‹ Le yachtChapitre 8 sur 47 · M. GASTON M KM EU · texte numérisé non relu

M. GASTON M KM EU

M. Gaston Menier, marié, obligé par sa situation à une vie plus stable que ses frères, n'a pu entreprendre les grands voyages qui les ont signalés comme yachtsmen. Il ne possède d'autre yacht que la Julie, de KM) tonneaux; mais pour n'èlre pas de grandes dimensions, ce bateau n'est pas moins un des plus beaux spécimens d'architecture navale qui se puisse voir.

Construite en 1883 par MM. Shutleworlh el Chapman, à Erith (Tamise), la Julie, dont la coque est entièrement en acier, a été mu-

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nie d'une machine de torpilleur de 750 chevaux indiqués, apte à lui imprimer une marche de 15 nœuds. On ne saurait trop insister sur la parfaite élégance de formes de ce coquet petit navire, non plus que sur l'élégance et la commodité de ses emménagements. Il est muni d'un appareil à gouverner à vapeur et d'une installation complète de lumière électrique.

Si, comme nous l'avons dit, M. Gaston Menier n'a pu entreprendre de grands voyages, il n'est pourtant pas resté inactif au point de vue du yachting. Se souvenant qu'il est ingénieur, il a poursuivi, précisément sur la Julie, des recherches conduites avec un grand esprit critique, sur la résistance des carènes. Cette question, très complexe, très controversée, soulève les problèmes les plus ardus de l'hydrostatique, et ne peut être résolue que par de nombreuses expériences rationnellement coordonnées.

Ce serait sortir par trop de notre cadre que de vouloir décrire ici les travaux de M. Gaston Menier. Il suffira de dire que ces recherches ont eu un certain retentissement dans le monde savant, et qu'elles ont apporté de nouveaux éléments à l'élucidation du problème.

M. Gaston Menier a fait, en outre, l'analyse très complète de la stabilité de son yacht. Il faut lui savoir gré de ces études qui demandaient de sérieux efforts, en même temps qu'un savoir spécial. Dans ces conditions, la pratique du yachting cesse d'être une simple distraction, elle devient une occasion de travaux élevés, profitables à tous, et qui rehaussent singulièrement le sport nautique.

M. Albert Menier a commencé par la Giralda, achetée en Angleterre, où elle portait le nom de Fair-Geraldine. Puis, en 1876, il acheta la Sea-Qiieen, dont il fit la Ncmésis. Ce magnifique yacht, de 571 tonneaux et de 360 chevaux de force, a été construit, en 1880, par Duncan, de Glascow; il mesure environ 60 mètres de long et présente les installations les plus perfectionnées.

M. Albert Menier a fait, en 1888, à bord de ce navire, un très beau voyage dans l'Extrême-Orient, voyage pendant lequel son na-

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vire eut a supporter quelques gros temps; la Némcsis est le premier yacht français qui ait montré notre pavillon dans les mers de Chine et du Japon.

On assure que M. Albert Menier ne s'en tiendra pas la, et qu'il compte entreprendre prochainement le tour du monde.

M . A L II | Et T M KME U

Tout jeune et nouveau venu dans le yachting, M. Etienne Fould est pourlant de ceux qui ont le plus brillamment débuté dans la carrière.

Au mois de juin 18SG, il se rendait acquéreur du Sans-Peur, de 396 tonneaux, appartenant alors au duc de Sutherland, et, six semaines plus lard, pour son premier voyage, il se dirigeait vers l'Isla nde.

Pour une excursion de début, c'était assez mal choisir son objectif : il y avait peut-être là de quoi décourager à tout jamais de la

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navigation un esprit moins décidé. En effet, si l'Islande est un pays curieux à visiter, il n'en est pas moins vrai que ce pays est affreusement triste et désolé, et qu'il est entouré des mers les moins hospitalières de l'Europe.

Heureusement, le Sans-Peur était le yacht le mieux approprié à un pareil voyage.

Construit en 1878 dans les chantiers Barrow, il mesure 49 mètres de long sur 6m90 de large; il est gréé en trois-màts-goélette, avec hunier et perroquet carrés sur le mât de misaine. Sa machine, de 340 chevaux, est suffisante pour lui imprimer une vitesse de 10 nœuds; mais la véritable marche du Sans-Peur est celle qu'il prend avec vent favorable un peu frais; son immense voilure le pousse alors à des vitesses de 13 nœuds; la machine devient inutile, on l'arrête, on « efface » l'hélice par un dispositif particulier, et le yacht agit comme un simple voilier. C'est donc ce qu'on appelle un yacht « auxiliaire », et c'est même un des types accomplis du genre.

Le Sans-Peur est un navire robuste, puissant et bien assis sur l'eau; sa mâture, haute et légère, lui donne une grande élégance en même temps qu'un aspect très marin. Mais c'est lorsqu'il est à sec dans un bassin qu'il convient le mieux de le voir, pour se rendre compte de la perfection des formes de sa carène. M. Fould n'a pas craint de peindre en blanc la coque de son yacht. C'était une innovation qui fut critiquée alors et qui a été depuis imitée par beaucoup de grands navires. Cette peinture met en relief les moindres défauts d'une coque, tout comme une toilette blanche pour une femme, et ne peut être portée qu'avec des formes irréprochables; elle constitue alors une parure de la plus grande élégance.

Comme emménagements, le Sans-Peur est très confortablement distribué. Le propriétaire y possède un véritable petit appartement indépendant, et néanmoins directement rattaché aux six cabines qu'il peut mettre à la disposition de ses invités. Le grand salon mesure six mètres sur six; combien d'appartements parisiens n'en ont pas d'aussi vaste! Il y a sur le pont un grand fumoir, une office, une salle

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a manger et la cuisine. Tout cela est établi de manière à former une très ample passerelle-promenade, sur laquelle se trouvent le télégraphe du mécanicien et la machine a gouverner.

Une partie de l'avant du Sans-Peur est' couverte par une « leugue », ou gaillard, disposition très utile contre les coups de mer.

M. ETIENNE POULD

Le yacht est muni de belles embarcations, toutes garnies de boites à air qui les rendent insubmersibles. La grande chaloupe esta vapeur.

L'ameublement, tout en étant fort élégant, est resté sévère; le clinquant en a été banni de parti pris, comme il convient pour un navire destiné à naviguer dans les mers arctiques cl non à parader dans les ports à la mode.

En 1887, dès le commencement de Tannée, le Sans-Peur quittait le Havre, son port d'attache, pour aller à Marseille et de là en Tu-

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nisie, puis à Malte, à Naples, en Corse, etc. Pendant l'été de 1888, M. Fould le conduisait en Norvège, doublait le cap Nord, suivait toute la côte de Laponie, traversait la mer Blanche, remontait la Dwina, et, enfin, mouillait à Arkhangel, où l'on n'avait jamais vu un yacht français, et où il recevait l'accueil le plus enthousiaste.

Le yacht mixte Sans-Peur, Y. CF., à M. Etienne Fould.

Depuis ce voyage, M. Fould ajoris une part active aux affaires d'une importante maison de banque. Cette nouvelle situation n'est pas sans le retenir au rivage. Nous serions bien étonnés cependant que le Sans-Peur restât longtemps confiné dans son bassin; M. Fould a trop d'amis, qui se plaisent trop à son bord, pour ne pas céder à leurs instances et entreprendre, en aimable compagnie, un nouveau grand voyage dans les régions boréales, qu'il semble plus particulièrement affectionner.

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M. Frédéric Sieber, très connu comme industriel cl comme propriétaire d'une grande écurie de courses, a commencé à se révéler dans le yachting en lSS-'i, année pendant laquelle il fil construire la Gabriel le.

Celte construction fut confiée à la maison CocUerill, d'Anvers,

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