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LE VOYAGE DU SUNBEAM

M. Brassey d'un demi-bœuf lue le malin, d'une douzaine de poulets et de canards vivants, et des journaux les plus récents.

6 octobre. — Après avoir longé la côte sablonneuse de Patagonie et les rudes montagnes de la Terre de Feu, on atteint Sandy- Point, le seul coin civilisé de tout le détroit, lieu de déportation de la République chilienne.

(? octobre. — Le Wilmiuglon, le navire américain dont a parlé le capitaine naufragé, aborde à Sandy-Point. Il dit n'avoir pas compris que le Monkshoren était en détresse, et comme c'était son intérêt aussi bien que son devoir de le secourir (3 ou 4 mille livres sterling de prime lui seraient revenus), on est bien obligé de le croire.

g octobre. — Passage du détroit de neige {Snoivj--Sound), premier aperçu de l'océan Pacilique. On jette l'ancre pour la nuit dans la baie des Castors. Mrs Brassey, le capitaine Brown et les enfants descendent j)oiu^ cueillir quelques fougères; mais la vue d'un feu mal éteint leur fait rebrousser chemin vers le yacht en toute hâte. Glaciers admirables. A tout moment, un bloc énorme se détache et tombe dans la mer avec un fracas de tonnerre et parfois bloque les détroits. Sous le soleil (|ui se retire, de nombreux icebergs aussi hauts que des montagnes affectent des formes fantastiques : vaisseaux lancés à toutes voiles, châteaux, forts, clochers, tourelles, cygnes gigantesques. Les enfants sont en extase devant ce spectacle féerique.

10 octobre. — Jusqu'ici le temps a été favorable, mais il faut en profiter et ne pas s'oublier en route, car, vienne le brouillard ou l'ouragan, il serait impossible d'avancer. En pareil cas, il n'y a pas autre chose à faire qu'à courir des bordées en envoyant, si c'est possible, un détachement à terre pour y allumer un feu qui serve de point de repère.

12 octobre. — On sort enfin des détroits et Mrs Brassey ne peut se défendre de rendre hommage à l'habileté consommée avec laquelle son mari a conduit le Siiiibeam en ce pas difficile; ayant tout étudié, tout calculé, tout prévu, n'hésitant jamais, ne quittant presque jamais le pont, bref se montrant l'égal d\m marin accompli.

iS octobre. — On aborde à la baie de Lola. Ici Mrs Brassey se

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Sépare de son mari et voyage (luelque lemps par terre, laiulis que le Sitnbeam longe la côte.

3o octobre. -Le Sinibcam quitte Valparaiso, en route pour les îles de la Société. On renonce à visiter Tîle de Robinson 'Juan Fernandez) qui ne se trouve pas sous les vents alizés; il faut s'attacher

La salle ;i manger ilu Sunbcam,

à perdre le moins de temps possible. Mais ces mêmes vents alizés tardent beaucoup à se faire sentir. Mrs Brassey tâche de persuader son mari de s'aider de la vapeur sans plus tarder. Or, son ambition à lui serait de faire toute la traversée sans y avoir recours. « Un vrai yachtsman, — dit-il dans une lettre au Times, — doit aimer la voile d\in amour exclusif. » En attendant, si l'alizé n'arrive point, qui sait combien de temps on roulera sur place? Depuis six jours qu'on vogue sur le Pacifique, on n'a vu ni une ile, ni un bateau, ni un être vivant, sauf quelques albatros et deux baleines.

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6 novembre. — Rencontre d'un vaisseau marchand, avec lequel, selon la coutume invariable du Simbeam, on échange des signaux. (On constata plus tard Texcellence de cette mesure, lorsque la fausse nouvelle s'étant répandue que le yacht s'était perdu corps et biens, le 9 octobre, dans les détroits de Magellan, le ^apeur allemand le Sahara put aftlrmer qu'il Tavait rencontré le 13, et rassurer ainsi les amis des passagers.)

8 novembre. — Calme plat. M. Brassey donne enfin l'ordre d'allumer les feux de la machine, ordre reçu avec acclamations. En une heure la vapeur agit, et on avance rapidement vers Taïti. Mais bientôt, une brise permettant de faire 10 nœuds à l'heure s'étant fait sentir, on arrête la vapeur; il semble enfin qu'on ail trouvé l'alizé.

i3 novembre. — Vent violent. Le mai de misaine est emporté. On ne porte plus que les basses voiles, ce qui cause un roulis insupportable. Mrs Brassey souffre de la fièvre syrienne.

24 novembre. — Il y a vingt-quatre jours qu'on lient la mer.. M. Brassey avait espéré aborder aujourd'hui à Taïti. Il regrette maintenant de n'avoir pas allumé les feux jusqu'à la rencontre de l'alizé. On se console cependant en constatant les qualités exceptionnelles du Sunbeam. Il a pu faire jusqu'à 5 nœuds, alors qu'il n'y avait pas assez de vent pour éteindre une bougie, M. Brassey ayant fait l'expérience de se promener d'un bout à l'autre du pont, son bougeoir allumé en main.

2~ novembre. — On arrive en vue de l'île de Tatakatoroa. M. Brassey fait hisser sa femme dans un fauteuil jusqu'au haut du grand mât, d'où l'on domine l'ensemble de cette île curieuse, formée d'une couronne de corail avec un grand lac au milieu.

A Hao-Harpe (28 novembre) et à Maitea (P'' décembre), M. Brassey, ses enfants et ses hôtes, risquent une visite à terre, bien pourvus de revolvers, pendant que le yacht reste en panne. Ils sont très bien reçus; les indigènes se montrent doux et inoffensifs, et comme il résulte de plusieurs relations de voyages qu'ils ont été parfois féroces, il faut en conclure que les visiteurs s'étaient mal conduits.

2 décembre. — Arrivée à Tahiti, après cinq semaines de traversée. Dans cette immense étendue (Teau, on n'a nu que deux navires.

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(S' décembre. — Arrivés à Hawaï : on se mol tout crnborcl en mesure de visiler le fameux volcan de Kilanea. Api-ès une ascension assez difficile, on se trouve subilemenl au bord d'un ancien cratère qui

l.n chamhrp à coucher flo inflv Brassev.

a Pair d'un immense chaudron, large de \ à 5 kilomètres, et rempli de poix refroidie. Au centre coule un ruisseau de lave brûlante. Çà et là des taches rouges se dessinent; de la l'imiée et des flammes s'échappent du sol. Mais le nouveau cratère, avec son lac de feu, reste

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