PRÉ FACE
partie d'un tout, et représente un document de plus apporté à la Rena issance pli) s iq ne.
Trop de personnes en France ignorent encore ce qu'est un bateau de plaisance et le bien qu'on peut en tirer. Nous avons voulu renseigner ces profanes — rien de plus. Notre but n'est pas d'ajouter un manuel de navigation à la liste déjà longue des livres techniques , mais simplement de donner un aperçu général du yachting aux gens du monde et aux élèves de nos écoles, à tous ceux qui sent étrangers à ce sport et qui pourront peut-être en prendre le goût, au grand profit de leur santé, de leur valeur individuelle et de la prospérité nationale.
Est-il besoin de dire que dans l'accomplissement de cette tache, nous avons J'ai t appel à toutes les compétences et suivi la doctrine expérimentale des spécialistes les plus éminents? A l'étranger, les écrits de Dixon Kemp. Edw. Burgess, Kunhardt, Vanderdecken, Ch. Clay, Kdw. Jaffray, Macalister, G. Bonyer, ont été nos principaux guides, En France, le doyen du yachting, M. Lucien More, a bien voulu nous donner de précieux conseils, et M. Mougel , des notes importantes : grâce à l'obligeance des directeurs du Yacht, MM. R. Viiillaume et Nicora, nous avons trouvé dans les dou{e années de cet excellent recueil hebdomadaire une mine inépuisable d'informations précises. En les' priant d'agréer ici les remerciements de l'auteur et des éditeurs, nous ne faisons que remplir un devoir, mais un devoir des plus agréables.
Le Yachting esl l'expression suprême du sport. Je veux dire celle qui ouvre le plus \asle champ à la valeur physique et morale de l'être humain, a l'affirmation de son individualité propre, de son courage, de son énergie, de toutes les qualités qui font l'homme véritablement digne de ce nom.
Ki LE YACHTING
Qu'est, en effet, le Yachting? C'est l'acceptation volontaire, à iilre de délassement eL de plaisir, de la vie la plus active, la plus rude, la plus périlleuse, — celle du marin. C'est l'exercice continu de toutes les puissances musculaires, non pas seulement en plein air, mais dans l'air le plus pur, le plus vif, le plus riche, le plus exhilarant qu'il y ait à la surface du globe. C'est la mise en jeu de toutes les facultés intellectuelles, physiques et morales, dans le milieu le plus fécond en dangers, en fatigues, en difficultés, en surprises de tout ordre.
Ajoutez la variété du cadre, l'élégance des formes, l'imprévu des rencontres, le piquant des rivalités, l'intensité de la vie animale, les joies du chez-soi associées à celles du voyage, le sentiment profond de l'indépendance complète, l'affranchissement de toutes les servitudes sociales... Puis trouvez, s'il est possible, une autre manière de combiner des sensations aussi aiguës, aussi neuves et aussi saines.
Au point de vue hygiénique, c'est l'existence en plein air dans sa perfection. Quel air plus pur, plus salubre que celui de l'Océan? On peut bien l'appeler le tonique et le restaurant par excellence. Toutes les sources d'infection atmosphérique, la putréfaction, la combustion et le reste, cessent là d'avoir une action appréciable. Entre la plaine liquide et le ciel, les vents jouent librement, balayant tous les germes de corruption. On ne saurait vraiment donner trop d'importance à une telle immunité, si l'on accepte les conclusions de la science moderne. N'a-t-elle pas trouvé dans les germes morbides la cause des maladies les plus redoutables? Ne voit-elle pas dans l'impureté de l'atmosphère la condition la plus favorable à leur développement? Eh bien, l'air de la pleine mer se rapproche autant que possible de l'air idéal, celui qui serait absolument exempt de microbes. On trouve assurément de l'air pur dans les déserts et sur le sommet des montagnes, mais il est peu probable qu'il soit là aussi pur qu'en plein Atlantique. C'est pourquoi un voyage en mer a fini par prendre place au nombre des moyens recommandés par la médecine contemporaine. On ordonne maintenant aux phtisiques un voyage au cap de
Bonne-Espérance, aller et retour, comme on leur ordonnait, il y a dix ans, un hiver à Cannes ou à Madère.
Un médecin distingué, le docteur Thaon, disait à ce sujet clans une récente conférence4 : « Les phtisiques qui veulent essayer des voyages en mer sont sûrs de rencontrer, pendant toute' la durée de celte cure spéciale, une atmosphère pure de germes el de la lumière en abondance:
ce sont bien là les agents réputés les plus efficaces pour combattre la phtisie. Ils jouiront encore d'autres conditions avantageuses, telle que l'influence tonique el presque spéciale de la brise marine; ils auront sous les yeux le spectacle sans cesse renouvelé de la mer... ». Ailleurs, le docteur Thaon remarque « qu'un autre fait que l'on n'aurail guère prévu, c'est l'immunité relative dont jouissent les poitrinaires à l'égard du mal de mer. »
Le même auteur constate que « si de tels voyages sont contraires aux malades fébricitants et à ceux qui sont porteurs de lésions étendues, ou sujets à des ulcérations — en d'autres termes qui sont déjà trop gravement atteints — cependant les deux résultats les plus précis de cette cure
A liis>.cr la grand'voile 1
semblent être l'action prophylactique chez les gens prédisposés et l'action reconstituante chez les phtisiques guéris localement, mais restés faibles et anémiques. »
Si Pair de mer agit favorablement sur ce qui reste de poumon aux phtisiques, comment ne serait-il pas cent fois plus bienfaisant pour des poumons ou des cerveaux simplement fatigués de la haute pression des villes? C'est la vraie panacée de tous les genres de surmenage. Il faut la recommander aux artistes, aux hommes de lettres, aux politiques de profession, à tous ceux qui ont besoin, une fois Pan, non seulement de se retremper dans l'air pur, mais de « couper le câble », comme on dit, de s'affranchir, pour deux ou trois semaines, des soucis, des affaires, des visiteurs, des paquets postaux et des sonneries du téléphone.
Il est à peine besoin d'insister pour démontrer que, parmi tous les sports, il n'en est pas de plus large et de plus haut que celui de la mer, ni qui demande à son adepte une plus grande somme de qualités viriles.
Manœuvrier, il aura le pied sûr comme l'alpiniste et le chasseur, les reins souples comme le gymnaste Commandant, il lui faudra d'autant plus de décision et de sang-froid, qu'il est responsable, non seulement de sa propre vie, mais encore de celle de son équipage et de ses passagers. Il a besoin d'étudier sans cesse, pour arriver à connaître les secrets du métier. Car afin d'en tirer tout l'agrément qu'il comporte, force est de s'initier au moins aux éléments de l'art nautique et d'entrer en familiarité réglée avec le Manuel du Timonier. 11 faut apprendre à lire une carte marine, à faire le point, et sinon à prendre un ris — ce qui ne ferait assurément de mal à personne — tout au moins à reconnaître l'orientation d'une voile et sa raison d'être.
Dès lors, tout devient sujet d'intérêt dans la vie du bord : les moindres nuances de la manœuvre, les résultats du loch, les signaux, les sondages, les profils de la côte. On entre à fond dans l'existence du marin : il n'en est pas de plus passionnante, pour deux ou trois mois.
Le mieux est de n'en rien négliger, d'établir sur son yachl une discipline inflexible, de mettre personnellement la main à l'ouvrage et de ne jamais hésiter, au besoin, ni à halcr sur une amarre, ni à prendre la roue du gouvernail. C'est de petites choses de ce genre (|u'csl fait le plaisir tout spécial du yachting. Et comme, après tout,
En course. — Le virage € i u baleau-bouée.
la mer a ses colères, l'heure vient Loi ou tard où celle adresse, ces habitudes, ont leur utilité pratique. En tout cas, on y trouve dans le présent un passe-temps qui a son charme, une antithèse à la vie routinière du plancher des vaches, el pour l'appétit un excitant incomparable; on en garde pour l'avenir un pli qui n'est pas sans valeur, même à la \ illc.
Rien n'empêche, au surplus, de se donner à bord les distractions préférées. On peut lire, l'aire de (a musique ou de l'escrime, jouer à
lotis les jeux imaginables. L'équitation seule serait difficile : encore a-l-on la ressource de descendre à terre tout exprès pour monter à cheval. Puis, il y a la pèche, le tir aux mouettes, la chasse si Ton est chasseur. Il y a surtout le plaisir de changer de pays sans fatigue et sans ennuis d'aucune sorte, de visiter en quelques semaines Anvers et Amsterdam, Copenhague et Stockholm, ou les deux côtes de la Manche, ou l'Espagne et l'Algérie, ou la rivière de Gènes, Naples et la Sicile, ou telle autre région qu'on a choisie; d'arriver à son heure, de n'avoir rien à démêler avec les compagnies de chemin de fer, les voitures et les guides; d'emporter, comme l'escargot, sa maison avec soi, et quelle maison! la plus propre, la plus élégante, la plus coquette qu'on puisse rêver; de se faire accompagner non pas seulement de sa malle, mais de son lit, de ses livres préférés, de son tub, de tout ce que l'habitude rend précieux à l'homme civilisé. Plus d'auberges encombrées, plus de dîners de table d'hôte, plus de draps suspects, plus de promiscuités écœurantes. On ne prend, de chaque pays, de chaque station, que ce qu'il y a de vraiment aimable. Le pays a-t-il cessé de plaire? La station ne donne-l-elle pas ce qu'on attendait? On lève l'ancre, on largue un peu de toile, et en deux ou trois heures on a changé de mouillage pour essayer d'un cadre nouveau. N'est-ce pas l'idéal même du voyage d'agrément?
Ces joies, dira-t-on, ne sont pas à la portée de tout le monde. Assurément, mais il est tant de gens riches et désœuvrés qui ne savent quel emploi donner à leurs loisirs et à leurs revenus! Ce sont eux surtout que la navigation de plaisance peut séduire par son extrême variété.
Elle n'est pas, au surplus, comme il sera établi avec quelque détail, un luxe aussi cher qu'on est généralement porté à le croire, et coûte bien moins que l'entretien d'une grande chasse ou d'une écurie de courses. Ici, presque pas d'imprévu. On peut établir un budget conforme à ses ressources, et surtout arriver à la suppression presque complète de ces menues dépenses courantes, qui sont à l'origine des plus grosses additions.
Je pourrais nommer tel amateur opulent, propriétaire d'un des
plus grands yachts de France, qui, en arrivant d'un voyage de deux mois, aborda à Dieppe un jour de courses, et, lanl en paris malheureux qu'en frais supplémentaires, dépensa le jour même une somme bien supérieure à celle1 que lui avait coûté son voyage.
D'ailleurs, on oublie trop chez nous que les frais d'un yacht, par leur nature même, peuvent toujours se répartir sur plusieurs letes. Rien ne se prêle mieux à la propriété collective et par actions. Un yacht se loue aussi facilement qu'il s'achète. Vingt, trente, cinquante personnes peuvent s'associer pour couvrir le coût d'une croisière d'agrément. Autant de fails évidents, que l'élourderie française néglige d'apprécier a leur valeur, au grand dommage de notre éducation nautique. Chez nous, il est reçu qu'il faut être cinq ou six fois millionnaire pour se donner le luxe d'un yacht. Comment les gens, fort nombreux, qui ne le sont même pas une demi-fois, pourraientils songer à pareille folie? Le raisonnement est à peu près aussi juste que si l'on disait : « Il en coûte cent millions pour construire un chemin de fer; M. de Rothschild seul peut donc se donner le luxe de voyager sur rails... »
La vérité est que les joies du yachting ne sont ni plus ni moins chères que celles d'une villégiature quelconque. Tout au plus (figentelles l'immobilisation provisoire d'un capital plus élevé. Mais si 1 on veut bien considérer qu'un voyage en yacht ne saurait être amusant qu'en compagnie, et qu'il est naturel, ou en tout cas pratique, de faire participer aux frais ceux qui en partagent les plaisirs, on verra qu'il n'est pas, au fond, ruineux d'être d'un yacht.
Précisons, en examinant, par exemple, quels seront les frais d'une croisière maritime de trois mois répartis sur un groupe de dix associés. Nous verrons qu'ils sont tout au plus égaux, sinon inférieurs, à ce que coûterait un voyage de même durée dans les Alpes ou aux Pyrénées. El tout d'abord, excluons la navigation a vapeur. Elle n'a de raison d'être (pie pour un voyage de long cours. I ne croisière de plaisir limitée à trois mois et prenant pour cadre les ports et les bains de mer de la Manche, ou les côtes de la Hollande, ou celles de l'Espagne et de l'Italie, se fera beaucoup plus
agréablement dans un navire à voiles. Là, point d'odeur de charbon ni de fumée; pas de bruit de machine ni de trépidation d'hélice; rien que le murmure de la brise dans les agrès et la douceur d'une glissade sur le velours de l'Océan. Sans compter qu'aux yeux du véritable homme de mer, un bateau à vapeur n'est pas ou presque pas un yacht.
Le plaisir est de commander ou tout au moins de suivre les manœuvres variées de la voile, de s'initier aux secrets de la navigation classique, d'exécuter, soit dans une rade, soit en pleine mer, mille évolutions gracieuses, de jouer avec les surprises et l'imprévu du vent, et non pas d'aller directement d'un port à l'autre en un nombre donné de coups de piston. Acceptable ou même indispensable comme auxiliaire de la voile, quand il s'agit d'un long voyage, la vapeur est odieuse au dilettante de la mer, toutes les fois qu'elle n'est pas nécessaire.
Nous avons supposé un groupe de dix associés. Cela implique une goélette d'environ 100 tonneaux, qui coûte, neuve, avec ses agrès, ses voiles, ses emménagements complets, de 80000 à 100000 francs. C'est la grosse dépense. Mais il importe de considérer qu'il s'agit là d'une simple immobilisation de capital, et non pas d'un placement à fonds perdu. Car, un navire bien conditionné garde sa valeur comme une maison, et peut toujours se revendre, avec une certaine déprécialion. Si l'on ne veut pas y mettre un prix aussi élevé, on peut aisément passer en revue un choix de yachts d'occasion, de tous les tonnages et de tous les prix. Enfin, il est encore moins difficile de trouver à en louer un, à condition de fournir les garanties nécessaires. En portant à 10000 francs le prix de location, ou la perle d'intérêls et la dépréciation en cas d'achat, on peut être sûr de ne pas être bien loin de la vérité; la prime d'assurances sera de 1 200 à 1 500 francs; total : 11500 francs comme frais de premier établissement. Ainsi qu'il sera montré ci-après, dans « le budget d'un yacht », les frais généraux s'élèveront pour un trimestre à environ 15 000 francs. Nous arrivons ainsi à un total général de 35000 francs. Réparti sur dix associés, ce total nous donne pour la part afférente à chacun 3 500 francs, c'est-à-
LE YACHTIN G
dire un peu moins de 1 200 francs par mois. On voil qu'il serait difficile de voyager luxueusement à meilleur compte.
Au demeurant, il n'est pas nécessaire d'atteindre à des chiffres pareils, et le yachting- d'agrément peut être compris et pratiqué de cent façons, depuis la plus humble jusqu'à la plus luxueuse. L'erreur commune est précisément de confondre le grand yacht de parade
Les plaisirs du yuchtiiifc. — Ch.isse en riwerc.
(celui qu'on pourrai! appeler un transatlantique privé) avec le yacht de promenade, simple cl bon enfant, dont chacun peut proportionner les dimensions, le tonnage, l'ameublement et le prix aux moyens financiers dont il dispose. Or le vrai yachting est celui-là et non pas l'autre : celui qu'on pratique pour se distraire, pour respirer de l'air sans microbes, pour se faire des muscles et de la pulpe cérébrale, pour échapper pendant deux ou trois mois à l'asphalte, aux maisons à six étages, à toutes les platitudes et à toutes les nausées de la vie normale, quitte à les remplacer par celles du mal de mer. Il y a vingt
manières d'aller chercher l'air au large, depuis le bi lie L de première classe à bord d'un steamer à double hélice en partance pour les Antilles ou La Plata, jusqu'au bateau de pêche armoricain où, pour cent sols, on vous donnera le vivre et le couvert, le droit de haler sur la traîne et même celui de serrer un foc, pour peu que le vent fraîchisse.
Cette école est la bonne et qui y a passé peut tout affronter. C'est là que se sont formés des marins amateurs comme M. Leigh Smith, qui eut l'honneur, en 1881, de faire naufrage avec son yacht sur la terre de François-Joseph, au fond des mers arctiques, et qui y fut rejoint l'année d'après par son ami sir Henry Gore-Boolh. Et, plus récemment encore, ces deux gars du Transvaal qui sont venus de Port-Natal à Londres, dans un bateau non ponté, couvert d'une simple bâche, qu'ils avaient construit eux-mêmes à deux cent lieues dans les terres et transporté à la côte sur une charrette à bœufs. Voilà de bel et bon yachting dans les prix doux! Et du plus vrai. Car la première condition, pour goûter les joies de la navigation de plaisance, est bien la possession d'un bateau à soi, fût-il seulement de 2 tonneaux, avec un mousse pour équipage.
C'est un luxe qui peut coûter, en moyenne, 700 à 800 francs par tonneau. Au prix de 5000 à 6000 francs, on peut fréter un joli cotre, capable de tenir la mer par tous les temps, et convenablement aménagé pour quatre personnes; à la rigueur, il n'est même pas indispensable de l'acheter. Des constructeurs sans nombre offrent en location des yachts de tout tonnage, à voiles et à vapeur, avec le personnel et le mobilier nécessaires. Il n'y a dans ce cas qu'à embarquer des provisions de bouche et envoyer sa malle à bord.
Le plaisir tout spécial du yachting de promenade est en effet d'être chez soi tout en se déplaçant; de partir à son heure, de s'arrêter où l'on veut, de flâner le long d'une côte ou d'un fleuve qui vous attirent; de s'envoler vers d'autres cieux aussitôt que le nez d'un aubergiste vous déplaît, ou que l'aspect navrant d'un casino, la vue d'un manège de petits chevaux, la rencontre, au tournant de la falaise,
d'un couple de philistins en Irain de pécher la crevette, vous remémorent péniblement la vie réelle.
Le ciel sur la tète et la mer sous les pieds, dans une coque de noix qui ne doit rien à personne, on éprouve une détente, un épanouissement de liberté, une plénitude de force sans égale. On se sent plus léger, comme suspendu dans le temps et dans l'espace, affranchi du poids surnuméraire qui handicape l'existence normale. On mange mieux, on respire à pleins poumons, on dort à poings fermés, on pense plus vivement : et même si Ton ne pense pas, ce qui est peut-être le meilleur parti à prendre, on est heureux par tous les pores.
Ceux-là seuls, bien entendu, vont au fond de ces joies qu'une suffisante accoutumance met en état de conduire la barque et de commander à leur bord. Mais au profane même qui regarde sans agir, ces choses de la mer, si nobles en leur simplicité préhistorique, onl un charme de fraîcheur el de nouveauté sans fin. TouL y est curieux el amusant, jusqu'au nom des agrès, à la fonction des aussières et grelins, des palans el bouts-dehors, jusqu'aux signaux; jusqu'à la langue des matelots, jusqu'à leurs silences et à leurs mouvements. On passe des heures à les voir faire du bitord, fouetter une poulie, virer au plus près, prendre la panne ou mouiller vent arrière. On vit là dans une sorte de rêve, hypnotisé de lumière et de bleu, côte à côte avec L'infini qui nous enveloppe et vous pénètre : gardant encore" la notion vague d'une individualité propre, en celle communion intime avec le cosmos, mais tout juste assez pour se rappeler qu'on y esl un atome.
Aucun milieu d'ailleurs n'esl plus favorable aux éludes spéciales, pour peu qu'on veuille donner un but utile à sa croisière. On peut s'adonner aux sciences, étudier l'hydrographie, la météorologie et l'histoire naturelle, procéder à des sondages, former des collections, approfondir les lois des formations madréporiques. Si l'on s'occupe de pèche, perfectionner les engins, rechercher les moyens d'attirer le poisson vers les cotes; si l'on n'a pour outil qu'une plume, noler des impressions de voyage. On peul enfin peindre el dessiner, prendre
des vues photographiques, créer dans les parages dangereux des abris et des points de repère pour les navigateurs. Il est, en un mot, cent moyens d'utiliser un voyage en mer, et la chronique maritime des dernières années montre de mémorables exemples de cette noble préoccupation.
Faut-il rappeler enfin que la navigation de plaisance fait prospérer des industries variées, occupe un grand nombre de bras et prépare d'excellents marins volontaires pour les guerres toujours possibles?
A la vérité, une déclaration du Congrès de Paris, datée du 26 avril 1856, a aboli la course et par suite rendu peu vraisemblable la résurrection des mœurs qui valurent jadis à nos corsaires malouins de si éclatantes victoires. Mais, outre que toutes les nations du globe n'ont point adhéré à la déclaration de Paris, tant s'en faut, le texte même du document est susceptible d'interprétations variées. Il est généralement admis que les puissances signataires ont gardé le droit d'incorporer leurs équipages et leurs bâtiments de commerce dans la flotte de guerre, en cas de besoin. C'est ainsi, du reste, que l'Allemagne a interprété la Convention de Paris, d'abord par l'ordonnance royale du 24 juillet 1870 et par le décret impérial du 45 janvier 1871, puis par la loi du 14 juin 1873. On doit donc considérer la flotte de plaisance, dans toute la force du terme, comme une véritable réserve de notre flotte de guerre, et cet aspect du yachting revêt un véritable intérêt national.
A un point de vue plus élevé, qui est la philosophie commune à tous les sports, la navigation d'agrément fait des corps robustes et des caractères bien trempés. Par suite, elle hausse le niveau physique et moral de la nation, la rend plus apte aux grandes entreprises, plus forte, plus généreuse et plus mâle. A tous ces titres divers, le yachting mérite l'attention et la faveur croissante des esprits attentifs.
Quelques chiffres préciseront l'importance économique de notre flotte de plaisance. Nous les empruntons au journal de la marine le Yacht.
Il existe actuellement en France 1049 yachts, tant à voiles qu'à vapeur, sans compter les embarcations ou canots non pontés dont le nombre est très considérable, mais que Ton n'a pas fait figurer en détail dans cette statistique.
Voici comment se décompose ce chiffre de 1 049 yachts :
1° Yachts a vapei r :
Tonnage
Tonnage
moyen.
total.
yachts à vapeur
de 400 à
lx 000 V
3000 tv
de moins de 10
tonneaux.
Total : 337 yachts à vapeur d'un tonnage total de 11 165 tv
2° Yachts a voiles :
[. Goélettes.
1 goélette ,
;i \oiles
de 310
3 goélettes
de 150
de 100
de 50
de 25
ou lougres
de 15
ou lougres de
: moins
de
Total : 'i7 goélettes d'un tonnage total de 2 684 tx