‹ Le yacht; histoire de la navigation maritime de plaisanceChapitre 79 sur 80 · I.E VOYAGE DU SUNBEAM · texte numérisé non relu

I.E VOYAGE DU SUNBEAM

encore à voir, et comme il est tard, on fait halte à Volcano-House.

Le lendemain, on part avec deux guides et la recommandation expresse de l'hôte d'obéir en tout à leurs instructions, car l'entreprise est hasardeuse. L'ascension est difficile; plus d'une fois, le pied s'enfonce dans la croûte molle et brûlante, et on se retire précipitamment, aveuglé, suffoqué par les gaz épais qui émergent aussitôt du sol. Enfin, on arrive au bord du cratère, et chacun demeure muet devant l'horrible grandeur du spectacle.

A cent pieds de profondeur, la lave en fusion bat la falaise opposée avec le fracas de la mer en fureur. Des cascades, des fontaines, des tourbillons de feu rouge et jaune, tombent, jaillissent, tournent; par instants, une rivière d'or traverse soudain ce tumulte. On a peine à s'arracher à ce spectacle effrayant. Cependant, après plusieurs heures de contemplation, on revient sur ses pas; avec la nuit, les dangers de la route se manifestent d'eux-mêmes par une sinistre couleur rouge. M. Brassey glisse, sa canne s'enfonce quelque peu dans le sol, et avant qu'on ait eu le temps de la retirer, elle est en feu. Deux fois, la voyageuse perd connaissance. Enfin on arrive à l'hôtel. Au matin, une rivière de lave coule sur le chemin qu'on a suivi la veille. Que le phénomène se fût produit quelques heures plus tôt, et les voyageurs étaient perdus.

Les Hawaïens sont grands amateurs de jeux et de sports de tous genres. Leurs exploits natatoires sont absolument surprenants; ils paraissent presque amphibies. Tous les princes et princesses sont admirables nageurs. Sur la rivière on trouve des chutes d'eau que les indigènes s'amusent à passer dans toutes soi'tes de postures, deux ù deux, assis, allongés, en chaîne. Une jeune fille qui se risque à son tour est toute gracieuse avec sa robe blanche et sa guirlande de Heurs, portée par le flot, comme une nouvelle Ophélie.

Non loin de là, l'île de Molokai est le triste refuge des lépreux. Un Français a consacré sa vie à soigner et consoler ces infortunés. Jusqu'ici il est resté indemne, dit-on. Il- n'en est pas moins condamné à ne revoir jamais amis ou patrie. Honneur soit i-endu à son dévouement!

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i^'Jaiirier iS-~. — Honoloiiloii. Présenlalion à Kapiolami, reine des îles Sandwich, belle et imposante personne. La souveraine visite le yacht avec toute sa famille et s'en déclare charmée.

4 janvier. — On fail \oile vers Yokohama. L'influenza sévit à bord. Bêles et gens en sont fi-appés. Le plus jeune enfant de M. Brassey est dangereusement malade.

1 5 janvier. — Le Sunbeam se trouve soudain pris dans la queue d'un ouragan; on file 15 nœuds à l'heure.

2(^ janvier. — Nuit terrible. Mâture saccagée, renversée; un froid très vif commence à se faire sentir, quoiqu'on sorte à peine des tropiques.

2g janvier. — On signale le Jujiyana, c(ue les Japonais appellent la montagne sans rivale et la plus jeune du monde. Elle a surgi, en effet, dans les temps historiques, il y a 2600 ans. Arrivée à Yokohama. Les enfants remarquent « que le paysage ressemble à un éventail japonais w, ce qui montre la sincérité des artistes indigènes.

// février. — Dans la mer intérieure, froid intense. Nuit terrible. l^e feu a pris dans la chambre des enfants, par la faute des bonnes. Après quelques heures de travail acharné, on se rend maître de l'incendie. Le temps menaçant, on renonce à passer par le dangereux détroit de Simono-Siki et on longe Kiou-Siou et Lou-Tchou.

26 février. — Hong-Kong. Une armée de Chinois vociférants offrent leurs services à l'entrée du port. Mais M. Brassey tient essentiellement à piloter lui-même toutes les fois que c'est possible.

cV mars. — On s'embarque î\ Macao pour Singapoui*. M. Brassey, quoique très souffrant, reste à son poste toute la nuit.

i~ jjiars. — Singapour. Chaleur éloulTante, malgré la mousson qui souffle.

2(S' mars. — Ceylan s'annonce par ses parfums délicieux. Pays admirable, fleurs merveilleuses, surtout le jasmin, mais la chaleur est absolument intolérable. Dans un tiroir, Mrs Brassey trouve un bâton de cire à cacheter passé à l'état liquide.

5 avril. — On reprend la mer. Le thermomètre n'a pas baissé, et |)ourtant la température est suppoi'lable.

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