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LA POLOGNE

11 n'y a point de droit contre le droit.

BOSSOET.

Si la France s'est rendue coupable en ne s'opposant point au premier démembrement du royaume des Jagellons, c'est apparemment qu'elle avait remis la cause à Dieu .- Dieu est l'éternel vengeur de toutes les injustices.

CBATEACBHIAND.

Conviens-en, cette fois le réveil des Sarmates A faussé tes calculs, prince des diplomates ! Sur son doux oreiller, le goutteux statu quo A tressailli devant l'ombre de Kosciusko.

i LE ZODIAQUE.

Toi qui de l'avenir semblais le géomètre, Toi qui trompais déjà l'Empereur notre maître , Quand tes mains lui livraient la fille de François, Comment expliques-tu l'échec que tu reçois? C'est un rude soufflet pour ton expérience : Dieu merci ! rien n'est sûr dans votre prescience ; Vous tramerez une œuvre en tisserands subtils, Mais le doigt du hasard en rompra quelques fils; L'imprévu vient toujours tromper dans leur tactique Les grands régulateurs de l'ordre politique; C'est un acteur sorti de l'enfer ou du ciel Qui disloque en passant leur drame officiel. Ne les croirait-on pas, à leur outrecuidance, Les greffiers du Destin et de la Providence! Avec quel fier aplomb, en cachetant un pli, Ils prononcent ces mots : C'est un fait accompli ! C'est pitié de les voir, devant leur table ronde, Dessiner des zigs zags sur la carte du monde. En lots irréguliers découper notre sort : « Ce lleuve m'appartient, — Sire! acceptez ce port.

(( — Cette chaîne de monts arrondit yos domaines^

« Prince! — Avons, mon cousin! ces provinces lointaines.

« — Votre Altesse a des droits sur ce duché. — Merci.

« Je prends pour moi ce peuple et vous rends celui-ci. »

Quand, tels que des fripiers, dans îes ventes publiques,

Qui des morts encor chauds tiraillent les reliques.

Ils ont fini leurs trocs de robes de velours.

De sceptres, de joyaux, de paillettes de cours,

A peine au protocole ont-ils mis leur paraphe,

Voilà la Liberté, divine géographe,

Qui, d'un revers de main, bouleverse du sol

Les empires volés et les auteurs du vol.

Pour réduire au néant les sentences humaines,

Le Ciel fait au besoin jaillir des phénomènes,

Un bras tout-puissant tombe entre nous et les rois.

Ils suspendent un peuple au gibet de la croix.

Ils étendent son corps, crispé par la torture.

Dans un sépulcre neuf, de solide structure,

Et, sur l'épais granit qu'ils roulent sur le bord,

Leur main ensanglantée écrit : Ce peuple est mort.

Tout à coup, ô terreur! sur la tombe rougie, Pendant que les bourreaux dansent dans une orgie, Dans le creux de la terre ils entendent des bonds, Le couvercle de marbre arracbe ses crampons. Et le cadavre saint, miracle d'épouvante! Dresse au bord de la fosse une tête vivante.

Non, le ciel n'admet pas au rang de ses décrets Tout ce que griffonna la plume des congrès; Son code est immuable; à sespandectes saintes L'iniquité ne peut imprimer ses atteintes, Et comme, jusqu'au temps le plus illimité, Chaque peuple a pour lui sa légitimité. De même, après mille ans de durée impunie, Nulle prescription n'absout la tyrannie.

C'est en vain qu'elle fauche, avec ses bataillons^ La liberté qui croît entre de vieux sillons. Que le sol un moment n'en garde plus la trace. Son germe indestructible en ressort plus vivace.

Le faible en succombant rêve un futur soutien ; Contre un titre sacré la force ne peut rien , On ne fusille pas l'immortelle pensée; L'usurpateur s'endort, dans sa joie insensée. Sur un pouvoir de fait qui change à tout moment; Le statu quo du droit dure éternellement.

C'est ce droit à la main, que, pâle de colère, La Pologne a quitté son cachot tumulaire. Qu'elle a fait retentir sa voix, comme un tocsin, De l'océan Baltique aux bords du Pont-Euxin, Traînant ses pieds meurtris sur sa terre usurpée. Découvrant, sous sa robe en trois lambeaux coupée. Les stigmates des fers, les coups toujours saignants Des vieux déprédateurs et des princes régnants; Redemandant ses ûls, dispersés par l'ukase, . Aux mines de Tobolsk, aux antres du Caucase ; Ses filles, qu'au hasard l'hymen épouvanté Jette à la soldatesque, avant la puberté;

Ses épouses du Christ, ses vierges catholiques Que des popes impurs, du fond des basiliques, Traînent par les cheveux, livrent à des tourments Moins horribles encor que leurs embrassements. Victimes de la foi, que d'infâmes prêtresses Font passer lentement par toutes les détresses, Ecrasent de fardeaux, attèlent à des chars. Pour leur faire adorer la papauté des czars.

Levez-vous, armez-vous, puissances souveraines! Le Spartacus du Nord a secoué ses chaînes ; Incorrigible esclave^ il s'obstine à frémir Au nom de Vladislas et du grand Casimir; Il n'a point oublié que, sous les murs de Vienne, Il a sauvé l'Autriche et l'Europe chrétienne; Que Varsovie, encor, pare ses monuments Des étendards conquis aux pachas ottomans; Qu'au profit de tout peuple, aux jours de défaillance. Son bras dievaleresque a toujours pris la lance;

AU PRINCEDE METTERNICH.

Que pour salarier quatre cents ans d'exploits. Contre le droit humain et les divines lois, Les ongles de la Prusse et ceux de Catherine S'enfoncèrent au creux de sa chaude poitrine; Qu'après un demi-siècle, alors que l'aigle blanc Ressuscitait aux cieux, des plaines de Fridland, Le monde entier la vit, avec insouciance. Dépecée au festin delà Sainte Alliance; Et que le noble sang de ses veines bondi Sur les murs de Praga n'est pas encor tiédi.

Peuple orgueilleux î voilà l'histoire qu'il atteste. Voilà ses souvenirs : le crime est manifeste. liâtez-vous, que la foudre arrive avec l'éclair. Lancez vos régiments par les chemins de fer; C'est bien. Russes ! déjà, du haut des citadelles. Vos canons sont pointés sur les villes rebellés. Partout létat de siège entre au bruit du tambour; La terreur et la mort sont à l'ordre du jour;

Le feu de peloton rend la justice en masse ,

Le trop plein des cachots trouvera bien sa place,

La Sibérie est grande, et le monde entassé

Entrerait au besoin dans son enfer glacé.

Pour toi, prince ! on ne peut t'accuser d'inertie.

Ton zèle paternel sauve la Gallicie;

Ses malheurs ont touché ton cœur compatissant.

L'incendie à ta voix s'éteint avec du sanc ;

Et le serf, libre enfin du joug qui le comprime, Reçoit, par tête d'homme, une loyale prime D'impériaux florins, réglés par le tarif, Vingt pour le bétail mort, la moitié pour le vif. Courage ! Si la Prusse aujourd'hui dégénère Au point de se montrer clémente et débonnaire. Vous, à votre hauteur sachez vous maintenir. Imprimez aux vaincus un nouveau souvenir. Dans votre œuvre de mort marchez d'intelligence. Mais oii vous conduira ce sentier de vengeance, A moins que vous n'osiez, de vos bras absolus. Les décimer dix fois, pour ne les craindre plus?

Car un Polonais seul, dans la Pologne entière, Se sacrerait encor roi de ce cimetière. Oui, si vous laissez vivre un digne rejeton De la race d'IIedwige et du vieux Jagellon, Ce dernier orphelin, représentant ses frères, Remûra contre vous leurs gloires cinéraires. Évoquera la terre éveillée à ses cris.

Devant la sainteté de ses droits imprescrits. Devant le juste appel de sa cause opprimée. Devant un triple vol commis à main armée; Ne signera jamais l'infamant abandon De sa foi, de sa langue et surtout de son nom; Et s'il faut qu'à son tour, la tombe le dévore, 11 en ressortira pour protester encore.

Sans savoir ce que Dieu voudra lui départir, La palme du vainqueur ou celle du martyr.

L'histoire de nos jours est là pour t'en instruire, Prince! un peuple est toujours difficile à détruire.

Quand l'ardeur d'être libre arme sa volonté, Et surtout quand la croix guide la liberté. C'est la croix à la main, belliqueuse patrone, Que la Grèce nouvelle a conquis sa couronne; Que la fière Belgique, esclave des Nassau^ D'un royaume plus libre a fondé le berceau. Que l'Irlande aujourd'hui fait pâlir l'Angleterre ; Que l'Espagne autrefois, après sept ans de guerre, Conserva son drapeau de Castille et Léon, Malgré Junot, Mura, Soult et Napoléon; C'est la croix à la main, céleste garantie, Que du fond du tombeau la Pologne est sortie. Espérant, sans prévoir comment ni de quel lieu. Qu'un secours lui viendrait à la voix de son Dieu.

Ah ! le moindre secours, dans sa brûlante crise, Eût tenu quelques mois la victoire indécise ; Que n'a-t-elle eu près d'elle, en ces premiers moments, Le simple superflu de tant de régiments

AU PRINCE DE METTEr.NICH. 43

Qui sur d'âpres déserts poursuivent un fantôme! Elle serait encore au cœur de son royaume; Entre les monts Krapacks, aux caverneux abris, Elle n'errerait pas avec ses fils proscrits; Qui sait même? peut-être, à cette heure fatale. Elle aurait ressaisi sa vieille capitale Et rendrait une mère à son peuple orphelin, En face de Moscou, de Vienne et de Berlin.

Ne nous condamne pas, reine de la Vistule!

Le jour où, secouant le linceul qui te brûle,

Tu nous jetas, de loin, tes perçantes clameurs :

(( Au secours! au secours! à moi, France! je meurs! >»

Notre peuple plongea ses yeux sur Cracovie ;

A chaque bulletin ou de mort ou de vie.

Il vivait ou mourait; le fer autrichien

Déchirait notre cœur en entrant dans le tien.

Non, la France, un moment ne t'a point oubliée :

Ne fus-tu pas toujours notre intime alliée?

Dans la glace ou la boue, au front de l'ennemi. Côte à côte, au bivouac, n'avons-nous pas dormi? N'avons-nous pas souffert sur la même ambulance ? Quand, pour aller au Nord imposer le silence, Nos bataillons passaient par tes neigeux chemins. N'est-ce pas à tes feux qu'ils réchauffaient leurs mains ? Nous avons conservé de ta guerrière école Le gracieux chapka, la lance à banderole; Les traits enluminés de tes héros chéris De nos bons villageois décorent les lambris; Sans songer au péril, sous le fer des despotes. Tu répondis toujours à nos cris patriotes; Quand de quatre-vingt-neuf le volcan s'éveillait, Quand plus tard rayonna le soleil de juillet. C'est comme notre sœur, comme notre complice. Que deux fois la Pologne endura le supplice ; Non, l'anneau d'alliance à deux peuples commun Ne se dessoude pas par le malheur de l'un. Au lamentable appel qui sorlit de tes plaines, La confraternité bouillonna dans nos veines;

Les partis, confondant leur sombre inimitié,

Et réunis devant l'autel de la pitié,

Transformèrent en tronc l'urne parlementaire;

L'aumônière à la main, la presse humanitaire

Mêla l'or des hôtels au cuivre des greniers.

Hélas ! de nobles vœux, des larmes, des deniers,

Pendant que vous risquiez la sanglante partie.

Voilà le contingent de notre sympathie !

Chers et vieux compagnons ! ne nous condamnez pas :

La Doctrine nous tient sous son étroit compas ;

De poltrons guichetiers, en la traitant de folle.

Aux deux bras de la France ont mis la camisole ;

D'égoïstes rhéteurs, aux dogmes astringens.

Ont fait à la tribune un cours de droit des gens,

Ils ont verbiage sur les lois respectives

Qui protègent les rois dans leurs prérogatives.

Sur la raison d'État qui ment à la raison.

Quoi donc ! quand l'incendie assiège une maison.

Dans un chemin public, à l'angle d'une rue,

Sur un faible passant quand un brigand se rue,

C'est un devoir pour nous d'accourir sans retard,

De combattre le feu, d'arrêter le poignard ;

Et quand des millions d'hommes qu'on supplicie,

N'importe la contrée, à Naple, en Gallicie,

Dans leur dernière angoisse agitent le tocsin,

En criant au secours! au meurtre! à l'assassin

Il faut, les bras croisés, comme de vieilles femmes.

Contempler, en pleurant , les meurtres et les flammes,

Sans pouvoir accourir à leurs cris déchirans,

Sans nous précipiter entre eux et leurs tyrans!

C'est là le droit des gens ! que l'enfer l'engloutisse!

Logique à double face ! exécrable justice !

Si c'est un homme seul, on peut le secourir;

Si c'est un peuple entier, on le laisse mourir!

Espérons : le temps marche aux grandes théories : Nous n'aurons pas toujours les mains endolories ; On fermera le bagne ouvert aux nations; Apaisé par nos jours de désolations,

Le ciel, qui prend pitié des misères humaines, Abrégera le cours des Septante-semaines.

Nos bras paralysés se distendront alors; Les faibles recevront l'assistance des forts; Sans que d'un froid pédant la férule l'opprime, La France aura le droit d'être grande sans crime. D'illuminer son phare aux lieux les plus lointains ; Et les Parques du Nord qui filent nos destins, Qui, dans leur noir sabbat, comme ces trois sorcières Que rencontra Macbeth sur un champ de bruyères. Contre le genre humain font une œuvre sans nom, Fléchiront sous un droit plus fort que le canon.

Noble Pologne ! attends, prolonge ta torture ; Tu n'as pas seule droit à notre aide future ; La France compte encore une seconde sœur Qui saigne, comme toi, sous un joug oppresseur. Qui, le deuil sur le front, traîne sa toge antique De la mer de Tyrrhène au golfe Adriatique,

Qui nous livrait les fils arrachés de son cou Pour mourir en Egypte, en Espagne, à Moscou, Qui sait que sa fortune à la nôtre se lie, Qui tend les bras vers nous^ comme toi... l'Italie. Attendez l'une et l'autre; avec le même élan Notre zèle poursuit Varsovie et Milan ; Si notre main pour vous ne tire pas l'épée. Cette main, toutefois, n'est point inoccupée : Dans un noir calepin, authentique recueil, Elle écrit, jour par jour, vos annales de deuil, Elle note avec soin^ dans ce long répertoire^ Les tourments variés de votre purgatoire. Le carcere-duroy le knout, la pendaison, La mort par le fusil, le fer et le poison. Depuis Andreoli, qui, d'une nuit soudaine, Couvrit, en expirant, le soleil de Modène '^j

' La mort d'Andreoli, qui eut lieu en 1822 à Rubiera, duché de Modène, fut sur tout remarquable en ce qu'au moment précis de l'exécution , un violent orage se manifesta subitement, et que le ciel, jusqu'alors serein, fut couvert de sombres nuages.

Jusqu'aux deux Bandiera, dont le sang fraternel Monta vers le Vengeur, comme celui d'Abel, Tous les noms sont portés dans ce martyrologe; A-fin qu'à l'heure fixe où l'invisible horloge Donnera le signal qui doit nous réunir, A vous de vous lever, à nous d'intervenir, Ces lugubres feuillets se changent en paroles. Et, par les vents du ciel dispersés jusqu'aux pôles, Apprennent à tout peuple en vertu de quels droits Et devant quel drapeau nous nous dressons tous trois.

Imprimerie Lange Lévy et comp., rue du Croissant, 16, ancien hôtel Colbert.

SATIRES

M. HOMCE VERNËT

BARTHEi.EMY.

Prix : 50 ceutimefi.

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LALLEMAND-LÉPINE

Rue Richelieu , 52.

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