CHAPITRE II
Symptomatologie
Cliniquement, le zona en général est un syndrome douloureux, névralgique, accompagné d’une éruption herpétiforme, sur le trajet d’un nerf.
Pour le zona ophtalmique, la définition se complète si l’on signale les lésions provoquées, de l’œil et de ses
annexes.
Le zona ophtalmique se localise sur le territoire du nerf ophtalmique, première branche du nerf cranien trijumeau. Il a reçu des filets anastomotiques venant du plexus caverneux. Il en envoie au nerf moteur oculaire commun et au nerf moteur oculaire externe.
Ses branches de division : nasale, frontale, lacrymale, assurent l’innervation du tiers supérieur et interne de la face : c’est-à-dire de la région frontale, de l’aile du nez et de la paupière supérieure. La limite de leur territoire,
en dedans, est la ligne médiane.
vides
L'éruption, le symptôme objectif de la maladie, se fera au niveau de toutes ces branches, simultanément, ou se limitera à une région différente répondant à la branche frontale, ou nasale, ou lacrymo-temporale. Pratiquement, le territoire frontal est toujours envahi.
La localisation dans tel ou tel territoire a son importance, car on à voulu lier à la topographie de l’éruption le pronostic de l'affection. Nous le verrons lorsque nous parlerons des lésions oculaires.
Il est infiniment rare de voir un zona ophlalmique bilatéral.
Le zona ophtalmique est exceptionnel chez l'enfant, assez rare chez l’adulte. L'âge moyen de son apparition, d’après les observations de M. le professeur Rollet, est de 61 ans. Pacton avait fixé 70 ans.
Il apparaît le plus fréquemment chez l’homme (trois fois sur quatre) et deux fois sur trois du côté gauche.
La maladie peut être annoncée par des troubles de l’état général, le plus souvent peu marqués et communs à toute manifestation infectieuse : embarras gastrique subfébrile ou non, insomnie.
Dans de nombreux cas, on note des signes de réaction méningée : hypertonie musculaire, exagération des réflexes, bradycardie et vomissements. Le liquide céphalorachidien est déjà modifié parfois. Les symptômes méningés sont en général très fugaces.
La céphalée, la raideur de la nuque dans le zona ophtalmique correspondent à la rachialgie, au Kernig du zona lombo-abdominal.
Ces phénomènes généraux sont alors accompagnés de
phénomènes locaux, plus où moins antérieurs à l’ensem-
ble caractéristique de la maladie. Au niveau de l’hémicrâne qui sera atteint, le sujet accuse des douleurs névralgiques, diffuses ou strictement localisées à l’une des branches du nerf ophtalmique. Ces douleurs continues ou par crises peuvent être réveillées ou exacerbées par la pression sur le trajet de tel ou tel nerf, et surtout aux
> 2 points d’émergence.
Ou, d'emblée, sans prodromes, avec ou non un mou-
vement fébrile, apparaît l’éruption, et la douleur.
Cette ÉRUPTION se fait sous forme de placards érythémateux, débutant souvent aux points d’émergence des nerfs. Ovalaires, ils peuvent, au début, être indépendants. Mais, rapidement, ils confluent, recouvrent le territoire
ophtalmique, pouvant même dépasser la ligne médiane.
En plus de l’éruption fronto-nasale, on peut observer une éruption temporale. En effet, les filets nerveux temporaux proviennent du nerf ophtalmique, et non du nerf maxillaire supérieur.
La paupière supérieure est œdématiée. Parfois, à un point tel qu'elle saille énormément et cache complètement la paupière inférieure, jamais atteinte,
Rapidement : une ou deux heures, ou après un à deux jours, sur ce fond d’érythème, se forment des vésicules, contenant un liquide clair ou trouble. D'ordinaire, elles se disséminent par poussées successives.
Jamais elles ne dépassent la ligne médiane.
Rarement elles confluent et se réunissent. Et au bout de trois à cinq jours, leur contenu étant devenu purulent ou hémorragique, elles se flétrissent ou se rompent.
Une croûte brune, épaisse, se forme à leur niveau, tom-
PR Re
bant par la suite en laissant une tache rouge ou pigmentée.
En raison des poussées successives de vésicules, l’évolution est d’une quinzaine de jours. On note d'ordinaire la tuméfaction des ganglions préauriculaires et sous-: maxillaires.
Le malade, enlaidi au possible, SOuFFRE d'autre part énormément.
Nous avons vu que, dès avant l’éruption même, il a pu subir ces névralgies atroces, aggravées par des élancements soudains, par la pression en points différents, par les sensations spéciales, qu'il a au niveau de ses téguments.
L’impression d’engourdissement, de « portion morte » du visage ajoute la gêne à la douleur. Et il en est qui ne supportent qu’à peine leur torture incessante.
On doit noter l’exagération de ces phénomènes chez l'adulte. Par contre, chez l'enfant, ils sont souvent peu accentués.
Les phénomènes généraux sont d'ordinaire peu prononcés : température subfébrile, mauvais état digestif, phénomènes de réaction méningée.
Très souvent, si avant l’éruption, on n'a pas noté de modifications du liquide céphalo-rachidien, à la période d'état, la ponction lombaire montre la lymphocylose et l’hyperalbuminose.
Enfin, l’éruption s'éteint. Les croûtes sont tombées.
Le malade n'est pas délivré. Il conserve, au niveau des pustules anciennes, des GIGATRIGES plus où moins profondes, blanchâtres, au niveau desquelles la sensibilité est diminuée.
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Et surtout, il va traîner plus ou moins longtemps, jusqu’à des mois et des années, des TROUBLES DE SENSIBI- LITÉ. Soit qu'il continue à subir cette impression de masque, de « chair morte », au niveau du territoire de son ancienne éruption, sans modifications objectives de sa sensibilité.
Soit qu'il représente une hyperesthésie cutanée violente, avec un tégument modifié, siège de phénomènes vaso-moteurs, congestionné, facilement irritable ; où l’on reconnaît l’abolition complète ou partielle de la sensibilité objective, le malade pouvant avoir de l’anesthésie douloureuse.
Mais les séquelles les plus pénibles sont les douleurs, à caractère névralgique plus ou moins franc, continues ou survenant par périodes. Elles restent localisées à l’hé-
micräne qui fut atteint.
Leur atténuation est impossible par les traitements médicaux courants. Elles risquent d’être d'autant plus graves, longues et persistantes que le malade fut atteint plus profondément, à un âge plus avancé et qu'il a subi des lésions oculaires.
Nous n'avons pas encore signalé les lésions oculaires. C’est pour bien faire remarquer que l’on fut très long
à les observer et insister tant soit peu sur elles.