ORIGINE DU MOT SYPHILIS
Ad ti'isleiii acerbae munis ejus nunlium Viciiia flevitora, flerurit iiUinuB Génies périsse musicoriim caiididiim Florein, opiimarum et lumen arlium omnium.
SYPHILIS
L'inlenlion de l'annotaleur n'est pas d'enlamer ici une dissertation littéraire sur les avantages de la prose ou de la poésie , et d'établir la prééminence d'une de ces formes de style au détriment de l'autre. D'ailleurs, ces sortes de discussions ou de parallèles ne fixent jamais la question d'une manière précise et ne déterminent la conviction de personne; les prosateurs seront toujours les partisans de la prose , et les poètes les apologistes du vers. On peut avancer cependant , comme chose incontestable , qu'un privilège de la poésie, et surtout de la poésie française, ou, pour parler plus proprement, du vers français, est de se graver plus facilement et profondément dans la mémoire , à cause de la mesure et encore plus de la rime. Cette impression est sensible aussi bien sur les hommes instruits que sur le vulgaire le plus étranger aux lettres et le plus ignorant. Il est presque superflu d'en donner la preuve; nous entendons chaque jour des hommes dépourvus de toute éducation et de toute étude , des hommes qui ne savent pas même lire, citer textuellement et sans altération d'une syllabe, des vers entiers pris ça et la dans nos poètes, tels que ceux-ci :
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.
Le crime fait la honte et non pas l'échafaud.
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.
La critique est aisée et l'art est diflicile.
L'honneur est comme une île escarpée et sans bords , Où l'on ne rentre plus dès qu'on eu est dehors.
A |)eine nous sortions des portes de Trézèno. El If songe a fini par un coup de tonnerre. Il est avec le ciel des accommodements
Enfin des milliers d'autres qui formeraient un volume , cl qui sortent a tout moment des mômes boucbes qui , hors de la , onl de la peine a prononcer un seul mot de français.
Oui le vers est la mnémonique de l'esprit; les vieilles ballades , les cban- .-ons,se transmettent d'âge en âge par simple tradition; il n'est personne qui ne puisse réciter de longs passages de Corneille, de Racine, de Boileau, de Voltaire , etc. , etc. , et qui ne serait embarrassé si on lui demandait uniseule phrase de J.-J. Rousseau ou de Chateaubriand.
Comme preuve de celte influence de la poésie, nous puiserons dans le sujet de ce poème un nouvel argument destiné a faire triompher noire proposition.
Dans les premiers temps de l'apparilion du fléau vénérien , les savants el même le peuple cherchèrent à désigner par un mot quelconque cette épouvantable affection. D'après l'opinion des médecins ou les contes populaires, on l'appelait a la fois ou successivement en lalin , en français, en poringais : Lues venerea , morbus veiieris , viorbus pustulanim, pttsiidœ mutœ, rjale dcNaples, mal français , mauvais mal, brigandine , gaillardise , mignonise, sorcellerie, diablerie, mal de Niort, las butas de las Indias , etc. , etc. On la décorail d'appellations scientifiques ou grotesques , sérieuses ou plaisantes, sans qu'il fût possible de lui attacher un nom fixe , avoué et reconnu par la généralité des malades el des médecins. Au milieu de celle inextricable multitude d'expressions, parut un homme, mais un poète, qui se chargea de donner le baptême à ciille furie anonyme. Ce poète était Fracaslor ; de sa propre autorité il la nomma Syphilis , nom qui reçut une consécration tellement universelle , que depuis lors jusqu'à nos jours et jusqu'à la fin des siècles, elle ii'a changé et ne changera la dénomination de son poétique parrain.
Etre indélinissable , agent iriysténeux ,
Qui naquit on ne sait en quel temps , en quels lieux.
Chose (ligne de remarqui;! quatre grandes découvertes ou apparitions, salutaires ou fatales, signalèrent la fin du quinzième siècle el h; commence-
ANCIENNETE DE CETTE MAI.AblK. .V>
nienl du seizième , savoir : \e A'ouveau-Mmide . l'Imprimerie . la Pomdrra cvtoH, et la Syphilis. Eh bien ! ces quatre existences nouvelles naqnireni enveloppées d'un tel mystère, que le doute et rincerlilude planent encore sur leur berceau. La décou%"ertfc de rAmérique est revendiquée par Vi-spuce ei par Colomb, la poudre à canon et l'imprimerie sont attribuées h divers auteurs et divers pays, l't la syphilis n"a pas même encore aujounl'hui Tiue origine certaine.
D'où vient cette afleclion? Est-ce une maladie nouvelle en Europe?... Non. dit le docteur Lagneau, c'i-st une dégénérescence de la lèpre qui couvrait tous les pays chrétiens, dans les douzième et treizième siècles, puisque sous Louis VIIL en 1225 , il y avait, d'après Mathieu Paris, dis-neuf mille hôpitaux destinés aux lépreux. Si l'on admettait cette explication hypothétique, la syphilis sei-ait à la lèpre ce que le vaccin est à la petite-vérole , c'est "a dire son antidote, et loin de La maudire on devrait la regarder comme un présent du ciel. D'après les lettres des missionnaires sur la Chine, cette maladie était connue depuis un temps immémorial chez les Indiens, et dès la plus haute antiquité les brames savaient la manière de la guérir. Pourquoi n'aurait-elle pas pris naissance dans ces contrées fécondes oii toutes les traditions s'accordent à placer le berceau de la nature humaine, et pourquoi n'aurait-elle pas été répandue comme la petite-vérole, la peste, la fièvre jaune, le choléra . sur le reste de la terre par les mém^^s hommes chez lesquels nous trouvons d'une manière si évidente l'origine de notre culte et de nos lois.
S'il a Iraiirlii (riiii bnint le? tl'U> ilr rAlLuitiijUr ,
S'il L.^t de saog moderoe ou d'origiiie antique.
L'opinion le plus généralement autrefois accréditée sur l'origine de la syphilis, est celle qui en attribuait l'iiuportnlion en Europe a Christophe Colomb lors de son retour de l'Amérique , oii les gens de son équipage l'avaient reçue, dit-on, des naturels do pays : ce qui fixerait a la fin du quinzième siècle l'époque où, pour la première fois, elle se serait manifestée sur le continent. Dans le siècle dernier, Astruc, après s'être livré à des recherches historiques fort étendues, publia ssir la maladie syphilitique le meilleur traité qui eût paru jus<iu'alors, et fit servir toute son érndiiion à soutenir l'origine américaine de la syphilis.
Cependant, cette opinion est loin d'être admise !-ans conteslalion : le
Lévitique , partie de la Bible qu'on allribue à Moïse , parle d'une maladie conlagieuse dont les suites devaient avoir beaucoup de gravité, si on en juge par les précautions hygiéniques qui furent recommandées à ce sujet par le législateur hébreu , au chapitre xv du Lévitique, ainsi qu'il suit:
« Vir q\ii palitur fluxum seminis immundus erit... qui tetigeril carnem ejus lavabitvestimenlasua relipse totus immundus erit usque ad vesperum...
» Sisalivam Inijuscemodi homo jeceril super euni qui niundus est lavabit vestimenta sua : et lotus aquae immundus erit usque ad vesperum... »
« Omnis quem tetigeril, qui talis est, non lotis ante manibus, lavabit veslimenla sua : et lotus aqute immundus erit usque ad vesperum... »
« Docebilis ergo fllios Israël utcaveant immunditione, et non morianturin sordibus suis. »
Juvénal et Martial ont exposé aux traits de la satire les symptômes qui succèdent à un commerce impur et qui sont désignés par les noms de : «Marisca, ficus, ulcus acre, pustulae lucenles, sordidi lichenes.
» Cœduntur tumidae medico ridente 3Iariscœ. (Juv.)
» Dicemus ficus, quosscimus in arbore nasci ;
» Dicemus ficos, cœciliane luos. {Mari. epig. 71.) » Ficosa est uxor, ficosus et ipse maritus
» Filia ficosa est, et génère alque nepos u Ciini sinl ficosi pariter juvenesque senesque
» Res mira est. Ficos non habet unus ager. [Epig. 99.) »
Au temps de la plus grande dépravation des Romains, oii la débauche intronisée se montrait sous la pourpre impériale , et où il était permis de dire , en parlant de la plupart des maîtres du monde , ce qu'on avait dit de César, qu'il étaitle mari de toutes lesfemmes et la femme de tous les maris, Juvénal s'exprimait ainsi :
« Quis enim non viens abundat
» Tristibus obscœnis?
» hispo subit juvenes et morbo pallel utroque. »
Perse dit, en parlant des passions de rhonime :
Hune aléa, decoquil, ille
\n. venavem puirei »
Putret! Comment expliquer celle expression , sinon par les ravages
physiques, par la putréfaction?
SON ORIGINE CONTESTEE. 57
A toutes les époques et en tous lieux on a observé les accidents contagieux que peut occasionner la débauche :Paul d'^gine, Lanfranc , Guy de Chauliac, Becket, ont décrit, avant le quinzième siècle, la plupart des symptômes de celte maladie, en les désignant positivement comme le; effets des plaisirs recherchés dans les bras d'une femme impure, a Propter decubitum muliere fœdâ. »
Un témoignage non moins irrécusable de l'existence de la maladie syphilitique à des époques bien antérieures à la découverte du Nouveau-Monde , résulte principalement des ordonnances concernant les mauvais lieux.
Il existe en Angleterre des statuts qui, dès le onzième siècle, condamnaient à une forte amende « tout concierge qui tiendrait chez lui des femmes qui auraient la maladie de la brûlure. »
Une autre ordonnance rendue en 1347 par la reine Jeanne I", concernant les lieux publics d'Avignon , s'exprime ainsi : « La reine veut que, tous les samedis, labaillive, et un chirurgien préposé par les consuls, visitent chaque courtisane, et, s'il s'en trouve quelqu'une qui ait contracté du mal provenant de paillardise, qu'elle soit séparée des autres afin qu'elle ne puisse pas s'abandonner et qu'on évite le mal que la jeunesse pourrait prendre. r>
Sans juger au hasard , sur des bruits incertains S''il est fils des Français ou des Napolitains.
Jadis les villes de la Grèce se disputèrent la naissance d'Homère, et aucune ne put l'établir par des preuves irrécusables. Il en est de même, mais en sens inverse, pour la syphilis; quand on consulte avec impartialité les divers auteurs, on voit que c'est à tort que les peuples se sont accusés mutuellement d'avoir hérité les uns des autres de cette horrible maladie, car elle a suivi la même marche que tous les fléaux qui sont venus décimer le monde; et si un peintre, sous une figure allégorique, la représentait, on pourrait mettre au bas ces vers de Scaliger :
India me novit, jucunda Neapolis oi nat ,
Bœlica concélébrât , Gallla mundus alit.
Vosllali, Hispani, Galli, vos orbis alumni
Deprecor; ergo mihi dicile qiiœ patria.
NOTE (i).
Nulle digue qui puisse arrêter ce torrem : Il saisit à la fois le docte et Tignoranl.
Pinlor dit qu'il a guéri de lue venereâ le cardinal de Ségovie, le chanoine Ceulez et le pape Alexandre VI. Dans le seizième siècle , François P' , disent BayleelMézeray , prit celte maladie de la femme d'un marchand de fer, el en mourut après avoir longtemps souffert. Quelques historiens ayant écrit que Louis XV mourut de la petite vérole, Fonlenelle répondit qu'ils étaient bien modestes.
Charles IX, de trop célèbre mémoire, eut une excroissance dans l'urètre dont il fut guéri par Ambroise Paré, son médecin, qui, pour récompense, échappa quoique protestant aux massacres de la Saint-Barlhelemy. Comme le roi trouvait que la cure était bien lente, Ambroise Paré lui fil cette réponse si connue : «/e lesoygne, et Dieu seulle guaryra. »
Cette maladie s'est assise sur beaucoup de tiônes : Henri III , revenant de Pologn»! en France , après la mort de son frère Charles IX , gagna celle maladie avec une courtisane de Venise ; Charles de Lorraine , duc de Mayeiine , chef des ligueurs contre Henri IV, en fut atteint; pareil accident arriva a Charles-Quint qui s'en guérit par le suc des plantes, disent ses médecins André Vézale et Gabriel Fallope.
De là vient celte race infirme , abâtardie ; Ce peuple d'*avortons qu'*attend rortliopédie.
Jamais la dégénéralion de l'espèce humaine ne s'était montrée sous des formes aussi hideuses que de nos jours; c'est un crétinisme universel, et c'est en vain que la législature espère y remédier en faisant nue loi sur le travail des enfants dans les manufactures. Les jeunes gens que sous l'empire l'on enrôlait a dix-hiiil ans élaientdéjà forts et vigoureux; maintenant on ne les prend que deux ans |)lus tard, et c'est a peine si l'on peut trouver des hommes ayant la (aille exigée pour les corps spéciaux; et, (piand une
Di: LA BARBE. 59
recrue de haute stature est désignée parle sort, il faut payer le double pour la faire remplacer. Que l'on examine les élèves des collèges, ceux des écoles de droit et de médecine, et partout on y verra des jeunes gens d'une constitution chétive et misérable. Aussi de toutes parts s*élèvenl des fabriques de corsets hygiéniquenienl rembourrés et de grands établissements or ihopédiques à l'instar de ceux de Chailloletdu château de la Muette, oii des milliers d'individus viennent se faire redresser.
Qui pensent rehausser leur type ridicule ,
En encadrant leurs traits d^une barbe d'Hercule.
C'est encore un préjugé de regarder la barbe comme un signe infaillible de force musculaire et de puissance génératrice ; cet indice est souvent trompeur ; il n'est que la marque certaine de la différence des sexes ou de la transition d'un âge à l'autre chez l'homme, de l'enfance a la puberté. Nos jeunes gens ne semblent pas partager cette opinion, car chez aucun peuple ancien ou moderne, et à aucune époque de notre histoire, la barbe n'a été l'objet d'un culte plus religieux qu'aujourd'hui; il n'est sorte de forme ou de dessin qu'ils ne lui donnent; aux favoris classiques de l'empire ont succédé la moustache, les mouches, les barbes circulaires, les barbes philosophiques, les barbes moyen-âge, à la Charle;; IX, à la François I*' , a la Henri IV. Jamais cet ornement ou embarras du visage n'a reçu plus de variations, jamais culture n'a mieux fructifié. A peine au sortir du collège, et au collège même, on se hâte de provoquer par tons les moyens possibles cette sécrétion quelquefois paresseuse; on met en coupe réglée ses lèvres, ses joues et son menton, etcetle taille perpétuelle d'un duvet presque féminin arrosé encore par des lotions savonneuses, ou par l'engrais de diverses préparations, active merveilleusement la pousse de cette végétation animale, et parvient enfin , avant l'âge et contre nature , à créer sur des adolescents une moisson sauvage et plantureuse qui dérange nécessairement l'haruionie de la face.
C'est pour cette raison surtout que nous contestons la force réelle à tout individu paré de cette exubérance de poils. La barbe atteste sans doute
CO >OTES.
dans l'homme la vigueur et la faculté de reproduction , mais il faut bien distinguer la barbe naturelle de la barbe factice; celle-ci est facilement conquise par l'assiduité de la culture , même chez des sujets infirmes et mal constitués : on a remarqué que sa crue est plus rapide chez les personnes phthisiques, et l'on est tout surpris de voir ces épaisses forêts de poils couronner une étroite charpente supportée par deux jambes maigres et chancelantes ; tandis que les hommes de peine , les villageois , que le rasoir n'approche que le samedi, ne présentent que des barbes légères et mal fournies avec des membres fortement musclés et des poitrines larges de deux pieds.
On peut donc regarder ce qui décore la figure de la plu part de nos fashionables commeune fausse barbe. Bien loin d'être un témoignagede virilité et de puissance, elle ne tend au contraire qu'à ajouter encore aleurdébililé naturelle, |)uisque l'élaboration continuelle et le développemenldelasubstanceportéeforcément vers le système pileux, ne peut se faire que par une soustraction de cette même substance destinée a d'autres organes et détournée de l'ensemble de l'économie animale.
Cette observation s'applique surtout à l'époque de l'adolescence, où l'individu n'a pas pris encore son développement complet; il est évident qu'à cet âge ce détournement de molécules organiques au profit d'une supeifluilé, ne peut avoir lieu qu'au détriment de la nutrition applicable aux parties nécessaires, el non encore parfaitement conformées.
Nous croyons pouvoir affirmer que si quelques femmes brunes mettaient à l'éducation de leur barbe la même précocité, la même science et ténacité que nos jeunes gens, elles parviendraient probablement comme eux à conquérir cette formidable parure, et viendraient a bout d'effacer du Code des droits de l'homme ce principe consacré par Molière, que
Du côté de la barbe est la toute puissance.
Cette manie de visage hirsute et velu est vraiment une puérilité a laquelle il serait convenable et salutaire de renoncer. L'homme peut être vaillant a la guerre et en amours, ou, comme on disait autrefois, aux combats de Mars et de Vénus, sans étaler au visage ce bois taillis, acquis avec tant de peine. Les Gotbs el les Francs, nos ancêtres, ne portaient que la moustache ; les Romains coupèrent leur barbe vers l'an de Rome 454, dès qu'ils commencèrent "a se civiliser, et quand P. Ticinius leur amena de Sicile une provision de barbiers; Alexandre-le-Grand fit raser ses Macédoniens, el Mehemet-Ali, à son exemple, vient d'imposer .le même sacrifice aux officiers de sa garde nationale.
AFrAIBLlSSEMEiNT DU VIRUS. 6i
Ést-il vrai que ce mal, autrefois si vorace, Avec moins de fureur sévit sur notre race ?
A la fin du quinzième siècle , celte maladie se montra sous des forme> effroyables. La mort en était souvent la terminaison. Ne la considérant pas comme maladie nouvelle, les médecins contemporains en attribuèrent la cause à rinlempérie des saisons , à la crue des eaux , a la débauche qui allait toujours croissant; d'autres pensèrent que c'était une punition divine. Les astrologues du temps, qui étaient en grande vénération , en trouvèrent la causi! dans la comète et dans la conjonction de certaines constellations.
A cette époque elle était contagieuse par l'air, l'haleine ou les vêlements. Hume rapporte que le cardinal Wolsey , premier ministre de Henri XUI, fui accusé à la chambre d'Angleterre d'avoir parlé bas a l'oreille du roi , sachant bien que lui , Wolsey , était infecté de cette maladie.
Dans l'opinion des auteurs les plus célèbres de tous les pays, le virus est toujours le même ; mais, semblable aux effets de l'électricilé , on en ressent plus ou moins l'influence, selon que les corps sont plus ou moins conducteurs; et si les mêmes règlements barbares, les mêmes préjugés, les mêmes traitements existaient, nul doute que cette maladie n'épouvantât encore la société tout entière; mais, heureusement pour l'humanité, on a découvert des armes puissantes contre cet ennemi redoutable. Aussi variés que le mal, les médicaments le suivent dans ses diverses transformations, le découvrent toujours sous les voiles les plus obscurs; et, suivant sa marche insidieuse, l'atteignent, l'enchaînent et le détruisent.
Ainsi, la bénignité de cette maladie doit être exclusivement attribuée dans nos pays civilisés non "a la dégénérescence du virus, mais aux secours prompts que les malades y trouvent, au degré de perfection auquel on a porté le traitement de ces maladies, et surtout aux principes d'humanité qui s'y sont répandus, et qui ont heureusement succédé a la cruauté et superstition barbare des siècles précédents.
Les personnes de l'un et de l'autre sexe, moins esclaves des préjugés qu'autrefois, se présentent plus tôt pour être traitées, et le sont plus
facilement par des gens de l'art plus inslruils; et c'est pour cette raison que la maladie syphilitique, quoique plus répandue, est bien moins violente à Paris et à Londres que dans toute autre capitale de l'Europe.
Dans les grands lazarets où , sur des lits ardents, Se tordent des douleurs qui font grincer les dents.
Les hôpitaux destinés au traitement des vénériens ne sont pas en rapport avec le nombre des malades, et encore aujourd'hui, on ne peut y être admis qu'avec le privilège d'une affection ayant beaucoup de gravité. Cependant Paris est la ville où ils trouvent le plus de secours; on les traite aux Capucins, au Vai-de-Grace , "a la Maison Royale de santé, à l'hôpital de rOursine, a Saint-Lazare et à l'hôpital Saint-Louis; en outre il y a des consultations et des distributions gratuites de médicaments aux indigents.
En 1497, quand la syphilis sévissait avec tant de violence, le parlement se borna "a chasser les malades, sous peine de hari. En 1535, on concéda 376 lits pour le traitementdes teigneux , des épileptiques et des vénériens , et encore manquaient-ils de médicaments et de linge que l'Hôtel-Dieu leur refusa jusqu'en 1614'. Cependant, conformément aux ordonnances, les vénériens furent régulièrement châtiés et fustigés jusqu'en 1787, avant et après leur traitement , et l'on est justement surpris de savoir que cette infâme coutume s'est encore conservée dans nos régiments où la salle de police est infligée h tous les malades après leur traitement. En Orient, les soldats atteints de cette maladie étaient bàtonnés et mis au cachot, et Namich-Pacha seul a pu faire cesser cet horrible traitement en 1833. En 1730, il n'y avait que 400 lits qui leur fussent destinés; on 1784, M. de Breteuil, ministre de l'intérieur, visitant Bicètre et la Salpétrièré, fut indigné du local horrible dans lequel ils étaient. « En 1787, dit CuUerier, il n'y avait qu'un lit pour huit «malades, dans un local noir, tapissé de toute espèce de malpropreté; » les croisées étaient clouées et ne donnait jamais d'air, le carreau ne se » voyait plus, tant il était couvert de charpie, d'ordure, etc.; » et comme )) on n'admettait que 50 hommes et 50 femmes au traitement qui durait