ET CHEZ MARTINON, F.DITKL'R, 4, HUE DU COQ-SAINT- HONG HÉ
liCii Silcrevîsses.
A BÉRANfiER
Le signe de ce mois s'applique à notre époque ; Sa inarche est réirograde, indécise, équivoque Comme le crusiacé qui lui sert d'atiribut. Dans un visqueux limon elle grouille sans but.
ZoDiAQiE (6"^ livraison).
Un jour d'avril dernier que, levé de bonne heure,
J'allais te visiter dans ta simple demeure,
La voix d'un locataire inconnu dans Passy
Me cria : Béranger ne loge plus ici.
Eh quoi ! depuis seize ans ta muse chansonnière
N"a pas encore choisi sa retraite dernière!
Tes pénales d'argih% emballés fréquemment,
Sont toujours menacés d'un déménagement'!
Et pour ta lyre d'or, immortel ustensile,
Un clou ne reste pas au même domicile î
Autrefois^ ce me semble, au temps des vieux Bourbons,
Tes destins de rapsode étaient moins vagabonds;
Eh bien, toi, qui jamais pour une autre volière
Ne songeais à quitter ta cage hospitalière,
Sinon, quand Marchangy, moteur d'un jugement.
Se chargeait de pourvoir à ton appartement ;
Toi qui fus casanier comme Simon Stylite,
Ce régime nouveau t'a fait cosmopolite.
D'abord tu t'exilas, comme un bon citadin.
Au pays que la France appelle son jardin.
Où les flots de ta vie, assez pleine de gloire,
S'écoulaient, paresseux comme ceux de la Loire.
Depuis, Fontainebleau fut ton second relais ;
Sous ses arbres touffus, plus que dans son palais,
Entre ses rocs, taillés en géants fantastiques.
Tu cueillais, en rêvant, quelques fleurs poétiques
Dont lardent Perrotin, notre éditeur commun,
Venait, ù pas furlifs, aspirer le parfum.
Mais, jusque sous ses bois, retraite inspiratrice, Un mirage lointain agaçait ton caprice, Passy te souriait; adieu Fontainebleau; Passy, rival d'Auteuil oùle calnieBoileau Guettait, au coin d'un bois, d'assez mauvaises rimes, A ta fortune errante ouvrit des bras intimes ; Et cinq ans écoulés dans ce dernier bercail Semblaient pronostiquer l'éternité d'un bail, Quand soudain, de ce lieu l'idole est disparue : Le deuil s'est installé dans la vineuse rue; Le numéro vingt-un s'est encadré de noir; L'hirondelle troublée a changé de manoir, Et, soigneuse toujours d'échapper à la foule^ Dans un coin latéral du long faubourg du Roule, Elle habite aujourd'hui le plus doux des couverts. Une maison rustique avec des volets verts.
Je cherche à m'expliquer quelle cause irritante T'a contraint si souvent à déplacer ta tente : Certes ! tu n'aurais eu qu'à parler pour avoir
Ilôlel, villa d'été, faveurs, places^ pouvoir; De lout-puissants amis, pour t'en faire largesse, Harcelèrent cent fois ta rigide sagesse, Et ce lourd superflu que tu pouvais saisir Tu peux encor l'avoir, si tel est ton désir; Mais non, ce n'est point là le dard qui te stimule Et te mord au talon comme une tarentule. A coup sûr, quand tu dors sur ton doux traversin. Nul hideux cauchemar ne suffoque ton sein. Nul remords ne te pousse aux noires rêveries. Tu n'es pas un Oreste assiégé des Furies, Un Melmoth, un Gain, marqué du sceau de Dieu, Cherchant partout la paix qui le fuit en tout lieu. Quel est donc le secret de ces pérégrinages ? Peut-être penses-tu, lorsque tu déménages, Dépister les amis, essaim toujours nouveau, Qui vient papillonner autour de ton flambeau. Les imberbes clients dont l'Apollon occulte Tracasse ton repos par un excès de culte, Et soumet humblement à tes hautes leçons Ses rouleaux inédits d'odes et de chansons?
Vain espoir, Béranger! les chansons et les odes Sauraient même trouver ta chambre aux Antipodes; Tu ne peux te soustraire au nom qui te poursuit; Ferney sera toujours oii sera ton réduit, Et pour toi^ dans ce monde, il n'est pas de retraites Contre les vieux amis ou les jeunes poètes.
Non, cette humeur nomade, incessant aiguillon
Qui le fit, tant de fois, changer de pavillon.
Comme on voit un fiévreux qui, la plainte à la bouché,
Cherche un coin de fraîcheur dans sa brûlante couche,
Ce besoin de courir vers des gîtes meilleurs,
Pour en trouver la cause, il faut chercher ailleurs.
Le siècle où nous vivons est mort pour la pensée;
La matière grandit, Tâme est rapetissée ;
Quand, tels que des troupeaux, les hommes abrutis
Se penchent pour gorger de grossiers appétits^
Quand un peuple descend au rang de populace.
Le poète, isolé, ne trouve plus sa place.
Si, vers ses derniers jours, tel qu'Homère ou Milton,
11 passe lentement, guidé par un bâton, Les propres fils de ceux que charma son génie Sur son noble malheur déver&ent l'ironie; Lui qui comptait jadis tant d'auditeurs élus, S'il parle maintenant, on ne le comprend plus. Sur le calus des cœurs sa parole retombe ; S'il lâche sa pensée^ ainsi qu'une colombe. Sur ce monde fangeux, sans trouver un appui. Elle erre désolée et retourne vers lui. Le signe de ce mois s'applique à notre époque ; Sa marche est rétrograde , indécise, équivoque; Pareille au crustacé qui lui sert d'attribut, Dans un visqueux limon elle grouille sans but. Va, je tiens le secret de l'ennui qui te pèse : C'est parce que lu vois cette époque mauvaise. Qu'un spleen philosophique obsède ton esprit; En songeant au passé ton malaise s'aigrit. Oh ! combien Texislence, au précédent régime. Avait plus de verdi ur qu'en ce temps cacochyme! Alors, certes! courbé sur un journal du soir, L'ennui dans nos foyers ne venait pas s'asseoir;
Chaque liomme était acteur du politique drame,
Chaque front reflétait la jeunesse de l'âme ;
Des atomes de feu, tourbillonnant dans l'air ,
Activaient nos poumons, pénétraient notre chair;
C'était un temps de foi, de croyances certaines.
De glorieux duels, de vertueuses haines;
Les partis se tranchaient en deux camps bien distincts,
Également poussés par de nobles instincts;
Au lieu de l'égoïsme, au souffle pestiféré,
La poésie, alors, était dans l'atmosphère;
Un deuil inspirateur élevait les esprits;
On foulait, en marchant, d'impériaux débris;
La France, qui gardait ses vêtements de veuve ,
S'agenouillait devant la colonne encor neuve.
Dont les aigles, debout et l'œil encor vivant,
La nuit, poussaient leur cri dans les plaintes du vent;
Les derniers vétérans d'Egypte et d'Italie,
Remplissant nos cités de leur mélancolie,
Jetaient dans ce tableau d'imposantes couleurs;
D'autres gloires germaient du sein de nos douleurs;
Notre deuil se drapait d'un noble caractère ;
On voyait de grands noms sous le ciel littéraire: Cuvier élargissait l'entendement humain; Pendant que la Sorbonne écoutait Villemain , Que Guizot dominait sur sa chaire oratoire , Que Barante et Thierry renouvelaient l'histoire, L'Homère d'Atala semblait se rajeunir, Lamennais, d'un seul bond, entrait dans l'avenir; Des poètes, enfants de cette Olympiade, Montaient à l'horizon, ainsi qu'une pléiade ; Delavigne, inspiré par nos récents malheurs. Aux crêpes de la France entrelaçait des fleurs ; Lamartine à Byron empruntait sa cithare, Hugo prenait son vol au-dessus de Pindare ; Deux autres, dont le nom fut parfois applaudi, Mêlaient à ces élans leur fièvre du Midi. Et toi, que mis au monde une époque de braise, Que berçais ta nourrice, avec la Marseillaise^ Entraînant la chanson du milieu des festins, Tu la régénérais à ses premiers destins. Tu la changeais en hvmme, en tam-tam militaire, Tu lui donnais une aile à parcourir la terre;
ABÉRANGER. Il
Sur son front dépouillé des roses du vieux temps,
Tu posais une flamme aux rayons crépitants;
Au lieu de gazouiller entre de gais convives.
C'est au Forum, battu de luttes eonvulsives,
Qu'elle précipitait ses paroles d'airain^
Qu'elle ébranlait un trône en lançant un refrain.
Ah ! cette noble tâche était alors facile :
Les esprits de la foule, obéissante argile.
Ne cherchaient qu à saisir l'empreinte de nos doigts ,
Un écho répondait partout à notre voix;
A tout grand souvenir on tressaillait encore ;
Chaque poitrine était un instrument sonore.
Un clavier métallique où, rien qu'en le touchant,
Le poëte était sûr de réveiller un chant.
Qu'il cherche désormais ces chaudes sympathies ; Dans U mare boursière elles sont englouties ; Des généreux élans le cratère est glacé I L'âge avortif par qui le nôtre est remplacé Se complaît à traîner son stupide marasme,
Et rit avec pitié de notre enthousiasme;
Son Dieu, c'est l'agio; jusques sur le trottoir
De hautains brocanteurs, installant leur comptoir^
Portent, sur tout le reste, une âme indifférente :
Leur pouls monte ou faiblit sur le pouls de la rente.
Quel concours espérer de ces hommes nouveaux?
La vapeur de la houille hébété leurs cerveaux ;
Plus de chauds dévoûments, d'énergiques étreintes.
De transports, allumés par des croyances saintes.
Si demain le canon venait à retentir,
Au trou de l'égoïsme ils iraient se blottir^
Et, pendant que le sang jaillirait à leurs portes.
Se rouleraient en boule, ainsi que des cloportes.
Affligeante langueur î Les drapeaux des partis
En voile cotonneux tombent appesantis;
On guerroie à la Chambre avec de boules molles.
Que fait cette jeunesse au fond des deux écoles,
Qu'on voyait autrefois, par innombrables flots.
Escorter ses martyrs au funéraire enclos ?
Que fait-elle? Insensible à sa vigueur première ,
En attendant le soir qui rouvre la Chaumière ,
Elle croupit là-haut sur son mont Aventin. Celle qu'on voit errer dans le quartier d'Antin, De la vieille régence, ébauche raccourcie, Etiole, en baillant ; son aristocratie ; Race sans passions et ridée en naissant. Qui tombe à l'âge mûr de lâge adolescent ; Qui, sans s'inquiéter si la nôtre décline, S'occupe à rehausser l'espèce chevaline.
Et croit que la patrie accueille avec transport Les prix du steeple-chase et les gloires du sport.
Aussi, rien de marquant dans la pensée humaine
Ne jaillit au grand jour de ce pâle domaine ;
Hormis quelques splendeurs, quelques noms imposants
Dont la date remonte au-delà de seize ans,
Tout révèle des arts la torpeur léthargique ;
Rachel seule est l'orgueil de la muse tragique;
Nulle taille n'arrive au coude de Talma;
Mars a brisé la scène où son pied s'imprima.
Nos écrivains, montés sur des chevaux sans brides.
N'enfantent, la plupart, que des monstres hybrides.
L'un d'un roman sans fin dévidant l'écheveau,
Met un in-trente-deux en dix in-octavo;
L'autre réduit Clarisse k sa courte stature.
Avec tous ces progrès de la littérature ,
Bientôt la décadence arrive au dernier point:
C'est de l'hydropisie et non de l'embonpoint;
Parce que de ses fruits le peuple fait emplette,
On la prône, on prétend qu'elle est mûre ; elle est blette,
Elle est comme nos mœurs. Pour leurrer le publie.
En détail plus qu'en gros elle fait son trafic ;
Sachant bien qu'aujourd'hui, pour l'œuvre la plus rare,
Des philippes d'argent le bourgeois est avare.
Sa tire-lire en main, la pauvre livraison
Va quêter les gros sous de maison en maison;
Encor, pour émouvoir les charitables âmes,
Combien de prospectus, d'affiches, de réclames !
Que de fois Duveyrier, molestant son orgueil.
L'accole au nom d'Albert du quartier Monlorgueil !
Je l'avoùrai, pourtant, dans sa paralysie^, La prose se soulieiit mieux que la poésie;
Celle-ci, dans le fond d'un hospice ignoré, S'éteint d'une phthisie au troisième degré ; Au recueil qui l'admet, malgré sa face blême. Bien loin d'être payée, elle paie elle-même; L'éditeur la reçoit la fourche dans les reins ; Du théâtre où grondaient ses fiers alexandrins Elle aborde en tremblant le brutal péristyle ; A peine à l'Institut, Viennet et Pongerville Osent se présenter comme ses vieux amants. Lamartine est en proie à de nouveaux tourments ; Hugo qui lui prouva sa puissance athlétique Caresse, au Luxembourg, la sèche politique ; Le salon doctrinaire est sourd au vers proscrit; C'est une langue morte autant que le sanscrit. Un dialecte obscur que le vulgaire ignore Et que les érudits comprennent seuls encore; C'est un culte aujourd'hui frappé de désaveu. Comme celui du Guèbre, adorateur du feu, Une religion qui s'en va disparaître.
Hélas ! et dont je suis l'indigne et dernier prêtre.
Or, devant ce tableau, quand, saturé d'ennuis,
De séjour en séjour incessamment tu fuis.
Tu fais bien; ce qu'on nomme ou boutade ou manie,
Je l'appelle raison, tristesse du génie;
Ton mal intérieur réagit sur ton corps
Et te rend odieux les objets du dehors.
Va donc, livre ton âme au dégoût qui l'entraîne ;
Je ne te blâme plus de quitter la Touraine,
De fuir Fontainebleau, témoin de ton souci.
D'avoir, au dernier terme, abandonné Passy;
Et, puisque te voilà voisin de l'Hippodrome
Et de l'Arc triomphal de la nouvelle Rome,
J'applaudis, pour ma part, à ce goût bohémien
Qui suspend, cette fois, ton nid lout près du mien.
Imprimerie Luii;^o Li'vy cl couii) > """e <lu Croissant, 16.
SATIRES
M. mim BARROT
lA CBISE ÉIECTOMIE
BARTHELEMY
Prix : 50 centimea.
LALLEMAND-LÉPINE
Rue Richelieu , 52.
ET CHEZ MARTl^OIS, ÉDITEUR, 4 , RUE DU COQ-Si< INT-HONOKÉ. IO>îG
licliion.
A M. ODlLOÎl BARROT
Z.A CRISE EX.ECTOILAX.E.
Durum iter ad leges patriseque mentis amoretn. LGÇAiN, Phars., liv. ix.
Il (Calon) apperçut que l'on allait marchandant et acheptant des voix du peuple, quand on vint à l'élection des consuls, et feit une harenge, dans laquelle il reprit et tansa asprement le peuple pour ceste ord«i et sale marchandise.
Plutabque, Caton d'Utique, §. xxxiii. Traduction d'Amyol-
Quand au port de Cherbourg, pour sa dernière escorte, Tu conduisis le deuil d'une royauté morte, Tu pus croire un moment qu'à ce même convoi La vieille monarchie avait suivi son roi.
i i.j' zoniAQUi-:.
Ton erreur dm'a peu; des laves populaires On entendait encor frissonner les colères, Le marteau qui broya le trône de Saint-Cloud N'avait pas au nouveau posé le dernier clou, Que déjà notre ciel se tachait de points sombres; Que, tel qu'une couleuvre, à travers les décombres, D'entre les noirs pavés sortait, en se tordant, L'esprit pernicieux du règne précédent.
Bientôt vinrent au jour ces conseillers auliques, Éternels agresseurs des libertés publiques, Ceux-là même , qu'on voit, ou qu'on ne veut pas voir, Creuser depuis seize ans un abîme au pouvoir. Mais, bien que leur système ait la même tendance. Plus que leurs devanciers ils s'arment de prudences- Instruits par leur exemple, ils n'osent contre nous D'un fulminant Juillet récidiver les coups; Au lieu de procéder par l'éclat du tonnerre, Il font comme la taupe, ils travaillent sous terre, Pratiquant sans danger, dans leur but oppressif, Le sourd empiétement., l'attentat progressif;
En détail, jour par jour, leur manœuvre savante
Arrive au même point, sans jeter l'épouvante;
Ce n'est pas un torrent qui déborde avec bruit
Et roule à flots heurtés sur les champs qu'il détruit,
C'est une eau flasque et tiède, à la marche traîtresse.
Qui ronge sans fracas les bords qu'elle caresse.
Et dont le lit perfide, usurpant le terrain,
S'élargit aux dépens du peuple riverain.
La foule aveugle suit leur route ténébreuse ;
D'autres, bien que voyant la tombe qu'on nous creuse,
Ont à l'œuvre perverse associé leur main;
Pour toi qui, d'un pied sûr, poursuis ton droit chemin,
Et penses que le peuple a signé ton diplôme
Pour garder ses vieux droits sacrés au Jeu de Paume,
Pour disputer aux mains d'un parti suborneur
Les lois, la liberté, la patrie et l'honneur.
Énergique Barrot ! ton coup d'œil politique
Comprit, dès le début, celte noire tactique,
La suivit, pas à pas, dans ses mille déloiu-s.
Que de fois, mais bêlas! tu pcii'liiis à des sourds I
Ton alarmante voix, du haut de la tribune,
Ainsi qu'une vi«:;ie au sommet de la hune,
Signala les écueils, désastreux résultat,
Oîi se précipitait le vaisseau de l'Etat!
Quand la Pologne, au bruit de ses glas funéraires,
Tendait les bras vers nous qu'elle nommait ses frères,
Sous le fer des bourreaux, quand l'Italie en pleurs
Cherchait, en vain, des yeux l'astre des trois couleurs,
Quand nous laissions saigner dans leurs dernières fibres
Tous les peuples voisins qui voulaient être libres,
Tu nous prophétisais^ race des Myrmidons,
La honte où nous poussaient ces lâches abandoûS,
Du sinistre avenir tu sondais l'étendue.
Tu nous criais : La foi de Juillet est perdue.
On déchire en lambeaux son code souverain,
De sa première voie on dévie à grand train!
Quand Septembre, enfantant la loi qui nous oppresse
Envoya ses muets pour étrangler la presse,
Quand on nous défendit, comme un crime à punir,
De nous associer et de nous réunir,
Comme un sombre tocsin dénonçant l'incendie, Tout à coup éclatait ta parole agrandie, Et du nouveau régime issu du triple jour, Vers le règne déchu tu marquais le retour , A chaque deuil récent de nos droits politiques, Tu t'es montré, pareil à ces prêtres antiques Qui, fouillant des taureaux les sanglants intestins. Préparaient la patrie à d'effrayants destins. Et chaque jour encor sous un brûlant stigmate Des malfaiteurs publics tu flétris romoplate, Chacun de tes discours, par nos bouches cité. De tes principes forts prouve la ûxiLé, Nous navre en même temps le cœur et le consolé, Dans le vague avenir fait luire une auréole. Demeure comme un gage entre le peuple et toi. Et ravive on nos seins la chaleur de la foi.
Ah ! maintenant surtout il faut qu'elle étincelle; Voici, voici les jours de crise universelle;
Pour l'imminent combat le Pouvoir est debout ; Ses bras désespérés feront arme de tout; Son immense arsenal abonde en projectiles : Les menaces, la peur, les manœuvres subtiles, Les destitutions, les emplois, les rubans, Les tours d'escamoteurs, les marchés de forbans ; Tour à tour il pérore, il combat, il trafique. Déjà la circulaire, au vol télégraphique, Des frontières du nord à la plage d'Arenc (1), A porté le mot d'ordre aux consorts de Pelenc. Guizot plonge partout son œil de sentinelle ; Lancés par tourbillons de l'antre de Grenelle, Les apôtres zélés des pervertissements S'abattent, par essaims, dans nos départements. Tels que ces charlatans, médecins équivoques. Qui, vêtus d'un frac rouge et parés de breloques. Vendent, du haut d'un char, aux crédules hameaux L'élixir merveilleux qui guérit tous les maux ;
(1) Pclile iuisc ({ui hC trouve au voi.-in;ige de Marseille.
Vous verrez les jongleurs, suppôts du ministère.
Débiter en public l'onguent parlementaire,
La poudre qui séduit l'auditoire vénal :
Un tableau de paroisse, un chemin vicinal,
Une école primaire, une maison-commune.
Chaque électeur a droit de faire sa fortune :
L'un saisit un bureau de timbre ou de tabac.
L'autre une croix d'honneur, baume de l'estomac;
Ici, c'est une bourse au fils d'un bon notaire ;
Là, c'est l'exemption de l'impôt militaire.
Jadis on se gênait pour faire ce trafic,
Maintenant c'est l'usage, on opère en public,
A la législature on achète une entrée ;
On vend sa conscience ainsi qu'une denrée,
Et le plus mince bourg montre aux marchands forains
Sa halle aux députés comme sa halle aux grains.
Voilà leur industrie ; et quand on les accuse, A ce manège infâme ils donnent pour excuse
Que telles sont nos mœurs, que les abus sont tels Dans les gouvernements constitutionnels, Que tous moyens sont bons et permis à la guerre. Que d'ailleurs c'est ainsi qu'on fait en Angleterre. Dévergondés rhéteurs à signaler du doigt î Si ce sont là nos mœurs, c'est à vous qu'on les doit; Non, certe ! tout Etat qu'une charte gouverne Ne vit pas forcément de ce poison interne; Non, à la guerre même, envers des ennemis. Un moyen déloyal ne fut jamais permis.
Sans doute, d'un meeting quand la tempête gronde. En dégradants tableaux l'Angleterre est féconde ; Pour s'arracher des voix, les âpres concurrents Flagornent l'électeur dans les ]>lus sales rangs. Prodiguent les serments et surtout les guinées; On voit de grands seigneurs, aux jambes avinées, Auprès du boutiquier résignés à subir D'interminables tosts d'ale et de ginger-beer. Sans doiiie chez ce peuple, ainsi que chez le nôtre, L'effréné candidat dans la fange se vautre.
Mais il combat du moins avec son appui ;
Il prodigue de l'or, mais cet or est à lui;
Et jamais le Pouvoir, ou fauteur ou complice.
Ne descend, pour l'aider, dans cette ignoble lice.
Electeurs! l'beure approche où vos plats courtisans Viennent vous colporter leurs cyniques présents. Viennent vous proposer l'œuvre de simonie; Sauvez-vous! sauvez-nous de cette ignominie; Le prix de ces accords est impur, quel qu'il soit; Honte pour qui promet, honte pour qui reçoit ! Repoussez le contact de leur main pestiféré, Reprenez la hauteur que la loi vous confère. Après l'insigne honneur d'être Représentant, Celui de le nommer est le plus éclatant, Et ce droit qu'on transforme en sordide négoce Est un saint privilège et presque un sacerdoce.
n LE ZODIAQUE.
Quoi ! plus d'un demi-siècle on aurait combattu,
On aurait prodigué des efforts de vertu.
On aurait des partis atïronté les colères,
On aurait renversé des trônes séculaires;
Deux générations, tour à tour se dressant.
Auraient trempé le sol de sueur et de sang,
Pour conquérir un bien qu'une race perverse
Prostitue au marcbé comme objet de commerce.
Pour en venir au point oii le droit d'électeur
N'est plus qu'un titre vain, dérisoire et menteur!
Généreux citoyens! non, par ce vil outrage
Vous ne ternirez plus un splendide héritage ;
Avoir vécu six ans dans la corruption,
C'est bien assez, c'est trop pour une nation;
Pendant quatre ans nouveaux s'il faut qu'elle s'y traîne.
Ses membres et son corps mourront de la gangrène;
Sa vie est dans vos mains; debout! chauiYez le fer
Qui peut cautériser ce chronique cancei".
Soutenons dignement la lutte électorale :
Dans le temple des lois, laïque cathédrale,
Le grand -prêtre Sauzet a dit le Missa est ;
Déjà du nord, du sud, du couchant et de l'est.
Des tribuns vétérans les cohortes dissoutes,
En briskas ou wagons, envahissent les routes,
Fondent à vol pressé sur les moindres cantons;
D'autres qui sont encore à l'état d'avortons.
Organisent aussi leur novice phalange.
Comme les moucherons, au temps de la vendange.
Qui, par obscurs essaims arrivant de partout.
Envahissent la cuve où bouillonne le moût ;
Tels, et non moins nombreux que ces ardents insecte?,
Les convoiteux Solons aux allures suspectes.
Grâce à la canicule encor plus haletants,
Volent, de tous les points, vers l'urne des votants.
Écartez sans pitié cet essaim parasite ;
Que chacun tour à tour passe à votre visite,
Exprimez, s'il se peut, leur ame au laminoir.
J'ai déjà, l'an dernier, signalé d'un point noir
Tous les boucs entachés d'une immonde souillure,
Que du bercail nouveau votre arrêt doit exclure ;
Mais deux cent treize noms fatigueraient ici.
Dans ce nombre, il en est quelques uns, Dieu merci !
Qui ne reviendront plus heurter à votre porte;
La royale fournée à jamais les emporte.
Car la chambre des Pairs accepte comme bon
Ce qu'on trouve mauvais pour le Palais-Bourbon.
Mais combien d'autres noms, quelle foule alarmante
Doit proscrire aujourd'hui votre œil de Rhadamante !
Repoussez, avant tout, ces nouveaux convertis.
Transfuges déliontés, fléaux des deux partis.
Qui, venus sous un air de brebis débonnaire.
Se sont changés bientôt en loups, comme Bonnairey
Tous ceux que vous preniez pour de fermes appuis,
Qui votèrent longtemps pour vous, et qui depuis
Au sceau réprobateur que nul ne se dérobe ': Laurence, Couturier de l'Isère, Lehohe, Colbery qui, d'abord parmi nous se hissant, Trébucha tout à coup sur un parquet glissant ; Dmhil, Vej'ux duDoubs, et Laurans de la Drômc, Dugabé, dans un tir pourvu de son diplôme.
Le flâneur Lafressange, ami des frais minois, Armand de l'Aube, erreur du peuple champenois, Peltereau-Villeneuvey au regard fixe et morne, L'inamovible Terme, ami du parti-borne, Et Mottet, triste fruit d'Apt ou de Carpentras, Qui vint de la Cougourde au rang des magistrats. A ces lépreux, couverts d incurables ulcères, Joignez le bataillon de ces lourds janissaires Que Guizot fait plier sous son doigt souverain : Meynadrier, Barada, Thil aux poumons d'airain, Schauenburg, du Ministère intrépide colonne ; Bellonet, peu connu dans les champs de Bellone, Mais fameux pour avoir, à grand bruit un matin, Du chemin de l'Ognon porté le bulletin ; Amilhau, qui pour lui, les siens et leurs bagages, Force la malle-poste à payer ses voyages ; Legrandy Parceyy Couture, Oger, l'ex-colonel, Le fumeur Mesgrigny, Francom-Paganely Hell, patron malheureux d'un rail-way chimérique, Magne, aspirant ministre au royaume d'Afrique,
Fould qui, pour écarter d'importuns concurrens^ Ne craint pas de compter cinquante mille francs ; Poule, DenijSy Bernard, le verbeux Chaix-d' Est-Ange^ Chassiron, Maingoval, le marquis de Lagrange Qui, sans se soucier si son blason déchoit, Vend son vin de Bordeaux à Mater, qui le boit ; RondeaUy Dubois du Havre, et non Dubois du Globe, Demeure dont l'histoire à mes yeux se dérobe, Boulay du Var, Gallos, Roui, Chasles d'Eure-et-Loir^ Edmond Blanc qui vingt fois passa du blanc au noir, Haubersaert, de Périer portant encore la marque, PaixhanSy Muret de Bord et Rivière de Larque , L'amateur du cancan Just-Chasseloup-Laubat , Lacheze mal assis sur les bancs du sénat, Dilhan, Richond de Brus, couple tout exemplaire. Qu'on accusait à faux de recevoir salaire Pour être rédacteurs du boiteux Messager Que nul n'a jamais pris le soin de rédiger. Outre ces quelques noms que j'ai pris pêle-mêle. Arrière Leseigncur, Lacazey LafareUe!
A M. ODILON BARROT. a
De Pons et de Gaujal préservez le scrutin ; Tenez les yeux ouverts sur les quatre Martin ; Du juge Chaudory repoussez les instances ; Je signale Quesnault au peuple de Coutances, Quesnault qui, pour lui-même ardent à recevoir. Puise, comme un bedeau, dans le tronc du Pouvoir.
Candides électeurs ! tenez-vous sur vos gardes : Sachez bien qu'il n'est pas de caresses mignardes. De parole d'honneur, de ruses, de détours. De promesse au profit des villes et des bourgs, Que ces Caméléons, à multiple visage, Pour vous circonvenir ne mettent en usage : L'un, tel que Meilheurat, vers les jours électifs, xAffecle d'étaler de grands préparatifs.
Creuse le sol, enfonce un pieu, taille une pierre. Présages d'un chemin, d'un pont sur la rivière; Dès que vous l'avez mis au nombre des élus Du chemin et du porit rien ne se montre plus.
Un autre, tel que Toî/e, acteur de même force, Dans la Lozère, où prend la plus grossière amorce, A quelques braves gens ravis de ses propos, Jure, s'il est nommé, d'abolir les impôts; On le nomme : bientôtle bon compatriote Aux impôts aggravés porte un docile vote, Et dit, à son retour à Mende, au bout de l'an. Que son prédécesseur a gâté tout son plan.
J'ose émettre un conseil que je crois salutaire : Outre leur qualité de serfs du ministère. Sur la chaise curule on voit certains vieillards, Tels que Jamin, Sapey^ Brunet-Denon, Ménars, Vaisseaux désemparés jusqu'au dernier bordage. Dont on peut, tout au plus, faire des doyens d'âge; Leur place n'est point là ; pour remplir ce devoir. Il fautj sinon parler, du moins entendre et voir ; De ces Mathusalem logez ailleurs les rides; La chambre a pour voisin l'hôlel des Invalides.
Délivrez-nous aussi de ces ex-députés Qui, bien que verts encor, par leurs infirmités, A des distractions forcent l'auguste salle Et donnent au public un sujet de scandale. Qui peut voir, en effet, sans froncer le sourcil. L'embonpoint de Poizat , la laideur de Persil ? Pour le Jardin du Roi dès longtemps on réclame Goury du Finistère au corps d'hippopotame ; Que Lacombe du Tarn, poussif amas de chair, Comme locomotive aille au chemin de fer ; Qu'on cesse désormais d'offrir dans l'auditoire Desmousseauœ de Givré de surdité notoire; Le ministère même, affamé de secours, A. besoin de muets beaucoup plus que de sourds.
Tels sont les prétendants à la législature, Qu'après un examen d'une austère droiture Votre arrêt sans appel doit jeter à l'écart, A peine de leurs noms ai-je cité le quart;
Mais (si je ne puis ici vous parler de moi-même) Afin que nul d'entr'eux n'échappe à l'analhème Pour ne confondre pas les mauvais et les bons Et perdre trop de temps à chercher tant de noms, Comme guide certain, recourez à la liste Que dressa, l'an passé, ma muse journaliste, Et qu'il faudrait, je crois^ qu'en ce grave moment Le Sihcle populaire offrît en supplément. Sévère catalogue où, sur d'exactes lignes, Apparaissent rangés les deux cent treize indignes, Oii se trouve marqué de l'éternel veto Tout ce qui de Pritchard arbora l'écriteau.
Électeurs ! pesez bien mes dernières paroles : Ces vers-ci ne sont point de vaines hyperboles; Nous ne spéculons pas sur vos fausses terreurs Pour livrer le pouvoir à des accapareurs ; Croyez-le, la patrie à genoux vous l'atteste^ Le péril est immense, imminent, manifeste.
A M. ODILON RARROT. 2»
Le salut de la France oscille entre vos mains; L'avenir pour nous tous s'offre par deux chemins : D'un côté se révèle un rayon de lumière, La France reprenant sa dignité première, Le pouvoir s'appuyant sur la moralité, La Chambre ouvrant sa porte à la capacité. Le travailleur nourri par un juste salaire, La Presse libre enfin du carcan jugulaire. Les deux signes certains des gouvernements forts, Confiance au dedans, influence au dehors. De l'autre, dans la nuit où le regard se plonge. C'est la perversité, la fraude, le mensonge, L'atelier dans la faim, la presse dans l'étau, Le sang de nos soldats fumant sous le couteau, Nos flottes, par l'Anglais, à l'ancre retenues. Nos arsenaux brûlés par des mains inconnues, Notre honte courbant son front appesanti Du pied du mont Liban aux bords de Taïti, Nos drapeaux insultés sur tous les promontoires ; Les désaveux poltrons infligés à nos gloires ;
Les deux signes certains du règne des pédants, Flétrissure au dehors, pourriture au dedans. Ici, c'est un ciel pur, un air qui vivifie, Là, c'est un horizon de deuil et d'atrophie.
Voilà les deux chemins qui pour vous sont tracés, Je n'ai plus qu'un seul mot à dire : Choisissez I
Imprimerie Liinge Lévy et coinp , rue du Ci'oià.-anl. lû
SATIRES
BARTHELEMY
Prix : 50 centimes.
Pâlis
LALLEMAND-LÉPINE
Rue Riclielieu , 52.
ET CHEZ MARTINON, F.DnElR, 4, HIK DU (X:Q-?AI>T IÎCR)!iÉ.
Ali PAPE
Urbi et orbi.
Payenne ou catholique, un trouble involontaire Au nom sacré de Rome émut toujours la terre ; La luxure et le temps ont eu beau la ternir, Il s'attache à ce nom un si grand souvenir, 11 reste un tel reflet de splendeur souveraine A celle que, deux fois, l'univers eut pour Reine,
i LE ZODIAQUE.
Que l'Europe, au momeiil du sommeil le plus fort, Tressaille chaque fois qu'on dit : Le Pape est mort ! Le monde veut savoir, malgré son apathie, Quel sera l'héritier de cette dynastie Qui> sur le piédestal du roc capitolin, Règne depuis les jours de saint Pierre et de Lin, Qui vit tant s'agiter d'Empires sous son aile ; A qui le livre saint promit d'être éternelle, La seule qui, datant de l'ère de la croix, Déroule avec orgueil deux cent cinquante rois. Bien que le sort lait fait descendre de sa gloire. Qu'elle ait perdu les droits du septième Grégoire Dont le roseau brisait les sceptres les plus durs ; Pendant que le Conclave, entre de sombres murs. Cherchait un successeur à la papauté morte, Tous les princes chrétiens écoutaient à la porte, Pour connaître, d'après l'arrêt théologal^ Quel prêtre obscur allait devenir leur égal, Et sous quel nouveau nom, revêtu de létole, L'empereur de la foi montait au Capitole,
La grande voix de Rome a traversé les monts ; Nous y joignons la nôtre et nous te proclamons; Pontife des chrétiens ! la France te salue : Un doux rayon descend sur ta couronne élue ; Les présages sont bons; ils prophétisent mieux Qu'un tonnerre grondant à gauche dans les cieux, Qu'un aigle déployant son immense envergure; Sous des signes meilleurs ton règne s'inaugure ; L'Evangile de paix, du haut du Vatican, S'associe aux pardons du rivage toscan, Et^ des bords tibérins aux flots adriatiques^ Sème le jubilé des péchés politiques.
Ce premier pas est beau ; mais poursuis ton chemin : Tout ton peuple n'est pas dans le peuple romain ; Tes fils ne sont pas tous rassemblés sous ta robe, Mais épars et jetés sur tous les points du globe. Qu'ils se redressent tous dans un niênie réveil ! Fais-nous comprendre mieux ce ponij-eux appareil,
Cette cérémonie empreinte de mystère,
Où le ciel, par ta main, bénit Rome et la terre ;
L'une et l'autre, à la fois, rêvent d'autres destins :
Le ciel, en t'élevant au trône des Latins ,
Te réserve à changer le vieil ordre des choses.
Les peuples ont subi bien des métamorphoses ;
Le temps a transformé les mœurs et les esprits ;
Les droits et les devoirs sont autrement compris ;
Il faut d'autres vertus aux dangers qui nous pressent ;
Dans tes prédécesseurs de grands noms apparaissent ,
Mais des siècles d'alors le notre est différent, Si tu les imitais tu ne serais plus grand. Tu ne redoutes pas que sur ta métropole Fondent, comme autrefois , les tourbillons du pôle. Que la rapacité des Alains et des Goths Emporte les saints d'or convertis en lingots ; Comme Léon premier tu n'auras pas la gloire D'écarter Attila de ton saint territoire ; Jamais, coilTé d'uii casque, en héros furibond, Tu n'iiris liiMM'rovor roium(> .hilps s(^roi!rl ;
La sourde chrétienté te braverait en face Si, pâle imitateur du fougueux Boniface , Du fond du Vatican aux arsenaux éteints, Tu fulminais encor des coups ultramontains ; Rien ne fait présumer que le sort te destine A pousser de nouveau l'Europe en Palestine, Non plus qu'à raviver sur le sol albigeois Les bûchers qu'alluma la main d'Innocent trois ; Espérons que du ciel la colère assoupie T'épargnera le sort de ce sixième Pie Que Valence couvrit d'un sépulcre oppresseur, Ou de Chieramonte son fervent successeur, Qui, par un bras de fer extrait de la Romagne, Vint sacrer à Paris le nouveau Charlemagne.
A toi d'autres labeurs : à l'anneau que tu tiens Resouder fortement tous les chaînons chrétiens, Rajeunir tes Etats par un nouveau régime , Voilà ton reuvre ; elle est rude autant que sublime.
Du monde catholique, épars sous tant de cieux, Le Sinaï Romain ne fixe plus les yeux ; De Saint-Pierre incliné le dôme se lézarde ; Le scepticisme, armé de sa torche blafarde, Dans un gouffre sans fond plonge un regard d'effroi ; Deux principes rivaux, la science et la foi, Se livrent une lutte acharnée , étouffante , Dont la Foi peut sortir intacte et triomphante , Pourvu que le flambeau que Dieu mit dans sa main Remonte encor plus haut que le savoir humain; C'est en planant ainsi sur toutes les croyances Qu'elle peut désormais régir les consciences. Sans fléchir sous le joug, sans toucher, comme Osa, L'arche sainte du dogme , œuvre que Dieu posa , 11 faut que, se pliant à des formes moins rudes, L'Église se tempère avec nos habitudes , Qu'aux moins douces brebis qu'elle viiut diriger Son bâton pastoral devienne plus léger j La papauté ne peul grandir avec noire ère. Qu'en s'appuyant sur iiou^-; sur lebras populaire.
Qu'en suivant le drapeau par le peuple adopté, Qu'en ne séparant pas Dieu de la Liberté.
Ose ! tu trouveras un concours symphatique :
Tout ce qui reste encore au giron catholique,
France^ Pologne, Irlande, Espagne, Portugal,
Belges, Américains du cercle tropical,
Tout vers un nouveau pacte également aspire;
Partout où la thiare a gardé son empire
(Ne fermons pas les yeux à ce fait évident).
Là pour ses libertés le peuple est plus ardent;
La foi de Rome pousse à la démocratie;
Aux pouvoirs absolus le schisme s'associe,
Il règne sombrement sur les trônes du Nord,
Sur des hommes dont l'âme offre moins de ressort;
Et déjà cependant ce despote leur pèse;
Dans son brumeux empire il souffre de malaise;
Trois siècles l'ont réduit à la caducité.
Plus que nos deux mille ans de catholicité ;
le LE ZODIAQUE.
Il bâille dans son prêche en attendant qu'il dorme. L'Allemagne elle-même, où naquit la réforme, Comme un sol où circule un volcan souterrain^ Des rives du Danube aux frontières du Rhin, Couve l'explosioû d'une lièvre intestine; L'inflammabk pensée étouffe dans lamine; Le culte iconocla&tea lassé les Germains; Aux forums des cités, aux bourgs, aux grands chemin», Les sectaires nouveaux colportent leurs extases ; Le monde de Luther chancelle sur ses bases; Mais sur l'antique appui dont il s'est écarté 11 ne peut revenir que par la liberté.
Jamais pape, depuis le siècle des apôtres,
Ne vécut sous des temps plus graves que les nôtres
Quel insigne transport pour l'Église et pour toi,
D'enfanter de nouveau des peuples à la Foi,
De retremper le monde à la grande piscine
D exliiper, saintement, jusque dansaaracina
AU PAPE. n
Le fatal rejeton qu'une orgueilleuse main Greffa sur le vieux tronc du platane romain. Réalisant ainsi eett^ grande pensée, Du sommet de la croix par le Christ énoncée, Lorsque, sans distingmer les castes ni ks rangs , Il nous appela tous dans -ses bras expirants!
Il est temps de prouTcr que, toujours la première, L'Église a sur le monde exhaussé la lumière, Que l'Evangile, pris au sens matéi-iel, Est fait pour ici bas autant qu« pour 1« ciel, Que la plus b«ll« charte octroyée à la terre Lui vient de l'Homme-Dicu qui naquit prolélaii^. Marche donc devant toi ; dans un sî vaste plan Ne prends d'inspirateur que ton intime élan; Préserve-toi de ceux qui, dans leur faux système. Se prétendant encor plus chrétiens que toi-même. Pensent que, pour lui rendre un lustre éblouissant, A la pourpre romaine il faut mêler du sang.
Outre ces conseillers à soutane écarlate. Ferme surtout l'oreille à l'argus diplomate Qui soudoie à ta cour l'Achitophel Viennois; L'Autriche a conservé son esprit d'autrefois, Son pouvoir convoiteux qui toujours subtilise, Cherche à poser le pied sur le cou de l'Église, A fonder sa grandeur sur ton propre déclin ; Souviens-toi que César estencor Gibelin.
Ne crains pas d'imiter le glorieux courage De ce Clément quatorze, honneur du dernier âge, Qui, de la tolérance atteignant le sommet. De la main de Voltaire accepta Mahomet; Qui, pour sauver de mort l'Europe politique, Pulvérisa d'un coup la Babel jésuitique. Et laissa dans l'histoire un souvenir béni En foudroyant la bulle In cœnâ domini.
Quand tu commenceras ton œuvre libérale, On entendra les cris de l'aigle bicéphale;
Qu'importent ses fureurs? nous te protégerons; Asservis aujourd'hui sous des maîtres poltrons, Sous des pédants assis à la chaise curule, Nous briserons demain leur indigne férule; Sous un pouvoir plus ferme il nous sera permis De prêter notre force à de nobles amis ; Et si l'aigle tudesque, irascible adversaire. Sur ton indépendance ose appuyer la serre, La France prouvera, comme au temps de Pépin, Que son long bras s'étend jusqu'au sol transalpin.
Mais raviver la foi dont la tige est fanée
N'est pas l'œuvre d'un jour ni même d'une année;
Pour que le monde croie à do si hauts projets,
Débute sans retard par tes propres sujets :
Ils ont déjà béni ton règne qui commence,
Ils savent qu'en ce jour marqué par la clémence.
Où l'absolu pardon sur eux se répandit,
Ta main pontificale en minuta l'édit;
Ils ont paré de fleurs leurs maisons orphelines. Repeuple maintenant la ville aux sept collines, Rends à ses citoyens cette virilité, Cet orgueil de leurs droits, ce type de fierté Que le long frottement des jougs impopulaires Avait presque effacé de leurs fronts consulaires. Des temps civilisés qu'ils prennent le niveau; Que Rome participe au mouvement nouveau Qui suscite partout l'intelligence humaine Dans les champs du Progrès, illimité domaipe. Imprime à tes États l'honorable maintien, La décence qu'exige un royaume chrétien ; Assigne à ses besoins une noble existence. Il put, dans un autre âge, avoir pour subsistance Lfcs complaisants tributs qu'à ses pieux octrois Payaient aveuglément les peuples et les rois, Et donner en pâture à ses maigres pénates La taxe apostolique et le fruit des annates; Ces impôts sont ta-is, d'autres temps sont venus; II ne p<Mit aiijourd Inii fonder ses revenus
Sur la bénignité des modernes laïques.
Sur le trafic mesquin de quelques mosaïques, Cailloutage coûteux qu'on n'achète souvent Que pour faire l'aumône à la main qui le vend ; C'est trop longtemps duper, sous les yeux des Pontifes, Les Anglais, acquéreurs de trésors apocryphes; Le monde souffre à voir sa plus noble cité Se livrant sans pudeur à la mendicité, Rome antique réduite au métier d'antiquaire. Assure à cette reine un budget moins précaire; Aux arts, à l'industrie emprunte des trésors, Sur ton double rivage ouvre de larges ports, Appelle à ton secours les cent bras du commerce; Le sol fécond n'attend que le soc et la herse. Désireux de prouver, par d'épaisses moissons, Qu'il n'a pas de Saturne oublié les leçons, Et que la Campanie aux plaines inactives Peut se couvrir encor de pampres et d'olives. 0 prodige ! bientôt dans les murs de César, Comme un triomphateur qui plane sur son char,
La vapeur secoûra son casque de fumée!
Que la voie Appia cache sa renommée; Un génie inconnu, par un ruban de fer, Enlace tes États de l'une à l'autre mer. Et par un droit sillon que son compas dessine Emporte d'un seul bond Rome sur Terracine. En même temps le Tibre admire dans son cours, Deux ponts aériens soutenus à rebours; L'hydrogène clarté, que le cristal modère. Sur les noirs carrefours tombe du Lampadère, Promène avec orgueil son magique fanal Du lointain Janicule au palais Quirinal, Brise ses blancs rayons sur l'angle des ruines; Vesta, qui garde encor les feuilles sybillines , Se réveille pour voir dans les murs éternels Des feux qui n'ont jamais brûlé sur ses autels. Ce n'est pas tout; ce gaz à la flamme argentée Doit se joindre aux feux d'or qu'alluma Promélhée; Ta ville ne serait qu'un splendide tombeau Si les arts fraternels n'y mêlaient leur llambeau.
Au Congrès du savoir ouvre donc sa barrière,
Donne-lui cet éclat dontParthénope est fière;
Cette faveur est due aux poétiques lieux
Où Virgile parlait dans la langue des dieux,
Où tant de nouveaux noms ont abrité leur gloire :
Le jeune Gazzola, qui pâlit sur l'histoire,
Muzzarelli, des arts magnanime patron,
Angelo-Maï, qui fit revivre Cicéron ,
Et, du monde savant l'insigne phénomène,
Mezzofante, qui parle en toute langue humaine.
Voilà ce qu'avant tout Rome espère obtenir; Eh ! qui sait ce qui couve au fond de l'avenir! Peut-être qu'en voyant ce grand préliminaire, Et comment sous tes lois Piome se régénère, Les membres dispersés du corps italien Songeront à s'unir sous un même lien, Et, las de s'agiter dans une étroite arène, Piestitûront l'empire à leur antique Reine;
Puissent-ils, oublieux de leurs dissensions. Prendre une digne place entre les nations Et vivre en citoyens, sans nulle préférence Pour Milan ou Mantoue, ou Modène, ou Florence. Ce peuple généreux a porté trop longtemps Son pourpoint faufilé de lambeaux éclatans. Pareil au fol habit du héros deBergame; Qu'il dépouille à la fin ce grotesque amalgame, Et rentre dans le monde, austère et glorieux, Sous la toge à longs plis qui drapait ses aieux.
liDpiiuiL'i'ie Lan^L' Lcvy elConip., 16, rue du Croissant.
SATIRES