble préoccupation.
Faut-il rappeler en lin cjue la navigation de ]^laisance tait prospéi-er des industries variées, occupe un grand nombre de bras et prépai'e (.rexcellenls marins volontaires pour les guerres toujours possibles?
A la vérité, une déclaration du Congrès de Paris, datée du 26 avril 1856, a aboli la course et par suite rendu peu vraisemblable la résurrection des mceurs qui valurent jadis ù. nos corsaires malouins de si éclatantes victoires. Mais, outre que toutes les nations du globe n'ont point adhéré à la déclaration de Paris, tant s'en faut, le texte même du docmnent est susceptible d'intei'prétations variées. Il est généralement admis que les puissances signataires ont gardé le droit d'incorporer leurs équipages et leurs bâtiments de commerce dans la flotte de guerre, en cas de besoin. C'est ainsi, du reste, ([ue l'Allemagne a interprété la Convention de Paris, d'abord par l'ordonnance royale du 2\ juillet isTO et par le décret impérial du l.') janvier 1871, puis par la loi du 14 juin 187;). On doit donc considérer la flotte de plaisance, dans toute la force du terme, comme une véritable réserve de notre flotte de guerre, et cet aspect du yachting revêt un véritable intérêt national.
A un point de vue plus élevé, qui est la philosophie commune à tous les sj)orls, la navigation d'agrément fait des corps robustes et des caractères bien trempés. Par suite, elle hausse le niveau physique et moral de la nation, la rend plus apte aux gi'andes entreprises, plus forte, plus généreuse et j^lus mâle. A tous ces titres divers, le yachting mérite Tattention et la faveur croissante des esprits attentifs.
Quelques chiffres préciseront rimi:)ortance économique de notre flotte de plaisance. Nous les empruntons au journal de la marine le Yacht.
IJ-: YA(.iiri\(". -2'.)
Il existe cicluellcmenl en l-^raiico lO'il) yachis, lanl à voiles (jua vapeur, sans eompler les embareations ou eanols non ponlés dont \r noniUre est 1res considérable, mais (|ue Ton n'a pas lai! ii^urcr en délai! dans cette statistique.
Voici comment se décompose c{^ chilTre de I OV.) yachts :
1° \ACnTS A VAPELH :
Toniiai^c Tonnage moven. lolnl.
5 yachts à vapeur de 'lUO à S20 t^ (iOO [' :îOO() t^
plus 180 de moins de 10 tonneaux.
Total : 337 yachis à vapeur dim tonnai^e total de II 163 t"
2" Yachts a voili:s